mercredi, 25 janvier 2012
Quel titre pour la tristesse ?
Le pas suspendu de la cigogne ?
L'Éternité et un jour ?

“ Je ne suis qu'un visiteur", faisait-il dire à un de ses personnage dans Le Pas suspendu de la cigogne.
« Où s'est-il retiré, où s'en est-il allé, le Sage ? —
Après tous les miracles qu'il a faits,
après que la renommée de son enseignement
se fut répandue sur tant de nations,
il s'est dérobé aux regards et personne n'a pu apprendre
avec certitude ce qu'il est devenu...
Constantin Cavafis
Pour autant qu'il soit mort
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lundi, 23 janvier 2012
Grands Barbus en petit livre*

C'est un petit bouquin qui a paru en novembre 2011. Trouvé par hasard au kiosque "livres" du Lieu Unique en sortant du débat "France : terre de machisme" où s'affrontaient Clémentine Autain, droite et claire comme épée de justice et Christine Boutin, dame démocrate chrétienne qui aimerait bien être présidente
Il est préfacé par... Victor Hugo qui, en 1845, écrivit une lettre dite « du Barbu » :
Dieu avait donné à l'homme, le jour même où il le créa, ce magnifique cache-sottises : la barbe. Que de choses en effet, au grand avantage de la face humaine,disparaissent sous la barbe : les joues appauvries, le menton fuyant, les lèvres fanées, les narines mal
ouvertes, la distance du nez à la bouche, la bouche qui n'a plus de dents, le sourire qui n'a pas d'esprit. À toutes ces laideurs, dont quelques-unes sont des misères et quelques autres des ridicules, substituez une végétation épaisse et superbe qui encadre et complète le visage en continuant la chevelure, et jugez l'effet ! L'équilibre est rétabli, la beauté revient.
Mais
Le bon Dieu fut vertement tancé pour avoir inventé la barbe. L'homme orné de cette chose fut déclaré bouc.
La barbe fut décrétée laide, sotte, sale, immonde, infecte, repoussante, ridicule, antinationale, juive, affreuse, abominable, hideuse, et, ce qui était alors le dernier degré de l'injure - romantique.
Il présente vingt-quatre Grands Barbus et parmi eux, j'ai quelques préférences fortes: Diogène, François d'Assise, Karl Marx, Henry David Thoreau, Gustave Courbet, Walt Whitman, Herman Melville, Élisée Reclus, Auguste Rodin, Vincent Van Gogh.
Et l'éditeur — est-il barbu lui-même ? — de lancer dans son Avertissement

Le barbu est largement sous-estimé. Rien ne serait plus faux que de voir dans la barbe un archaïsme : même dans les temps où les rasoirs étaient de silex, la barbe n'était pas une fatalité, mais déjà un choix esthétique et moral. Masculine et fleurie, terrifiante et douce, animale et cultivée : la barbe, c'est le paradoxe même de la sagesse - l'art de maîtriser le laisser-aller, ou de laisser le savoir s'embroussailler...
Et si c'était la barbe qui faisait le sage ? Avec en moyenne cinq cents poils au centimètre carré, ses joues sont un jardin, un bois, une forêt - un radar qui le relie aux forces du cosmos.
À notre siècle où la barbe revient en force, chez les rugbymen ou chez les rockers, barbe de trois jours ou barbe des bois, barbe des villes ou barbe des champs, ce petit ouvrage veut rendre un hommage contemporain à la figure tutélaire du barbu, homme libre et puissant, tendre et viril, paternel et sauvage.
Mais il en manque, et pour moi, tout aussi grands sinon plus. De gauche à droite et de haut en bas :
Les Grecs
Homère, Héraclite, Démocrite, Eschyle, Sophocle, Euripide, Épicure,
Le Romain Lucrèce,

