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mardi, 08 octobre 2019

une aurore automnale

Vallauris, une fin de septembre, j'ouvre la fenêtre pour aérer une insomnie matinale.
Et là, inattendue, la constellation d'ORION en gloire dans le plein sud  : ma constellation la plus rêveuse depuis les nuits d'adolescence dans l'amitié troublante du "prince aux cheveux de blé".

ORION, celle qui, pour moi, inaugure.

Dans quelques jours, un atelier autour de René Char, aux Chantiers.
Au bout de plus de soixante-cinq ans de fréquentation solitaire avec les mots de cet homme, si j'excepte les quelques lectures que je fis à l'Autre, aux autres, dans le labeur ou le bonheur de ses textes, que serai-je ? Un passant attentif, un auditeur émerveillé, un étudiant studieux, un critique actif, douze jours durant.
Ou fuirai-je dès la fin du premier jour ? ou le jour suivant ?

ORION est là dans l'encadrement d'une fenêtre méditerranéenne et me reviennent les lectures ardues, arides, dans l'obscur d'AROMATES chasseurs.

J'ouvre le livre : un préambule qui nomme deux espaces : le premier espace intime où jouaient notre imagination et nos sentiments; le second, l'espace circulaire du monde concret. Et puis, d'une évidence héraclitéenne chez Char, le surgissement d'un troisième espace en chemin, hors du trajet des deux autres ? Révolution d'Orion resurgi parmi nous. Le premier texte : 

ÉVADÉ D'ARCHIPEL

Orion
Pigmenté d'infini et de soif terrestre,
N'épointant plus sa flèche à la faucille ancienne,
Les traits noircis par le fer calciné,
Le pied toujours prompt, à éviter la faille,
Se plut avec nous
Et resta.

Chuchotement parmi les étoiles.

 

Et Char de proposer pour chacun des sept textes suivants, des épigraphe, curieusement situées à droite de la page, qui figurent comme un parcours rêveur de la planisphère céleste que peut-être fit le poète en rapprochant ou éloignant Orion des constellations qui sont autant de symboles évoquant le mythe grec d'Orion, le grand et beau chasseur, ses liens et ses combats, ses gloires et ses défaites.

Orion au Taureau
Orion à la Licorne
Orion s'éprend de la Polaire
Passage des Gémeaux
Orion traverse à la nage l'Éridan et connaît l'Hydre
Céphée à Orion
Retour d'Orion à la terre des lombes

 

À la charge du lecteur de lier l'épigraphe et le poème !

 

dimanche, 12 mai 2019

Caribean Sea — II

 

 

Le mercredi 12 mai 1999
à 15h00 heure locale
par 12°28,09 Nord, 71°00,00 Ouest

 

Arrondie la pointe de la Gallina à l'extrémité NE de la Colombie, signalée par son phare.
Plus de 500 mn depuis Colòn.

mercredi, 21 novembre 2018

novembre 1964

 

 

Quels jours plus sombres que ceux de cet automne-là aux rives de la Méditerranée ?

                                                                     Te maintenir déserté !

samedi, 29 septembre 2018

pour le portrait cinquième - un couple



Elle descendait à la Vilaine par la Corne-de-Cerf, chaque matin, été comme hiver, qu'il pleuve ou vente, avec sa longue charrette, sa lessiveuse, son rangeot, son bat-drap et son trépied ; elle lavait le linge des gens des châteaux, celui de ces messieurs de Beaulieu et de Trenon ; la remontée au bourg par la Corne-de-Cerf était pentue et longue. Elle est morte épuisée à cinquante six-ans. 

Elle était ma grand-mère.


