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dimanche, 16 février 2014

en passant par chez Er Klasker

Une note avec ce titre qui commence par un idiolecte, le "par chez" de la langue gallèse — à quelques siècles de la langue des Pharaons.

En fouinant, dimanche dernier, dans la "librairie" de mon frère très avancé en âge, Le Fouineur — Er Klasker en breton —, je tombe sur les Lettres d'Amarna,

 

Dis au roi, mon seigneur, mon dieu, mon Soleil :220px-Amarna_Akkadian_letter.png
Message de Tagi, ton serviteur, poussière à tes pieds.

Je tombe aux pieds du roi, mon seigneur, mon dieu, mon Soleil,
sept fois et sept fois.
J'ai regardé de ce côté-ci, et j'ai regardé de ce côté-là,
et il n'y avait pas de lumière.
Puis j'ai regardé vers le roi, mon seigneur,
et il y avait de la lumière.

Je suis certes décidé à servir le roi, mon seigneur.


Une brique peut bouger de dessous sa voisine,
mais moi je ne bougerai pas de dessous les pieds du roi,
mon seigneur.


Avec la présente j'envoie un des harnachements
pour une paire de chevaux,

et un arc, un carquois, une lance, des couvertures,
au roi, mon seigneur.


tiré de la correspondance diplomatique
du pharaon Aménophis IV dit Akhet-Aton,
roi "hérétique" et premier monothéiste.


Au XIVe siècle avant notre ére, six cents ans avant l'Iliade d'Homère, sept cents ans avant La Théogonie d'Hésiode, les lettres d'Amarna.
Je n'aime guère les pieds de ces rois qui soumettaient...

J'ai préférence pour la colère de Thersite  contre Agamemnon au Chant II de l'Iliade. Nous sommes dans une violente altercation qui préfigure à quelques siècles de distance ce que nous appelions, il y a encore quelques années encore, "la lutte des classes".
Préférence encore pour celle de Diomède face au même Agamemnon, dit "le souverain roi".

« Agamemnon, je combattrai d'abord ta bêtise.
L'assemblée m'en donne le droit...»


Je n'ai pas mentionné celle d'Achille. D'aucuns vous affirmeront que c'est cette colère qui provoqua la création de ce premier grand texte qu'on nomme l'Iliade :

« Chante, Déesse, l'ire du Pélide Achille...»

Les Grecs savaient faire bouger les briques. C'était quasi aux mêmes temps anciens.
N'empêche, ces Égyptiens savaient déjà écrire.

 

Quand à ces jours d'ici, nous, gens d'Ouest, faisons comme les gens du temps d'Homère

« ...Et ils allaient, au bord des flots retentissants...»

Allez donc voir. C'est ICI, le rivage.

 

mercredi, 05 février 2014

retour en force des Anciens Grecs

 Depuis le début de cet an, sur la table du lecteur reviennent en force les Grecs, ceux des temps avant notre ère, portés par des passeurs d'aujourd'hui.


Ainsi Homère et L'Iliade ou le poème de la force de Simone Weill appuyé par un bouquin redescendu de l'étagère, Le monde d'Homère de Pierre Vidal-Naquet — depuis quelques mois, il y a déjà deux versions récemment traduites de l'Iliade, celle de Jean-Louis Backès et la superbe de Phillipe Brunet.

Ainsi celui qui suit Homère — mais lequel de cet "Homère pluriel" écrirait René Char — d'un siècle ou deux, le bon Hésiode, berger d'agneaux sur le mont Hélicon qui reçut des "filles du Grand Zeus pour sceptre un rameau d'olivier florissant qu'elles avaient cueilli, un rameau admirable".
Hésiode, le premier JE qui s'écrit dans les écrits d'Occident. Sa Théogonie et Les Travaux et les Jours côtoient donc, sur la table, Homère.

Une lecture linéaire s'avérerait fastidieuse, même avec le recours au Vertige de la liste. Jean-Pierre Vernant, qui, s'il n'est pas ce jourd'hui, sur la table, est tout proche sur l'étagère des Anciens, propose un schéma généalogique, précieux auxiliaire de lecture du monde divin de la Grèce antique se référant à cette Théogonie*.