Le Maghrébin Ibn Khaldûn,
Les deux de la Renaissance


Joachim Du Bellay,
Michel de Montaigne, 
Et, point d'orgue du XXe Siècle, ce bon Gaston Bachelard.
Elles ne sont point — et pour cause ! — dans ce petit livre des Grands Barbus. Je les ajoute — leur seul nom, car existe-t-il d'elles une image ? — pour illuminer d'un sourire toutes ces barbes "tendres et viriles, paternelles et sauvages" et pour que je ne sois point suspect du moindre copeau de machisme.
J'ai nommé Sappho de Mytilène et Louise Labé.
Ou tout aussi bien Haspasie, Râbi'a al-Adawiyya ou Simone de Beauvoir.
Mais tout ceci, ce livre, ces noms, ces visages, ces poètes, ces philosophes, ces dramaturges, mon visage même, par la grâce de ces quelques vers qui remontent de mon adolescence :
J'ai revu cette nuit les compagnons de mon enfance
Qui pourraient vivre chantournés avec des barbes comme des crédences
Ce sont les prêtres de ma religion
René Guy Cadou
...chantournés avec des barbes comme des crédences....
* Mathieu DUMONT, Le petit livre des Grands Barbus, Esprits sauvages de Lao Tseu à Bob Marley, Éditions WildProject, 2011.
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dimanche, 22 janvier 2012
l'autre soir, au Lieu Unique
Tout le jour, la ville s'était enroulée dans une bruine persistante sans vent qui est le propre de ces bordures de l'anticyclone hivernale.
Tout le jour, dans ma petite "librairie", j'avais laissé ruisseler les Suites, les Toccatas de Froberger, de Couperin, de Frescobaldi sur le clavecin de Leonhardt, disparu la veille.
Je me disais que j'allais traverser des miroirs, des inversions, des antipodes, que j'allais m'assècher, me glacer en allant écouter Bon lisant sa Traversée de Buffalo. L'expérience de lecture du livre numérisé sur mon écran d'ordi avait été rude, austère. Pas de tablette, ni de liseuse — ça coûte ! Mais cette balade de mots sur les images de Google maps m'apparaissait moins un survol qu'une errance sur une carte surréelle.
Dans une salle triangulaire, une estrade, deux petites tables : sur chacune, ce que je reconnais comme deux Mac en veille, si identifiables à leur pomme croquée lumineuse dans le semi-obscur que troue un immense fond d'écran, l’entrelacs d’un de ces nœuds autoroutiers qui enserrent dans le bitume et le béton de Buffalo, cette ville des Grands Lacs américains ?
L'entrée du Lecteur et du Musicien, ce fut à l'inverse de la descente aux enfers chantée dans l'Odyssée : nous étions de plain-pied dans cet enfer moderne. Et pourtant il y avait de l'Ulysse dans les rondeurs socratiques de François Bon et de l'Orphée dans la longue chevelure de Dominique Pifarély.
Leurs claviers de Mac effleurés quelques secondes comme un duo qui accorde ses instruments. Et la voix scandant dans une économie un peu haletante du souffle.
Un monde hostile : parce qu’ici il en offrait l’image ? Tu t’y sentais paradoxalement plus à l’aise que dans les villes d’autrefois, avec les objets du monde proche. On avait arasé sur la terre de quoi y tendre les bras, de quoi y hurler tous les cris : regarde, mais regarde l’image, là où tu marches tu es seul, là où tu marches personne ne te suit. La terre est noire quand on la broie, et le ciment une fuite, des stries divergentes, et le parking à peine un décor pour série télévision (pensais-tu, toi qui n’avais jamais supporté ni télévision ni téléphone). Dans la ville que tu construisais il y avait cela : voitures qui filaient, étendues vides striées dans la terre noire, et ce type aux bras tendus, qui hurlait.
