mercredi, 21 octobre 2009
un adolescent poli
« Pourquoi tenir un site ?
— Par politesse ! »
C'était une bribe du dialogue entre Régis Debray et Marc Voinchet sur le France Cul de ce matin. J'ai apprécié !
En écho "papier" — décidément, je suis en pleine médiologie, — Ouest-France ouvrait ainsi sa rubrique "Ados" : Pourquoi se raconter sur Internet ?
Bon, je me sens plus près de l'adolescence que de la médiologie, bien que j'aie eu quelqu'accointance, ancienne, avec l'homme Debray en notre jeunesse de l'année 1963 — les CinéPop dans l'Algérie indépendante, quand René Vautier transportait, dans ses valises à caméras, un jeune futur révolutionnaire encore normalien — et que l'aphorisme de Mac Luhan, « le médium est le message », fût longtemps objet de mes préoccupations de métier.
Ouest-France* n'écrit pas sur la politesse des adolescents, mais sur leur capacité à utiliser la Toile (blogues, forums) comme arme du virtuel pour affronter le réel. Et d'ajouter — et c'est là que j'ai eu quelques frémissements de sympathie :
...ce qui pousse de nombreux ados à éditer plusieurs blogues sous des identités distinctes, parfois radicalement différentes. Une façon de vérifier qu'ils pourraient aussi exister autrement.
Revenait l'ombre de l'homme aux soixante-treize — et sans doute plus — hétéronymes**, Fernando Pessoa, alias Alberto Caeiro, alias Ricardo Reis, alias Alavaro de Campos, alias Bernado Soares, alias..., alias... , un vrai vaisseau des Argonautes, qui descendrait le Tage, à lui seul.
Allez, ami(e)s blogueuses et blogueurs, combien d'hétéroblogues tenez-vous ?
Quant à moi, je suis du côté des adolescents. L'ai-je quitté d'ailleurs cet âge ? Peut-être y suis-je revenu ?
Marcel Détienne, dans l'invention de la mythologie, traduisant, en tordant quelque peu Platon, n'écrit-il point :
παῖδες πρεσβῦται
les enfants du vieil âge
in Lois, IV,712.***
* Hélas ! la rubrique qui se tient en collaboration avec Phosphore et Okapi (!!!) ne peut s'achever qu'en eau de boudin moralisatrice, avis de psychanalyste à l'appui.
** Certains amis blogueurs citeraient plus volontiers Volodine.
*** Je n'y échappe plus. Le Grec ancien revient en force chez le vieil adolescent ? Qu'au moins ce ne soit point marque d'impolitesse !
samedi, 10 octobre 2009
cinq ans déjà ! ou de trop ?
Cinq ans à parsemer la Toile de petits cailloux, joyeux ou tristes, selon les vents, les pluies, les lectures, les pensers, un chant, des musiques, un regard.
Pour inaugurer cette sixième année — peut-être à suivre —, en voici trois :
Μηδὲν ἄγαν σπεύδειν *
Théognis de Mégare,
poète didactique et élégiaque, vers 540 avant notre ère.
Il aimait placer son bonheur dans le foulard parfumé d'une femme ou sous une pierre oubliée au bord du chemin.
Amin Zaoui, auteur algérien
La chambre de la vierge impure.**
à RenéGuy Cadou
De bas brouillards tremblaient aux vallées de l'automne
Les chiens jappaient sans fin sur le bord des ruisseaux
On entendait rouiller leurs abois dans l'écho
A des lieues et des lieues, sur des pays sans borne.
Le vent sentait la pierre rêche et le gibier
II était dur et vif à nous trancher la gorge.
Nous nous hâtions vers quelque grange, dont le porche
Offrait déjà l'abri à des coqs qui chantaient
Lorsque, sur le revers d'un coteau, nous trouvâmes
La jaune apaisante caresse des raisins.
Bien à l'écart du vent, des grappes plein les mains
Nous bûmes longuement, renversés sur la flamme.
Luc Bérimont
Le vin mordu***
* Les latins auraient écrit :
"In medio stat virtus".
François de Sales aurait traduit :
"La vertu se tient au milieu".
Le bon (?) sens populaire, au choix :
"Point trop n'en faut !"
"Ni trop, ni trop peu !"
Et pour revenir aux Grecs qui ont l'art de la plus grande concision, ils font, parfois, sauter le "σπεύδειν" et vous livrent ainsi un bref
"Μηδὲν ἄγαν".