Mon humble sens marin m'a précipité sur l'évocation de Nérée le Vieillard et ses cinquante filles, les Néréides. Le décompte, selon les éditions, en mentionne ou quarante-neuf ou cinquante-et-une. N'ayant pas trouvé de traduction de leurs quarante-neuf ou cinquante-et-un prénoms, j'y suis allé de mon "Bailly" et de quelques rapprochements avec des adjectifs et des participes présents de verbes. Le sens profond pour moi relevant de cette expérience intime et rêveuse que m'ont forgée les traversées et leurs sillages, les baies et les mouillages, les anses et les abris, les grèves et les chaussées de rocs, les vents et leurs colères, les aurores et les couchants, les brises légères qui se disent "temps de demoiselles" et la bienveillance des ports.
Féminiser l'Océan ? Que oui ! Ces Néréides signifient des instants, des, labeurs, des gestes, rares ou quotidiens, familiers ou étranges.


Νηρῆος δ' ἐγένοντο μεγήριτα τέκνα θεάων πόντωι ἐν ἀτρυγέτωι καὶ Δωρίδος ἠυκόμοιο, κούρης Ὠκεανοῖο, τελήεντος ποταμοῖο,

Πλωτώ τ' Εὐκράντη τε Σαώ τ' Ἀμφιτρίτη τε Εὐδώρη τε Θέτις τε Γαλήνη τε Γλαύκη τε Κυμοθόη Σπειώ τε Θόη θ' Ἀλίη τ' ἐρόεσσα Πασιθέη τ' Ἐρατώ τε καὶ Εὐνίκη ῥοδόπηχυς καὶ Μελίτη χαρίεσσα καὶ Εὐλιμένη καὶ Ἀγαυὴ Δωτώ τε Πρωτώ τε Φέρουσά τε Δυναμένη τε Νησαίη τε καὶ Ἀκταίη καὶ Πρωτομέδεια Δωρὶς καὶ Πανόπη καὶ εὐειδὴς Γαλάτεια Ἱπποθόη τ' ἐρόεσσα καὶ Ἱππονόη ῥοδόπηχυς Κυμοδόκη θ', ἣ κύματ' ἐν ἠεροειδέι πόντωι πνοιάς τε ζαέων ἀνέμων σὺν Κυματολήγηι ῥεῖα πρηΰνει καὶ ἐυσφύρωι Ἀμφιτρίτηι, Κυμώ τ' Ἠιόνη τε ἐυστέφανός θ' Ἁλιμήδη Γλαυκονόμη τε φιλομμειδὴς καὶ Ποντοπόρεια Λειαγόρη τε καὶ Εὐαγόρη καὶ Λαομέδεια Πουλυνόη τε καὶ Αὐτονόη καὶ Λυσιάνασσα Εὐάρνη τε φυήν τ' ἐρατὴ καὶ εἶδος ἄμωμος καὶ Ψαμάθη χαρίεσσα δέμας δίη τε Μενίππη Νησώ τ' Εὐπόμπη τε Θεμιστώ τε Προνόη τε Νημερτής θ', ἣ πατρὸς ἔχει νόον ἀθανάτοιο.

αὗται μὲν Νηρῆος ἀμύμονος ἐξεγένοντο κοῦραι πεντήκοντα, ἀμύμονα ἔργα ἰδυῖαι.