Le violon va lentement s'immiscer dans les mots.
Dans l’île de chacun, ce qu’on a laissé dehors, sous les intempéries du ciel, et la dureté de ciment des cours. C’est du vrac, un désordre, on a posé ça ici parfois il y a longtemps, un jour il faudrait s’en occuper, et trier, mais on attend demain. Dans l’île de chacun, tellement de place pour rien : cet abandon qu’on traverse, ces espaces qu’on ne voit plus, et l’eau, au bout. L’eau verte, opaque, dure, immobile. Parfois on vient, là, tout au bord, on regarde l’eau. Ça fait du bien, de regarder l’eau. Puis on rentre dans la tour. On trouve commode cette répartition, l’étage où on mange, l’étage où on dort, et la grande pièce nue où on a son ordinateur, sa musique, ses rêves.
La scansion haletante devient transe. Le lecteur s'appuie au mur. Le violon s'exacerbe : il fouille les masses bétonnées des prisons, des dortoirs, les drôles de cadrans que dessine une usine de traitements des eaux, des yeux globuleux qui sont des espaces verts.
Hommes qui marchiez sur la terre noire, hommes qui mangiez ces boues noires, hommes venus là pour malaxer le bitume et le sol spongieux organique et lourd d’essences riches d’où extraire, raffiner, élaborer jusqu’à ce que cela explose, jusqu’à ce que cela donne aux hommes leurs armes contre les autres hommes : vos établissements d’hommes vous les aviez implantés à même là où vous marchiez, avec vos prothèses d’acier, vos baraques et vos tentes, où on désenfouissait les vieilles terreurs en noir, en orange, en bleu, avec les verts du minerai de cuivre et les blancs des alumines et la rouille vieille du fer à même cette terre qui s’effrite quand serrée dans la paume – hommes, vos couleurs pour repeindre la ville.
Le violon n'accompagne plus les mots : il les suscite, les éjecte de ces aligements, de ces obliques, de ces cercles.
Regardez, regardez l’autoroute : il y avait des lois, pour la protection des forêts, on y ménageait des passages souterrains pour la migration des espèces.... Des errants cherchaient, dans le dédale des voies droites, le lieu où elles se repliaient en courbe pour l’enfoncement dans la terre.
Je ne sais plus si je suis les mots du diseur ? ou les stridences du violoneux ?
Plus tard, après avoir salué François, exténué, je sors dans la nuit de bruine. Ma ville ? La ville de mon enfance, celle dont André Breton dans Nadja disait :
...la seule ville de France où j'ai l'impression que peut m'arriver quelques chose qui en vaut la peine, où certains regards brûlent pour eux-mêmes de trop de feux... où pour moi la cadence de la vie n'est pas la même qu'ailleurs, où un esprit d'aventure au-delà de toutes les aventures habite encore certains êtres.
Une autre ville ?
Tiens ! c'est peut-être cela, le post-moderne. Il me faudra arpenter les images nantaises de Google maps.
Avant de remettre mes pas dans ceux de René Guy Cadou et de Julien Gracq.
Et puis j'irai en mer.

