mardi, 08 décembre 2009
"Copenhague" II
Je connais des copines et des copains, des "citoyen(ne)s vigilant(e)s", qui maintiennent depuis des mois un piquet, quai Ceineray, devant le Conseil général de Loire-Atlantique pour dire non à un futur monstre aéroportuaire.
Je connais, au sein de ce Conseil, une amie et un ami, élus lucides et... vigilants, qui demandent avec ténacité un moratoire pour enfin sagement renoncer à cette excroissance.
Je leur adresse cette parole de poète.
Viendra le temps où les nations sur la marelle
de l'univers seront aussi étroitement dépendantes
les unes des autres que les organes d'un même corps,
solidaires en son économie.
Le cerveau, plein à craquer de machines, pourra-t-il
encore garantir l'existence du mince ruisselet
de rêve et d'évasion? L'homme, d'un pas de somnambule,
marche vers les mines meurtrières,
conduit par le chant des inventeurs.
René Char
Feuillets d'Hypnos, 127
Nota-bene !!! : En 2005, déjà Airbus chassait le dernier vigneron de ma petite commune.
16:16 Publié dans les civiques, "Poètes, vos papiers !" | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 07 décembre 2009
suivre "Copenhague" à ma manière I
c'est-à-dire en lisant un poète :
Nous errons près de margelles dont on a soustrait les puits.
René Char
Feuillets d'Hypnos, 91
15:29 Publié dans les civiques, "Poètes, vos papiers !" | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
vendredi, 04 décembre 2009
lire "une" guerre d'Algérie
La peur au ventre. Mais elle est où, la peur au ventre ?
Pas sur les photos.
Aucune d'elles ne parle de ça.
C'est quoi alors, seulement, ce qui reste ?
Moi, je me disais, je suis là, j'ai soixante-deux ans et
dans ce salon, là, à presque quatre heures du matin, je
regarde des photos et mes yeux, les larmes, la gorge
nouée, je me retiens pour ne pas tomber, comme si les
sourires et la jeunesse des gars sur les photos c'était
comme des coups de poignard, va savoir, qui on a été,
ce qu'on a fait, on ne sait pas, moi, je ne sais plus.
Laurent Mauvignier
Des hommes, pp. 259-260
Trop de pages à feuilleter sur la table. Dix, quinze bouquins à lire, à relire, à annoter, et ce brûlot rapporté hier, Livres en feu, avec sur sa couverture comme un incunable passé au napalm.
Puis, vers 15 heures, dans le peu de lumière que le ruissellement interminable de la pluie nous consent, cet autre, emprunté à JC comme une urgence, retardée. À la nuit tombée, je scanne les quelques lignes qui ouvrent cette note.
C'est cette guerre et ce n'est pas cette guerre. C'est sans doute porté à son extrême le soliloque taiseux de milliers de "gus" : tout y est et c'est peut-être trop.
Est-ce encore assez ? Sans doute un texte fort par son écriture parmi les 500 titres et plus— fiction, histoire, journal, mémoire, correspondance, pamphlet, tous genres confondus — qui relatent chacun, "leur" guerre d'Algérie.
Mais que peut écrire, face à un qui fait profession d'écrivain, un témoin obscur qui tenta de maintenir la parole ?
19:09 Publié dans les lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 28 novembre 2009
rien n'est clos
ce 28 novembre 1964
cet absurde qui se clôt en une seule ligne, froide, glacée sur le carton marron passé d'une entreprise funéraire.
cimetière de Pantin, 74e division, 4e ligne, n°4.
Là où je ne suis plus jamais allé après avoir recouvert la terre de brassées de glaïeuls rouges sang.
Et sans doute aujourd'hui dans l'ossuaire, rejoignant — par un burlesque tragique, la littérature me rattrapant — dans le même amas de poussière qui s'y accumule depuis plus de deux siècles, un certain Isidore Ducasse, comte de Lautréamont.
Ce matin, j'ai cueilli dans l'olivier que m'ont offert pour mon entrée dans l'adolescence du grand âge mes cousin vignerons, la centaine d'olives noires et charnues que nous accorde, cette année, l'indulgence de nos brumes d'ouest.
ELLE, je L'ai imaginée enfant dans l'oliveraie de son grand-père sur les flancs du Zaccar.
