mardi, 08 avril 2008

dans le tohu bohu de mes écrivailleries


Tout ne commence pas avec nous. Le sol que nous foulons n’est pas vierge mais sillonné de traces enchevêtrées, hérissé d’interdits et de barrières, grevé de mains mortes. Des ombres inapaisées la parcourent. L’inné, c’est l’acquis antérieur, les pertes, aussi, surtout. C’est le récit lacunaire, effacé qui précède notre petit chapitre, celui que nous tentons d’écrire à la clarté de la conscience tardive, effrayante, qui nous a été concédée. Il importe d’identifier ceux que nous avons été, avant, pour leur rendre justice, bien sûr, mais pour s’en libérer, aussi, vivre au présent, être soi.
Pierre BERGOUNIOUX,
La puissance du souvenir dans l’écriture, Pleins Feux, 2000.


Oui, un vrai tohu bohu amplifié encore par l'écoute des Mardis littéraires sur France Cul, quand à propos de Mémoires, un "jeune homme" cause de la guerre d'Algérie... D' une guerre sans fin ; c'est son droit de l'évoquer ainsi à travers jugement et indulgence. Son droit de marteler l'énormité, après tant d'autres de ces générations qui nous suivent, du silence des pères à leur retour. Et longtemps après. Jusqu'à ces jours.
De leur silence ? De notre silence ?

De mon silence ?
Mais, en suis-je revenu jamais ? Et je ne me suis pas tu, et ce n'est pas "ma" guerre dont ils parlaient ce matin, et je m'en veux d'être depuis plus de trente ans dans des atermoiements pour dire et écrire au delà de mes cercles de compagnonnage, d'amitié de vie.

« Achève, n'achève pas ! Publie, ne publie pas ! »
Parce que prédominait cette insatisfaction de la forme du récit ?
Parce que l'incipit était déjà prémonition ?

Je sais que je n'écrirai pas cette histoire. ...............
et quelques pages plus loin
.............
Lui faudra-t-il donc vraiment écrire cette histoire ?

Bergounioux, cet après-midi, achevant son parcours d'Homère à Faulkner sur la Grande Prose occidentale, a parlé assez obscurément "de l'impossible équivalent mental de ce qui aurait été accompli par corps".
Cette parole, je l'ai entendue comme une sentence qui m'était adressée.

Alors porter sur la Toile ce que j'ai renoncé à porter sur le papier ?





mardi, 01 avril 2008

vous avez dit "hétéroblogues" ?


Encore une plate-forme efficace en mise en page à trouver et j'en serai à mon septième blogue !

Je ne tiens point, cependant, à concurrencer les soixante-douze — ou quinze — hétéronymes de Fernando Pessoa qui se créa même un orthonyme, un certain très secret Fernando Pessoa, qui portait le même nom que lui, sans être lui !
J'y répandrai d'anciens écrits : cahiers d'adolescence, plus ou moins intimes (!), notes griffonnées, poèmes, ébauches romanesques, jeux "littéraires", citations, exergues pour les écrits d'aujourd'hui. Bref, comme des sortes de malles informatiques qui me renvoient avec humilité à la malle du Lisboète aux 27 543 textes.

Je n'en ai point tant.


dimanche, 30 mars 2008

le temps rongé

La semaine avec "Lulle" (la note du 25 mars, un peu alambiquée selon certain lecteur très proche) m'a entraîné dans des explorations qui rongent mes temps de lecture et d'écriture.
Je crois bien avoir exploré une quinzaine de "plates-formes" pour blogueurs.
S'inscrire, choisir, modifier, publier au moins une note.
Avec soudain cette difficulté pour supprimer ce blogue nouveau-né... qui est tellement mieux — polices et mise en page surtout — que ce petit maigrichon de quatre ans qu'autorise la gratuité d'Hautetfort.
C'est ainsi que je crains (!) me retrouver avec cinq, six, ou sept hétéronymes — non, hétéroblogues — contaminé par ma lecture conjointe de Pessoa et vaincu par mon impuissance à cliquer sur "supprimer le blogue".
Mais peut-être bien que ce serait le chemin pour éviter les insolubles accès aux squelettes de Spip ?
Et pendant ce temps-là, des échanges si passionnants, suivis à grand'peine, dans les blogues de ma colonne de gauche sur "blogues, tout et n'importe quoi", "blogues littéraires" — cliquer sur Bon, Berlol, Lignes de fuite et autres — et des écoutes qu'il me faut bien podcaster sur la Société numérique ou les rotomontades du directeur d'UGC-Ciné-Citées dans Masse Critique .

