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samedi, 24 mai 2008

« Je vais t'apprendre à me lire. »

J'avoue, que dans la minute où, cette nuit, j'ai entendu, lors de l'émission de Veinstein, Du jour au lendemain, cette affirmation de Claro, j'ai failli m'arracher les écouteurs de mon MP3 des oreilles et bondir hors du lit, mon mental de lecteur libertaire profondément choqué par cette objurgation.
Cet homme que j'avais rencontré quinze jours auparavant au Lieu Unique et qui m'avait diablement séduit par sa conception de la traduction, avec qui j'avais échangé chaleureusement trop rapidement après son entretien avec une certaine Isabelle Rabineau aux belles cuisses d'albâtre — je partais en mer, le soir même, et "la marée n'attend pas le Roi "— cet Claro, donc, osait donc prétendre à la suprématie de l'Auteur sur l'absolue liberté du Lecteur.
C'était trop vite oublier que cet homme aux œuvres étranges est aussi sur son établi de traducteur un lecteur et la sentence — ce que j'avais entendu comme sentence — était précédée et... suivie de nuances qui rétablissaient le dialogue.
C'était à propos de Madman Bovary, objet de l'émission :


« Madman Bovary, c'est un livre sur l'expérience de la lecture... c'est un jeu perpétuel avec le lecteur,...un pacte...qui dit "Là, n'oublie jamais ; tu es en train de faire une lecture et je te le rappelerai en tant qu'auteur" parce que, à ce moment-là, mon écriture agit comme une lecture. Ce que je demande à un lecteur, c'est ce que j'aime bien qu'un auteur ME demande : "Si tu lis mon livre, je voudrais que tu apprennes à lire ma langue Claro, comme tu as aimé apprendre d'autres langues, parce que c'est moi qui vais te donner mes règles syntaxiques, mes règles grammaticales, mon rythme, mes sonorités."
C'est une forme d'apprentissage, une forme de confiance, une forme aussi de cécité, d'abandon...
J'ai une écriture qui essaie de cogner comme une porte contre le lecteur.
»


Ayant entendu cela et l'ayant, je crois, ressenti compris, j'ai pensé à Jean-Louis Godard, à cette séquence d'À bout de souffle, Belmondo au volant de sa voiture, détourne son regard de la route et nous regarde, nous, spectateurs interpellés, Godard, à l'instar de Claro, nous disant : « Je fais du cinéma, vous êtes au cinéma ! ».*

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Ce que Claro auteur, traducteur, dit et écrit de notre rapport à la Langue, à nos "langues" m'a préparé à la confrontation prochaine avec l'homme du Tombeau pour cinq cent mille soldats, cette épopée infernale que j'ai vécue, en ses fins sans doute de manière autre que celle de Pierre Guyotat, que d'aucuns disent homme d'une impensable douceur.
Comme Claro d'ailleurs et sa si jolie compagne, la cinéaste Marion Laine dont le film "Un cœur simple" aurait mérité de demeurer quelques semaines de plus sur les écrans nantais.
Un Flaubert filmé aux antipodes de son "voyou langagier" de compagnon ! Mais l'harmonie des contraires, c'est aussi ce qui fait le bonheur de rencontrer certains couples et leurs œuvres.


• Aller lire le Clavier cannibale. Dommage la "Femme au perroquet" de Gustave Courbet n'y est plus !

*Plus trivialement, Godard fait dire à son héros : « Si vous n'aimez pas la mer, si vous n'aimez pas la campagne, allez vous faire foutre ! »

mardi, 06 mai 2008

dans les chemins creux de mes lectures

Je me suis laissé prendre au jeu des douze âges de mes lectures.
Ce FB est un ensorceleur qui appuie sur les sensibles touches et déclenche des mouvements littéRéticulaires de première bourre. Mais ce jeu a réellement commencé par une émouvante photographie de petite fille lectrice, manière de séduction de celle qui est une agitatrice notoire de LittéRéticularité quand contradictoirement elle a nommé son blogue Lignes de fuite.
(Pour ce concept, lire le blogue de son inventeur Berlol).
Allons donc sur tiers-livre tracer ou retracer nos "chemins creux de lecture".