** Une lecture de ces jours-ci.
*** Une lecture d'il y a plus de cinquante ans, quand je découvrais la poésie contemporaine d'alors, que je découpais des poèmes dans le Figaro littéraire (???), un poème relu dans Les Cahiers Cadou et de l'École de Rochefort-sur-Loire, parus dans l'été 2009, aux éditions du Petit Véhicule.
mardi, 29 septembre 2009
Blogue ou ne blogue plus ! Scanne ou ne scanne point !
Faudrait-il ne plus aller en mer ?
Trois notes en ce septembre. C'est un mois amorphe.
Tant de petits événements dont les longs moments de rêveries — "rêvasseries", devrais-je écrire — marines, m'éloignent !
Ces sites et ces blogues qui ferment, cet entremêlement entre la Très Grande Bibliothèque, ses ancien (gaullien) et nouveau (chiraquien) présidents, LE nouveau ministre — un ministre ou un papillon ? — et Goggle ! La presse s'en fait régulièrement l'écho et le site de l'homme qui est une aiguille, oh combien précieuse !, dans la botte de foin creuse les interrogations jusqu'à provoquer un commentaire du président en exercice de la BNF.
Je m'en fus naguère visiter ZazieWeb : ça remonte à janvier 2001. J'aimais bien. Dans l'émoustillement de la nouveauté, j'ai même commis une ou deux notes.
Puis, j'ai migré vers remue.net, quand FB, seul tenait rubriques sur Toile ; j'ai espacé mes visites quand le site s'est "collectivisé" — Oh ! le vilain mot —, mais il est vrai que j'ai ressenti ce passage comme une dépersonnalisation.
Le site devenait sérieux et littéraire en diable ! Il passait des marges au bon vrai réseau "Lettré".
Et je suis prosaïquement revenu aux papiers du Monde des Livres, à LibéLivres, de temps à autre au Magazine littéraire selon les dossiers et les thèmes, aux rayons de la Fnac — pour consulter, jamais pour acheter — et à mon Libraire de la Fosse.
Demain, j'y vas !
lundi, 24 août 2009
reprise
« Aujourd'hui, je traverse la mer », a-t-il écrit.
« Hier, j'allais en mer. Demain, j'irai en mer. », écrirais-je !
Je ne traverse point, c'est dire que je ne vais nulle part. Il y eut, cet été, de tels moments vers nul lieu. Et j'y étais bien !
Dure, cete reprise. Quasi comme pour une rentrée. Pour rompre le silence du blogue, j'ai dû aller quêter chez les amis. M'y ont bien aider le tiers livre et les "cornettes et sonneries" d'un certain C.C.
Tout en décousu, comme furent les navigations hebdomadaires toutes en points de suspension, furent ainsi les lectures, espacées par ces longues longues rêveries sur mer calme et brises si ténues.
Beaucoup d'ennui avec Notre besoin de Rimbaud de Bonnefoy : je peine à donner une suite à ma note du 9 juillet.
Un bel et sourd étonnement avec L'archéologue de Philippe Beaussant. Sourd comme une source : 145 pages au bord de la mort qui s'avance entre désert et jungle. « Le sens de la vie, la musique, le voyage, l'enracinement, la mort. » me disait le feuillet glissé entre les pages par celle qui m'a offert ce bouquin comme un troc contre Deuil de Barthes. Dès les premières pages :
Je comptais les secondes avec mon sang.
Et puis au hasard des bouquineries qui deviennent une coutume estivale sur les quais des ports bretons, le retour d'un passé qui me reste en travers de la gorge depuis plus de quarante ans : La Fronde des généraux* de Jacques Fauvet et Jean Planchais ; c'est écrit "à chaud" six mois à peine après ces deux jours d'avril 61 qui ébranlèrent la république. Cest un travail propre de journalistes ; ce n'est pas encore de l'histoire. Ça peine à le devenir, d'ailleurs.
Des généraux, des colonels, un Général, d'autres généraux, quelques capitaines et deux ou trois ministres ! Et, cités comme pour mémoire, ceux qu'on appelait alors les "Appelés" ! Et on ne parle de "nous" qu'à travers les transistors. Pourtant, nous n'avons pas attendu d'ordre. De quiconque !
J'en écrirai de ce temps-là.
