jeudi, 28 février 2008
à JeanJo, vieux lutteur en allé
Hier, dans le sombre d'une journée de pluie incessante, il a repoussé du pied l'escabeau de sa vie.
Il luttait depuis plus de dix ans contre ce désaccordement continu de son corps que plus aucune drogue, ni même ces électrodes qu'il s'était fait implanter sous le crâne ne parvenaient à apaiser.
Pour ne pas maîtriser nos larmes et nous aider à vivre désormais dans le vide de son absence, relire Michaux et sa désespérance, à l'adresse de Fr, sa compagne !
Rends-toi, mon cœur.
Nous avons assez lutté.
Et que ma vie s'arrête.
On n'a pas été des lâches,
On a fait ce qu'on a pu.
Oh ! mon âme,
Tu pars ou tu restes,
II faut te décider.
Ne me tâte pas ainsi les organes,
Tantôt avec attention, tantôt avec égarement,
Tu pars ou tu restes,
II faut te décider.
Moi je n'en peux plus.
Seigneurs de la Mort
Je ne vous ai ni blasphémés ni applaudis.
Ayez pitié de moi, voyageur déjà de tant de voyages sans valises,
Sans maître non plus, sans richesse et la gloire s'en fut ailleurs,
Vous êtes puissants assurément et drôles par dessus tout,
Ayez pitié de cet homme affolé qui avant de franchir la barrière vous crie déjà son nom,
Prenez-le au vol,
Qu'il se fasse, s'il se peut, à vos tempéraments et à vos mœurs,
Et s'il vous plaît de l'aider, aidez-le, je vous prie.
Nausée ou c'est la mort qui vient?
Ecuador
18:02 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mort, poème
dimanche, 23 décembre 2007
«... pareil au verrou tiré sur la journée finie. »
Bonsoir, monsieur Gracq.
... il sembla d'abord que ce fût le silence. Puis le froissement faible des roseaux passa avec une bouffée de vent ; des cris d'enfants montèrent de l'autre bout du pâtis, aussi suraigus que des cris de martinets. Puis des voix d'hommes toutes proches, à l'abri derrière un appentis de charrettes : voix du soir qui parlent pour parler, plus égales et moins hautes, déjà au bord du silence, avec de longs intervalles, comme si à travers elles la trame de la journée se défaisait. Puis le gong lointain d'une casserole heurtée, passant par une porte ouverte — l'épais froissement de roseaux d'une toue invisible, le râclement mou, étouffé, de la proue plate glissant pour l'accostage sur la vase de la berge, et le bruit final de bois heurté de la gaffe reposée sur les planches, pareil au verrou tiré sur la journée finie...
Voilà la page que je m'étais promis de lire à voix basse, le soir où j'apprendrai que Julien Gracq a "descendu le Fleuve". Je n'ai rien à dire, rien à écrire que redonner à lire ces quelques lignes de la Presqu'île, sur un soir briéron, en ce pays d'Ouest qui fut le sien, qui est le mien.
17:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 23 novembre 2007
ainsi chaque fin novembre
...depuis quarante-trois ans, ces jours — l'avant-veille, la veille, le jour même, le lendemain, le surlendemain, tous ces jours — de gorge nouée, de larmes aux yeux, d'impossible effacement, de vide glacé.
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Il fait beau sur les crêtes d'eau de cette terre
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Il fait beau sur les cirques verts inattendus
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Il fait beau sur le plateau désastreux nu et retourné
Parce que tu es si morte
Répandant des soleils par les traces de tes yeux
Et les ombres des grands arbres enracinés
Dans ta terrible Chevelure celle qui me faisait délirer.
Pierre Jean JOUVE
Hélène
Matière Céleste
17:10 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
vendredi, 07 septembre 2007
l'homme du Lycosthenes est mort
Etienne Ithuria, l'homme du Lycosthènes, a franchi, le 6 septembre pour l'ultime fois, la passe de l'Illarguita vers le large.
Il était mon ami.
14:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 23 décembre 2006
briser un crayon
Mercredi*, j'avais repris le geste qu'ont eu les Dogons quand Griaule fut inhumé symboliquement dans la nécropole où reposaient les Ancêtres : ils brisérent un crayon, l'outil de travail de l'ethnologue, marquant ainsi la fin de ses labeurs terrestres.
J'aurais pu, pour JeanClaude déchirer un livre de comptes, brisé une caméra, fut-elle numérique.