Il était charpentier ; le dimanche matin, il devenait le barbier du bourg, il rasait les paysans des villages qui, en char-à-bancs, venaient à la messe ; il était toujours vêtu d'un lourd et large pantalon de velours, les reins ceints d'une large flanelle ; il était chantre à l'église. 
Charpentier, il faisait les cercueils et rasait donc les morts.
Il était mon grand-père

mercredi, 23 novembre 2016

dans l'obscur et le froid de l'absence

 

même le nom s'effacera dans la nuit du plus jamais
demeure l'inoubliable Visage

jeudi, 03 décembre 2015

mon compagnon bas-poitevin, Burneau le conteur

Certes Claude était conteur, il était aussi poète, théâtreux, photographe.
Il fut éditeur ; de ce temps, où il fallait braver la grande machine à broyer éditoriale avec l'aide toute aussi courageuse de modestes imprimeurs locaux. C'était SOC & FOC. J'ai toujours pensé que ce nom qu'il avait élu était pour lui alliance de la terre et de la mer. Les rivages qui l'avaient vu naître, le bocage où il vivait.
La charrue et la voile.

Il aimait Yeu, son île poitevine. En 2006, il lui avait consacré un mince recueil de photographies soutenues par des haïku. Il rassemblait ainsi une des îles du finisterre occidental et l'une des formes écrites de l'orient extrême. Il avait un côté héraclitéen.

Ses outils furent le crayon et la voix, les tréteaux du comédien et la chaise du conteur, la machine à écrire et le clavier de l'ordinateur.

 

Nous fûmes compagnons que l'on dit d'Éducation Populaire : nous avons accompagné des femmes, des hommes, des jeunes et des plus âgés, des paysans et des ouvriers, des ouvrières et des paysannes sur les chemins de leurs lectures et de leurs écritures, dans la fabrique de leurs poèmes et le façonnage de leurs histoires de vie.

 

"Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n'est pas le silence. Qu'en est-il alors ?" écrit René Char.

À la lueur de cette citation, je veux donner à lire ce texte tiré d'un minuscule recueil Fétus, tapé à la machine et relié à la main, il me l'avait offert au tout commencement de notre compagnonnage en 86.
Mon compagnon bas-poitevin était souvent dans les parages de Ponge.


LA NÈFLE

La nèfle est fruit de l'attente. Quand l'automne agonise, elle pend là, au bout d'une branche nue, au détour d'un chemin buissonnier. Vous la croyez à point, mais elle résiste sous vos doigts, plus dure qu'une pierre. Non, il vous faudra encore patienter, jusqu'aux
premières gelées blanches. Quand la nature s'engourdit, la nèfle, elle, s'épanouit. Disons-le tout net: elle pourrit. C'est dans cet état, et dans cet état seulement, qu'elle est comestible.

Mais alors, quel régal : déguster une nèfle est un plaisir raffiné. Sachez que sa saveur se
mérite : il lui faut le temps du rite. Vous saisissez le fruit entre le pouce et l'index, délicatement, car il se déforme sous la pression de vos doigts, vous incisez sa  peau flétrie d'un coup de dents sec et par le petit orifice ainsi pratiqué, vous sucez la chair délicate jusqu'à ce que vos lèvres devinent de petits glands tout durs que vous amenez entre langue et palais pour les débarrasser de leur gangue sucrée avant de les recracher.

Parfois une parcelle de chair ambrée se glisse sous votre ongle. Vous le curez longuement entre ves incisives et faites durer le plaisir tout au long de votre promenade. Car la nèfle est la compagne idéale de la marche : discrète, secrète, fraîche sous la rosée. Sa consommation sur toile cirée, ou formica, serait sacrilège. Même les guêpes vous le diront.

