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lundi, 01 mai 2017

de nouveau, mais au printemps, à Barbotan

Revenu donc en saison printanière pour barboter dans les bienfaisantes illutations, les douches par immersion auxquelles se sont ajoutées de bien bonnes et actives bouillonnantes baignoires.
Je me suis embarrassé cette fois d'un lourd "Poésie/Gallimard", cet ÉROS ÉMERVEILLÉ qu'est l'Anthologie de la poésie érotique française trop épais pour mon sac de cure. Et d'un plus lourd et plus épais encore Montaigne ou la splendeur de la liberté.

 

Cependant ailleurs est l'urgence qui sans nuire aux jouissances et de cure et de lecture, assaille le mental du lecteur

En ces semaines de tohu-bohu citoyen, quand le seul lien identitaire qui me relie encore à ce pays de ma naissance serait sa seule langue, c'est bien le recours à deux hommes, grands fabricants de cette même langue, qui m'est mince lumière pour ce dimanche à venir.

La plainte du premier, un de mes plus anciens, poète de mon enfance :

 

France mère des arts, des armes, et des lois,
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.

Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle :
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.

Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine,
Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine
D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.

Las, tes autres agneaux n’ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent, ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.

 Joachim Du Bellay et
le Sonnet IX de ses Regrets

 

La parole assénée du second, découverte solaire de mes fins d'adolescence, ce télégramme aphoristique de René Char :

 

Réclamons venue civilisation serpentaire. Très Urgent.

 

comme un vœu de colère, comme un vote de révolte, non à glisser mais à ficher sur l'urne vaine. 

Qui peut entendre, entendra ! Qui tente de comprendre, comprendra.

samedi, 03 janvier 2015

soixante ans de "poches" et de bonheur qui commencent ainsi

Mon premier poche : Terre des hommes de Saint-Exupéry, le 68,  le 20 août 1954.
Le deuxième : Le Zéro et l'Infini d'Arthur Kœstler, le 35, le 6 décembre de la même année.
Le troisième : Journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos, le 103, en février 1955.

DSCN1966.JPG

Ils ne coûtaient que 150 fr — en "anciens francs" — et s'achetaient au sous-sol de la "grande surface" nantaise d'alors, chez Decré. Les premiers bouquins d'adolescence, pour moi tout seul, de "vrais" bouquins qui changeaient des minces classiques de Gigord, Hatier ou Larousse.

Le zéro et l'infini nous avait été proposé par notre professeur de Philo, Jacques Dujardin, pour illustrer ses cours sur le Marxisme. Dans le milieu de mes "Bons Pères, je ne me souviens pas d'un anticommunisme viscéral. Le Goulag n'était pas encore dans l'actualité, mais les procès de Moscou n'étaient pas ignorés. Dois-je avouer que longtemps d'Arthur KŒSTLER ce que je retins ce furent, dans les troubles bien tardifs d'une sexualité adolescente,  "les seins dorés comme des pommes" : cet extrait d'un dialogue tapé contre le mur de la cellule en "alphabet quadratique"

