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jeudi, 23 novembre 2017

ainsi chaque année

Depuis cinquante et trois ans, quand revient lancinant ce novembre

 

Avec (celle) que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence. Qu’en est-il alors ? Nous savons, ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s’ouvre pour lui livrer passage. (La) voici à notre hauteur, puis loin, devant.

À l’heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d’énigme, soudain commence la douleur, celle de compagne à compagnon...

René Char
L'éternité à Lourmarin

ainsi chaque année

Depuis cinquante et trois ans, quand revient novembre le lancinant

 

Avec (celle) que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence. Qu’en est-il alors ? Nous savons, ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s’ouvre pour lui livrer passage. (La) voici à notre hauteur, puis loin, devant.

À l’heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d’énigme, soudain commence la douleur, celle de compagne à compagnon....


René Char
L'éternité à Lourmarin

mercredi, 18 octobre 2017

le sable du Sahara

Hier, tout le jour, dans les hautes lumières jaunâtres du ciel, le sable du désert qui me revient.
Épaisseur de l'air.

J'étais de retour au pied des Aurès attendant la touffeur des vents de sable, rajeuni de plus de cinquante ans.

mardi, 10 octobre 2017

Il y a 13 ans

 

Beaucoup de bavardages, d'écrivailleries,
et puis depuis deux ou trois ans, des atermoiements, des silences, des bredouillements,
au quasi mitan de l'été, un trop durable silence.

Promis, je vais y remédier !

22:46 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 24 août 2017

...un lambeau de phrase

 

« ...tant le sens de la vie d'un homme  est sous-jacent à ses pérégrinations... »

Ce lambeau est tiré de l'argument que Char a rédigé pour annoncer les Feuillets d'Hypnos, ses notes de maquis.
Renvoyé à mes chemins de jadis, à mes errances de naguère, dans la démarche titubante de l'âge, pour insuffler le sens dans ces temps crépusculaires ?

dimanche, 20 août 2017

entre-lisant Camus et Char

 

«...Il est des rencontres fertiles qui valent bien des aurores. Elles — au premier chef — simplifient et allègent l'entente avec soi-même...
Revenir de tout l'avenir au présent et le garnir de son espoir même jamais réalisé. »

 

lettre de René Char à Albert Camus
à l'Isle, le 4 octobre 47

vendredi, 11 août 2017

répondre à René Char

En octobre 1938, le huitième Cahier G.L.M. publie le texte d'une enquête anonyme: « La Poésie indispensable » - sorte de manifeste sur le statut de la poésie - à laquelle les lecteurs sont invités à répondre en citant vingt poèmes* qu'ils jugent «indispensables» non pas en référence à l'idée qu'ils se font de la culture, mais à celle, plus essentielle, de leur existence. 
Le texte de l'enquête a été rédigé par Char qui livre sa propre réponse, sous son nom et à la suite du texte.

Jean Arp, André Breton, Roger Caillois, Robert Desnos, Francis Curel, Paul Eluard, Pierre-Jean Jouve, Gilbert Lely, André Masson, Benjamin Péret, Philippe Soupault... et d'autres encore répondent dans le cahier suivant.

* Pourquoi 20 ? A cause de l'incommodité de ce nombre. Mais vous êtes invité à motiver votre désaccord.

 

ENQUÊTE   DANS   LES   CAHIERS   G. L. M.*
LA   POÉSIE   INDISPENSABLE

Questionnaire.
     Soit duplicité soit ignorance, les conducteurs écoutés de la Poésie soulèvent de moins en moins de protestations de la part de l'ensemble des lecteurs contre leur volonté grossière de réduire à nouveau cette Poésie aux dimensions gracieuses, inoffensives ou politiquement utilisables (excluant alors merveilleux, érotisme, humour et fantastique, dénoncés hypocritement comme facteur de confusion et d'ankylose), que l'esprit bourgeois et un certain opportunisme révolutionnaire n'ont jamais désespéré d'imposer. Cette démarche va à l'encontre de l'interrogation creusante, en permanence posée à l'homme — ce briseur de satisfactions —, par la simplicité sans limites de son devenir autant que par l'essence magique de son origine (en proie aux déchirements des milieux contradictoires où il circule, en proie à son angoisse, à son mal-être, aux rapports non fondamentaux avec les structures des sociétés, en proie aux allégresses tranchantes, en proie à de subtiles nausées, etc.).
NOUS VOUS POSONS LA QUESTION SUIVANTE :
      Contre toute tentative d'annexion, de stabilisation, d'estimation bornée de la Poésie, désignez-nous vingt poèmes, sans restriction de pays ni d'époque, dans lesquels vous aurez reconnu l'INDISPENSABLE qu'exige de vous non pas l'éternité de votre temps mais la traversée mystérieuse de votre vie.