Nérée et Doris aux beaux cheveux, cette fille du superbe fleuve Océan, engendrèrent dans la mer stérile les aimables nymphes

Proto, Eucrate, Sao, Amphitrite, Eudore, Thétis, Galèné, Glaucé, Cymothoë, Spéio, Thoë, l'agréable Thalie, la gracieuse Mélite, Eulimène, Agavé, Pasythée, Érato, Eunice aux bras de rose, Dolo, Ploto, Phéruse, Dynamène, Nésée, Actée, Protomèdie,Doris, Panope, la belle Galatée, l'aimable Hippothoë, Hipponoë aux bras de rose, Cymodocé qui sur la sombre mer, avec Cymatolège et Amphitrite aux pieds charmants, calme sans efforts la fureur des vagues et le souffle des vents impétueux, Cymo, Eïoné, Halimède à la belle couronne, Glauconome au doux sourire, Pontoporie, Liagore, Évagore, Laomédie, Polynome, Autonoë, Lysianasse, Évarnè douée d'un aimable caractère et d'une beauté accomplie, Psamathe au corps gracieux, la divine Ménippe, Néso, Eupompe, Thémisto, Pronoë et Némertès en qui respire l'âme de son père immortel.

Ainsi l'irréprochable Nérée eut cinquante filles savantes dans tous les travaux.***

 

Voici donc "mes" Néréides :

Πλωτώ   La Crawleuse
τ' Εὐκράντη   L'Accomplissante
τε Σαώ    La Saine
τ' Ἀμφιτρίτη   L'Entourée
τε Εὐδώρη   La Généreuse
τε Θέτις   La Donnée
τε Γαλήνη   La Paisible
τε Γλαύκη   L'Étincelante
τε Κυμοθόη   La Tumultueuse
Σπειώ    La Caverneuse
τε Θόη   La Prompte
θ' Ἀλίη   La Pêcheuse
τε Πασιθέη    La Divine
τ' Ἐρατώ    La Charmante
τε καὶ Εὐνίκη    L'Apaisante
καὶ Μελίτη    La Miellée
καὶ Εὐλιμένη   L'Accueillante
καὶ Ἀγαυὴ    La Noble
Δωτώ    La Donatrice
τε Πρωτώ    La Prééminente
τε Φέρουσά    La Porteuse
τε Δυναμένη    La Puissante
τε Νησαίη    L'Insulaire
τε καὶ Ἀκταίη    La Riveraine (Protectrice)
καὶ Πρωτομέδεια    La Soigneuse
Δωρὶς     L'Offerte
καὶ Πανόπη    La Regardante
καὶ  Γαλάτεια    La Nourricière
Ἱπποθόη     La Surfeuse
καὶ Ἱππονόη   La Méditative
Κυμοδόκη    La Bienveillante (Brumeuse)
σὺν Κυματολήγηι    L'Apaisante
Κυμώ    La Houleuse
τ' Ἠιόνη    L'Attentive
τε Ἁλιμήδη    La Rêveuse
Γλαυκονόμη    La Lumineuse  (L'Irradiante)
καὶ Ποντοπόρεια    La Marine
Λειαγόρη   La Calme (La Paisible Diseuse)
τε καὶ Εὐαγόρη   La Grande Pêcheuse
καὶ Λαομέδεια    La Mesurée (La Protectrice)
Πουλυνόη    La Partageuse
τε καὶ Αὐτονόη    L'Opinâtre
καὶ Λυσιάνασσα   La Déliante (La Libératrice)
Εὐάρνη    La Pastourelle
καὶ Ψαμάθη    La Sableuse  (L'Infinie)
τε Μενίππη   ?**
Νησώ    L'Ilienne
τ' Εὐπόμπη    La Favorable ( La Guide ou La Pilote)
τε Θεμιστώ    La Juste
τε Προνόη    La Prévoyante
τε Νημερτής    L'Infaillible (La Véridique)

 

 

* J.P. Vernant in Encyclopédia Universalis - Grèce antique, le monde divin.
** Seule "Ménippè" a échappé à mon imaginaire marin. J'ai récemment découvert le très bon bouquin Hésiode, Théogonie, La naissance des dieux, traduit par Annie Bonnafé et préfacé par J.P. Vernant. La traduction trop "hippologique" de Ménippè ne me convainct point : volontiers je proposerais : La Chevaucheuse ... des vagues, bien entendu.
*** Édition de Jean-Louis Backès en Folio classique. Il ne donne pas de traduction des noms.

 

Post-Scriptum :
Que les non-hellénistes me pardonnent mais qu'ils prennent le texte grec pour de belles images.