J'ai quand même trouvé le temps de relire le Supplément au voyage de Bougainville après avoir visionné les trois épisodes de Capitaine Cook sur Arte ; ce vieux Diderot supplée avantageusement, avec deux cents ans d'avance, à tous les écrits postérieurs qui auront trait aux empires coloniaux, aux sombres avatars des colonisations et autres décolonisations, aux actuelles dérives religeuses et républicaines (si ! si !) dans l'ordre du moral, de l'amoral, de l'immoral.

Une observation assez constante, c'est que les institutions surnaturelles et divines se fortifient et s'éternisent, en se transformant, à la longue, en lois civiles et nationales ; et que les institutions civiles et nationales se consacrent, et dégénèrent en préceptes surnaturels et divins.


Le temps de me retourner vers Ernst Junger pour penser la guerre — il va bien me falloir clôre la réflexion sur mes trente-deux mois de guerre coloniale dont dix de "commando de chasse", avant la fin 2008 — par la vertu d'une citation (!) d'Annah Arendt :
...de l’extrême difficulté que rencontre un individu pour conserver son intégrité et ses critères de vérité et de moralité dans un monde où vérité et moralité n’ont plus aucune expression visible.


Et pour achever, le temps de découvrir, enfin !, un vrai de vrai :
Poisson hameçonné, donc, mais pas encore arraché à la flaque bavarde, je sais combien ma lecture est fragile. Les mots n'ont pas encore trouvé leurs racines, le phrasé demeure branlant comme une dent sous le davier, je dois fermer les yeux que je serais incapable d'écarquiller pour mieux voir les limites de l'écran qu'interpose la lecture.

C'est Clairo, dans Madman Bovary. Rien que le "bruit" que fait le titre, et je suis sur le point d'être conquis !

mardi, 25 mars 2008

quand les vieillards........

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Voilà pourquoi grapheus tis est quasi muet !
Plus de vingt ans qu'ils fréquentaient les nouveaux écrans, évitant les langages informatiques, Basic, Fortran, Pascal, ou plutôt les laissant avec prudence à leurs compagnons d'éducation populaire qui investissaient ces domaines étranges.

Ils mettaient en œuvre les logiciels de PAO, PageMaker, XPress, rêvant aux merveilles utopiques d'éditions libres à la portée de toutes et tous. En 1996, ils s'égaillèrent sur la Toile : petits sites avec de bons outils qui ressemblaient à leurs logiciels préférés : ainsi parurent Dac'hlmat en 2000, puis Reconnaissances en 2002. Ils frôlaient bien le "html", mais les plates-bandes leur étaient encore familières... Ils étaient encore dans le "ouizyouigue", le WYSIWYG, l'acronyme de "what you see is what you get". Tel écran, tel écrit !
Seulement, la Toile est grande dévoreuse et leur compagnonnage, toujours aussi fervent, vit s'effacer des visages, être sournoisement envahi de solitude et se teinter d'une certaine impécuniosité.

Mais ce n'est point raison, parce qu'il sont entrés dans "l'adolescence du grand âge", pour poser les sacs des petits portables.
Sites ou blogues ? Blogues ? Sites ? Sites et blogues ? Et gratuits, si possible !

Cinq jours à sillonner la Toile pour jauger DotClear, Hautetfort, Over-Blog, TyPad, à mesurer NUV et KompoSer, SPIP et ses squelettes. Difficile d'échapper au "html" et autres PHP... — il y aurait même le "wiki" !
Voila pourquoi...ils sont entrés dans "la fosse à bitume" et qu'il ne leur est guère possible de ne pas se mettre enfin à ces fichues balises, pour la graisse des caractères, pour les retraits des paragraphes, pour les titres et sous-titres et d'autres encore... qui ne peuvent être écrits, ici même, sous peine de laisser un blanc. Les feuilles de style et les CSS ont encore quelque mystère...