1937
in La Recherche de la Base et du Sommet

 


Ma réponse à René CHAR

Tardive, certes.
Quatre-vingts années après le lancement de cette enquête ! 


Mais il a bien fallu soixante-dix ans au lecteur depuis son enfance, avec cette récitation scolaire du sonnet XXXI de Du Bellay, jusqu'au seuil désormais franchi de la vieillesse, avec quelques pages de Quignard, pour "reconnaître l'Indispensable" qui m'aura été nécessaire à la traversée.


           Le premier — ai-je dix ans ? —

Les Regrets de Joachim Du Bellay
Les Chimères de Gérard de Nerval
Cinq grandes Odes de Paul Claudel
Les Illuminations d’Arthur Rimbaud
Hélène ou le règne végétal de René Guy Cadou
Feuillets d'Hypnos de René Char lui-même
La nuit remue d’Henri Michaux
Le Divan du Tamarit de Federico Garcia Lorca
Amers de Saint-John Perse
Les Noces suivi de Sueur de sang de Pierre Jean Jouve
Les Essais de Michel de Montaigne
Fragments d’Héraclite
L’Odyssée dHomère
L’Homme foudro de Blaise Cendrars
Le Chant du Monde de Jean Giono
Haïkaï de Bashô
Nedjma de Kateb Yacine
Le Fou d’Elsa de Louis Aragon
La Presqu'île de Julien Gracq
Sur l'idée d'une communauté de solitaires de Pascal Quignard

— le vingtième — et je suis entré dans les octantes ! —

Vingt poèmes ?
Mais qu'est donc un poème ?
Sinon le singulier matériau d'une langue.

Ces vingt livres, m'ayant ouvert au-delà de leurs vingt titres, quasi l'œuvre entier de ces vingt poètes, philosophes, romanciers, essayistes, m'ont livré, les uns et les autres, à travers un vers, une strophe, un sonnet, quelques lignes, deux paragraphes, une page, dix pages, cent pages, l'entier de leurs chapitres, l'INDISPENSABLE de ma vie, pour mieux vivre le pays natal, l'océan et ses îles d'enfance, la langue et ma parole, la Femme, l'Autre, les compagnonnages, la guerre, les voyages et les îles aux rivages inconnus et encore et toujours l'AUTRE, dans les interrogations et la beauté, dans le retour de "tout l'avenir  au présent"**....

Et quand Char invite au désaccord pour les vingt textes, c'est qu'il me faudrait en citer et dix et vingt autres : d'abord des femmes, Sapho, Louise Labé, Marguerite Yourcenar,  Assia Djebar, Simone Weill, Barbara Cassin, toutes veilleuses au ventre libertaire ;  puis encore parcourant les temps de la langue, Jaufré Rudel, François Villon, Victor Segalen, Gaston Bachelard, Jorge Luis Borgès, Roland Barthes, Pierre Guyotat, Antonio Lobo Antunès, coups de boutoir dans les certitudes, soulèvements dans le morne des jours, irruptions incandescentes dans les ténèbres de la mort, apaisements sur les ravages des cruautés...


 

S'il leur plaît,
que les lectrices et lecteurs de ce blogue
répondent, Elles et Eux, 
à René CHAR !

Nous sommes au delà du temps.

 

Bibliothèque - copie.jpg

La Bibliothèque de René Char
Vieira da Silva

 

* G. L. M., trois initiales pour l'éditeur Guy Lévis Mano, imprimeur, éditeur, poète, qui imprima et édita quelques œuvres de René Char, comme Dehors la nuit est gouvernée précédé de Placard pour un chemin des écoliers ou Sur la Poésie 1936 - 1974
** Lettre de René Char à Albert Camus, le 4 octobre 1947.

                  

lundi, 19 juin 2017

onze fois trois


Poursuivre une fois de plus l'aventure
dans le tiers livre de François Bon

Onze fois Trois Trente-Trois

I
Il est encore à la barre, il a le visage exténué de l'homme qui achève sa quatrième nuit de mer, les yeux brûlés de sel et d'hallucinations. Égaré dans une molle du golfe, il a tiré trois jours, trois nuits, de longs bords, serrant le vent au plus près. Ce n'est qu'à la pointe de Trévignon qu'il a identifié, à la côte, loin dans le nordet, les feux des autres voiliers. Il serait donc vainqueur.

II
Elle remonte le cours de l'oued, jusqu'à l'entrée des gorges. Elle déroule son foulard de tête, la chevelure noire s'écroule en vagues des épaules à ses reins. Plus tard, quand elle a quitté l'ombre de la palmeraie et le parfum des orangers, elle laisse glisser jusqu'à ses chevilles que cercle le tatouage des Aït Melkem la tunique d'indigo, elle descend, intense et nue, dans le chaos des galets blancs que charrie l'eau du dernier orage. La toison de son sexe est de la plus belle noirceur.