Les heures précédentes, j'étais plongé dans les petits séismes langagiers que, désirant soigner une catastrophe amoureuse provoqué par le départ d'une certaine Esté, un certain Claro ébranle, ayant lu et relisant Madame Bovary et écrivant Madman Bovary, à l'instar de Gustave F. son ami ancien qui affirmait qu'il ne faut plus « être soi, mais... circuler dans toute la création dont on parle ».
Ce que réussit fort bien Claro, circulant, tour à tour, en élève studieux, en puce, en voyeur, en lecteur (quand même), en cinéaste — je ne cite pas les successives métamorphoses du § 93, page 82 & 83 — dans une radioscopie du roman de Flaubert, cette brute aussi sensible qu'une jacinthe et une plongée dans les remous d'une passion qui s'enfuit.

Au mitan du livre, l'apothéose d'une transsubstantiation : Claro, en 38 pages et 101 paragraphes à la numérotation décroissante de 100 à 0, s'approprie Homais, le corps d'Homais, l'âme d'Homais, le sexe d'Homais, qui rencontre Gustave F. qui l'entraînera chez Kuchuk-Hanem — mais est-ce bien la même hétaïre ? ... avant que le pseudo-Homais ne se suicide — suicidé ou mort d'un cancer du testicule gauche (siège pinéal du remords) ? — pour assister à ses propres funérailles et prononcer son propre éloge funèbre. .
La scène finale, « L'art scénique » ! réunit sous l'œil d'une caméra Emma et Esté (MA et ST ?).

Mais est-ce si sûr, ce que je viens d’écrire ? Dans le tohu bohu, le charivari des chapitres, des paragraphes à l’endroit, à l’envers, en miroir, des énumérations, des calembours et tous autres procédés littéraires, dans l'entrelacement ou la confusion volontaire des siècles XIXe, XXe et XXIe qui s’entrechoquent, ce n’est pas à l’arsenic que Claro s’est “shooté”, c’est à la Langue.
Et ça, ça me plaît.


Dans les nacelles de l’enclume
Vit le poète solitaire
Grande brouette des marécages.
René Char

mercredi, 16 avril 2008

soit... soit !

Quand pas mal de choses politiques vacillent, quand, ce matin, de vieux messieurs proclamés philosophes libéraux déblatèrent assez méchamment de leurs peurs anciennes — le socialisme et mai 68, entre autres —, il importe de faire appel à d'autres voix.
Soit à l'Album de la Comtesse — mais ce n'est point aisé de maintenir une vie quotidienne dans le décalé des sons. Soit à une mince lecture en cours et qui vient à son terme :

La littérature s'offre comme une voie d'approche vers cette part de notre histoire à laquelle s'appliquent mal les explications qui sont livrées avec. Les représentations collectives, les structures mentales qui doublent l'univers matériel et le rendent habitable vacillent, parfois. Il se passe quelque chose, on ne sait quoi, dont la mention ne figure nulle part.

Pierre Bergounioux
La puissance du souvenir dans l'écriture.

Le lecteur est dans un certain bonheur quand s'achève une phrase comme : «……vacillent (virgule) parfois.» Si rare ce parfois qui clôt.

mardi, 15 avril 2008

décaler les sons

Jardinage et vieilles fatigues ne disposent point aux lectures longues.
Sur la table, j'en ai une brève et une longue.
La brève : SAPPHÔ, présentée et traduite par Yves Battistini, "poétiquement très belle, mais philologiquement trop relâchée", m'a commenté JP, notre "maître" de Grec ancien.
La longue, c'est le Fernando PESSOA de chez Seghers, mais si complexe dans ses hétéronymies que la publication de ma note dans "Poètes, vos papiers !" va bien attendre le début de mai.

J'en ai une troisième que je feuillette à petites goulées entre deux communication par téléphone illimité, et cet après-midi, je suis gaiement surpris par l'actualité de la chose ; cela donne ceci :

Sarkozy veut voir couler ce Fillon
Le Pen : « Marine est posée ! »
Chirac a rarement rompu avec sa /bière

et plus ardu
Les UMP : sains députés.

C'est dans la Contrepètrie, par Joël Martin, physicien, dans le Que sais-je ? n°3740, 2005 ; il est l'homme qui rédige l'Album de la Comtesse.
En ces temps de flamme olympique agitée, notre président à talonnettes parviendra bien à imiter le Général - le grand deux mètres, disait mon père, mais les temps changent — qui "arrivait à pied par la Chine".
Voilà où portent les saines fatigues du jardinage !