11:35 Publié dans Les nocturnes | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 26 novembre 2009
persister à contredire la mort
Nuit du 25 au 26 novembre 1964.
D'Annaba, j'atterris à Orly. Pluie glacée sur la ville. Je ne sais quelle navette jusqu'à Montparnasse... je ne sais même plus quelle ligne de métro pour l'hôpital Tenon.
Hors ce lancinant et incongru message publicitaire éclair dans la pénombre entre les stations de métro : DUBO DUBON DUBONNET...DUBO DUBON DUBONNET...DUBO DUBON DUBONNET, dans la trépidation cadencée des roues.
Marche rageuse sous la pluie pour, dans l'antichambre de la morgue, me heurter à ces deux hommes hébétés de sommeil : « Vous ne pouvez la voir à cette heure. Attendez le jour. »
Au petit matin de ce jourd'hui, dans L'éloge du savoir, à propos de son Journal de deuil, Antoine Compagnon cite cette réticence pudique de Roland Barthes :
« Je ne veux pas en parler par peur de faire de la littérature – ou sans être sûr que c’en ne sera pas – bien qu’en fait la littérature s’origine dans ces vérités ».
Saura-t-il avant sa propre disparition que seuls les mots, arrachés dans la mémoire, contredisent la mort
Ainsi le « revenir », quoi qu'on fasse, s'inscrit à la suite du devenir ; le souvenir lui-même, loin d'être un avenir renversé, survient dans le cours du devenir : le rappel n'est-il pas un événement de notre présent ? Le souvenir, en ce sens, est encore un « survenir ». Revenir, en ce sens, est encore une manière d'advenir. Car le passé advient, même quand il revient ! Oui, le temps est toujours à l'endroit, même quand on s'imagine le parcourir à l'envers ; toujours dirigé vers l'avant, même quand on croit remonter vers l'arrière.
Vladimir Jankélévtich
La mort, p. 292
23:55 Publié dans Les graves | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mardi, 24 novembre 2009
continuer de creuser l'énigme
Cet après-midi du 24 novembre 1964, un atroce papier bleu déposé sur la table de travail, qui, déchiré, déplié, quelques secondes efface le monde !
..........................................
Dans la mort que je contredis.
René Char
Montagne déchirée
La sieste blanche, in Les Matinaux
18:21 Publié dans Les nocturnes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
dimanche, 22 novembre 2009
une musique parfois...
...encore dans les flottements légers du sommeil et la tiédeur de la couette, dans les écouteurs du petit mp3, "tes boucles d'oreille musicales" dit ma voisine.
Une mélodie bien connue, des trilles suspendues dans les aigües, qui s'allongent, se répètent, et puis comme un sentiment que la cadence se rallonge indéfiniment, la mélodie se désaccorde, les trilles reviennent soutenues par des roulements aux timbales, inhabituels . La mélodie toujours insoutenable de beauté qui semble s'égarer dans un labyrinthe dont le violon ne souhaite point la sortie.
Inouï, si le mot n'est pas aporie en écrivant de musique.
À pleurer parfois — chez l'écoutant, se rapprochent des jours qui chaque annnée, si lointains et trop proches, s'obscurcissent d'une ombre bien-aimée.
Une écoute si neuve ! Ne suis qu'un piètre mélomane, dans les limites de l'illetrisme musicale.
À réécouter : c'est disponible sur France Mu pendant tout ce dimanche et, pendant trente jours, écoutable "à la carte"en cliquant sur le lien marqué au rouge et en patientant quelques minutes... ou quelques secondes, le temps de dérouler en accéléré le journal et la présentaiton de l'émission.
Réécoutez, vous-dis-je !
09:52 Publié dans Les musiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
vendredi, 20 novembre 2009
il y a deux-cent-cinquante ans aux Cardinaux


17:35 Publié dans les autres... arts, les marines | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 19 novembre 2009
on appelle ça tricher
En football, quand un joueur du champ touche volontairement de la main le ballon, il triche. Non ?
J'avoue attendre cyniquement la protestation suffoquée du sieur Raoult : le tricheur est bien le capitaine d'une équipe nationale qui représentera ce pays où je suis né (avouerais-je que ça m'est insuffisant pour m'identifier "nationalement" ?). Saurai-je un jour la somme de mes identités ?