III
Il est assis parmi les enfants, ensemble ils jouent aux osselets, il est souriant — qui donc écrira plus tard qu'il était le visage de la tristesse. L'œil est vif, il hume l'air marin avec appétit ; certes l'âge le courbe et le pas est hésitant quand il prend le chemin de la mer. Atteindra-t-il ou pas l'inespéré ?

IV
Elle descendait à la Vilaine par la Corne-de-Cerf, chaque matin, été comme hiver, qu'il pleuve ou vente, avec sa longue charrette, sa lessiveuse, son rangeot, son bat-drap et son trépied ; elle lavait le linge des gens des châteaux, celui des gens de Beaulieu et celui des gens de Trenon ; la remontée au bourg par la côte de la Corne-de-Cerf était pentue et longue. Elle est morte épuisée à cinquante six-ans. Elle était ma grand-mère.


V
Il était charpentier ; le dimanche matin, il devenait barbier, il rasait les paysans qui venaient à la messe ;  il était toujours vêtu d'un lourd et large pantalon de velours, les reins ceints d'une large flanelle ; il était chantre à l'église. Charpentier, il faisait les cercueils et rasait donc les morts.


VI
Si Salah était un modeste comptable chez un des plus riches commerçants Mozabites de la place Béchu. Il prit le maquis dès la Toussaint Rouge. Quand nous le rencontrâmes peu de mois avant le cessez-le-feu, il commandait la "mintaka" du sud des Aurès ; son visage émacié dégageait la sérénité. Il était, bien qu'ayant tué, d'une remarquable douceur. À Branis, il nous reçut sous un olivier.


VII
Elles habitent un gourbi, tout proche de la casemate ; il les voit souvent à la fontaine ; sur le plan du village, la punaise de leur gourbi est rouge, : l'homme est au maquis, il a peut-être été tué. La femme, trente, trente-cinq ans dans ses haillons noircis de la fumée du bois d'olivier et de genévrier, est grande et sèche ; les traits du beau visage se rehaussent de rides accentuées par la vie rude du djebel ; dans le corps de la fille, quatorze, quinze ans, s'annonce déjà le port altier de la mère, elle a la rondeur nubile de l'adolescence

" Et peut-être le jour ne s'écoule-t-il point qu'un même homme n'ait brûlé pour une femme et pour sa fille. "
                                St-John Perse, Anabase II

En deçà du sentiment de beauté, remue l'indéfini désir que, seule, contient l'attitude des deux femmes. Elles n'ont ni hauteur, ni mépris. Elles ignorent.



VIII
Le comte de Saint-Germain habite le château de Trenon, ses fermiers résident dans les villages alentour du château ; chaque dimanche, il assiste à la grand'messe entouré de sa famille, il occupe le banc clos qui leur est réservé au plus près de la sainte table. Il porte beau.


IX
C'est un petit homme propret, très soigné, il chemine à petits pas comptés dans les rues de la ville, il s'incline quand il salue les dames. Philologue, il est un remarquable hellénisant et a publié quelques pages sur la Lettre X, conte un peu leste attribué au Pseudo-Eschine. Désormais, il enseigne le Grec ancien à l'Université du Troisième âge.



X
C'est sans doute un portrait de femme sur une fresque en relief. La taille est svelte, prise en une longue coule, elle porte en main droite une cithare, un livre en main gauche. Le visage a été effacé, comme raboté, par les conventionnels français qui ont occupé l'Électorat de Mayence.


XI
Il doit, toutefois, écrire un onzième portrait. La chaleur est lourde, les doigts enfourmillés se dyslexisent sur le clavier, les pies jacassent dans le jardin. L'écran ne renvoie que le visage d'un vieil endormi.

jeudi, 11 mai 2017

comment prendre les eaux

ou une leçon de thermalisme par l'ami Montaigne

 Il m'aura donc fallu venir en cure à Barbotan une troisième année pour apprendre quasi fortuitement que Montaigne y vint sans doute prendre les eaux, il y a quelques quatre-cent trente ans.
Hasard d'une lecture, livrée elle-même au hasard de mon numéro de vestiaire d'entrée puisque je joue ainsi de mes lectures du jour ; c'était  à l'automne 2015 avec les Regrets de Joachim ; à l'automne 2016, avec les Haïkus de Bashô.
Ce printemps, je récidive avec les sonnets de l'Olive et ma "librairie portative" s'est grossie de la seule et épaisse biographie MONTAIGNE, la splendeur de la liberté de Christophe Bardyn, curieuse biographie qui fouine dans les recoins des Essais, pour y paradoxalement faire lire ce que n'a pas écrit Montaigne, ce qu'il suggère, démarche qu'il résume ainsi dans les Essais, III, 9 :

« Tant y a qu'en ces mémoires, si on y regarde, on trouvera que j'ai tout dit, ou tout désigné. Ce que je ne puis exprimer, je le montre au doigt ».

