jeudi, 08 mai 2008

en mer

Matin lavé comme l'épouse. Et la couleur au monde restituée : entremetteuse et mérétrice ! La mer est là, qui n'est plus songe.

Saint-John Perse


Ce, jusqu'à mercredi 14 mai.

samedi, 12 avril 2008

où le sujet est encore une histoire de voiliers nantais

Quand on s'embarque dans des histoires de voiliers et de longs- courriers, on revient toujours à ce vieux cap-hornier Louis Lacroix, natif de la Bernerie-en-Retz et fils de notaire, qui gravit de novice à capitaine l'échelle de la hiérarchie de la "Marchande". Il termine sa carrière comme capitaine-visiteur du port de Nantes et trouve le temps de rédiger le livre des dernières heures de la marine à voile.
Tout môme, j'avais entendu parler de ce vieux marin. Peut-être l'ai-je croisé dans les années 46-47 quand je descendais, le jeudi matin de la rue Rosière d'Artois au quai de la Fosse rêver de grands départs ?
Mais c'est Cendrars qui me jeta dans l'épopée. L'été 1961, j'étais immergé dans les lectures de L'homme foudroyé et de Bourlinguer quand je tombai sur une des notes du chapitre VIII Gênes, certainement une des plus belles recensions écrites à propos des bouquins de Louis Lacroix :

Note 12.
Je profite de l'occasion pour rendre hommage aux bons, gros bouquins du capitaine Lacroix, cap-hornier, qui a bourlingué sur les sept mers du globe et qui a fourré dans ses livres, en plus des mirobolantes photographies et des documents que l'on ne trouve nulle part ailleurs, tout ce qu'il a pu apprendre et voir de ses yeux durant ses longues croisières et ses dures campagnes de mer, sans parler des aventures de mille navires et des mille et un secrets du métier dont les
marins ne sont jamais chiches. Ses livres constituent l'épopée de la marine à voile, et qu'importe son tour de plume puisque le vieux loup de mer a tant de choses à nous dire et à nous apprendre, et qu'il est profondément humain! Le capitaine Lacroix est en train d'écrire, sans s'en douter dans sa bonhomie, l'Histoire de la marine marchande française, la vraie, et dont tout le pays se désintéresse! C'est déjà un monument, et ce n'est pas fini...

Quel malheur qu'il n'y ait pas quelque part, perdu dans sa province natale, un retraité colonial qui ne soit en train d'en faire autant pour les Colonies, dont tout le pays se désintéresse également! Je pense à un trafiquant ou à un planteur, plein de verve, d'expérience, d'anecdotes vraies, de choses vues, d'aventures vécues pour nous donner une idée de conquête pacifique, de lente pénétration de la civilisation, et non à un militaire de plume.

Voici la liste des ouvrages du capitaine Louis Lacroix, tous sont copieusement illustrés et ont paru Aux Portes du Large, à Nantes, entre 1936 et 1946 : Les derniers Grands Voiliers ; Les Derniers Cap-Horniers ; Baye de Bretagne; Les Derniers voyages de Bois d’Ébène, de Coolies et de Merles du Pacifique ; Les Derniers Voyages de Forçats et de Voiliers en Guyane et les Derniers Voiliers Antillais; Les Écraseurs de Crabes sur les Derniers Voiliers caboteurs; Les Derniers Clippers (en préparation).
Blaise Cendrars
in Bourlinguer,
Gênes, l'épine d'Ispahan, pp. 268-269
Livre de poche, 1960, première édition chez Denoël en 1948


Post-scriptum : J'ai failli ne pas publier le second paragraphe de la note où Cendrars sollicite le retraité colonial qui pourrait entreprendre l'histoire des Colonies, conquête pacifique, lente pénétration de la civilisation (sic et re-sic)... me disant en mon for intérieur : « Même, soixante ans après, les lecteurs de 2008 vont prendre Cendrars pour un sacré ringard réactionnaire ! »
Puis, très vite, j'ai pensé que c'était une bonnne ruade dans toutes les idées, parfois très saines, qui sévissent dans les têtes des enfants et petits-enfants qui jugent sans nuances, ni égards, le passé obscur, trouble même, de leurs pères.

dimanche, 23 mars 2008

joyeuses pâques ! et merdre !