Post-scriptum :
• Il faut revisiter le livre numérisé en inscrivant son propre parcours et sa rêverie sur Google maps. J'ai pris le dit du lecteur et les stridences du musicien comme une invite à ce geste.
Une Traversée de Buffalo
sur www.publie.net
coopérative d’édition numérique
• Cette perfomance/lecture s'est déroulée au Lieu Unique, dans le cadre du Labo Utile Littérature - séquence « Cités et frontières, parcs et paysages », labo animé avec grande intelligence et sensibilité par Thérèse Jolly.
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mercredi, 18 janvier 2012
Gustav Leonhardt ne nous quittera point

Ce matin au lever du jour, j'apprends que s'en est allé le grand claveciniste.
Je ne suis qu'un piètre mélomane. Je ne puis écrire que ma tristesse, j'aimais beaucoup cet homme au visage émacié, à la carrure d'ascète. Une fois, à Nantes, l'été 1980, en l'Église Saint-Croix, nous l'avions écouté : il avait joué Froberger.
J'ai réouvert ma vieille platine, j'ai fait glisser la grande galette noire hors de la pochette noire d'Harmonia Mundi, laissé se poser la fine tête de lecture : la Suite XX en Ré majeur, "Méditation faite sur ma mort future laquelle se joue lentement avec discrétion".
Une tant belle musique pour tenter de bien mourir.
Cette autre aussi est belle. Il suffit d'écouter.*
* Tombeau sur la mort de monsieur de Blancrocher.
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mardi, 17 janvier 2012
et un paquebot échoué
Respect pour les morts noyés. Respect pour les disparus.
Pour les autres, mais qu'allaient-ils faire dans cette galère ? Quatre mille passagers, mille galériens — un pour quatre, le luxe du servage ! JeanLuc Godard aura filmer les séquences marines de Socialisme sur ce Costa Concordia.
Faut-il, après lui, filer la métaphore jusqu'à l'ultime ?
À propos : y avait-il une Bibliothèque à bord ?
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lundi, 16 janvier 2012
à chacun son Maghrébin
Au vieux maître — Lucien Jerphagnon — le Berbère, Augustin de Thagaste, jeune latiniste débauché puis évêque d’Hippone, Père de l’Église.
À son turbulent étudiant devenu maître — Michel Onfray — le Pied-Noir, Albert Camus de Belcourt, gardien de but du Racing Universitaire d'Alger, journaliste de Combat, philosophe prolétaire (si ! si !).
Onfray est un habile raconteur de la philosophie ; il avait plus ou moins laissé pressentir qu’il narrerait cette belle histoire d’un penseur isssu du peuple pauvre, sinon miséreux quand il écrivait en 2007, dans un mince opuscule, La Pensée de midi, Archéologie d’une gauche libertaire*, un hommage à Camus qu’il inscrivait dans une filiation qui reliait les rives méditérranéennes aux rivages bretons à travers une approche de Georges Palante et de Jean Grenier. Il y va de 600 pages qui font un certain raffut dans la sphère de la critique journalistique : un vrai lancement publicitaire (!) avec Franz-Olivier Giesbert, un soutien amical et nuancé de Jean Daniel et un “halte-au-feu” d’Olivier Todd, qui doit craindre une chute des ventes de son excellent bouquin, Albert Camus une vie, beau pavé de plus de huit cents pages, datant de 1996.
Je continue de lire Onfray. Sa contre-histoire de la philosophie m'était une nécessité. Aujourd’hui, je m’avoue qu’il est plus conteur qu’historien, plus bretteur que philosophe, chaleureux, menteur par omission, à pas un oxymore près — feu sur Sartre sur une page, révéré à la page suivante — ; il pisse les feuillets, les articles, les livres en négligeant allègrement le précepte de Pline “Adversus solem ne meiito” — ne pisse pas face au soleil — qui reprend lui-même la recommandation moins aphoristique d’Hésiode***:
N’urine pas debout, tourné vers le soleil,
Ni entre le coucher de l’astre et son lever,
Ni marchant en chemin, ni sur les bas-côtés,
Ni en te dénudant. Car les nuits sont aux dieux.
L’homme pieux satisfait ce besoin accroupi