Homère mentionne quelques Néréides au Chant XVIII de l'Iliade et Brunet donne de belles interprétations de leurs noms.

 

samedi, 11 janvier 2014

retour au sonnet

Avec cette glane nocturne, cueillie le temps que se chargent les Grandes Heures d'Anne de Bretagne, dans le premier écran de Gallica au rayon des nouveautés ePub.
Un Flamand inconnu avec son obstinance et son antiphonaire : c'est diablement symboliste et plus sombrement décadent. Artaud aurait parlé de « bric-à-brac ». Ezra Pound, pour qui le symbolisme était l'acte de naissance de la poésie moderne, de « l'odeur de talc » d'une époque qu'il estimait « glauque et nacre.»
Je suis nostalgique de ces soirées hivernales d'études, où lasse des versions grecques et latines, mon adolescence rêvassait dans ces luxuriances surannées.

Ah ! cette obstinance tant plus belle que l'opiniâtreté !


LES PEUPLIERS

Tels des moines de deuil en bures de silence,
Au long du canal glauque et ses bords sablonniers,
Cheminent deux par deux les rudes peupliers,
Les peupliers de Flandre, immobile obstinance.

Vers les horizons gris, péniches et chalands,
Et les oiseaux de mer et les mornes nuages
S'en vont, brouillant dans l'eau qui bouge, leurs visages
Et passent sur le flot d'invisibles courants.

Mais eux restent figés depuis des jours sans nombre,
Ils restent figés là, proches des berges d'ombre.
Immenses de l'essor des lointains entrevus,

Et que leurs bras d'espoir, obstinément tendus,
S'entêtent à vouloir étreindre en baiser sombre
Pour broyer on ne sait quels désirs inconnus !



L'ANTIPHONAIRE

C'est un antiphonaire à vieille reliure,
Avec des coins de cuivre, et des fermoirs usés;
Ses feuillets autrefois furent enluminés
Par un moine savant en l'art de la peinture.

Sur le velin rugueux, mais vierge de souillure,
Les onciales d'or aux gothiques clartés
Émargent la splendeur des poèmes sacrés,
Qu'un habile pinceau transcrivit sans rature.

Un jour, dans la beauté des pompes liturgiques,
On dut ouvrir le livre, et quelque abbé mitré
Y lut, mais aujourd'hui le livre est oublié,

Et nul ne tourne plus ses pages nostalgiques
Où dort, dans la poussière intime du Passé,
L'étrange floraison des défuntes musiques !


Marcel WYSEUR 1886-1950*
La Flandre Rouge, poèmes,
Préface d'Émile Verhaeren

 



*Source : BNF - Département Littérature et Art 8-YE-9363
Notice du catalogue : catalogue.bnf.fr./ark:/12148/cb316724775
Mise en ligne : 16.09.2013

jeudi, 02 janvier 2014

bonne résolution pour 2014

 

Les avis de grand frais qui ont envahi nos cieux d'ouest portent à aller de l'avant. L'an 2014 sera donc de philosophie — le bouquin de chevet en est un gros "poche", Philosophie anthologie de Michel Foucault, un auteur disparu il y a quarante ans, dont il faut souligner l'inactualité puisqu'il semble désormais appartenir à la grande tradition philosophique occidentale. Mais ce sera l'archéologue du "Souci de soi" qui, surtout, occupera mon penser.


Il n'y a donc pas d'âge pour s'occuper de soi. « Il n'est jamais ni trop tôt, ni trop tard pour s'occuper de son âme», disait déjà Épicure: «Celui qui dit que le temps de philosopher n'est pas encore venu ou qu'il est passé est semblable à celui qui dit que le temps du bonheur n'est pas encore venu ou qu'il n'est plus. De sorte que, ont à philosopher et le jeune et le vieux, celui-ci pour que, vieillissant, il soit jeune en biens par la gratitude de ce qui a été, celui-là pour que, jeune, il soit en même temps un ancien par son absence de crainte de l'avenir.* »
Apprendre à vivre toute sa vie, c'était un aphorisme que cite Sénèque et qui invite à transformer l'existence en une sorte d'exercice permanent; et même s'il est bon de commencer tôt, il est important de ne se relâcher jamais.