Et Bardyn de suivre "le doigt", de ne point se priver d'y aller regarder, de prolonger le commentaire en soulignant — parfois — le peu de curiosité de ses prédécesseurs biographes. Ça décape, ça irrite ici, ça outrepasse là. C'est à lire.

Bref, mon numéro de vestiaire d'entrée aux Thermes m'a conduit au chapitre 29, La Pierre et les eaux : nul n'ignore les coliques néphrétiques, les tourments et les hurlements de douleur, qui, les Essais étant enfin édités, seront le prétexte à la fréquentation des stations thermales d'Europe lors du voyage en Italie, via l'Allemagne et la Suisse.

Ce n'est pas encore Montaigne qui rédige les premières pages du Journal de voyage, c'est son secrétaire : les voyageurs se trouvent à Bade, l'actuelle Baden, alors petite station thermale suisse, mais il y est question de Barbotan :

L’eau des bains rend une odeur de soufre à la mode d’Aigues-Chaudes & autres. La chaleur en est modérée comme de Barbotan ou Aigues-Chaudes, & les bains, à cette cause, fort doux & plaisants.
Qui aura à conduire des dames qui se veuillent baigner avec respect & délicatesse, il les peut mener là, car elles sont aussi seules au bain, qui semble un très riche cabinet, clair, vitré, tout au tour revêtu de lambris peint & planché très proprement ; à tout des sièges & des petites tables pour lire ou jouer si on veut étant dans le bain.
Celui qui se baigne, voit & reçoit autant d’eau qu’il lui plait ; & a t’-on les chambres voisines chacune de son bain, les promenoirs beaux le long de la rivière, outre les artificiels d’aucunes galeries. Ces bains sont assis en un vallon…
L’eau au boire est un peu fade & molle, comme une eau battue, & quant au goût elle sent au souffre ; elle a je ne sais quelle piqure de salure. Son usage à ceux du pays est principalement pour ce bain… Ceux qui en boivent à leur coutume, c’est un verre ou deux pour le plus. On y arrête ordinairement cinq ou six semaines, & quasi tout le long de l’été ils sont fréquentés…
L’usage en est fort ancien, & duquel Tacitus fait mention ; il en chercha tant qu’il put la maitresse source & n’en put rien apprendre ; mais de ce qu’il semble, elles sont toutes fort basses & au niveau quasi de la rivière. Elle est moins nette que les autres eaux que nous avons vu ailleurs, & charrie en la puisant certaines petites filandres fort menues. Elle n’a point ces petites étincelures qu’on voit briller dans les autres eaux souffrées, quand on les reçoit dans le verre, & comme dit le seigneur Maldonat, qu’ont celles de Spa.
M. de Montaigne en but lendemain que nous fumes arrivés, qui fut lundi matin, sept petits verres qui revenaint à une grosse chopine de sa maison ; lendemain cinq grands verres qui revenaint à dix de ces petits, & pouvaient faire une pinte. Ce même mardi à l’heure de neuf heures du matin, pendant que les autres dînaient, il se mit dans le bain, & y sua depuis en être sorti bien fort dans le lit. Il n’y arrêta qu’une demi-heure ; car ceux du pays qui y sont tout le long du jour à jouer & à boire, ne sont dans l’eau que jusqu’aux reins ; lui s’y tenait engagé jusques au col, étendu le long de son bain.

 

Ce matin donc, à Barbotan, l'eau des piscines, du couloir de marche, des baignoires et des boues était bien cette même eau qui, quatre-cent trente ans plutôt, avait apaisé le corps de l'ami Montaigne.
Au goût, elle n'était "ni fade, ni molle, ni battue"; certes elle avait odeur de souffre !

Le verre d'eau bu avait le goût de sa pensée.

 

lundi, 01 mai 2017

de nouveau, mais au printemps, à Barbotan

Revenu donc en saison printanière pour barboter dans les bienfaisantes illutations, les douches par immersion auxquelles se sont ajoutées de bien bonnes et actives bouillonnantes baignoires.
Je me suis embarrassé cette fois d'un lourd "Poésie/Gallimard", cet ÉROS ÉMERVEILLÉ qu'est l'Anthologie de la poésie érotique française trop épais pour mon sac de cure. Et d'un plus lourd et plus épais encore Montaigne ou la splendeur de la liberté.

 

Cependant ailleurs est l'urgence qui sans nuire aux jouissances et de cure et de lecture, assaille le mental du lecteur

En ces semaines de tohu-bohu citoyen, quand le seul lien identitaire qui me relie encore à ce pays de ma naissance serait sa seule langue, c'est bien le recours à deux hommes, grands fabricants de cette même langue, qui m'est mince lumière pour ce dimanche à venir.

La plainte du premier, un de mes plus anciens, poète de mon enfance :

 

France mère des arts, des armes, et des lois,
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.

Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle :
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.

Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine,
Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine
D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.

Las, tes autres agneaux n’ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent, ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.