Je suis du côté d'Héraclite, le Flux changeant, contre Parménide, l'Être absolu.
Lire quelques fétus de philosophie à propos de l'identité, la patrie, la nation et tutti quanti dans Libé de ce jour.
D'ailleurs, je m'en fous : l'Algérie est, elle, qualifiée. Mais ce n'est pas pour cela que contre la "francité", je revendiquerais "arabité" ou "berbérité".
16:01 Publié dans dans les pas d'Héraclite, les civiques, les diverses | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 16 novembre 2009
bref retour à la "liste"
La "liste", ça va, ça vient.
Chez les uns, litanies pour rogations, chez d'autres, classifications pour manuels d'entomologie, inventaires avant disparition, chez d'autres, après Rabelais, Borgès, référence est fait à Roubaud ou aux déclinaisons de Chevillard — pourquoi pas ! — je n'avais point pensé à la déclinaison comme liste.
À lire dans le tiers livre.
Avec comme un arrière-goût des exercices de style de Raymond Queneau.
18:36 Publié dans les lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 12 novembre 2009
à propos de la dixième lauréate du "Goncourt"
Si les lettrés continuent ainsi de contester ses courtisans, le monsieur de passage à l'Élysée se refusera définitivement la lecture des bonnes romancières françaises.
Il a sans doute déjà pris sa décision.
12:55 Publié dans les civiques, les lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 09 novembre 2009
lâchement, je me défausse
Je ne suis pour rien, si ce n'est mon exigence de gratuité, dans ce "truc de ventre plat" qui chapeaute en clignotant mes notes depuis un mois, avec un fort mauvais goût.
Je ne m'en souciais guère, ayant installé Adblock Plus qui filtre à la demande les publicités que j'estime fâcheuses. Mais encore faut-il naviguer avec FireFox.
Pour celles et ceux qui utilisent ce très bon navigateur qui renvoie aux "pilotes des vaisseaux perses du roi Darius", Internet Explorer, je conseille d'installer cet Adblock Plus, un module gratuit trouvable sur le site de FireFox.
J'attendais, aspirant enfin à une plus grande autonomie, une formation SPIP et DotClear qui devait se dérouler ces jours-ci aux Chantiers. Reportée en mars 2010, m'a-t-on annoncé ce matin !
Rage légère, je dois supporter ce "truc" et les avatars à venir* dont Hautetfort, mon gentil hébergeur depuis cinq ans, me gratifie pour mon refus de payer.
Liberté en mars 2010 !
* Le nouvel avatar est arrivé : c'est "CamSympa". Et moi qui ne suis même pas sur FacedeBouc....
18:21 Publié dans Les blogues, Web | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
« vertige de la liste » les dernières listes
En octobre 1990, lors de la Fureur de lire, je fus invité à lire du "fantastique qui était le thème proposé, cette année-là. Je choisis, avec un soupçon de provocation, de lire "du" Borgès :
J'y lus donc
Le miroir d'encre
l'Argument ornithologique
Le Disque
Le dialogue sur un dialogue
le Désert
Les deux rois et les deux labyrinthes
La Rose
et l'Écriture du dieu.
En troc, je reçus des mains de FV, jeune adjointe à la Culture de ma petite cité, HAZANOUT, un disque de Chants liturgiques juifs. Le premier chant était une lecture en araméen du Zohar. Je lui dédie cette note que j'espère fort borgésienne.
Si un auteur a cédé dans des pages nombreuses au vertige de la liste — index, nomenclatures, classifications, descriptions, — c'est bien Jorge Luis Borgès.
Tirée d'une encyclopédie chinoise — sur le témoignage d'un sinologue réel — cette classification zoologique :
« Les animaux se divisent en
a) appartenant à l'Empereur,
b) embaumés,
c) apprivoisés,
d) cochons de lait,
e) sirènes,
f) fabuleux,
g) chiens en liberté,
h) inclus dans la présente classification,
i) qui se démènent comme des fous,
j) innombrables,
k) dessinés avec un très fin pinceau de poils de chameau,
l) et cætera,
m) qui viennent juste de casser la cruche,
n) qui vus de loin paraissent des mouches ».