 Michel Foucault
Philosophie, anthologie,
p. 747.
 
 

Le poème ne sera jamais très loin :

On ne peut pas commencer un poème sans une parcelle d'erreur sur soi et sur le monde, sans une paille d'innocence aux premiers mots.

 René Char,
 Sur la Poésie


 

* Épicure, Lettre à Ménécée.

dimanche, 29 décembre 2013

"nous sortirons de ces contrées de ténèbres"

 Pour clore cet an.
Le blogue s'est essoufflé tout au long de ces mois. Il l'est encore. Mais dans l'impétuosité des vents qui parcourent notre terre d'Ouest, peut-être un regain de mots s'annonce-t-il ?

Je reprends un vieil écrit : il dit l'Afrique, cette terre tant blessée, il dit une aube, il dit que nous sortirons bien un matin de ces contrées de ténèbres.

 Ce n'est que dans l'instant qui précède le lever du soleil que ce pays est beau. Plus tard, l'incendie et la cendre !


Aux terrasses de Djimbé, l'aube y fut un instant de la naissance du monde.
 Splendeur de la lueur qui ocrait le vaste paysage de la savane jusqu'aux lointaines collines bleutées du Mali et dans les méandres verts de la Falémé. Nous dominions une vallée d'une paix silencieuse, inouïe.

Les amis africains sortaient du sommeil abandonnant les nattes de la nuit pour les premières ablutions du matin. Ombres dans l'aurore, les mouvements des orants s'accordaient à la lente montée des lueurs surgies de l'est.

Assis sur la murette de terre, j'écoutais, pour la première fois depuis mon arrivée en ce pays, l'Officium defunctorum de Cristóbal de Morales, curieusement soutenu par l'improvisation poignante du saxophone de Jan Garbarek.
Le chant reprenait les paroles du prophète Isaïe :

Populus genuit qui ambulabat in tenebris,

vidit lucem magnam :

habitantibus in regione umbræ mortis


et lux orta est eis.

Sur la psalmodie funèbre, s'élevait la gloire de la lumière et nous sortions des contrées de ténèbres.

 

 

 Aux visiteuses, aux visiteurs de ce blogue,
une invite à lire en cliquant sur
l'Officium Defunctorum de Morales
pour lancer le chant.


 

 

samedi, 14 décembre 2013

pour saluer Michel Chaillou nantais et fameux entre'bailleur de mots

 

Au hasard de quelques rencontres et de brefs entretiens.

Le démodé, c'est le temps qui s'habille

disait-il à propos d'une belle vieille femme  — L'éloge du démodé n'était pas encore écrit.

 

On est toujours fort de nos incertitudes qui nous ouvrent le large.


 En septembre 2007, il énonçait son projet d'écritures :

J'ai encore dix-sept ouvrages à écrire, j'ai les dix-sept titres, j'ai les dix-sept premières phrases.

 Dont il ne dévoila rien, par crainte de désamorcer ses imaginaires.

 

Le style, c'est le dépôt du temps dans ma langue.


Nous reste à rêvasser sur les entrebaillements de ses dix-sept titres et les jachères ouvertes par ses dix-sept premières phrases.

samedi, 30 novembre 2013

la gorge dénouée, prendre le large

image.jpg L'absence enfin assumée pour un temps, vent de travers, embouquer le chenal, barre au suroît sur l'une de mes îles, la plus austère, mais l'une parmi les belles.

jeudi, 28 novembre 2013

métro Porte de Pantin

 

L'air était d'un bleu intense.
Noirs, les cyprès.


ELLE

« ensevelie nue sous le poids de mes songes »

J'avais fait recouvrir la terre d'une immense brassée de glaïeuls rouges.

 
74e division 4e ligne n°4

Cimetière de Pantin-Parisien
Métro Porte de Pantin - Autobus 151

 

Je ne suis jamais revenu dans ces allées glacées .

lundi, 25 novembre 2013

survivre au long de ces jours-ci

 

Rien ne s'accomplira sinon dans une absence
Dans une nuit un congédiement de clarté
Une beauté confuse en laquelle rien n'est.