samedi, 12 avril 2008

où le sujet est encore une histoire de voiliers nantais

Quand on s'embarque dans des histoires de voiliers et de longs- courriers, on revient toujours à ce vieux cap-hornier Louis Lacroix, natif de la Bernerie-en-Retz et fils de notaire, qui gravit de novice à capitaine l'échelle de la hiérarchie de la "Marchande". Il termine sa carrière comme capitaine-visiteur du port de Nantes et trouve le temps de rédiger le livre des dernières heures de la marine à voile.
Tout môme, j'avais entendu parler de ce vieux marin. Peut-être l'ai-je croisé dans les années 46-47 quand je descendais, le jeudi matin de la rue Rosière d'Artois au quai de la Fosse rêver de grands départs ?
Mais c'est Cendrars qui me jeta dans l'épopée. L'été 1961, j'étais immergé dans les lectures de L'homme foudroyé et de Bourlinguer quand je tombai sur une des notes du chapitre VIII Gênes, certainement une des plus belles recensions écrites à propos des bouquins de Louis Lacroix :

Note 12.
Je profite de l'occasion pour rendre hommage aux bons, gros bouquins du capitaine Lacroix, cap-hornier, qui a bourlingué sur les sept mers du globe et qui a fourré dans ses livres, en plus des mirobolantes photographies et des documents que l'on ne trouve nulle part ailleurs, tout ce qu'il a pu apprendre et voir de ses yeux durant ses longues croisières et ses dures campagnes de mer, sans parler des aventures de mille navires et des mille et un secrets du métier dont les
marins ne sont jamais chiches. Ses livres constituent l'épopée de la marine à voile, et qu'importe son tour de plume puisque le vieux loup de mer a tant de choses à nous dire et à nous apprendre, et qu'il est profondément humain! Le capitaine Lacroix est en train d'écrire, sans s'en douter dans sa bonhomie, l'Histoire de la marine marchande française, la vraie, et dont tout le pays se désintéresse! C'est déjà un monument, et ce n'est pas fini...

Quel malheur qu'il n'y ait pas quelque part, perdu dans sa province natale, un retraité colonial qui ne soit en train d'en faire autant pour les Colonies, dont tout le pays se désintéresse également! Je pense à un trafiquant ou à un planteur, plein de verve, d'expérience, d'anecdotes vraies, de choses vues, d'aventures vécues pour nous donner une idée de conquête pacifique, de lente pénétration de la civilisation, et non à un militaire de plume.

Voici la liste des ouvrages du capitaine Louis Lacroix, tous sont copieusement illustrés et ont paru Aux Portes du Large, à Nantes, entre 1936 et 1946 : Les derniers Grands Voiliers ; Les Derniers Cap-Horniers ; Baye de Bretagne; Les Derniers voyages de Bois d’Ébène, de Coolies et de Merles du Pacifique ; Les Derniers Voyages de Forçats et de Voiliers en Guyane et les Derniers Voiliers Antillais; Les Écraseurs de Crabes sur les Derniers Voiliers caboteurs; Les Derniers Clippers (en préparation).
Blaise Cendrars
in Bourlinguer,
Gênes, l'épine d'Ispahan, pp. 268-269
Livre de poche, 1960, première édition chez Denoël en 1948


Post-scriptum : J'ai failli ne pas publier le second paragraphe de la note où Cendrars sollicite le retraité colonial qui pourrait entreprendre l'histoire des Colonies, conquête pacifique, lente pénétration de la civilisation (sic et re-sic)... me disant en mon for intérieur : « Même, soixante ans après, les lecteurs de 2008 vont prendre Cendrars pour un sacré ringard réactionnaire ! »
Puis, très vite, j'ai pensé que c'était une bonnne ruade dans toutes les idées, parfois très saines, qui sévissent dans les têtes des enfants et petits-enfants qui jugent sans nuances, ni égards, le passé obscur, trouble même, de leurs pères.

mardi, 08 avril 2008

dans le tohu bohu de mes écrivailleries


Tout ne commence pas avec nous. Le sol que nous foulons n’est pas vierge mais sillonné de traces enchevêtrées, hérissé d’interdits et de barrières, grevé de mains mortes. Des ombres inapaisées la parcourent. L’inné, c’est l’acquis antérieur, les pertes, aussi, surtout. C’est le récit lacunaire, effacé qui précède notre petit chapitre, celui que nous tentons d’écrire à la clarté de la conscience tardive, effrayante, qui nous a été concédée. Il importe d’identifier ceux que nous avons été, avant, pour leur rendre justice, bien sûr, mais pour s’en libérer, aussi, vivre au présent, être soi.
Pierre BERGOUNIOUX,
La puissance du souvenir dans l’écriture, Pleins Feux, 2000.