COMBIEN DE TEMPS Y A-T-IL QUE VOUS AVEZ
COUCHÉ AVEC UNE FEMME?
Il avait certainement un monocle; il s'en servait sans doute
pour taper et son orbite dénudée était prise de tics nerveux.
Roubachof n'éprouva aucune répulsion. Du moins, cet homme
se montrait tel qu'il était; c'était plus agréable que s'il avait
tapé des manifestes monarchistes. Roubachof réfléchit un peu,
puis il tapa :
IL Y A TROIS SEMAINES.
La réponse vint aussitôt :
RACONTEZ-MOI TOUT.
Vraiment, il allait un peu fort. Le premier mouvement de
Roubachof fut de rompre la conversation; mais il se souvint
que son voisin pourrait par la suite devenir très utile comme
intermédiaire avec le n°400 et les cellule au-delà. La cellule
à sa gauche était évidemment inhabitée; la chaîne s'arrêtait
là. Roubachof se cassait la tête à chercher une réponse. Une
vieille chanson d'avant la guerre lui revint à l'esprit; il l'avait
entendue quand il était étudiant, dans quelque music-hall où
des femmes aux bas noirs dansaient le cancan à la française.
Il soupira d'un air résigné et tapa avec son pince-nez :
LES SEINS DORÉS COMME DES POMMES...
Il espérait que c'était le ton juste. Il avait bien deviné, car
le N° 402 insista :
CONTINUEZ. DES DÉTAILS.
Maintenant il devait certainement se tirailler nerveusement
la moustache. Il ne pouvait manquer d'avoir une petite
mous
tache aux bouts frisés. Le diable l'emporte; il était le seul
in
termédiaire; il fallait rester en relations. De quoi parlaient les
officiers dans leur mess? De femmes et de chevaux. Roubachof
frotta son binocle sur sa manche et tapota consciencieusement :
DES CUISSES DE POULICHE SAUVAGE...
Il s'arrêta, épuisé. Avec la meilleure volonté du monde il
n'en pouvait plus. Mais le N° 402 jubilait...*

Pour les "cuisses de pouliche sauvage", l'Apollinaire des Poèmes à Lou, clandestinement introduit entre grammaire latine de Petitmangin et grammaire grecque de Ragon, m'avait déjà sensibilisé à la sensualité équestre des artilleurs de 14/18.

Ce fut aussi l'année de la triade poétique, avec mes trois "Seghers" : René Guy Cadou, René Char, Henri Michaux. Tout aussi clandestins que l'Apollinaire.
Ajouts au Claudel des Cinq grandes Odes pour la gloire catholique et aux Méharées de Théodore Monod pour le voyage — eux, avaient obtenu le "nihil obstat" du préfet de discipline — ces trois Livres de Poche et ces trois Seghers m'établissaient Lecteur.

 

 

* Arthur KŒSTLER, Le zéro et l'infini, Le Livre de Poche, n°35, 1954

 

 

samedi, 06 septembre 2014

au pays de René Char II

Au matin, on s'éveille et le Monde, des frontières de l'Ukraine au cœur de l'ancienne Mésopotamie en passant par les petites crottes humides d'une république parisienne en dérive, étale sa merde jusqu'à nous contraindre de lassitude à boucher nos oreilles - et le nez. René Char, se référant à Héraclite, nous maintient debout, loin de la nausée :

photo 2.jpg

Manuscrit d'Héraclite d'Ephèse
III. Grands astreignants...
Recherche de la base et du sommet, 1971

 

Quelques années auparavant, appuyé à Georges de La Tour, dans le maquis de Céreste, il écrivait :

photo.JPG

 

 

 

 

 

 La reproduction en couleur du Prisonnier de Georges de La Tour que j'ai piquée sur le mur de chaux de la pièce où je travaille, semble avec le temps, réfléchir son sens dans notre condition. Elle serre le cœur mais combien désaltère !
....................................
Le Verbe de la femme donne naissance à l'inespéré mieux que n'importe quelle aurore....

 

Feuillets d'Hypnos, 178
1943-1944

in Fureur et Mystère, 1962

 

 

 

 René Char achevait son texte par un salut au peintre :

« Reconnaissance à Georges de La Tour qui maîtrisa les ténèbres hitlériennes avec un dialogue d'êtres humains. »

 

Reconnaissance à René CHAR dont le poème, aujourd'hui, me MAINTIENT.

 

 

 

 

 

 

 

mercredi, 03 septembre 2014

au pays de René Char

 

Des deux ou trois heures passées dans les rues d'une Isle-sur-Sorgue où sur la présence/absence de l'homme René Char semblent s'insinuer de sournoises querelles entre veuve, municipalité, association des amis du poète, ne retiendrais-je donc que cette image ?

P1100904.jpg

©Nicléane

Mais quelle roue dans le cœur de l'enfant aux aguets tournait plus fort, tournait plus vite que celle du moulin dans son incendie blanc ?