Voilà pourquoi les "vieillards" — cela fait plus de dix ans qu'ils se dénomment ainsi dans leur verdeur — sont dans une attention dubitative !
Ce compagnonnage Flamand-Breton autorise toutes les ténacités. Vains dieux !

mercredi, 27 février 2008

qui parle de contenu abusif ?

Puisque Hautefort , notre plate-forme préférée (!) nous maltraite avec gentillesse, MAIS sans nous en avertir, je saisis ces légères pertubations pour laisser à demain ou après-demain les voûtes cisterciennes et les instantanés "robbe-grilletiens" et proposer aux lectrices et lecteurs de la petite Toile où s'inscrit "grapheus tis" la visite de quelques sites que Yann vient de me communiquer, visite déconseillée à celles et ceux qui, en mai dernier, ont porté à la présidence de la République l'agité trop connu accompagné de ses potes et autres copines...
Peut-être suis-je en retard d'une alerte, mais trop fort n'a jamais manqué, disent les vieux marins bretons.

Sur le site du parti Pirate (!!!)
sur le site du Monde
ou sur un site de techniciens paraissant plus anodins, à lire en deux épisodes : un et deux,

Merci, Yann !

lundi, 11 février 2008

hétéronymes — et non pseudonymes — pour blogues

Si je n'étais point aussi paresseux, j'ouvrirai soixante-dix blogues et deux ou trois de plus.

C'est ce qu'aurait certainement fait, debout devant son iBook, l'iBook devant sa fenêtre, la fenêtre ouverte sur le Tage, Fernando Pessoa !

Mais peut-être bien qu'un quidam, déjà, s'acharne, sur la Toile, à résoudre l'énigme de son identité à travers soixante-dix sites et plus...
Comme dans la malle de Pessoa, on retrouverait vingt-sept mille cinq cent-quarante-trois textes. Mais ce serait cette fois dans un panier aux dimensions du monde !

Si je m'y mettais ?


Post-scriptum :
Fernando PESSOA est le soixante-treizième (!!!) bouquin de la collection "Poètes d'aujourd'hui" chez Seghers, achevé d'imprimer sur les presses d'Aubin à Ligugé, le 30 mars 1960. Je viens de le réouvrir.
Je crois avoir rencontré Pessoa en septembre 2001, dans un bar de l'Alfama ou du Chiado. Non, c'était peut-être bien dans le Barrio Alto, devant plusieurs verres de "ghingina".
Dac'hlmat était au mouillage dans la Doca Alcântara

vendredi, 25 janvier 2008

s'étend la paresse...

« Il est un temps pour aller à la pêche
et un temps pour laisser sècher les filets
»

dit un vieux sage Chinois.

Disons que ces temps-ci, je laisse sècher les filets.

vendredi, 18 janvier 2008

ce n'est pas moi

Bien muet ! Assez las !
J'ai quitté, allégé, les lectures de Linda LÊ et de Chloé DELAUME.
Je reviendrai cependant à cette dernière que j'avais voulu méchamment réduire, après avoir lu Les mouflettes d'Atropos, à un tiers d'elle-même, un tiers de Christine Angot et un dernier tiers de Virginie Despentes. Mais non, elle est bien au-delà : plutôt entre Kate Millet et Simone de Beauvoir, mâtinée de Artaud, une jeune guerrière qui bricole ses armes, déjantée et douloureuse !
Je "rentre" dans Olivier ROLIN, pour une rencontre à la fin du mois ; de lui, je n'ai que Paysages originels et des lectures de Borgès, Michaux et Hémingway en commun. J'ai acquis ses conférences que F publie sur la Toile ; mon second achat depuis la Grammaire du Français contemporain et plus de dix ans sur cette Toile ; j'ai de la frilosité dans mon "panier" !