 

burneau004.jpg

Il avait poussé très loin cette démarche "pongienne" de la Fabrique du pré, photographiant chaque jour, une année durant en 2012, la prairie qui jouxtait sa maison, dans un blogue livré à nos regards et ouvert à nos commentaires, Tant va le temps

Que ce soit sur les estrans de son île bien aimée, que ce soit dans les petits matins de sa voisine la prairie, il me laisse ceci :

Là, devant ta main
attendent tant de merveilles
à toi de les lire —

 

en guise de faire-part
par un modeste écrivailleur
haut-breton

 

* Visiter Soc & Foc

 

jeudi, 26 novembre 2015

c'était déjà un temps de guerre

Rabéa001 - copie.png

                                                                                 si brève la folle tendresse

lundi, 24 novembre 2014

in memoriam

 

 

dans l'ombre portée de sa mort

depuis ce lundi 24 novembre 1964, je l'imagine, Elle, mon Analphabète,
conversant avec mes vieux copains de génie que je fréquentais alors dans mes livres.

Elle, silencieuse, était attentive à mille vies infimes et humbles

samedi, 23 novembre 2013

dans les parages de la mort

Rabéa.jpg

 

 

 

 

 

 








Qu'importe les années ?

Je ne saurai jamais son rêve des temps à venir.

jeudi, 11 avril 2013

de Michel-Ange un sonnet aux rives de la mort

MichelAngel.jpg

Α l'Amor 

Tornami al tempo, allor che lenta e sciolta
  Al cieco ardor m' era la briglia e Ί freno ;
  Rendimi il volto angelico e sereno,
  Onde fu seco ogni virtù sepolta,
E' passi spessi e con fatica moka,
  Che son si lenti a chi è d' anni pieno ;
  Tornami l'acqua e Ί foco in mezzo Ί seno,
  Se vuo' di me saziarti un' altra volta.
E s' egli è pur, Amor, che tu sol viva
  De' dolci amari pianti de' mortali,
  D'un vecchio stanco orna' puo' goder poco:
Che l'aima quasi giunta a l'altra riva,
  Fa scudi a' tuo' di più pietosi strali ;
  E d' un legn' arso fa vil prova il foco.


 

                                                     à l'Amour

Rappelle à moi le temps où mon aveugle ardeur
  détendait la bride et desserrait le frein,
  rends-moi le visage angélique et serein
  avec lequel toute vertu fut ensevelie,
et les pas pressés, prêts aux grandes fatigues,
  qui se font si lourds à qui prend trop d'années ;
  fais revenir l'eau et le feu que j'avais dans la gorge,
  si tu veux de moi te repaître une fois encore.
Et s'il est vrai, Amour, que tu ne saches vivre
  que des pleurs doux-amers des mortels,
  d'un vieillard épuisé n'attends rien désormais.
Car mon âme à l'autre rive presque arrivée
  se défend de tes traits par des traits plus touchants :
  d'un bois déjà brûlé, que peut tirer le feu ?

Michel-Ange 
(traduction de Georges Ribemont-Dessaigne, 1961)


Pour saluer la contrée et la langue dans lesquelles furent fabriqués ces premiers chants, Pétrarque eût été le choix le plus judicieux. Mais Pétrarque n'étant point dans l'expérience du lecteur, j'ai décidé de célébrer les origines de cette grande forme en me référant à Michel-Ange Buonarotti qui fut à travers une banale commande au Club français du livre depuis "mon piton de Rhadous" en mai 1961 une belle émotion de lecture. 
J'y ai apposé un de ces dessins du grand sculpteur et peintre — il était donc aussi poète — qui illustraient le bouquin "composé d'après les maquettes de Jacques Daniel en caractères Calson corps 16 et achevé d'imprimer le 28 février mil neuf cent soixante et un sur les presses des imprimeries Paul Dupont à Paris et relié par Engel à Malakoff". C'est le n° 11480 des quinze mille exemplaires réservés exclusivement aux membres du club français du livre.

La Beauté arrivait encore dans les "djebel" algériens. Pour mes amies et mes compagnons de ce pays aimé qui m'offrirent quatre ans plus tard les Amours de Ronsard dans la modestie d'un Livre de Poche relié de rouge, je souhaite avec tendresse qu'Elle y parvienne encore !