C'est la première fois que le jardin ne souffre point des absences du vieux marin. Les Noires de Crimée, les Cœurs de bœuf et autres Cornus des Andes mûrissent avec lenteur. Cest décidé, je m'inscris à l'Atelier du goût que propose Le Lieu Unique en octobre sur les variétés anciennes de tomates.
Mieux vaut parler de tomates que de guerre. Bien que...? Sur tomates et guerre, certain président du Conseil en février 56...
Décidément, mieux vaut encore aller en mer.
* La Fronde des généraux, Jacques Fauvet & Jean Planchais, Coll. Notre temps, Arthaud, octobre 1961.
vendredi, 03 juillet 2009
blogue au gré des marées, des escales portuaires et...
... des bornes "wifi".
Nous larguons demain.
Intermittence estivale du blogue. Mais le MacBook embarqué pourra enfin nous connecter, dans nos ports de Bretagne.
J'embarque aussi mon vieux Rimbaud en Pléiade (acquis en 1958 et qui, glissé dans le sac du commando, crapahuta dans les djebels*) et d'Yves Bonnefoy, son Besoin de Rimbaud que m'a offert Babélio, ma préférée bibliothèque en ligne contre une critique du dit Bonnefoy.
Chose promise, chose due ; j'eusse préféré Enid Starkie, Henry Miller, Pierre Michon et même Philippe Sollers qui dissémine dans ses bouquins quelques pages fort pertinentes. À preuve, les six pages sur Isabelle R. dans Un vrai Roman. Mémoires.
Ou encore la lecture décalée de Jean-Luc Steinmetz, avec ses Femmes de Rimbaud.
Ou encore les quelques lignes de René Char dans Recherche de la base et du sommet.
Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi.
La Fontaine narrative
De Bonnefoy, je crains une sorte d'évanescente spiritualité oscillant entre espoir et désespoir, bien et mal qu'il me faudrait écrire, ce à quoi, désormais, je répugne, avec un grand B et un grand M.
Du mouvement et de l'immobilité de Douve, lu à la fin des années 60, m'a souvent laissé dans une songeuse inertie.
De Rimbaud, dans Fleurs. Et ceci nous accompagnera, mes petites-filles et moi dans notre paisible errance de juillet.
Tels qu'un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.
Je ne suis guère sérieux, mais j'y entends déjà du Saint-John Perse !
* Je tentais alors de "résister " avec les seuls appuis dont je disposais.
jeudi, 18 juin 2009
à lire
Mince interruption dans la lecture de Merlin. Ça a certainement à voir avec l'écriture des mythes anciens qui nous animent.
Quel est l'auteur du premier Merlin ? Combien d'anonymes "artisans" ont conté, raconté, écrit, réécrit Merlin et Viviane ? Quelle "hadopi" pour contrôler ce vaste copiage commencé il y a plus de quinze siècles que certains Nennius, Geoffroy de Monmouth, Robert Wace, Richard de Boron ont souhaité s'attribuer et signer de leur seul nom ?
Je pense, sinon urgent, du moins passionnant d'aller lire — on la trouve facilement — l'aiguille dans la botte de foin qu'est le blogue affordance.info d'Olivier Ertzscheid.
Il y est question d'un certain Opéra Unite.
Dommage, c'est encore en anglais.
vendredi, 01 mai 2009
un premier mai, du muguet et pourquoi pas Lorca
J'étais bien décidé à rejoindre, ce matin, les cortèges de manifestants. Tout en ignorant sous quelle bannière — souvent entre deux bannières ! — j'allais défiler. Et puis ma bonne vieille fainéantise des 1er Mais de naguère m'a fait me lever pour cueillir du muguet — il a plus de cinquante ans et il me fut donné par la mère Guérin, ma si gentille voisine qui s'en est allée.
Et puis donc, je me suis recouché, ayant toujours pensé qu'il me fallait pratiquer la paresse pour fêter le Travail.
Mais j'ai eu l'heur d'aller visiter le blogue de celui que je nomme discrètement "mon infréquentable" — désormais, la discrétion n'est plus de mise — et j'y ai lu une fort belle charge sur les lecteurs ; mais allusion était faite d'un désaccord qu'il aurait eu avec un autre blogueur à propos de Lorca.
Et me voilà, repartant sous la couette avec mon tome II des Poésies de Lorca, moi qui pensais attaquer la page 16 des Onze de Pierre Michon.