Ou bien contre le mur d’une cour bien fermée. **
Mais Onfray renvoie aux calendes grecques les préceptes : c’est un “chien”, un vrai de vrai Cynique, quoi !
Pour acquérir L'ordre libertaire, j’attendrai sans doute la parution en poche de son "pamphlet hagiographique" (?) (c'est écrit dans le sous-titre du Nouvel Obs qui balise les deux pages de remerciements de Jean Daniel à la dédicace de Onfray).
Pour le bénéfice de l’éditeur, ça ne tardera guère.
Dans l'attente, je relis avec bonheur — et gratitude envers Michel Onfray — Sa pensée de midi. C’est la très belle et brève histoire d'un lien entre trois philosophes.
* Michel ONFRAY, La Pensée de midi, Archéologie d'une gauche libertaire, Galilée, septembre 2007.
** Pour qui souhaiterait vérifier la justesse de la traduction— ce que j'avoue n'avoir pas encore pris le temps de faire :
μηδ' ἄντ' ἠελίου τετραμμένος ὀρθὸς ὀμιχεῖν·
αὐτὰρ ἐπεί κε δύῃ, μεμνημένος, ἔς τ' ἀνιόντα·
μήτ' ἐν ὁδῷ μήτ' ἐκτὸς ὁδοῦ προϐάδην οὐρήσῃς
μηδ' ἀπογυμνωθείς· μακάρων τοι νύκτες ἔασιν·
ἑζόμενος δ' ὅ γε θεῖος ἀνήρ, πεπνυμένα εἰδώς,
ἢ ὅ γε πρὸς τοῖχον πελάσας ἐυερκέος αὐλῆς.
*** Référence à une recension de Pierre Assouline qui n'est point dans mes fréquentations quotidiennes, sur les Adages d'Érasme,"Erasmemania" dans le Monde des Livres du vendredi 13 janvier. Piquante à lire ! Et à ouvrir le fichier qui livre aperçu de ces fameux Adages en cliquant sur ce lien, Adagesbooklet.pdf
10:34 Publié dans Les antiques, Les blogues, les lectures, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mercredi, 11 janvier 2012
au décours de...
un mot au ...détour d'une notice d'information médicale sur l'anesthésie. Et surgit comme une sensation ruisselante, légère. Un mot nouveau dont je ressens imperceptiblement le sens. Je l'ai lu pour la première fois quelques minutes avant qu'on ne me fasse coucher dans un lit mobile d'où je ne vois en accéléré que les plafonds des longs couloirs, de l'ascenceur, d'autres longs couloirs, jusqu'à une vague aire de stationnement où semblent se croiser d'autres lits aussi mobiles que le mien.
au décours de...
Un visage aigu à lunettes qui se penche et me dit : « Je vais vous accompagner tout au long de l'intervention ! » Je pense : pourquoi ne dit-elle point "jusqu'au décours" ?
Une infime piqure sur le dos de la main gauche. Le même visage me propose un masque d'oxygène : « Air alpin ou air pyrénéen ? » me propose-t-elle.
Elle ne peut savoir d'où je viens : « Air marin ! » Je lui suggère. Elle nous, elle et moi, embarque en paroles apaisantes dans l’air salin, les beaux nuages et le bleu de la mer.
Moi, je ne perçois au plafond qu’un assemblage de tuyaux crèmes mais sereins je n’entends plus les mots je deviens attentif à cette lourdeur qui m’empoigne paisiblement les épaules la nuque mon regard qui efface l’assemblage et entre dans l’autre monde — non, un autre monde — c’est bien ainsi oui ça doit être ainsi au décours de...
au décours de.... j’entends mon nom le nom d’un autre que je ne suis pas mon nom l’air salin dans la bouche bruissements de voix claires froides trop claires je n’ai encore cette fois ramené aucun rêve seule cette impression d’un temps abrégé déjà ! Et le retour trop lucide par les mêmes longs couloirs le même ascenseur et les autres longs couloirs
L’air salin dans la bouche, ce n’est que le goût salé de mon sang. Ce n’est rien qu’un simple aléa dentaire dû à l’adolescence du grand âge.
La saveur fraîche d’une compote.
La vie revient neuve.
Mais la note d’information médicale du Service Anesthésie et Réanimations de l’Hôtel-Dieu précise bien “qu’au décours de l’intervention, l’anesthésie peut provoquer, etc.”
Allons, le décours me plaît bien.
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lundi, 09 janvier 2012
retour des Asturies 2
Dialogue surréel dans les rues d'Oviédo — je ne sommeille point, je lis un livre de bronze que me commente le statufié.