 Joachim Du Bellay et
le Sonnet IX de ses Regrets

 

La parole assénée du second, découverte solaire de mes fins d'adolescence, ce télégramme aphoristique de René Char :

 

Réclamons venue civilisation serpentaire. Très Urgent.

 

comme un vœu de colère, comme un vote de révolte, non à glisser mais à ficher sur l'urne vaine. 

Qui peut entendre, entendra ! Qui tente de comprendre, comprendra.

vendredi, 21 avril 2017

ne pas oublier

A l'avant veille d'un choix qui m'est décisif pour tenter d'exercer , une fois de plus, ma foutue "identité" citoyenne, je n'oublie point ces jours anciens :
 
« Tamloul au matin du 21 avril 1961
J'ai vaguement entendu Carbone et Tidjane, au retour de leur embuscade, s'entretenir avec Tardier qui était de garde dans l'angle de la cahute.
 
Les gars chargés de l'ouverture de la porte sud du regroupement et et de celle du parc à bestiaux sont déjà descendus. Les jeunes bergers qui mènent leurs troupeaux de moutons et de chèvres paître jusqu'au soir aux limites de la zone interdite sont des matinaux.
 
Sept heures. Machinalement, j'allume le "transistor" règlé sur France V, l'ancienne Radio-Alger. Bizarre ! de suite le fameux chant, la Marche des Africains, repris très vite en boucle.
 
De suite, le souvenir des barricades de janvier 60. « Merde ! Ils remettent ça ! »
 
Qui ça, "Ils" ? Les mecs de l'Algérie française, ceux de mai 58, ceux de janvier 60. Les cons !
 
Et la Marche des Africains toujours reprise en boucle, suivie de tout le "folklore" des musiques militaires, chants "paras" et airs en fanfare des conquêtes coloniales.
 
Merde. Les gars dans la cahute sont réveillés. On s'interroge. Et lancinante, la foutue Marche.
 
À sept heures trente, lors de la vacation du matin qui relie les postes de la IIème Compagnie et le Bataillon, je décide de demander à parler à Willy et à Jean, le toubib, qui, là-haut à Rhardous, sont les copains sous-lieutenants appelés.
 
Très vite Willy au "bigophone". Lui aussi écoute et s'interroge. Très vite aussi : « Si "ils" nous préparent un nouveau 13 mai, on ne marche pas ! C'est clair. » Nous décidons de mettre en alerte tous les appelés.
 
À huit heures trente, enfin une voix :
 
« Officiers, sous-officiers, gendarmes, marins, soldats et aviateurs, je suis à Alger...»
 
Ça dure deux minutes, c'est Challe et les autres. C'est un 13-mai sans De Gaulle. Contre de Gaulle. On a compris, tous les gars sont aux transistors et c'est « Merde ! Et la quille ? » Sans doute ces premières réactions sont d'un très bas niveau citoyen, mais elle seront le soubassement du refus.
 
Vite à nouveau, aux vacations radio de 9 heures, vacations assurées par les appelés, de postes de sections à postes de compagnies, jusqu'au bataillon, de piton en piton, jusque dans les hameaux des vallées, le message va passer : « Nous ne marchons pas ! » Je monte avec Launay à Rhardous, une grimpette d'un quart d'heure en petites foulées. La-haut, tous les copains appelés, simples bidasses et gradés, les métropolitains et les FSNA, les Français de souche nord-africaine, sont sur l'esplanade.
 
« C'est non ! »
 
Ils nous délèguent pour aller voir Marcadot, le capitaine qui n'est pas encore sortit de sa "piaule". Soucieux, lui aussi, mais qui tente de temporiser et minimiser. Nous le savons vélléitaire. Et lui affirmons, tout à trac que nous ne sommes pas sûrs du comportement de Fromont, notre commandant de bataillon qui a "toute la gueule" à se rallier aux mecs du coup d'état. Ni même du sien, d'ailleurs. À bon entendeur...
 
Nous "bigophonons" à Bultat au poste de commandant ; c'est notre ancien patron du Commando de chasse ; sur lui, nous faisons fond pour, éventuellement, neutraliser Fromont.Et tant que nous y sommes, nous demandons liaison avec le PC du secteur de Cherchell, manière d'avertir le colonel du secteur qui est aussi le commandant de l'École d'appplication de Cherchell de notre position. Je me suis naguèrement durement affronté à lui à propos de Tamloul, mais notre relation est très vite devenue chaleureuse. Au-delà d'une relation de supérieur à subordonné; de colonel d'active à "sous-bit" appelé. Il est proche de De Gaulle.
 
Nous avons Corme de Saint-Aubin lui-même. Il nous remercie de la rapidité de notre appui et affirme sa détermination à s'opposer à cette fronde. Marcadot n'a pipé mot.
 
