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samedi, 24 novembre 2012

sortir du silence ?

sans doute,  mais il est encore des allées de sombres ombrages.

 

Rabéa001 - copie.jpg

 

 Suffit-il donc que tu paraisses  De l'air que te fait rattachant  Tes cheveux ce geste touchant  Que je renaisse et reconnaisse


Reviens visage à mon visage  Mets droit tes grands yeux dans mes yeux Rends-moi les nuages des cieux  Rends-moi la vue et tes mirages

 

Mon sombre amour d'orange amère  Ma chanson d'écluse et de vent  Mon quartier d'ombre où vient rêvant  Mourir la mer

 

dans les pages d'Aragon et la voix déchirée de Ferré

 

en mémoire d'Elle et des nuits du BouMaad

lundi, 26 mars 2012

retour de mer

 

Quand le MAL agit un homme : des enfants morts.

 

Sur les vasières de l'estuaire, les Tadornes s'accouplent. Passée l'écluse, aux rives de la Vilaine bourgeonnent, roux, les saules, les hêtres et les peupliers.

mercredi, 29 février 2012

j'étais seul

... au théâtre Graslin, ce soir.

Pour l'Orphée de Gluck.

Mais pourquoi n'a-t-il pas plongé jusqu'au profond de la désespérance que dit le mythe ? Sans doute la musique dément-elle le chœur béat qui clôt l'opéra ?

Illusion d'un "Trionfi Amore" ! La musique sous l'apparente douceur ne chante que la mort.

lundi, 26 décembre 2011

ce même jour, il y a vingt ans

 

Revenant d'une balade au bord de mer........................

 

MON PÈRE !

Ce pourrait être la chanson de Barbara


Il pleut sur Nantes
Donne-moi la main
.......................................
Faites vite
il y a peu d'espoir
il a demandé à vous voir


 

Ce pourrait être un poème de Luc Bérimont


J'étais faible, mon père, et tu m'avais quitté
Sans savoir que minuit roulerait sous sa patte
Cet enfant au front lourd dont les larmes tremblaient

 

ou de Jean Claude Renard

 

Père dans cette nuit où la mort nous retient
et dans ce sang pareil à un pays brûlé




Luc Bérimont, Le grand viager.
Jean Claude Renard, Père, voici que l'homme.

 

 

lundi, 12 décembre 2011

hier à l'aube

Étienne001 - copie.jpg

 

 

 La voix de Mau dans le gris du petit matin : « Étienne est mort ».

J'ai froid. C'était mon Copain !

En boucle dans ma tête, ces bribes du texte de Char :

« Son visage parfois vient s'appliquer contre le nôtre, ne produisant qu'un éclair glacé. Le jour qui allongeait le bonheur entre lui et nous n'est nulle part. Toutes les parties — presque excessives — d'une présence se sont d'un coup disloquées. »

vendredi, 25 novembre 2011

ce 25 novembre 1964 « dans le noir sera sa mémoire »

Il est des temps où devant le vide, face à l'énigme, même les mots ne montent plus pour évoquer, pour creuser. Les larmes seules ! Et encore ?

Et seule la musique

    le chant peut-être ?

Celui de cette femme, Montserrat Figueras, morte un de ces jours passés, avant-hier ou hier, dont la voix questionnera longtemps l'énigme du visage glacé de ma désormais si lointaine amour qui demeure au creux de mes mains.

 

À la mémoire de Rabéa, ce chant.






dimanche, 20 mars 2011

quand meurt un poète

Soixante ans que Cadou est parti.

Plus de cinquante ans que je brasse mes mains, mes larmes, mes rires dans les mots de cet homme de même terre et de mêmes vents.

Ses rues furent mes rues, ses quais furent mes quais.