Plus tard, un autoportrait sur l'angle du mur de la très vieille maison asturienne couverte de lauzes, qui nous abrita.
Sur le banc de l'image précédente, sans doute pouvait-on y lire ce texte du poète galicien José Àngel Valente
Une fois encore, le sot
inutile étend
sa perisitance et triste araignée
vers quelle ombre ?
L'éclat, V
dimanche, 08 janvier 2012
retour des Asturies 1

©Nicléane
Les vieux mineurs qui levaient le poing ne sont plus sur les quais des ports et au Cabo de Peñas les grandes strophes de Perse semblaient demeurer muettes.

©Nicléane
Les grandes houles de noroît n'étaient que portées musicales fracassantes fracassées.
16:28 Publié dans les marines, les voyages | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
dimanche, 01 janvier 2012
Pour 2012
« Ne ratez pas le printemps ! »
écrivait Jankélévitch
Et c'était mon souhait pour 2011.
Le même souhait peut se récrire en 2012. J'ajoute :
Saluez vigoureusement les aurores de l'été

contemplez apaisé(e)s les crépuscules de l'automne

l'hiver vous sera favorable.
mercredi, 28 décembre 2011
Ce soir, on largue

Pour demain retrouver des rivages amis, arpenter les jetées des port Asturiens, larges comme des avenues — car il faut bien résister aux puissantes houles de noroît qui lèvent du Golfe et franchir le passage de 2011 à 2012.
"Nordeste" de Vaquero Turcios.
Asturies
terre de résistance aux conquêtes arabo-andalouses et autre dictature franquiste,
terre de bergers qui jouent de la bombarde, sœur celte de la ghaïta berbère,
terre de mineurs très âgés qui ont mémoire des luttes anciennes et qui, discrètement aujourd'hui encore, se saluent, le poing levé, en entrant dans les cafés.

Élogio del Horizonte d'Eduardo Chillida
13:30 Publié dans Les blogues, les marines, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 26 décembre 2011
ce même jour, il y a vingt ans
Revenant d'une balade au bord de mer........................
MON PÈRE !
Ce pourrait être la chanson de Barbara
Il pleut sur Nantes
Donne-moi la main
.......................................
Faites vite
il y a peu d'espoir
il a demandé à vous voir
Ce pourrait être un poème de Luc Bérimont
J'étais faible, mon père, et tu m'avais quitté
Sans savoir que minuit roulerait sous sa patte
Cet enfant au front lourd dont les larmes tremblaient
ou de Jean Claude Renard
Père dans cette nuit où la mort nous retient
et dans ce sang pareil à un pays brûlé
• Luc Bérimont, Le grand viager.
• Jean Claude Renard, Père, voici que l'homme.
17:50 Publié dans Les nocturnes, "Poètes, vos papiers !" | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
dimanche, 25 décembre 2011
inventaire d'une nuit de Noël
huitres de ces claires ignorées de la baie de Bourgneuf aux confins indéfinis du Marais breton entre Poitou et Bretagne
Muscadet des vignes de nos ancêtres
foie gras enrobé toute une nuit dans un sel de Guérande parfumé de cassonade et de poivre noir
Chaume de Saint-Aubin de Luigné
dattes aux doigts de lumière — Deglet Nour — de Tolga la palmeraie allongée au pied des Zibans ces petits monts comme derniers replis de l'Atlas avant le vertige des sables
non pas un réveillon
mais un cheminement en des terroirs naguère arpentés et le corps s'éveille aux noms aux senteurs aux saveurs aux paysages
et nous demeurons proches dans le voisinage de l'océan
23:14 Publié dans Les blogues | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 24 décembre 2011
Bonne nuit
Il y avait pas mal de monde à la boulangerie, cet après-midi ; quand j'en suis sorti avec ma bûche et mon pain de campagne, la boulangère m'a dit : « Bon réveillon ! ».
Je ne lui ai pas dit merci, mais je lui ai souhaité une bonne nuit, à elle et à tous ses clients que j'avais précédés. Ils ont tous ri !
Sur le chemin du retour, Cadou et sa nostalgie de païen si proche du divin me sont revenus au cœur.
Paille de la saison
Fraîcheur des tiges nues
Ο nids de neige reconnus
A la fenêtre de l'étable
Passe l'étoile
Ouvre les mains
Amour presqu'île du matin
L'âne suspend son pas
Epaissies sous la langue
Le bœuf a retrouvé
Ses anciennes ciguës
Et Joseph attendri
Par ce bon voisinage
Ecarte de ses yeux
Les guêpes du sommeil
Un mage prie
Moulant ses lèvres de faïence
Sur les mots jamais dits
Et semblables au sel
Tandis que retenant
Son ventre avec tendresse
Marie ne comprend pas
Ce grand soleil éteint.
René Guy Cadou
Nativité
Grand élan, La vie rêvée.
...Retenant son ventre avec tendresse...
en écho tout au long de la nuit, la beauté émouvante des femmes grosses de leur enfant.
19:49 Publié dans les lectures, "Poètes, vos papiers !" | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mercredi, 21 décembre 2011
et les cargos d'échouer et les bibliothèques de brûler
à Bénédicte, la Piétonne cairote
Et ça continue !