En guise d'œufs de Pâques, nous ramassons, ici, des boulettes de fuel.
C'est un cadeau d'un de nos principaux mécènes d'Estuaire 2007 : quatre cents tonnes dans le fleuve depuis le dimanche des Rameaux.
Total a dû penser qu'une société pouvait avoir aussi autant d'idées intelligentes que beaucoup des "ârtistes" qu'elle avait soutenus avec l'accord de nos édiles. Elle pense seulement avec quelques mois de retard sur les événements subventionnés.

Alors, messieurs les maires, réélus récemment, de Nantes et de Saint-Nazaire, qu'en pensez-vous pour Estuaire 2009 ?
Par exemple, un bon, beau, grand pétrolier échoué sur le plateau de la Lambarde ? Ou mieux entre le Grand Charpentier et la pointe de Chemoulin ? Avec la mise en scène du sieur Courcoult qui sait tout de l'art de mal faire couler de fausses maisons ou de l'autre, plus comique encore, Florentijn Hofman, qui gonfle un canard géant à l'en faire crever et que nous ne verrons donc jamais flotter.
Un beau pétrolier éventré et plein de tuyaux de raffinerie crevés : ça nous ferait de beaux noirs à la Soulages sur les rocs, les sables et les roselières des marais.

lundi, 21 janvier 2008

Les mots de l’un pour saluer le retour de l’autre

Il a achevé un périple, devenu commun, mais qu’il a rendu par sa ténacité, sa modestie, son intelligence des éléments, pour une fois encore hors du commun.
Il ne me déplaît point d’apprendre qu’après avoir franchi la “Ligne” entre les Fillettes et le Petit-Minou, Francis Joyon a choisi de passer sa dernière nuit au mouillage de Roscanvel, seul.
Après cinquante-sept jours de bonheurs et d’enfers, de bruits et de fureurs, ce nécessaire face-à-face enfin silencieux avec soi-même dans ce drôle d’engin qu’est un voilier devenu son corps second, ses mains, ses bras, ses jambes, son ventre, son cul !

De passage ici, cette fin de semaine, ÉL m’a offert le livre d’un homme que je ne connaissais pas : un bénédictin de Ligugé* qui va en mer. Il a écrit Pélagiques :

La mer existe depuis toujours, et ce toujours de la mer existe toujours dans les hommes ; dans la tête des hommes ; dans le cœur des hommes ; dans les yeux des hommes ; dans les mains des hommes. Dans les couilles des hommes...........................................................
................ la mer tout à l’entour certifie le regard. Mer paupière elle-même, mer pupille. Étant là tout exprès pour s’ouvrir, pour s’offrir à la plus respectueuse rapacité de l’homme —celle du regard —, la mer magistrale apprend à l’homme, non pas seulement à se servir de ses yeux, mais à les servir. Car, amariné, l’œil est roi.


Je sais aussi d’autres êtres humains qui n’ont pas de couilles, mais qui ont un ventre autrement fécond : les Femmes de mer !

* François Cassingena-Trévedy, PÉLAGIQUES, éditions du Gerfaut, 2007

samedi, 20 octobre 2007

nostagie des Marquises

Centenaire René CHAR

Cette note est dédiée à Xavier et Mathieu.

Hier boudant le rugby, je regarde Thalassa qui s'achève sur les Marquises.
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Depuis, une nostalgie irrépressible, qui me fait feuilleter les petits albums : Nuku-Hiva, la baie d'Anaho, Ua-Huka et la baie de Vaipaee, Nicolas et son arboretum : ce Marquisien a arpenté tous les rivages du Pacifique sud. Y a-t-il un arbre de ces rives qu'il ignore ?
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Il nous donna des fruits, beaucoup de fruits.