Déclarer son nom
Au-dessus du vent
La Parole en archipel 1952-1960

 

 

 

 

 

 

jeudi, 02 janvier 2014

bonne résolution pour 2014

 

Les avis de grand frais qui ont envahi nos cieux d'ouest portent à aller de l'avant. L'an 2014 sera donc de philosophie — le bouquin de chevet en est un gros "poche", Philosophie anthologie de Michel Foucault, un auteur disparu il y a quarante ans, dont il faut souligner l'inactualité puisqu'il semble désormais appartenir à la grande tradition philosophique occidentale. Mais ce sera l'archéologue du "Souci de soi" qui, surtout, occupera mon penser.


Il n'y a donc pas d'âge pour s'occuper de soi. « Il n'est jamais ni trop tôt, ni trop tard pour s'occuper de son âme», disait déjà Épicure: «Celui qui dit que le temps de philosopher n'est pas encore venu ou qu'il est passé est semblable à celui qui dit que le temps du bonheur n'est pas encore venu ou qu'il n'est plus. De sorte que, ont à philosopher et le jeune et le vieux, celui-ci pour que, vieillissant, il soit jeune en biens par la gratitude de ce qui a été, celui-là pour que, jeune, il soit en même temps un ancien par son absence de crainte de l'avenir.* »
Apprendre à vivre toute sa vie, c'était un aphorisme que cite Sénèque et qui invite à transformer l'existence en une sorte d'exercice permanent; et même s'il est bon de commencer tôt, il est important de ne se relâcher jamais.


 Michel Foucault
Philosophie, anthologie,
p. 747.
 
 

Le poème ne sera jamais très loin :

On ne peut pas commencer un poème sans une parcelle d'erreur sur soi et sur le monde, sans une paille d'innocence aux premiers mots.

 René Char,
 Sur la Poésie


 

* Épicure, Lettre à Ménécée.

mercredi, 20 novembre 2013

pour maintenir ouvert l'œuvre du Camus centenaire

 

Un dernier bouquin s'est ajouté, ce dimanche 17 novembre, à la pile "Albert Camus", après mon passage à la braderie que proposait le Grand Séminaire de Nantes se délivrant à très bas prix de milliers d'ouvrages dont les legs entraînent sans doute l'encombrement de sa bibliothèque ; deux longues travées dans le cloître couvert : dans l'une, "les ouvrages de théologie, de foi et de religion" — sic —, dans la seconde, "les ouvrages profanes" — à nouveau, sic !
Je n'avais acquis, dans les ouvrages... profanes que Mission terminée de Mongo Béti, ce savoureux roman africain de la fin des années cinquante, lu dans la sensuelle moiteur de mes derniers jours éburnéens, prêté sans doute et... perdu quand, à la sortie du cloître, pris par le remords, je m'emparai pour 1€ de ce tome II des Carnets paru en 1964, dans la collection Soleil de chez Gallimard. Un premier parcours m'a livré ceci :


Petite baie avant Ténès, au pied des chaînes montagneuses. Demi-cercle parfait. Dans le soir tombant, une plénitude angoissée plane sur les eaux silencieuses. On comprend alors que, si les Grecs ont formé l'idée du désespoir et de la tragédie, c'est toujours à travers la beauté et ce qu'elle a d'oppressant. C'est une tragédie qui culmine. Au lieu que l'esprit moderne a fait son désespoir à partir de la laideur et du médiocre.
Ce que Char veut dire sans doute. Pour les Grecs, la beauté est au départ. Pour un Européen, elle est un but, rarement atteint. Je ne suis pas moderne.

Carnets, tome II
Cahier n°V, septembre 1945-avril 1948

 

Ramené, le lecteur, plus de cinquante ans en arrière dans ces paysages contemplés du haut de ces crêtes du Dahra.

La beauté, le désespoir et la mer pensés par les Grecs.

Et "ce que Char veut veut dire" ? En avril 1948, Camus vient certainement de lire la préface que son ami a écrite pour Fragments d'Héraclite d'Éphèse d'Yves Battistini — ce que laisserait entendre leur échange de lettres en mai 1948.