 

L'hiver, je quittais la maison sitôt déjeuner ; le soleil longeait nonchalamment les quais en vieil habitué et comme un authentique pêcheur de brochet le feutre un peu baissé sur les yeux, le fil de soie de la lumière sur l'index tendu.                   
J'allais me perdre quelque part derrière des chantiers de construction navale et des entrepôts de bois du Nord. J'avais onze ans le soleil était doux et je me sentais une envie de chanter. Je sortais, enfouie
dans la doublure de mon pardessus, une cigarette dérobée à mon père; assis sur une pierre plate, béatement; je fumais. Et lorsque je pense à des heures calmes, des heures d'intense quiétude, je revois un petit enclos plein de plantes desséchées, une barrière difficile, là-bas dans le quartier sud de la ville où c'est déjà l'aventure.
Rêveur, si je l'étais ! Je m'empourprais des joues, je dévalais l'unique pente semée de mâchefer et de seaux en émail qui menait au royaume interdit.

 

Mon enfance est à tout le monde, 1947

 

Peut-être l'ai-je rencontré — je n'étais qu'un petit garçon — dans les années 41-43, quand je hantais, à la recherche du rêve aventureux, les rues entre place Bretagne, quai Hoche et Cours Saint-Pierre, ce jeune homme au visage de lumière.

 

Mais ce jour du 20 mars 1951, c'est un compotier qui fait signe au rêveur.

 

PEUT-ÊTRE dans quelque maison basse de ville usée
Moi qui ai tant aimé les jardins
Lorsqu'il a plu dans la soirée
Et que parmi les myosotis pèse soudain
La lourde mamelle de la lune !
A bout de persuasion peut-être
Quand le filin du jour me glissera des doigts
Si je n'ai plus pouvoir d'orienter les fenêtres
Alors adieu garçon ! et que ce soit
Par un matin couleur de melon d'eau !
Tout dort
J'entends marcher au loin mille animaux
Et mon cœur doucement aura cessé de battre
A cause d'un compotier de pommes sur la table
Tandis qu'un coq et un sergent
Là-bas
Font respecter le règlement.




René Guy Cadou


Dur à vivre
Les biens de ce monde, 1951

samedi, 19 mars 2011

« à cause d'un compotier de pommes sur la table »

Il est dit que la veille au soir, le 19 mars 1951, Francis Caridel, le secrétaire de mairie de Louisfert, rendant visite à Hélène et René Guy Cadou dans leur "maison d'école", leur avait apporté un panier de pommes ;  elles furent déposées dans un compotier.

Le lendemain...

mercredi, 24 novembre 2010

l'ombre portée...

 

……l'ombre portée de SA mort qui chaque année s'étend sur ces jours de novembre……

mardi, 10 août 2010

pour saluer Mad Mesnard

à Yoelenn, sa compagne

 


adieuaMad001.jpg

J'ai revêtu une multitude d'aspects
avant d'acquérir ma forme définitive,
il m'en souvient très clairement.
J'ai été une lance étroite et dorée,
je crois en ce qui est clair,
j'ai été goutte de pluie dans les airs,
j'ai été la plus profonde des étoiles,
j'ai été mot parmi les lettres,
j'ai été livre dans l'origine,
j'ai été lumière de la lampe,
Pendant une année et demie,
j'ai été un immense pont
jeté sur trois vingtaines d'abers.
J'ai été chemin, j'ai été aigle,
j'ai été bateau de pêcheur sur la mer,
j'ai été victuaille du festin,
j'ai été goutte de l'averse,
j'ai été une épée dans l'étreinte des mains,
j'ai été bouclier dans la bataille,
j'ai été corde d'une harpe,
ainsi pendant neuf années.
Dans l'eau, dans l'écume,
j'ai été éponge dans le feu,
j'ai été arbre au bois mystérieux.

Taliésin
Le combat des arbres

adieuaMad2002.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Issu du doute et de la pénurie
Je décrète l'oiseau noir sous le gui
La prophétie et le lancer de caillou.
Je suis plus vieux que la colline bleue.
Paol Keineg
Taliésin


Cet après-midi du 5 août, je sortais du golfe en tirant des bords.
Une voix, celle de Mau :  « Mad est mort ! »

 

Nous fûmes, plus de trente ans durant, compagnons d'Éducation populaire, cette si belle utopie, issue de la résistance aux nazis — MAD en fut et jusqu'à hier, j'ignorais qu'il fut un de ces jeunes passeurs d'armes* — cette utopie qui se voulait ouverture de toutes et de tous aux savoirs et à la beauté.