J'y ai lu — relu à voix basse — le Divan du Tamarit, songeant mélancolique
Te voir nue, c'est se rappeler la Terre,
la Terre lisse et vierge de chevaux,
la Terre sans aucun jonc, forme pure,
fermée à l'avenir : confins d'argent.
Te voir nue, c'est comprendre l'anxiété
de la pluie cherchant la fragile tige,
la fièvre de la mer au visage immense
sans trouver l'éclat de sa joue.
Le sang sonnera à travers les lits
et viendra tenant son fer fulgurant,
mais toi tu ne sauras pas où se cachent
le cœur de crapaud ou la violette.
Ton ventre est une lutte de racines,
tes lèvres sont une aube sans contour.
Sous les roses tièdes de ton lit
gémissent les morts, attendant leur tour.
Casida de la Femme couchée
Le Divan du Tamarit
Je suis un indéracinable adepte du "nostos" grec. Manière de me confronter à l'aporie "célébrer le travail sous la couette".
Le "petit Nicolas", ses gouvernants, ses banquiers et la grippe porcine sont à la fois trop proches et si lointains !
Revenons aux Casidas de Federico et laissons avec sympathie les Travailleurs défiler.
À quelques dames donc et à Constantin C.
mardi, 14 avril 2009
mon blogue et moi
Mendiant, mais gouverneur d’une gamelle.
Henri Michaux
TRANCHES DE SAVOIR
Face aux verrous
dimanche, 29 mars 2009
en vrac
Une semaine en vrac.
Où ne surnage qu'une colère à propos d'un débat aux Archives départementales où il est question de Guerre d'Algérie, des positions prises par Germaine Tillion d'une part et de celles des "porteurs de valises" et autres Beauvoir et Sartre d'autre part, des injures de ceux-ci écrites à l'égard de celle-là, de ce qui fut arrivé si le MNA n'avait pas été liquidé par le FLN.
Bref, des points de vue à l'emporte-pièces tenant plus de la philosophie de coin de zinc que de la sérénité que devrait apporter le recul de bientôt cinquante ans, même chez des acteurs et témoins de ce "temps d'algèbre damnée".
Repos et sérénité en lisant un entretien de Mona Ozouf sur sa bretonnité et son esprit républicain ; quand cet entretien est précédé d'une trop brève recension sur Françoise Héritier et sa Pensée en mouvement, je me dis que je suis bienheureux de vivre mes humbles pensers dans l'ombre doucement lumineuse de ces femmes de rigueur.
À l'instar de ma "Grande Vieille" Germaine, elles ne se prennent point pour l'incarnation du Bien, mais — sacrés dieux ! — dans les indécences, sinon obscénités actuelles, il me semble respirer un air salubre.
Les belles giboulées de mars n'y sont sans doute pas étrangères, à ce souffle plus ample.
Autre lecture plus "râlante" — pourquoi se fustiger alors ? — en feuilletant le dernier Sollers de "poche", Un vrai roman, Mémoires. C'est mon côté "pipole" : connaître les dessous du microcosme "grand lettré" de ma jeunesse et avec Sollers, je ne suis jamais déçu des odeurs et relents des arrière-cuisines intellectuelles de l'époque (années 60-70) qu'il diffuse à souhait.
Il est d'un aplomb quand il justifie ses penchants maoïstes des années terroristes de Tel Quel (voir pages 142-143). Et je ne mentionne que brièvement sa manière de désertion de luxe, parrainée par Malraux, qui tient plus des petites lâchetés d'un jeune auteur déjà couronné de lauriers que du courage désespéré d'un militant pacifiste.
Pourquoi donc mon addiction à collectionner les “œuvres en poche" de monsieur Joyaux ? Parce que nous sommes "de la classe" - argument d'une rare débilité, j'en conviens — mais encore parce que le bonhomme quand il écrit de peintres et de peintures, de musiques et de musiciens, d'amours plus à la Casanova qu'à la Don Juan, il devient talentueux.
J'ai retrouvé, le jour même de mon anniversaire — récent — un bouquin de lui, marqué en page de garde de l'ex-libris, « Biskra, le ...mars 1963, pour mon anniversaire »* qui, entre autre chapitre dévergondé Introduction aux lieux d'aisance**, offre une quarantaine de pages d'une Lecture de Poussin qui annoncent déjà ses chroniques de la Guerre du Goût et de l'Éloge de l'infini. Il sait, le bougre, d'ailleurs fort bien les vendre, ses essais, tout au long de ce qu'il titre ses Mémoires !