Le lendemain à 20 heures, De Gaulle lancera son appel à l'obéissance citoyenne du contingent, "ces cinq cent mille gaillards munis de transistors", il ne l'a point provoquée.
 
Nous l'avions précédé.
 
Il a confirmé notre refus.»
 
 
 
 
 
Post-scriptum :
 
Sur cette rébellion d'avril 1961, on peut lire:
La Fronde des Généraux, Jacques Fauvais, Jean Planchais, chez Arthaud, 1961. C'est relaté par le "haut". Quelques lignes entre les lignes pour... les appelés.
 
Pour celles et ceux qui auraient oublié ou qui ignoreraient, manière d'apprendre ou de se remettre en mémoire sur Wikipédia : Le putsch des généraux.
 
 
Cette note a été rédigée entre quatre heures et sept heures du matin, heure pour heure, jour pour jour, après ces événements qu'elle relate, vécus, il y a cinquante et six ans, dans l'obscur.
 
Mais dans le corps, c'est encore hier.
 
Les prénoms et noms des appelés ont été respectés ; modifiés, les noms des officiers d'active qui sont cités.
 
Pour le contexte, il est possible de lire dans les "pages" de ce blogue, Tamloul I.

mardi, 14 mars 2017

une fin d'hiver printanière

Le pêcher est en fleurs, les seringas poussent leurs bourgeons, les pâquerettes "émaillent" la pelouse qui n'est plus qu'une vieille prairie heureuse. D'où le volontaire cliché de "la prairie émaillée".


J'écoute le"'Philosophe" de Haydn" par Il Giardino Armonico.


J'ai feuilleté "Une activité respectable" de Julia Kerninon, une de mes trop rares incursions dans les écritures d'aujourd'hui. Elle y narre qu'elle fréquentait toute jeunette de vieux poètes d'un "club interlope" (sic!) établi une ancienne usine de biscuits dans (sa) ville natale — qui n'y reconnaîtrait point le Lieu Unique  ? Audacieuse, cette jeunesse littéraire !

Je sors tout juste de la lecture des bouquins de vieux amis de naguère : Noé Richter et ses Institutions de Lecture Publique, Michel Chaillou et son Sentiment géographique qui favorise mes endormissements dans les vallées du Forez au XVIIe siècle où je crois bien,  je retrouve la Lumineuse de l'automne dernier qui errait, elle, aux confins des Landes d'Armagnac et du Pays d'Albret.

Je grogne en parcourant mon conscrit Philippe Sollers qui, dans son École du Mystère, cite Lucrèce lequel célèbre, dans son De rerum natura, Épicure, sans même citer le traducteur que donc je nomme, un certain José Kany-Turpin :

Humana ante oculos foede cum uita iaceret
in terris, oppressa graui sub religione
quae caput a caeli regionibus ostendebat,
horribili super aspectu mortalibus instans,
primum Graius homo mortalis tollere contra
est oculos ausus, primusque obsistere contra;
quem neque fama deum nec fulmina nec minitanti
murmure compressit caelum, sed eo magis acrem
inritat animi uirtutem, eriringere ut arta
naturae primus portarum claustra cupiret.
Ergo uiuida uis animi peruicit, et extra
processit longe flammantia moenia mundi,
atque omne immensum peragrauit mente animoque,
unde refert nobis uictor quid possit oriri,
quid nequeat, finita potestas denique cuique
quanam sit ratione atque alte terminus haerens.
Quare religio pedibus subiecta uicissim
opteritur, nos exaequat uictoria caelo.

La vie humaine, spectacle répugnant, gisait
sur la terre, écrasée sous le poids de la religion,
dont la tête surgie des régions célestes
menaçait les mortels de son regard hideux,
quand pour la première fois un homme, un Grec,
osa la regarder en face, l'affronter enfin.
Le prestige des dieux ni la foudre ne l'arrêtèrent,
non plus que le ciel de son grondement menaçant,
mais son ardeur, fut stimulée au point qu'il désira
forcer le premier les verrous de la nature.
Donc, la vigueur de son esprit triompha, et dehors
s'élança, bien loin des remparts enflammés du monde
Il parcourut par la pensée l'univers infini.
Vainqueur, il revient nous dire ce qui peut naître
ou non, pourquoi enfin est assigné à chaque chose
un pouvoir limité, une borne immuable.
Ainsi, la religion est soumise à son tour,
piétinée, victoire qui nous élève au ciel.

Lucrèce
Éloge d'Épicure
De Rerum Natura, I, 62-79

 

Je reprends ici l'intégralité de l'hommage à Épicure dont Sollers, étonnamment, ne cite que les quatre versets en gras et en... français, lui qui aime tant rallonger la sauce de ses chapitres par de nombreuses et longues citations, souhaitant atteindre chaque fois les plus de 180 pages dans ses récentes publication.