Oui, un vrai tohu bohu amplifié encore par l'écoute des Mardis littéraires sur France Cul, quand à propos de Mémoires, un "jeune homme" cause de la guerre d'Algérie... D' une guerre sans fin ; c'est son droit de l'évoquer ainsi à travers jugement et indulgence. Son droit de marteler l'énormité, après tant d'autres de ces générations qui nous suivent, du silence des pères à leur retour. Et longtemps après. Jusqu'à ces jours.
De leur silence ? De notre silence ?

De mon silence ?
Mais, en suis-je revenu jamais ? Et je ne me suis pas tu, et ce n'est pas "ma" guerre dont ils parlaient ce matin, et je m'en veux d'être depuis plus de trente ans dans des atermoiements pour dire et écrire au delà de mes cercles de compagnonnage, d'amitié de vie.

« Achève, n'achève pas ! Publie, ne publie pas ! »
Parce que prédominait cette insatisfaction de la forme du récit ?
Parce que l'incipit était déjà prémonition ?

Je sais que je n'écrirai pas cette histoire. ...............
et quelques pages plus loin
.............
Lui faudra-t-il donc vraiment écrire cette histoire ?

Bergounioux, cet après-midi, achevant son parcours d'Homère à Faulkner sur la Grande Prose occidentale, a parlé assez obscurément "de l'impossible équivalent mental de ce qui aurait été accompli par corps".
Cette parole, je l'ai entendue comme une sentence qui m'était adressée.

Alors porter sur la Toile ce que j'ai renoncé à porter sur le papier ?





samedi, 05 avril 2008

oubli quasi inexplicable

...ou trop explicable.
Faire commencer mon entrée dans la littérature américaine à Hemingway me démontre à quel point je peux parfois ravaler le statut de mes lectures d'enfance dans l'échelle des valeurs lettrées. Et pourtant, bien au-delà du Général Dourakine et de certains Jules Verne, pauvrement "adaptés pour la jeunesse", quel enchantement — il dure encore quand je les réouvre, jaunis, craquants, dos décollé, aux coins écornés — que John Fenimore Cooper et le dernier des Mohicans, Jack London, Les Contes des mers du Sud et Le loup des mers, et moins connu, plus simpliste (!) James Olivier Curwood et ses Chasseurs de loups !


Soudain le silence se rompit. Un cri s'éleva, sonore et lugubre, quelque chose comme une plainte inexprimable, une plainte non humaine, qui si un homme l'eût entendue, aurait fait battre le sang dans ses veines et se crisper ses doigts sur la crosse du fusil. Le cri venait de la plaine blanche et se répercutait dans la nuit. Il se tut ensuite et le silence qui lui succéda à nouveau en parut plus profond. Le hibou blanc comme un gros flocon de neige, s'envola muettement...


Certes, le sang coule dans les veines et ne bat que dans les artères, mais le décor est campé... et le rêve du petit garçon s'en va vers la mystérieuse et terrifiante cabane du chapitre VIII...!
Faulkner et le Sud peuvent s'annoncer.
L'enfant vient du Grand Nord.

Post-scriptum:
J'ai écorché l'orthographe du nom du "vergogneux" Pierre Bergounioux et non Bergougnoux. Mes regrets, mais l'étymologie peut égarer.

mercredi, 02 avril 2008

Faulkner ?

Le mardi 8 avril, Pierre Bergougnoux achève ses causeries à propos de "la prose expression privilégiée de l'expérience historique en Europe" et c'est un... Américain qui sera l'ultime auteur : Faulkner ou la théorie de la relativité en littérature.

Faulkner ? De lui, je n'ai pas lu un roman, pas vu un film tiré de son œuvre. C'est une "terra incognita" comme il y en a de si vastes dans les horizons du lecteur. La littérature américaine, ce sont dans l'ordre des lectures de découverte : Hemingway, Steinbeck, Wihtman, Thoreau , ceux de la Beat Generation... C'est mince et donc se dévoilent des vides hénaurmes !
Pourtant, il y eut bien un projet "Faulkner" : c'était à Biskra, le 9 mars 1964, je me procure, dans la collection du Seuil, "Microcosme, Écrivains de toujours", un Faulkner par lui-même, ... et je l'ai lu ! Je m'en souviens bien et l'ai retrouvé facilement sur les rayons de la "librairie". J'étais alors dans la problématique d'un autre Sud et dans un temps de ce Sud qui méritait qu'on en fît un livre.
Quarante-quatre ans sans donner suite.

Ce soir je me dis qu'il n'est pas trop tard, sinon pour écrire cet autre Sud, du moins pour lire enfin Faulkner.
Si Bergougnoux est persuasif, je quitte l'amphi Kernéïs pour m'engouffrer chez Coiffard ou à Vent d'Ouest.