Puis, j'ai réouvert mon livre de bord de cette traversée "Pacifique". J'y avais consigné des bribes de beauté recueillies dans l'illisible du Partage formel de René Char. Nous avions remonté le mouillage depuis plus de huit jours ; nous étions à quelques 3 000 milles de Panama.
je les livre en fétus :

...une éternité de tenailles...
...qui va nue sur ses pieds de roseaux, sur ses pieds de caillou
... en laines prolongées...
... en aurore artérielle...
Le poète étend sa santé chaque jour.
... ayant tes lèvres pour sagesse et mon sang pour rétable...
... orages pélerins...
... le visage de l'échange.
la pastorale des déserts

... l'exégèse des dieux puissants et fantasques...
Derrière cette persienne du sang brûle le cri...

... la voix de ses fontaines
...tirer parti de l'éternité d'une olive...

Toute respiration propose un règne...

...à l'écart, suivant l'allée de la vigne commune... avec la Femme à son côté s'informant du raisin rare.

Soleil et nuit dans un or identique... la mort, université suspensive.

Lectures en rêveries suspendues.

mardi, 16 octobre 2007

arpentant Tréac'h er Béniguet

Centenaire René CHAR


Samedi, à l'extrême ouest de Houat, Tréac'h er Béniguet, la grève qui clôt la chaussée du Béniguet — les prévisions météo donnaient une petite houle de 1 mètre à 1 mètre 50.
La brume du matin s'est déchirée. Si peu de vent, netteté ensoleillée des roches. L'océan s'engouffre entre l'île Cenis et l'île Guric, fracassant les brefs silences entre deux vagues.
Pieds nus, longuement, lentement, j'arpente la grève, à la limite du ressac qui fait du sable si fin, quand la vague se retire, un miroir.

Tu es plaisir, avec chaque vague séparée de ses suivantes. Enfin toutes à la fois chargent. C'est la mer qui se fonde, qui s'invente. Tu es plaisir, corail de spasmes.
La Lettera amorosa,1953

lundi, 24 septembre 2007

rapport de mer

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Chante, douceur, à la dernière palpitation du soir et de la brise, comme un apaisement de bêtes exaucées.
Et c'est la fin ce soir d'un très grand vent. La nuit s'évente à d'autres cimes. Et la terre au lointain nous raconte ses mers.

Saint-John Perse
Vents, IV,6


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d'un crépuscule à une aurore, quand Nicléane bascule ses horizons marins !

samedi, 22 septembre 2007

en mer

Amarres larguées pour les premiers jours d'un bel automne;

Je sais qu'au fond des golfes assouvis, comme des fins d'Empires, la charge mâle du désir fait osciller la table des eaux libres.


Saint-John Perse
Vents, 3

vendredi, 31 août 2007

retour encore incertain ! pour le rugby, peut-être ?

Ce soir, ou demain à l'aube, je largue.
En solitaire.
Jusqu'aux Glénan, si les dieux qui n'existent guère sont favorables ?

Brandan — cf. la note de la veille — n'avait point tel souci :


Brandan s'en vait d'iloec avant
Ben set de Deu ad bon guarant
E li muine bien sevent tuit
Que segur sunt al Deu cunduit


Post-scriptum (qui n'a rien à voir avec ce qui précède) :
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Ma bien chère filleule, Anne, a mérité un bel article dans le magazine du Conseil régional d'Aquitaine. Certes, il y aura de belles empoignades à regarder dans nos lucarnes, mais son bouqin, ÊTRE RUGBY, nous guide encore un peu plus, et avec humour, dans la compréhension de la mêlée.
À lire.
Je suis fier de ma filleule !

jeudi, 26 juillet 2007

un archipel ? au delà ?

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Pour saluer François J. qui a choisi Molène pour la dispersion de ses cendres.
Retour de mer et de passage, trop brièvement, dans "mon jardin", j'envoie ce message par delà l'horizon vers je ne sais trop quel archipel inespéré : cette image et un aphorisme qui procèdent de l'harmonie des contraires.

La parole soulève plus de terre que le fossoyeur ne le peut.
René CHAR
Recherche de la base et du sommet

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