Je cesse tout bavardage, j'ai à planter rosier, fraisiers et autre échinacéa que ce matin j'ai soigneusement plongés dans un pralin de ma composition.
Je saute dans mes sabots.

mardi, 07 mars 2017

pour Noë RICHTER, in memoriam

NoRichter005.jpgLA LECTURE ET SES INSTITUTIONS


Longtemps maintenue dans l'ignorance, la masse laborieuse a peu à peu accédé au savoir et à la culture légitimes. L'instruction du peuple a d'abord été l'apprentissage d'une lecture dirigée conçue pour former de bons chrétiens, puis de bons sujets, de bons laboureurs et de bons ouvriers.
La Révolution française n'a pas renié ce conditionnement du peuple, mais sa politique éducative en a altéré le mécanisme en jetant les fondements d'une instruction populaire que la bourgeoisie conquérante a mise en œuvre au siècle suivant. Partagée entre un obscurantisme résiduel, un paternalisme bienveillant et une philanthropie agissante, la classe dominante a livré à la classe laborieuse les instruments de son émancipation. Les médiations qu'elle a exercées ont stimulé le mouvement social profond qui entraînait la masse populaire vers la conquête du savoir.
Ce mouvement a été porté par une élite autodidacte jusqu'au moment où les pouvoirs publics ont reconnu la maturité du mouvement ouvrier en accordant la personnalité juridique à ses institutions.
En replaçant la lecture ouvrière dans l'histoire culturelle de la France le présent ouvrage apporte une contribution essentielle à celle-ci. L'auteur en découvre la genèse, en retrace les développements et montre comment les fonctions et les différents courants d'un système de lecture ségrégationniste ont fini par converger et par déboucher sur la conception de la bibliothèque moderne.


NOË RICHTER.

Né à Paris en 1922, Noë Richter dirigeait la Bibliothèque universitaire du Mans où il partageait son temps entre la gestion d'un service d'éditions universitaires, l'enseignement professionnel, la rédaction de manuels techniques et la recherche sur l'éducation populaire et la lecture.
Il a passé la plus grande partie de sa carrière à Mulhouse, ville ouvrière et métropole industrielle, où s'est faite au Second Empire la rencontre de Jean Macé, éducateur populaire au meilleur sens du terme, et du grand patronat philanthropique protestant.
C'est là que Noë Richter a pris conscience des oppositions et des convergences de la culture prolétarienne et de la culture légitime. Sa pratique et sa réflexion ont fourni la matière de plusieurs ouvrages dont La lecture et ses institutions est la synthèse et le couronnement.

(4ème de couverture de La Lecture et ses institutions, Éditions Plein Chant &  Bibliothèque de l'Université du Maine, 1987)

 

Noë, en cette fin d'hiver, s'en est allé.
Il  me fut à la fois Maître et Compagnon.

lundi, 16 janvier 2017

Saluer mon Compagnon Jean-Paul Frenais

« Et si c'était de notre ressort à nous, les encore vivants, de continuer nos morts bien au delà du simple et pieux souvenir ? D’entretenir à travers nos enfants et les enfants de nos enfants, la force vitale et les vertus qui animaient  les actes de ce mort ! »

 À Gildas, Réjane, Régis,
à leurs enfants qui auront à cœur et sauront assurer l'accès d'un Jean-Paul Frenais mort au statut d'Ancêtre Vivant.

Ancêtre qui vient du latin antecessor, celui qui précède, d'abord attesté, non comme  lointain aïeul,  mais comme terme commun  au sens de « éclaireur ».

 

Dans les ruelles de Kounghani

Nous venons de Dakar, après avoir suivi pendant plus de onze heures la route du Fleuve, c'est ici, plus encore qu'à Bakel, que se fait l'entrée dans « notre » Afrique. Le taxi-brousse se glisse entre les collines de pierres  aigües et noires qui dominent une étendue grisâtre d'arbustes épineux et de champs de manioc en jachère. Kounghani se devine bientôt dans le nord-est à ses palissades de bois qui ceinturent les enclos de troupeaux et à cette fracture d'horizon que l'on pressent comme l'annonce du Fleuve proche.



Kounghani, nous en avons toujours entendu parler comme de la « Ville Sainte » du Gadiaga. Y réside le clan des Tandjigora, nobles religieux soninkés dont l'influence est reconnue dans toute cette région du Sahel. 
Un soir de saison sèche, après une journée lourde de palabres : nous descendons. Jean-Paul et moi, la ruelle principale qui mène au fleuve en quête d'un peu de douceur humide. Nous visitons la mosquée sertie dans un enclos de fraîcheur végétale, architecture qui s'inspire trop du roccoco maghrébin, oublieuse du style soudanais, pourtant proche... Djenné, Mopti ! Nous allons jusqu'au Fleuve ; les femmes s'affairent dans les petits périmètres maraîchers, une noria continuelle de larges cuvettes émaillées ; l'eau est jetée sur les carrés de légumes ! Le conseiller agricole se réveille chez Jean-Paul qui s'effare de ce geste qui tasse la terre ; il emprunte une cuvette à une femme et en disperse l'eau de la main en pluie légère, puis d'une seconde cuvette, il verse lentement cette eau au pied de chaque plant.