Pierre Jean Jouve
Nada
Matière céleste

samedi, 23 novembre 2013

dans les parages de la mort

Rabéa.jpg

 

 

 

 

 

 








Qu'importe les années ?

Je ne saurai jamais son rêve des temps à venir.

mercredi, 20 novembre 2013

pour maintenir ouvert l'œuvre du Camus centenaire

 

Un dernier bouquin s'est ajouté, ce dimanche 17 novembre, à la pile "Albert Camus", après mon passage à la braderie que proposait le Grand Séminaire de Nantes se délivrant à très bas prix de milliers d'ouvrages dont les legs entraînent sans doute l'encombrement de sa bibliothèque ; deux longues travées dans le cloître couvert : dans l'une, "les ouvrages de théologie, de foi et de religion" — sic —, dans la seconde, "les ouvrages profanes" — à nouveau, sic !
Je n'avais acquis, dans les ouvrages... profanes que Mission terminée de Mongo Béti, ce savoureux roman africain de la fin des années cinquante, lu dans la sensuelle moiteur de mes derniers jours éburnéens, prêté sans doute et... perdu quand, à la sortie du cloître, pris par le remords, je m'emparai pour 1€ de ce tome II des Carnets paru en 1964, dans la collection Soleil de chez Gallimard. Un premier parcours m'a livré ceci :


Petite baie avant Ténès, au pied des chaînes montagneuses. Demi-cercle parfait. Dans le soir tombant, une plénitude angoissée plane sur les eaux silencieuses. On comprend alors que, si les Grecs ont formé l'idée du désespoir et de la tragédie, c'est toujours à travers la beauté et ce qu'elle a d'oppressant. C'est une tragédie qui culmine. Au lieu que l'esprit moderne a fait son désespoir à partir de la laideur et du médiocre.
Ce que Char veut dire sans doute. Pour les Grecs, la beauté est au départ. Pour un Européen, elle est un but, rarement atteint. Je ne suis pas moderne.

Carnets, tome II
Cahier n°V, septembre 1945-avril 1948

 

Ramené, le lecteur, plus de cinquante ans en arrière dans ces paysages contemplés du haut de ces crêtes du Dahra.

La beauté, le désespoir et la mer pensés par les Grecs.

Et "ce que Char veut veut dire" ? En avril 1948, Camus vient certainement de lire la préface que son ami a écrite pour Fragments d'Héraclite d'Éphèse d'Yves Battistini — ce que laisserait entendre leur échange de lettres en mai 1948.


 Disant juste, sur la pointe et dans le sillage de la flèche, la poésie court immédiatement sur les sommets, parce qu'Heraclite possède ce souverain pouvoir ascensionnel qui frappe d'ouverture et doue de mouvement le langage en le faisant servir à sa propre consommation... Au delà de sa leçon, demeure la beauté sans date, à la façon du soleil qui mûrit sur le rempart mais porte le fruit de son rayon ailleurs.
Héraclite ferme le cycle de la modernité qui, à la lumière de Dionysos et de la tragédie, s'avance pour un ultime chant et une dernière confrontation. Sa marche aboutit à l'étape sombre et fulgurante de nos journées. Comme un insecte éphémère et comblé, son doigt barre nos lèvres, son index dont l'ongle est arraché.

1948
René Char

Recherche de la base et du sommet.


Faut-il à ces textes adjoindre l'anecdote de Tipasa, quand Albert Camus et Louis Guilloux, l'homme du Sang Noir, contemplent la beauté solaire du lieu des Noces et que l'ami breton hasarde naïvement qu'il y manque quelques nuages ?
Les hommes d'Ouest ne peuvent se défaire, dans la beauté et le désespoir, des brumes atlantiques.