Lui qui n'avait pas attendu que le temps et tout ce qu'apporte le temps lui apprissent que le suprême degré de la sagesse était d'avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre de vue pendant qu'on les poursuit.
Sartoris

Et encore, ce constat qui, inversé, conviendrait fort bien à mes écrivailleries :
Quand je compris que la poésie ne convenait pas à ce que j’avais à dire, je changeai de moyen d’expression... Après tout, qu’est-ce que la prose sinon de la poésie ?


dimanche, 30 mars 2008

le temps rongé

La semaine avec "Lulle" (la note du 25 mars, un peu alambiquée selon certain lecteur très proche) m'a entraîné dans des explorations qui rongent mes temps de lecture et d'écriture.
Je crois bien avoir exploré une quinzaine de "plates-formes" pour blogueurs.
S'inscrire, choisir, modifier, publier au moins une note.
Avec soudain cette difficulté pour supprimer ce blogue nouveau-né... qui est tellement mieux — polices et mise en page surtout — que ce petit maigrichon de quatre ans qu'autorise la gratuité d'Hautetfort.
C'est ainsi que je crains (!) me retrouver avec cinq, six, ou sept hétéronymes — non, hétéroblogues — contaminé par ma lecture conjointe de Pessoa et vaincu par mon impuissance à cliquer sur "supprimer le blogue".
Mais peut-être bien que ce serait le chemin pour éviter les insolubles accès aux squelettes de Spip ?
Et pendant ce temps-là, des échanges si passionnants, suivis à grand'peine, dans les blogues de ma colonne de gauche sur "blogues, tout et n'importe quoi", "blogues littéraires" — cliquer sur Bon, Berlol, Lignes de fuite et autres — et des écoutes qu'il me faut bien podcaster sur la Société numérique ou les rotomontades du directeur d'UGC-Ciné-Citées dans Masse Critique .

J'ai quand même trouvé le temps de relire le Supplément au voyage de Bougainville après avoir visionné les trois épisodes de Capitaine Cook sur Arte ; ce vieux Diderot supplée avantageusement, avec deux cents ans d'avance, à tous les écrits postérieurs qui auront trait aux empires coloniaux, aux sombres avatars des colonisations et autres décolonisations, aux actuelles dérives religeuses et républicaines (si ! si !) dans l'ordre du moral, de l'amoral, de l'immoral.

Une observation assez constante, c'est que les institutions surnaturelles et divines se fortifient et s'éternisent, en se transformant, à la longue, en lois civiles et nationales ; et que les institutions civiles et nationales se consacrent, et dégénèrent en préceptes surnaturels et divins.


Le temps de me retourner vers Ernst Junger pour penser la guerre — il va bien me falloir clôre la réflexion sur mes trente-deux mois de guerre coloniale dont dix de "commando de chasse", avant la fin 2008 — par la vertu d'une citation (!) d'Annah Arendt :
...de l’extrême difficulté que rencontre un individu pour conserver son intégrité et ses critères de vérité et de moralité dans un monde où vérité et moralité n’ont plus aucune expression visible.


Et pour achever, le temps de découvrir, enfin !, un vrai de vrai :
Poisson hameçonné, donc, mais pas encore arraché à la flaque bavarde, je sais combien ma lecture est fragile. Les mots n'ont pas encore trouvé leurs racines, le phrasé demeure branlant comme une dent sous le davier, je dois fermer les yeux que je serais incapable d'écarquiller pour mieux voir les limites de l'écran qu'interpose la lecture.

C'est Clairo, dans Madman Bovary. Rien que le "bruit" que fait le titre, et je suis sur le point d'être conquis !

samedi, 15 mars 2008

"gueuloir électronique" et non-académicien frustré

Un bien bon numéro d'auteurs pour le Libé de jeudi 13. Comme un souffle rafraîchissant de journalisme.
De la mosaïque en sept blogues réalisée par Laure Limongi, j'extrais — que FB ne m'en veuille point — le gueuloir électronique de Claro.

Je considère mon blog comme les vestiaires d'un gymnase, avant et après les acrobaties officielles. Je m'y échauffe, m'y plie, m'y luxe, m'y foule, j'essaie des tenues que je ne mettrais pas forcément pour aller acheter des croissants, je tutoie des types qui sont plus baraqués que moi, je dépose des pièges à souris dans les casiers qui ferment mal, je monte sur les bancs, je joue avec l'interrupteur, je cite, je phagocyte, récite. Un gueuloir électronique, une carte blanche du tendre et du moins tendre.