Quand nous remontons, trois majestueux boubous, de parme, de vert et d'or, descendent à notre rencontre. Salutations et présentations en soninké et en français :  le personnage central vêtu de l'or, c'est Ali Tandjigora l'imam de Khounghani, il a recu visite d'allégeance de deux  autres imams voisins, le parme, du Mali, le vert de Mauritanie. II les raccompagne jusqu'aux pirogues et revient s'entretenir de notre voyage, de ce qui nous lie à sa communauté. Il nous invite à prendre le thé rituel dans sa concession. Nous parlerons longuement de Tierno Bokar, le Sage de Bandiagara et maître d'Hampâté Bâ ; il souligne qu'il est toujours bon de converser avec les gens d'une autre religion et que ceci ne peut qu'affermir sa propre foi.

Dès lors qu'un homme croit en Dieu, il est mon frère !



Dans ces années-là, aux rives du Sénégal, l'Islam était encore empreint d'une grande douceur.

samedi, 14 janvier 2017

relectures actuelles en ces premiers jours de l'an

Quand l'actualité locale et télévisuelle relance les lectures anciennes, ça peut donner sur la table du lecteur un certain encombrement.

D'abord,
dans le quotidien régional Ouest-France, à la page de rubrique Nantes-Métropole, une biographie* qui vient de paraître — c'est si rare ! — sur Benjamin Péret, un Nantais de la banlieue sud, Rezéen donc, surréaliste du Surréalisme le plus pur, anarchiste de la colonne Durruti pendant la guerre d'Espagne, imprécateur, une langue ravagée par le non-sens, hors quand il fustige les poètes dits engagés dans le Déshonneur des POÈTES, quand il interpelle avec véhémence les croyants, quand il ridiculise les religieux et les anciens combattants, quand il célèbre l'amour sublime dans le noyau de la Comète.
Et ce sont Trois cerises et une sardine, Le grand Jeu, Je ne mange pas de ce pain-là, La parole à Péret qui quittent les étagères.

Une goutte d'eau tombe sur ma tête
et j'en suis ébloui

Ensuite,
sur la chaîne de télévision France Ô, un film en deux parties de Steven Soderbergh sur Che Guevara : Che : part one, l'Argentin, Che part two, Guérilla.
Mais voilà qu'à côté des Souvenirs de la guerre révolutionnaire et de la Guerre de guérilla du Che, se glissent les années sud-américaines de Régis Debray, de Fuyants tropiques à un Printemps amputé, tirés de son Carnet de route, écrits littéraires. J'avais côtoyé, trois semaines durant,  Régis Debray au printemps 1963 quand René Vauthier l'avait "embauché" comme assistant et que nous lancions les Ciné-Pop en Algérie.

Souvent je me dis que j'aurais sans doute pu écrire un manuel de Guérilla et Contre-guérilla pour les années violentes de 59, 60, 61. Peut-être l'aurai-je en partie rédigé quand je me déciderai à faire paraître Algériennes.


Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur
n’importe quelle injustice commise contre n’importe qui,
où que ce soit dans le monde.
C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire.

Enfin,
l'Université Permanente propose, dans le cadre de ses conférences littéraires du mardi plusieurs interventions sur l'œuvre de Michel Chaillou, encore un Nantais. J'ai raté la première sur Chaillou et la maison; je suis là pour Chaillou et ses langues par une brunette vive et passionnée, Pauline Bruley ; c'est "universitaire" mais la passion linguistique déborde souvent en aphorismes poétiques et je m'y retrouve bien dans ce tohu-bohu qu'est, chez Chaillou la confrontation quotidienne entre Langue et Parole.

Chez nous on a une table, quatre chaises, plus l'éternité.

 

De la dizaine de livres descendus des rayons par la faute de ce d'abord, de cet ensuite, de cet enfin, vont demeurer ceux de l'enfin, parce que dans ce qui est appelé "littérature" aujourd'hui, ne me passionnent plus guère que les littératures voyageuses, les femmes et les hommes, qui à l'instar de Chaillou, essaient d'écrire un français jamais dit, qu'ils s'annoncent philosophes, poètes, romanciers, essayistes, écrivailleurs, écrivassiers, écrivains ou écrivaines.
Traces anciennes de lectures d'enfance quand les auteurs s'appelaient Savorgnan de Brazza, Fridjof Nansen, James Olivier Curwood ou Jack London, et plus tard dans l'adolescence, René Caillé, Théodore Monod, René-Guy Cadou, René Char ou Henri Michaux.

 

* Barthélémy Schwartz, Benjamin Péret, l'astre noir du surréalisme, éd.Libertalia.