« Détruire la bibliothèque est un geste qui remonte à la plus haute Antiquité. Les autodafés, apparus en même temps que les livres, se multiplient à proportion du nombre d'ouvrages. »*
Pour les livres, Lucien Polastron* date de 1358 avant notre ère la destruction des Bibliothèques de Thèbes — tiens ! déjà l'Égypte —, désormais, il nous faudra consigner le 19 décembre 2011 pour l'incendie de l'Institut d'Égypte. Deux cent mille ouvrages, recensent les journaux. Déjà, en janvier 2010, en Tunisie, un Institut des Belles Lettres arabes avait été incendiée.
Pour les bateaux, l'échouement paraît plus banal, sauf pour les riverains, les sables, les rocs et... les noyés. Combien par an ? je ne sais, mais dans ma modeste histoire de vie maritime, depuis l'Amoco Cadiz, le Torrey Canyon, l'Erika, le Prestige, le Joola — échouements ou naufrages — ce sont des paysages qui furent souillés et quelques visages qui s'effacèrent.


Les bateaux, paquebots, cargos, pétroliers, voiliers continueront d'échouer. Mais les livres "numérisés" ? s'écrieront les optimistes. Certes, quand se seront éloignées les convoitises des pharaons de la Toile, nous serons en droit d'espérer atteindre l'éternité des écrits — ...avant que ne surgisse le cataclysme mondial de la panne électrique générale ou de la déflagration nucléaire universelle.
Il faudra, alors, qu'un scribe sur une écorce, une peau de bête, à l'aide d'un bout de bois brûlé, sur une bille d'argile à l'aide d'un silex, trace, à nouveau, le décompte d'une moisson engrangée, l'affontement de dieux inconnus ou une belle et nue romance amoureuse.
La terre, la mer, l'air, le feu !
Ouvrir les fragments d'Héraclite**
γης θάνατος ΰδωρ γενέσθαι και ύδατος θάνατος αέρα γενέσθαι και αέρος πϋρ, και έ'μπαλιν.
Mort de la terre, de devenir mer, mort de la mer, de devenir air, de l'air de devenir feu. Et inversement.
— Les traducteurs s'attardent souvent sur cet "και έ'μπαλιν" et glissent le sens de "et inversement" vers "et indéfiniment", laissant entendre quoi...? L'éternité ?
Que deviennent alors les images de ce cargo échoué et de ces feuilles de papier calcinées ?
La VIE, quoi !
Et demain, le solstice d'hiver : après-demain le soleil, remontant à l'horizon, se couchera plus tard.
* LIVRES EN FEU, Lucien X. Polastron, Folio essais n° 519, 2009. (L'auteur devra ajouter quelques annexes à son ouvrage...)
** Cité par Marc-Aurèle, Pensées, IV, 46.
(AFP PHOTO / DAMIEN MEYER, pour le cargo)
17:37 Publié dans dans les pas d'Héraclite, Les antiques, les lectures, les marines | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