Je n'ai brisé qu'un modeste crayon de bois (!) mais qui est encore pour nombre d'entre nous l'outil d'acquisition, de production, de diffusion des savoirs. Je l'ai posé en croix de saint-André sur son cercueil.
J'aurais bien glissé aussi dans celui-ci quelques pellicules de Rouch : Les Maîtres-Fous, Moi un Noir, La chasse au lion à l'Arc...
Comme un viatique pour l'ami passant le Fleuve.
* Aller sur le blogue de l'association Bouguenais-Jumelage Coopération.
14:05 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
mardi, 19 décembre 2006
à nouveau dans de sombres parages
À nouveau dans les parages de la camarde.
Appel aux Dogons pour saluer ce compagnon de mes routes africaines : JeanClaude D était revenu, il y a deux ans de la Falaise de Bandiagara, je ne l'avais précédé que de cinquante ans. Mais que sont cinquante années sur cette piste où depuis, avant-hier, sa mort nous a engagés ?
Les Dogons, achevés les rites funéraires qui éloignent les désordres que nous causent "l'impureté" du mort et l'entraînent hors du domaine terrestre, vont rompre, dans la complexe érection d'une poterie-autel , les dernières attaches de ce défunt qui de la qualité de "mort" passe à la qualité d'ANCÊTRE vivant.
Ancêtre qui vient du latin antecessor, celui qui précède, d'abord attesté comme terme militaire au sens de « éclaireur ».
Les ancêtres comme des éclaireurs !
Les Dogons ne sont pas loin de me fournir une amorce de réponse à l'interrogation de l'immortalité et de l'éternité.
Et si c'était de notre ressort à nous, les encore vivants, de continuer nos morts bien au delà du simple souvenir ?
Char écrivant sur la mort de Camus se rapproche des Dogons :
Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence. Qu’en est-il alors ? Nous savons, ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s’ouvre pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur, puis loin, devant.
Jeudi, au sortir de ses funérailles, je pourrai dire de JeanClaude : « Salut ! L'Ancêtre ! »
14:15 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
vendredi, 24 novembre 2006
le silence
10:00 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : SA
mardi, 04 juillet 2006
Jean est mort
Ce samedi 1er juillet, au soir, Jean Corbineau est mort. Il était mon ami d'enfance et d'adolescence.
Dans son dernier message du 1er mars, il nous écrivait :
.. J'ai rechuté....Je viens de passer douze jours à l'hôpital : ma hantise : la fièvre (six jours de fièvre, trois jours de chimio et trois jours de fièvre... La fièvre, c'est ma hantise.
Je sais que votre amitié me soutient. A bientôt quand même.Jean
« ... un monde où le bref passage de (cet homme) sur la terre a eu lieu diffère désormais irréductiblement et pour toujours d'un monde où il n'aurait pas eu lieu. »
Vladimir Jankélévitch
Lire Jankélévitch ni ne console, ni n'empêche les larmes, lire Jankélévitch permet de se tenir droit.
11:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 24 novembre 2005
24 novembre 1964
au-delà de la nostalgie, au-delà de la mélancolie, au-delà de la tristesse,
l'énigme douloureuse et immuable du jamais plus !
La Treizième revient... C’est encor la première ;
Et c’est toujours la seule, — ou c’est le seul moment ;
Car es-tu reine, ô toi ! la première ou dernière ?
Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant ?...
Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;
Celle que j’aimai seul m’aime encor tendrement :
C’est la mort — ou la morte... Ô délice ! ô tourment !
La rose qu’elle tient, c’est la rose trémière.
Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,
Rose au cœur violet, fleur de sainte Gudule,
As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux ?
Roses blanches, tombez ! vous insultez nos dieux ;
Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle ;
— La sainte de l’abîme est plus sainte à mes yeux !
Gérard de Nerval
Artémis
15:35 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
jeudi, 24 février 2005
Mare adentro
Au sortir du film de Alejandro Amenabar, dans la rumeur prolongée des musiques galiciennes, à déchirer le ventre,
– Qu'y a-t-il après la mort ?
– Rien.
– ......................................
– Comme avant la naissance.
Ramon Sampiedro a-t-il pensé lui aussi, à l'instar de Jean Améry
«...que la mort volontaire est dans sa contradiction, l'unique chemin de la liberté qui s'ouvre à nous. Ce chemin est absurde mais non fou, puisque son absurdité n'accroît pas celle de la vie, mais au contraire la diminue. »
23:01 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note