 

De lui, je sus l'Andro, l'HanterDro et la Dañs Plinn. Nous relûmes les anciens Bardes.

 

Une fois de plus, la déchirante énigme !

 

 

* dans les jours qui suivirent la rédaction de cette note, je reçus d'un de ses très proches la précision suivante :

 

« En fait,, il n'était pas passeur d'armes, mais un membre actif de la résistance. Le docteur Verliac (Paulus) en avait fait son adjoint militaire. Lors de l'épisode évoqué (à ses funérailles), la barque, trop lourde, ne put pas franchir les lignes à Lavau. Tout le monde se cacha. La zone était surveillée par une canonnière allemande. Mad fut envoyé pour prendre contact avec les combattants à l'extérieur de la poche de Saint-Nazaire. Quand il revint, il n'y avait plus personne. Ses compagnons avaient été arrêtés.
Mais de tout cela Mad ne parlait pas, ou si peu. »

 

 


dimanche, 04 juillet 2010

la justesse d'une voix

Escale à Port-Haliguen, dans le bel anticyclone des Açores.

 

Avant la météo marine, l'annonce de sa mort.

Terzieff !

Récemment, j'avais écouté Philoctète. Bien des années auparavant, aux temps vifs de notre jeunesse, c'était Tête d'or.

Y eut-il plus juste scansion du poème ?

 

index-philoctete1.jpg

 



Ce matin, de loin, de trop loin, je l'entends encore "me" dire la Commune Présence de René Char.


Tu es pressé d'écrire

Comme si tu étais en retard sur la vie

S'il en est ainsi fais cortège à tes sources

Hâte-toi

Hâte-toi de transmettre

Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance

Effectivement tu es en retard sur la vie

La vie inexprimable

La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir

Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses

Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés

Au bout de combats sans merci

Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière

Si tu rencontres la mort durant ton labeur

Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride

En t'inclinant

Si tu veux rire

Offre ta soumission

Jamais tes armes

Tu as été créé pour des moments peu communs

Modifie-toi disparais sans regret

Au gré de la rigueur suave

Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit

Sans interruption

Sans égarement


Essaime la poussière

Nul ne décèlera votre union.



René Char

Commune présence

Le Marteau sans maître, 1934

 

lundi, 22 février 2010

nostalgie, nostalgie...

Nostalgie : de Νὀστος — nostos —  le retour et de Ἂλγος — algos — la douleur.
« Aucun adieu n'abolit complètement la passion du passé.»
 
inarcadia.jpg
 
En écoutant ce matin, les nouveaux chemins de la connaissance, — malgré les préciosités philosophico-syntaxiques de son animateur — me plongent à nouveau dans ce sentiment inextinguible qui me façonne au plus profond depuis l'enfance.
Depuis la contemplation de ce tableau de Poussin qui était un petit tableau noir et blanc dans un cadre argenté sur la tapisserie désuète du logis ouvrier de mes parents.
Depuis cette fréquentation adolescente, amoureuse, des grèves, prairies et vallons de Loire que jadis arpenta Joachim Du Bellay.
 
Et les départs pour d'autres rives, d'autres vents, et les années dans la luxuriante forêt tropicale, dans l'aridité pétrifiée des Aurès, dans les dunes mouvantes du grand Erg oriental, dans les solitudes houleuses des traversées océanes, furent des exils désirés, vécus certains moments en des larmes heureuses d'être en si lointains pays. Car la nostalgie n'est pas mélancolie ni tristesse...
 
Dès lors, le retour ne fut pas déception dans les retrouvailles avec les grèves, les prairies, les vallons,, les rives et les vents d'Ouest ; s'y dessina alors, dans cette toujours si étonnante harmonie des contraires, la nostalgie des exils de naguère et cette fine émotion de l'irrévocable, manière de vivre les avenirs qui s'annoncent même s'ils s'amenuisent et n'ont plus l'étendue espérée de naguère.
 