À la page 8 du Monde des Livres de ce jour, dans la rubrique APARTÉ, c'est sûr, ce n'est pas moi. Qu'est-ce que je pourrais bien foutre dans cette page, quand je ne parviens point à comprendre deux phrases de suite alignées par un psychanalyste ?

jeudi, 11 octobre 2007

c'était déjà hier

Relisant — ça m'arrive souvent — la note d'avant-hier, à l'instar des "embrouillardées" de JCB, j'y suis allé d'un "écritoire" au masculin alors que je devrais savoir qu'écritoire est de jolie féminité.

Donc L'Écritoire du gué : du nom donné naguère à l'ébauche de micro-édition pour les petites brochures des ateliers, tout en gardant "grapheus tis" qui signifie bien cet "un quelconque écrivaillon".

Pourquoi "du gué" : parce qu'au bas de la Basse Bouguinière, remonte un étier jadis emprunté par les pêcheurs pour parvenir à leurs viviers et que pour franchir un étier soumis aux marées, il faut un gué !
Plus guère de traces de ce passé marinier, sinon le ruisseau, s'évasant en étang, qui traverse le parc du Champ-Thoury, le calvaire de... la Croix-du-Gué et la rue du Vivier.

Merci aux commentaires, aux courriels et aux liens qui m'encouragent pour une quatrième année.
À lundi soir, retour de mer !

mardi, 09 octobre 2007

qu'est-ce qu'un blogueur de trois ans ?

Trois ans de blogue !

Je suis un lecteur, écrivant, écrivassier, écrivailleur, qui vais en mer, j’ai trop de livres sur ma table pour être un écrivain, pour être un marin, je ne suis pas un professionnel, je redoute, sinon honnis ce terme, naguère, j’ai pratiqué un métier, je ne suis pas certain que c’était une profession.
Je suis un amateur.

J’ai griffonné dans des carnets, sur des feuillets, dans des cahiers, j’ai lu sur les écrans, puis j’ai écrit sur ces mêmes écrans avec mes savoir-faire de lecteur et d’écrivailleur, écrivassier, écrivant.
Je suis passé du papier à l’écran. Mais il n’est pas sûr que ce glissement ait changé mes us, je ne fais que maigre utilisation des possibles de l’informatique et/ou du multimédia, je suis encore mentalement dans l’A-quatre et le codex.
Depuis 1991 et mon premier Mac : petites brochures d'ateliers d'écriture, un ou deux bouquins, deux gazettes.
La Toile en 1996, des courriels, un site en 2000, un blogue en 2004.
Des lectrices et lecteurs chaque jour, dont le nombre me satisfait fort ; encore me faudrait-il savoir combien de moteurs s'ajoutent pour une pleine satisfaction. Commentaires rares, mais aussi des relations non "virtuelles" !
Créer un site d'écritures, Une écritoire du gué ?

Tant de livres à lire.
Et sur cette table, à l’opposé du Mac, Char, sa Lettera amorosa et trois catalogues sur les expos le concernant, Jouve, celui de Micha qu’il va bien me falloir présenter dans Poètes, vos papiers ! et celui de Frank Venaille, Annie Ernaux et son Écriture comme un couteau, Kenneth White, Le visage du vent d’est, errances asiatiques et ses Finisterres de l’esprit qui cachent sous de minces pages l’immensité du monde de Segalen, du cinéma, avec les Années Karina de Godard, Orson Welles dans les Cahiers du cinéma/Le Monde, le dvd de Citizen Kane, et même L’aigle des mers avec Errol Flynn, Monsieur Vincent avec Pierre Fresnay, pour donc ne pas citer Michael Curtiz et Maurice Cloche, ces films de mon enfance.
Il y a pour demain soir, au Lieu Unique, Daeninck et Meurtres pour mémoire, formidable polard noir — le 17 octobre 1961 est proche.
Et puis nous sommes sur la Toile, n’est-ce pas, François Bon conseillait L’écrit Web de Joël Ronez, j’y ajoute ce qui me paraît être le prolongement des Salons littéraires sont dans l'Internet de Patrick Rebollar, Un laboratoire de littératures, ouvrage collectif édité par la BPI du Centre Pompidou.
J’ai beau ne plus exercer le métier, je croule sous l’intérêt.
Et jeudi, je m’en vais sur l'océan— encore —ne fut-ce que pour vérifier l’indistinct entre mer et ciel en cette douceur automnale.

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