 Disant juste, sur la pointe et dans le sillage de la flèche, la poésie court immédiatement sur les sommets, parce qu'Heraclite possède ce souverain pouvoir ascensionnel qui frappe d'ouverture et doue de mouvement le langage en le faisant servir à sa propre consommation... Au delà de sa leçon, demeure la beauté sans date, à la façon du soleil qui mûrit sur le rempart mais porte le fruit de son rayon ailleurs.
Héraclite ferme le cycle de la modernité qui, à la lumière de Dionysos et de la tragédie, s'avance pour un ultime chant et une dernière confrontation. Sa marche aboutit à l'étape sombre et fulgurante de nos journées. Comme un insecte éphémère et comblé, son doigt barre nos lèvres, son index dont l'ongle est arraché.

1948
René Char

Recherche de la base et du sommet.


Faut-il à ces textes adjoindre l'anecdote de Tipasa, quand Albert Camus et Louis Guilloux, l'homme du Sang Noir, contemplent la beauté solaire du lieu des Noces et que l'ami breton hasarde naïvement qu'il y manque quelques nuages ?
Les hommes d'Ouest ne peuvent se défaire, dans la beauté et le désespoir, des brumes atlantiques.

Aube.JPG

Brume.JPG

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Modestement, je mets mes pas dans ceux de Camus : décidément, je ne suis pas moderne.

vendredi, 17 mai 2013

un dernier faux sonnet, celui de René Guy Cadou

 

Naguère — c'était à Nantes en 1999 — lors d'un colloque sur René Guy Cadou, un poète dans le siècle, Paule Plouvier, une universitaire de Montpellier III, présenta sa contribution sous le titre suivant Cadou, Char, alliances secrètes.
Belle audace !
En quarante-quatre ans de lecture de l'un et de l'autre, je n'avais jamais imaginé possibles ces alliances, tant les deux René étaient en moi, leur liseur, l'harmonie des contraires.
Paule Louvier les lient par l'enracinement dans leurs contrées natales, la terre provençale et le paysage nantais, baignées par leurs lumières singulières, habitées par leurs bestiaires et leurs propres floraisons végétales, mais contrées cependant "qui ouvrent à l'universel car ce sont (elles) qui, en modelant une sensibilité, permettent au sujet de forer au plus profond d'une recherche de la parole juste, susceptible de témoigner de la vérité de l'homme.."

J'y ajouterai les liens de l'amitié qui enlacent les recueils de l'un et l'autre et c'est ainsi que je parviens à l'un des rares textes de Cadou qui rejoint la forme de Remise, quand, en quatorze vers, Cadou, l'élégiaque au bord des larmes, évoque une soirée de solitude.


LA SOIRÉE DE DÉCEMBRE



Amis pleins de rumeurs où êtes-vous ce soir
Dans quel coin de ma vie longtemps désaffecté?
Oh! je voudrais pouvoir sans bruit vous faire entendre
Ce minutieux mouvement d'herbe de mes mains
Cherchant vos mains parmi l'opaque sous l'eau plate
D'une journée, le long des rives du destin!
Qu'ai-je fait pour vous retenir quand vous étiez
Dans les mornes eaux de ma tristesse, ensablés
Dans ce bief de douceur où rien ne compte plus
Que quelques gouttes d'une pluie très pure comme les larmes ?
Pardonnez-moi de vous aimer à travers moi
De vous perdre sans cesse dans la foule
O crieurs de journaux intimes, seuls prophètes
Seuls amis en ce monde et ailleurs!


René Guy CADOU
Hélène ou le Règne végétal (1950)

 

Ces trois notes sont à l'adresse de certain(e)s
qui hantent les parages de ce blogue
et cheminent depuis longtemps parfois
en forant à la recherche de la juste parole,
dans les textes de Michaux, de Char, de Cadou.

« ...seuls prophètes, Seuls amis...»