Dans les brumes douces de ce qui ne sera plus, tant de visages amis qui ne seront plus convoqués, mais qui sont dans l'inoubliable.
 
Relire et réécouter
 
Orphée et son Eurydice
Homère et son Ulysse,
Joachim et son Loyr gaulois,
Baudelaire et sa Vie antérieure,
Brassens, ses amis, sa liberté, son soleil.
 
" Et moi aussi j'ai vécu en Arcadie"
 

Note-bene : Désolé, je ne suis pas proustien.

samedi, 28 novembre 2009

rien n'est clos

ce 28 novembre 1964

cet absurde qui se clôt en une seule ligne, froide, glacée sur le carton marron passé d'une entreprise funéraire.



cimetière de Pantin, 74e division, 4e ligne, n°4
.



Là où je ne suis plus jamais allé après avoir recouvert la terre de brassées de glaïeuls rouges sang.

Et sans doute aujourd'hui dans l'ossuaire, rejoignant — par un burlesque tragique, la littérature me rattrapant — dans le même amas de poussière qui s'y accumule depuis plus de deux siècles, un certain Isidore Ducasse, comte de Lautréamont.

 

Ce matin, j'ai cueilli dans l'olivier que m'ont offert pour mon entrée dans l'adolescence du grand âge mes cousin vignerons, la centaine d'olives noires et charnues que nous accorde, cette année, l'indulgence de nos brumes d'ouest.



ELLE, je L'ai imaginée enfant dans l'oliveraie de son grand-père sur les flancs du Zaccar.

mardi, 24 novembre 2009

continuer de creuser l'énigme


24nov1964001.jpgCet après-midi du 24 novembre 1964, un atroce papier bleu déposé sur la table de travail, qui, déchiré, déplié, quelques secondes efface le monde !

 

..........................................

Dans la mort que je contredis.

René Char

Montagne déchirée

La sieste blanche, in Les Matinaux

mercredi, 08 avril 2009

abriter les sans-papiers certainement, accueillir l'Étranger...

...certainement plus encore.

Nous n'étions que quelques cinq cents, sur le parvis du Palais de Justice, dans un vrai crachin nantais et breton.
Cinq cents pour manifester notre honte de ces lois iniques qui contreviennent à l'article I et XII de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Plus de cinquante ans que j'accumule sans doute les possibilités d'être un délinquant.
J'ai mal quand je sais que les deux femmes qui m'ont amené à l'Amour, si la mort n'était pas, elles n'auraient pu être accueillies par d'autres que moi, leur Amant "étranger". Et encore ?
J'ai mal à mes amitiés de Côte d'Ivoire, d'Algérie, du Sénégal, et d'ailleurs, parce que la loi de mon pays — est-ce encore mon pays ? — m'interdirait d'accueillir chez moi leurs enfants et leurs petits-enfants.
M'interdirait ? Mais qui peut interdire ?

Combien des citoyen(ne)s de ce pays — est-ce encore mon pays ? — connaissent le nouveau dispositif de délivrance des attestations d'accueil qui sévit depuis novembre 2004.
Allez donc chercher en votre mairie, chez le Préfet, sur la Toile, les imprimés que vous devrez remplir pour savoir à quelles humiliations vous exposent le décret du 17 novembre 2004 et la circulaire ministérielle du 23 novembre 2004.
Je me suis fait un jour répondre que ces iniquités, c'était l'Europe de l'espace Schengen.
L'Europe ? Quelle Europe ? À peine était-elle devenue "mon pays" que déjà ce n'est plus mon pays.

À en pleurer, au sens propre.
Je ne suis pas solidaire, je ne veux être qu'humain.

À tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s'asseoir. La place demeure vide, mais le couvert reste mis.

Plus loin.
Guérir le pain. Attabler le vin.
René Char, Feuillets d'Hypnos.