Celui-là, je le rencontrerai en mai au Lieu Unique où il viendra échanger sur les monstruosités bien alléchantes de Mark Z. Danielewski, La Maison des feuilles et O Révolutions, qu'il a traduites de l'américain. Ce que j'en ai feuilleté laisserait le pavé Quartiers de ON ! d'Onuma Nemon* à ranger dans les bluettes d'Arlequin. Ce Claro que FB répand dans publie.net, surgit dans ma vie de lecteur trop rangé comme un vrai gosse mal élevé que j'aurais sans doute aimé devenir !

Par contre, à la page 31 du même Libé, une fin de l'Académie française par un Michel Deguy qui me semblerait mal vieillir m'a fichu en rogne. Non que la charge ne soit point allègre sur le pouvoir déclinant de celle que Richelieu inventa pour que l'ordre régnât sur les mots. Et puis cet "philosophe, poète" a commis un Tombeau de Du Bellay et dans Actes un chapitre sur Sappho qui valent bien qu'on lui supporte souvent et ailleurs l'emploi de gros mots — dans l'article-ci : épidictique... engkômiastique — et des volutes syntaxiques si savantes que le lecteur y perd et son grec et son latin et... son français.
Mais là, il pratique l'allusion vicieuse, à la manière des très bourgeois lettrés qu'il dénonçait jusqu'alors, en bordure d'un machisme de vieux con :
... Cette idée qu'on doive trouver à l'Académie les écrivains les plus notoires du temps (voire les plus géniaux) est une fumée. L'Académie n'est pas faite pour ça et d'autant moins que le principe de parité abonde maintenant les possibles : que de dames d'œuvres dont je n'ouvre pas la liste, que je tiens cependant à la disposition des lecteurs !

Comment devrai-je m'adresser à monsieur Deguy** pour qu'il mette cette liste à ma disposition ?

Pas digne d'un "philosophe, poète", ça !

* Onuma Nemon est aussi dans publie.net
** Ce que je souffrirai ! Dans deux ou trois ans, quand parvenu à mon quarante-septième Seghers, le n° 226 de la collection "Poètes d'Aujourd'hui", je présenterai "Michel Deguy" par... Pascal Quignard ! Comment en 1975 était-il possible de "vendre" un tel jargon ? Ma crainte de ne pas être dans la course me l'avait fait pourtant acheter ! Une perle de la sémantico-sémiologico-psychanalytico-linguistique d'alors. La Terreur règnait sur les mots et ce n'était point une invention de Richelieu.
Je vous donne rendez-vous.

lundi, 10 mars 2008

un canular qui pourrait être "pour de vrai"

Vendredi, même si très occupé avec les recherches sur Alexandre que me demandait Noémie et non moins accaparé par les conjugaisons des verbes du 2e groupe en -ir à faire répéter à Célia, je feuilletai rapidement Le Monde et, en dernier page, le « Dépoussiérer les livres » signé Debray m'intrigua. Et même plus, fit sourdre une méchante inquiétude. La "connerie élyséenne" était-elle parvenue à ce point ?
Une heure passant, je me suis convaincu qu'il fallait lire cette" carte blanche" au ènième degré.
Mais nous devions redescendre en Gascogne, les deux "donzelles" achevant les congés, après une brève navigation de Foleux à Arzal.

Retour ce matin dans les bourrasques d'Ouest, la dite commission "Réformer la lecture, moderniser le livre" me turlupinait ; j'ai saisi la "chose" dans Google et voilà ce que cela m'a donné : dans Livre-Hebdo, Régis Debray avoue tout. Et il n'a pas tort, non d'avouer le canular, mais de l'avoir publier...
Pour précéder la bétise, rien de tel que cette dérision !
Marc Lévy, Paul-Loup Sulitzer — l'agité élyséen les a-t-il seulement lus, ces deux-là ? — et Michel-Édouard Leclerc, qui échoua chez les croque-morts et voudrait bien réussir chez les libraires, ne sont pas loin !

mardi, 26 février 2008

mannequin ou cafetière ? que vois-je ?

Retour de Gascogne avec Noémie et Célia pour des vacances nantaises et pluvieuses ; ce fut une virée de voûtes romanes et cisterciennes : Uzeste, Bazas, La Romieux, Moirax (ci-dessous) !