Je pense à l'un d'entre eux qui, l'hiver 2008,
m'adressa en commentaire cette Soirée de Décembre.

Mais dieux, c'est quoi un Sonnet ?

mercredi, 15 mai 2013

le faux sonnet de René Char

Ce n'est toujours pas un sonnet, mais les quatorze vers y sont, leur métrique est, pour la plupart d'entre eux, proche de l'alexandrin : douze pieds, — syllabes, disent désormais certains puristes. C'est un texte encore dans la quincaillerie surréaliste,— Char s'est récemmment séparé du mouvement, mais ne renie point son appartenance passée — avec des images superbes et un hermétisme certain, cette obscurité héraclitéenne, souvent revendiquée.


Le titre est, comme souvent chez Char en rapport subtil avec le texte, et même avec le recueil, Dehors la nuit est gouvernée. Il est le pénultième d'une mince brochure, parue en 1938, imprimée et rééditée bellement en 1949 par Guy Lévis Mano, augmentée d'un Placard pour un chemin des écoliers, dédié aux enfants d'Espagne.

Naguère, le lecteur était nu devant un tel écrit. C'était peut-être aussi bien pour la saisie émotionnelle. Désormais, les biographes se sont emparé du quotidien, jusqu'au plus trivial.
Entre 1936 et 1938, c'est la  la guerre d'Espagne, c'est le bond social et ambivalent du Front Populaire, c'est dans l'intime du poète une maladie grave et des soucis avec l'artisanat familial, c'est le pressentiment de ces annnées si sombres qui adviennent.
Les textes, hors Une Italienne de Corot et les casseurs de cailloux de Courbet, sont amers, tourmentés. Dans l'introduction qu'il écrit en 1948, Char le reconnaît :« J'étais parvenu à cette époque, avec mon tourment, sur ces crêtes où hauteur et profondeur n'échangent plus leur différence, sont inexorablement étales. »


Remise est donc bien le lieu écrit où, après un long et tortueux périple, on "laisse filer les guides" dans l'apaisement de la plaine et le lecteur crée le lien avec le premier vers.

La sérénité et la chaleur du compagnonnage sont retrouvées  quoique demeurent les images menaçantes de dangers qui exigent vigilance et attention. D'un vers à son suivant, on mesure cette nécessité de l'alliance des contraires d'où surgit la beauté du texte.


REMISE



Laissez filer les guides maintenant c'est la plaine

Il gèle à la frontière chaque branche l'indique

Un tournant va surgir prompt comme une fumée

Où flottera bonjour arqué comme une écharde

L'angoisse de faiblir sous l'écorce respire

Le couvert sera mis autour de la margelle

Des êtres bienveillants se porteront vers nous

La main à votre front sera froide d'étoiles

Et pas un souvenir de couteau sur les herbes




Non le bruit de l'oubli là serait tel

Qu'il corromprait la vertu du sang et de la cendre

Ligués à mon chevet contre la pauvreté

Qui n'entend que son pas n'admire que sa vue

Dans l'eau morte de son ombre.

René CHAR

Dehors la nuit est gouvernée, 1938

 

Les cinq derniers vers me sont indéchiffrables. Je n'ai comme seul recours à une amorce de compréhension que ce dicton Halpulaar que je tiens d'un sage très âgé du village de  Sébou sur les rives du fleuve Sénégal :

Les yeux voient ce qu'ils ne veulent pas voir, mais les pieds ne vont que là où ils veulent aller.

Mais là, ne se rapproche-t-on pas plus de Michaux ?


Et Remise n'était donc point un sonnet. Par contre, dans Placard pour un chemin des écoliers, Char se rapproche de François Villon et d'un genre très ancien de notre langue, il écrit une très belle ballade, Compagnie de l'écolière.