Vingt auparavant, dans Histoire de l'Infamie, Borgès prêtait au jeune empereur Kia King cette proclamation destinée à mettre en garde la population contre les méfaits des pirates :
Des hommes infortunés et nocifs,
des hommes qui piétinent le pain,
des hommes qui font la sourde oreille au cri du percepteur et de l'orphelin,
des hommes dont le linge de corps porte l'image du phénix et du dragon,
des hommes qui mettent en doute la véracité des livres imprimés,
des hommes qui laissent leurs larmes couler en regardant le nord — compromettent le bonheur de nos fleuves et l'antique confiance de nos mers.
Plus loin, dans Histoire de l'Éternité, il nous livre le catalogue, en cinq pages, des métaphores — les Kenningar — que les Islandais employaient dans leurs poèmes ; j'en citerai trois :
La mer
Toit de la baleine
Terre du cygne
Chemin des voiles
Champ du viking
Prairie de la mouette
Chaîne des îles
Le sang
Ruisseau des loups
Marée du massacre
Rosée de la mort
Sueur de la guerre
Bière des corbeaux
Eau de l'épée
Vague de l'épée
La mort
Arbre des corbeaux
Avoine des aigles
Blé des loups
Borgès alléguera souvent sa timidité devant la création pure, avouant ses écrits comme "les jeux irresponsables d'un timide qui n'a pas eu le courage d'écrire des contes et qui s'est diverti à falsifier ou altérer — parfois sans excuses esthétiques — les histoires des autres".
La liste lui fut un de ces jeux qu'en bibliothécaire à l'érudition folle, il pratiqua tour à tour, dans une déraison souriante — la classification zoologique, ci-dessus — ou grave — l'énumération qui suit, extraite du Miroir d'encre :
Cet homme mort que je déteste eut dans la main tout ce que les hommes morts ont vu et tout ce que voient ceux qui vivent :
les cités, les climats et les royaumes qui divisent la terre, les trésors cachés dans son centre, les navires qui traversent les mers, les engins qui servent pour la guerre, la musique et la chirurgie, les femmes pleines de grâce, les étoiles fixes et les planètes, les couleurs employées par les Infidèles pour peindre leurs abominables tableaux, les minéraux et les plantes avec les vertus et secrets qu'ils renferment, les anges d'argent qui se nourrissent de louer et de justifier le Seigneur, la distribution des prix dans les écoles, les statues d'oiseaux et de monarques qui sont au cœur des pyramides, l'ombre projetée par le taureau qui soutient la terre et par le poisson qui est sous le taureau, les déserts de Dieu le Miséricordieux.
Ailleurs, René Char écrivait :
Certains jours, il ne faut pas craindre de nommer les choses impossibles à décrire.
Pauvreté et privilège,
in Recherche de la base et du sommet.
Sans doute est-ce là, pour l'ordre ou pour le chaos, pour l'oubli ou pour la mémoire, la force de la LISTE !
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dimanche, 08 novembre 2009
ajout à la liste V
La Prière mise en musique par Brassens est une de deux Prières écrites par Francis Jammes. J'ai publié la seconde Prière pour aller au Paradis avec les ânes dans ma note du 12 avril 2005.
La mélodie de La prière est identique à celle d 'Il n'y a pas d'amour heureux, le poème d'Aragon.
Lequel fut le premier texte mis en musique ?
Qu'importe. Le poignant de cette musique s'accorde tant avec l'un et l'autre que je ne les ai jamais confondus. Sans doute l'interprétation très engagée de Brassens, dans l'une et dans l'autre chanson : le bougre savait être grave.
Dans ma recherche sur la Toile, je suis tombé par You Tube sur cette curieuse interprétation de La Prière.
Le suranné de certaines images n'atténue en rien l'émotion, à fortiori quand une ou deux gravures, plus que sulpisciennes, évoquent les murs d'une chambre de la petite enfance. Étonnante de mauvais goût, cette vidéo, mais la voix, à l'opposé de la rocaille savoureuse de Brassens, s'étend dans une plainte saisissante.
19:34 Publié dans les lectures, Les musiques, "Poètes, vos papiers !" | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 07 novembre 2009
« vertige de la liste » V, la pénultième
11:41 Publié dans les lectures, Les musiques, "Poètes, vos papiers !" | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