* Le beau temps, où dans une Algérie algérienne toute heureuse de sa fraîche indépendance, on pouvait trouver au bord du Sahara, un petit libraire biskri qui vous procurait les dernières parutions de l'édition française, associant dans sa vitrine les titres de celle-ci aux belles calligraphies des premières de couverture venant du Caire ou de Damas. Et ceci était nouveau !
** En exergue de ce chapitre, la jeunesse ne témoignant d'aucun respect, une citation de Thérèse d'Avila :
Faites ce qui en est en vous.Et en conclusion, cette autre attribuée à un humaniste innomé (Voltaire ?) :
Il faut faire en se jouant, ou ne faire pas.Dans la même tonalité, j'aime bien la salutation poitevine de la rencontre quand le saluant s'informe de la santé du salué :
— Comment vas-tu ?Cette dernière, rabelaisienne en diable, je la dédie, pour raisons différentes, à CC et à FB.
— Je vâs !
vendredi, 20 mars 2009
qu'ai-je lu ?
Un cinglant billet de Édouard Launet dans sa chronique du LibéLivres d'hier "On achève bien d'imprimer" ; ça commence très, très fort :
« Les "gens" — eux, moi, vous peut-être —mentent effrontément lorsqu'on les interroge sur leurs lectures. »
Il relate une étude britannique d'où il ressort qu'on dit "avoir lu", alors qu'il n'en est rien, que le livre n'a peut-être même pas été ouvert.
Le pourcentage est étonnant de ces liseurs non lecteurs : 61 %.
Et pour quoi faire croire ainsi : « Des études ont montré que les gens mentent pour se rendre sexuellement plus attractifs.»
Diantre ! Je m'interroge désormais sur mes appétits de lecture.
À ma décharge, quand on me demande :
« As-tu lu tel, ou tel ? » Je suis plutôt dans l'évasif.
Souvent quand j'ai lu, mais vraiment lu, je réponds d'ailleurs — ce qui est la vérité vraie : « Je lis. »
Par exemple, c'est ce que je peux répondre pour tous ces gens de pensers et d'écriture dont je rends modestement compte en ce blogue.
Bien que ?
Hier, je me suis pris en flagrant délit de menterie à moi-même : , ces jours, je me tâte pour décider de l'achat d'une quatrième version des Essais, celle qui était annoncée dans Le Monde du 28 février*, où il est écrit entre autres à propos de cette ènième adaptation en français moderne : « Lanly, et c'est le tour de force, n'a pas touché à la structure de la phrase de Montaigne. Il a restauré les mots…». Ça me tente ; hier donc, je rentre chez mon libraire de la rue de la Fosse pour tester cette "restauration".
Et je tombe sur le chapitre XII du Livre II, l'Apologie de Raymond Sebon, ...que je n'ai jamais lu, alors que j'affirme mordicus que j'ai lu Montaigne.
Non, allez, je fais la pirouette : je n'ai pas lu, je lis Montaigne. Et ainsi des vingt ou trente, ou quarante qui sont là, sur les rayons, au plus proche de cet écran, mon écritoire !
J'ai refermé pour un temps Héraclite. Ai-je lu Héraclite ? Certainement non : je lis Héraclite.
Et pendant ce temps-là, dans la petite mare de la littérature écranique, récupérée par le Salon du Livre et par son hypocrite appareil lettré qui classe, organise, hiérarchise et bientôt légiférera, ÇA s'agite beaucoup..
Serions-nous déjà sortis de l'ombre bien heureuse de la pré-histoire de nos blogues ?
À lire l'affaire sur le blogue d'une Dame qui depuis l'aube de cette préhistoire ouvrit un très beau chantier sur les mille écrivailleurs que nous sommes, scribes et liseurs," non déclarés, non reconnus, non officialisés, non syndicalisés, qui hors des réseaux lettrés, institutionnels, reconnus, ont volonté d'inscrire leur penser, leur parole, leurs émotions, leurs goûts, tout en n'hésitant point, pour un temps, à se déclarer, se faire reconnaître, officialiser, avant de reprendre leurs chemins libertaires".
Salut à FB, ce bel et grand "aïeul" de la littérature sur... Toile — va pas aimé, le bougre ! -, qui survit certainement fort bien dans la tempête de la mare.
* Les Essais de Montaigne en français moderne, Adaptation d'André Lanly, Gallimard, « Quarto » 1354 p.