 





* Remise  (in Trésor de la langue française informatisé)
1. Vieilli. Local couvert destiné à abriter des véhicules. Synon. entrepôt, garage, hangar. Les remises à voitures sont toujours rectangulaires; les remises à machines sont, ou rectangulaires, ou en forme de secteur de cercle, ou entièrement circulaires (BRICKA, Cours ch. de fer, t. 1, 1894, pp. 253-254). J'avais une chambre à moi; elle donnait sur la cour, face au bûcher, à la buanderie, à la remise qui enfermait, périmées comme d'anciens carrosses, une victoria et une berline (BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 82).

2. Dépendance, local où sont rangés des instruments, des objets. Remise aux outils. L'atelier de Labanne était si rempli de livres qu'on eût dit une remise de bouquiniste (A. FRANCE, Chat maigre, 1879, p. 217).

lundi, 13 mai 2013

...ne furent point "sonnettiers"

Je le regrette. Les trois hommes, René Guy Cadou, René Char, Henri Michaux, qui m'ouvrirent, dans les années cinquante, à la poésie contemporaine d'alors n'écrivirent pas un sonnet, ce poème en 14 vers —de la monosyllabe à l'alexandrin, répartis en 2 quatrains et  et 2 tercets aux rimes alternées ou embrassées

J'ai tenté avec le seul critère des quatorze vers de lire — élire — quelques rares textes de ces trois poètes qui, en vers libres et sans rimes, approchaient au plus près ce qu'est le sonnet.

Mais déjà, le premier d'entre les trois s'écartait de la règle des quatorze vers. La parole à Michaux.



EMPORTEZ-MOI

Emportez-moi dans une caravelle,
Dans une vieille et douce caravelle,
Dans l'étrave, ou si l'on veut, dans l'écume,
Et perdez-moi, au loin, au loin.

Dans l'attelage d'un autre âge.
Dans le velours trompeur de la neige.
Dans l'haleine de quelques chiens réunis.
Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.

Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,
Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,
Sur les tapis des paumes et leur sourire,
Dans les corridors des os longs, et des articulations.

Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.

Henri MICHAUX
Mes Propriétés, 1929

 

L'ouverture au premier quatrain est une poignante élégie océane. Supplique adressée à ces divinités que par défaut nous nous inventons pour pallier les cieux désertiques.

Le quatrain suivant, Michaux revient à la terre invoquant en lieux de perte le minéral, l'animal et le végétal.
Faut-il pressentir l'amour — d'aucuns l'avancent — dans le dernier, comme une infinie douceur, précédant la dureté et le glissement rugueux dans les "lointains intérieurs"  et ce que j'entends comme un cri exigeant l'ultime délivrance :  

ou plutôt enfouissez-moi.

Ce presque sonnet rejoint ou annonce le lyrisme désespéré de Nausée ou c'est la mort qui vient, d'Amours, du Repos dans le malheur, de Sur le chemin de la mortDans la nuit et de Ma vie.

La révolte et ses contres, l'humour et ses rires ravageurs sont proches. Que se méfient les dieux et le Roi ! Dans Face aux verrous, sans implorer, sans supplier, il écrira :

Assez. J'ai passeport pour aller demain de par les mondes.

Adieux d'Anhimaharua.

Henri Michaux s'immobilisera enfin, le 19 octobre 1984. Incinéré avec quelque retard* : le crématorium du Père-Lachaise était en panne ! Même sans sonnet, Monsieur PLUME sera donc toujours parmi nous. Et sur ma table de lecture.

*Lu dans l'épaisse et très bonne biographie Henri MICHAUX, par Jean-Pierre Martin, Biographies, nrf, Gallimard, octobre 2003.

lundi, 17 décembre 2012

l'écrire et le coude

Au mitan de la nuit quand dans l'attente de l'aube la pluie cesse de fouetter la vitre.

L'acte poignant et si grave d'écrire quand l'angoisse se soulève sur un coude pour observer et que notre bonheur s'engage nu dans le vent du chemin. 
                                                               

À une sérénité crispée


Sans doute plus que le geste d'écrire, le geste qui « précède » l'écriture !

 

Un mince créneau de calme météo : je largue ce soir les amarres de Dac'hlmat pour l'entrée du golfe.