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Birvideaux.JPG




Modestement, je mets mes pas dans ceux de Camus : décidément, je ne suis pas moderne.

vendredi, 08 novembre 2013

las de cette usurpation médiatique des "Bonnets Rouges"

La dernière scène
du PRINTEMPS DES BONNETS ROUGES de Paol KEINEG,
créé le 9 décembre 1972,
au Théâtre de la Tempête (Cartoucherie de Vincennes).

 

.....MADAME. — Voilà. Vous y êtes. Bécassine, pour votre peine, vous courrez jusqu'à la voiture me prendre un vêtement. Le vent a fraîchi soudain...

BÉCASSINE.— Bien, Madame. Tout de suite, Madame.


Elle court, ridicule, emportée, et se prend les
pieds dans le cadavre d'ar Balp sur la route. Elle
tombe. Elle se relève, transfigurée, et parle.


BÉCASSINE. —

Une rose sauvage
à la branche de l'églantier
encapuchonnée  de  sang.
Et le corbeau très haut
gainé d'un camail rouge
éprouvant la cruauté d'un jour d'hiver
Les  pendus,  les  exilés,  les  torturés,
les prisonniers,
l'héritage murmurant
de nos sursauts et de nos infirmités.
Le roi vit dans son palais
bâti à coups de vent
bâti à coups de crosse
bâti à coups de mort.
Le roi vit seul.
Autour de lui
l'essaim bourdonnant
des courtisans, des importants
qui butinent la souffrance
et l'excrément.
Le roi trône
porté aux nues
par les seigneurs, par les bourgeois
par les notaires, par les curés
par les ducs et les marquis.
Et ceux-ci possèdent voiture, femme de luxe,
ils vivent dans de belles maisons,
ils se cultivent l'esprit
en buvant du gin ou du bourbon :
ce sont des raffinés.
Et aux autres
la morve, le mutisme, la médiocrité
la matraque.
Sébastian ar Balp est mort.
Mogn Bras est mort.
Le recteur Croguennec est mort.
La France fondée pour mille ans
ou moins ?
Presqu'île de Bretagne morte
ou non i
L'émigration, le chômage, le mépris,
les fausses promesses, les ruines,
l'hiver de notre vieillesse,
et puis quoi encore ?
Tout le reste :
un peuple dispersé
comme un peu de cendre au vent.
Mais ce que l'homme a fait
l'homme peut le défaire.
Ce que l'homme a défait
l'homme peut le faire.
Assez de mélancolie
assez de complaisance
de lamentations.
Il nous reste les immensités
de l'enthousiasme et de l'intelligence.
Il nous reste
le parfum violent d'une patrie à construire.



Brest,  janvier  1971.
Cwmbach, août 1972.

 

Deux livres à relire pour clarifier l'amalgame :

Bonnets Rouges003.jpg
 Bonnets Rouges001.jpg

mardi, 08 octobre 2013

ceux qui vous aimaient prendront le train

...pour un horizon incertain où vos rêves, vos images nous seront viatique de beauté et de force.

Patrice Chéreau.jpg

La femme de Candaule004.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Retour de mer, j'avais délaissé mes piles de lecture et mes écrans d'écriture. Je venais de réouvrir le roman de mon enfance clandestine quand à dix ans, dans la pénombre du grenier de cette maison de grande bourgeoisie nantaise où ma mère fut jadis bonne à-tout-faire, je dévorais dans le trouble ce roman d'amour, de cape, d'épée et de cruauté qu'est La Reine Margot.

Et hier au soir, peu après vingt heures, sur un écran ami : Patrice Chéreau est mort.
Dans ma lecture, j'en étais au chapitre XLIX, le Livre de vénerie. La mort était donc si proche.

 

16:59 Publié dans Les graves | Lien permanent | Commentaires (1)

jeudi, 12 septembre 2013

le jardin et le sonnet pour les premiers jours de l'automne

 

Le temps n'est pas encore revenu pour le jardin et le sonnet. 
Ce soir, pour une dernière croisière de fin d'été, Dac'hlmat —qui est aussi Grapheus — largue vers ses îles.

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mardi, 06 août 2013

vers le large

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La bouée des Mâts passée, c'est le large !