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Mais je tiens à revenir à Robbe-Grillet. Il ne fut pas dans mes livres de chevet. De ce qu'on appela — à tort ? à raison — le Nouveau Roman, je ne retiens guère que le bonheur de lecture de La route de Flandres de Claude Simon et de La Jalousie de Robbe-Grillet. Vives furent les polémiques entre littérateurs, critiques et romanciers eux-mêmes ! Robbe-Grillet, le plus théoricien de tous les tenants de ce nouveau roman, en rajouta des tonnes. Ce furent des lectures austères, "obligées", laborieuses. J'avoue que les bouquins s'empoussièrent sur les hauts des étagères. Je ne puis cependant échapper à l'écriture quasi hypnotique du "Mannequin" — que j'ai toujours nommé "la Cafetière".
Le regard ne s'ébrouera que dans les dernières lignes sur le parfum du café chaud.

La cafetière est sur la table.
C'est une table ronde à quatre pieds,recouverte d'une toile cirée à quadrillage rouge et gris sur un fond de teinte neutre, .un blanc jaunâtre qui peut-être était autrefois de l'ivoire — ou du blanc. Au centre, un carreau de céramique tient lieu de dessous de plat ; le dessin en est entièrement masqué, du moins rendu méconnaissable, par la cafetière qui est posée dessus.
La cafetière est en faïence brune.

Elle est formée d'une boule, que surmonte un filtre cylindrique muni d'un couvercle à champignon. Le bec est un S aux courbes atténuées, légèrement ventru à la base. L'anse a, si l'on veut, la forme d'une, oreille, ou plutôt de l'ourlet extérieur d'une oreille ; mais ce serait une oreille mal faite, trop arrondie et sans lobe, qui aurait ainsi la forme d'une « anse de pot ». Le bec, l'anse et le champignon du couvercle sont de couleur crème. Tout le reste est d'un brun clair très uni, et brillant.

Il n'y, a rien d'autre, sur la table, que la toile cirée, le dessous de plat et la cafetière.
A droite, devant la fenêtre, se dresse le mannequin.

Derrière la table, le trumeau de cheminée porte un grand miroir rectangulaire dans lequel on aperçoit la moitié de la fenêtre (la moitié droite) et, sur la gauche (c'est-à-dire du côté droit de la fenêtre), l'image de l'armoire à glace. Dans la glace de l'armoire on voit à nouveau la fenêtre,tout entière cette fois-ci, et à l'endroit (c'est-à-dire le battant droit à droite et le gauche du côté gauche).

Il y a ainsi au-dessus de la cheminée trois moitiés de fenêtre qui se succèdent, presque sans solution de continuité, et qui sont respectivement (de gauche à droite) : une moitié gauche à l'endroit, une moitié droite à l'endroit et une moitié droite à l'envers. Comme l'armoire est juste dans l'angle de la pièce et s'avance jusqu'à l'extrême bord de la fenêtre, les deux moitiés droites de celle-ci se trouvent
seulement séparées par un étroit montant d'armoire, qui pourrait être le bois de milieu de la fenêtre (le montant droit du battant gauche joint au montant gauche du battant droit). Les trois vantaux laissent apercevoir, pardessus le brise-bise, les arbres sans feuilles du jardin.

La fenêtre occupe, de cette façon, toute la surface du miroir, sauf la partie supérieure où se voient une bande de plafond et le haut de l’armoire à glace.

....Une bonne odeur de café chaud vient de la cafetière qui est sur la table...

Le mannequin
Instantanés


Dans la note du 19 février, j'évoquais "L'Éden et après"...
Voici, retrouvée dans mes classeurs, une image, tout aussi fascinante que la... "cafetière !

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mardi, 19 février 2008

moins de problèmes pour l'Académie française *

depuis hier en Aquitaine, dans l'antre de mon fouineur de Livres Saints !

Elle se faisait quelques soucis , la « vieille » Dame avec cet élu qui ne voulait ni épée, ni habit vert et qui l'an dernier encore écrivait de salaces histoires — quelques-unes de trop, sans doute — pour vieillards guettés — ou atteints — par l'impuissance !
Bonne immortalité, monsieur Robbe-Grillet !
Je garde précieusement deux textes qui ouvrirent, à l'époque de leur parution, mon regard sur les mots, les objets, les paysages et les absences d'histoire : La Jalousie que je dus lire en plusieurs livraisons dans la revue de la NRF entre 1956 et 1957, dans le contexte géographie même de l'intrigue (?), au fond de la forêt éburnéenne et La plage dans Instantanés que j'ai souvent lu dans mes stages de formation pour introduire au Nouveau Roman. Deux films aussi, hors sa participation de scénariste à L'année dernière à Marienbad : L'immortelle, digne d'un Loti cinéaste et L'Eden et après, pour une scène où Pierre Zimmer "sculpte" littéralement la beauté nue de Catherine Jourdan. J'en ai conservé précieusement une image, mais elle est dans mon "antre" breton et la Toile me paraît bien vide**.

* Encore lui faudra-t-il trouver un occupant au fauteuil déserté, quoique jamais occupé ?
** A quand des Robbe-Grillet en dvd ?

mardi, 05 février 2008

lecture de grogne

Tout recommence par une grogne en lisant ceci dans le Magazine littéraire de février : parfois, je me demande pourquoi je persiste à me procurer ce magazine, mais ce mois, le propos est un dossier sur Aristote — ne fut-ce que pour compenser la distribution gratuite de Platon, par Le Monde de la semaine dernière, mes préférences démocratiques alllant sans hésitation plus auprès du premier et de ses Politiques que de la République du second ; mais il ne s’agit point pour l’instant — même au proche voisinage d'élections — des deux philosophes grecs, barbus et célèbres ; je reviendrai à Aristote.

Donc, la grogne pour ceci :

« Le lecteur qui lit pour tirer parti d’une lecture est un être indigne de ce qu’il lit, et d’aillleurs entraîné à lire sans bénéfice, puisqu’il est entraîné à corrompre, par son avidité d’utilisation, ce qu’il ne pourrait espérer atteindre intact, qu’en refusant de le faire servir à quoi que ce soit, et d’abord à lui-même.»

Maurice Blanchot


J’ai toujours quelque mal à lire cet homme. L’espace littéraire, Le livre à venir, L’entretien infini demeurent des pavés qui font meubles sur les étagères :
« Qu’est-ce qu’un livre qu’on ne lit pas ? »

Me faut-il appliquer à Blanchot cette citation qu’il tire de Montesquieu :

« Je demande une grâce que je crains que l’on ne m’accorde pas : c’est de ne pas juger, par la lecture d’un moment, d’un travail de vingt années ; d’approuver ou de condamner le livre entier et non pas quelques phrases. »

Mais peut-être Blanchot a-t-il atténué, sinon effacé, la citation du Magazine tirée de chroniques écrites dans les années quarante ?
J’ai donc ré-entr’ouvert les “meubles Blanchot” ! Et son dernier, acquis un mois avant sa mort, début 2003, Une voix venue d’ailleurs, un recueil de textes brefs où l’on rencontre Paul Celan et René Char. Et quand on trouve Char, Héraclite n’est pas loin !
Me voilà reconduit près d’Aristote, celui de la collection du Monde de la Philosophie et du Magazine littéraire.
Je relis donc Blanchot, sans grogne. Il importe de nuancer ses rognes. Même demeurant un très "utilitariste" lecteur.
Héraclite et Aristote, ce sera pour demain.

lundi, 21 janvier 2008

Les mots de l’un pour saluer le retour de l’autre

Il a achevé un périple, devenu commun, mais qu’il a rendu par sa ténacité, sa modestie, son intelligence des éléments, pour une fois encore hors du commun.
Il ne me déplaît point d’apprendre qu’après avoir franchi la “Ligne” entre les Fillettes et le Petit-Minou, Francis Joyon a choisi de passer sa dernière nuit au mouillage de Roscanvel, seul.
Après cinquante-sept jours de bonheurs et d’enfers, de bruits et de fureurs, ce nécessaire face-à-face enfin silencieux avec soi-même dans ce drôle d’engin qu’est un voilier devenu son corps second, ses mains, ses bras, ses jambes, son ventre, son cul !

De passage ici, cette fin de semaine, ÉL m’a offert le livre d’un homme que je ne connaissais pas : un bénédictin de Ligugé* qui va en mer. Il a écrit Pélagiques :

La mer existe depuis toujours, et ce toujours de la mer existe toujours dans les hommes ; dans la tête des hommes ; dans le cœur des hommes ; dans les yeux des hommes ; dans les mains des hommes. Dans les couilles des hommes...........................................................
................ la mer tout à l’entour certifie le regard. Mer paupière elle-même, mer pupille. Étant là tout exprès pour s’ouvrir, pour s’offrir à la plus respectueuse rapacité de l’homme —celle du regard —, la mer magistrale apprend à l’homme, non pas seulement à se servir de ses yeux, mais à les servir. Car, amariné, l’œil est roi.


Je sais aussi d’autres êtres humains qui n’ont pas de couilles, mais qui ont un ventre autrement fécond : les Femmes de mer !

* François Cassingena-Trévedy, PÉLAGIQUES, éditions du Gerfaut, 2007