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mercredi, 13 mars 2019

Pacifique 99 — III

 

Le 13 mars 1999, à midi

Seizième jour de mer depuis Ua Huka

Par 2°03,1 Sud et 120°00 Ouest
à 1 600 mn des Galapagos.

Nous venons de franchir le 120ème méridien Ouest
Calme plat.

pacific3003.jpg

Avions-nous vraiment gagné une heure sur notre vie ?

dimanche, 10 mars 2019

Pacifique 99 - II

 

Le 10 mars 1999, à 07 h 30

Treizième jour de mer depuis les Marquises
Par 3°23,77 Sud et 123°47,38 Ouest
à un peu moins de 1 900 mn des Galapagos

À 20 h 30, dans notre Suet, un cargo faisant cap au Nord-Ouest.

 

Post-scriptum : Nous étions encore dans l'option "cap sur les Galapagos".
C'était donc notre treizième jour de mer
et un premier bateau croisait notre route, venant du Chili (?) et allant sur Hawaï ou le Japon (?).

Toujours dans l'alternance de longues pluies et de calmes plats

lundi, 25 février 2019

Pacifique 99 — I

 

Le 25 février 1999, à 16 h 40,

de Ua Huka, aux Marquises,
baie de Vaipaee
, par 8°56,4 Sud et 139°34,3 Ouest,
à 3 746 mn de Panama,

nous larguions pour 48 jours de mer !

 

Vaipaee1.jpg

vendredi, 15 février 2019

sur des variations de Jean Sébastien Bach et d'Anton Webern



Avant qu'il n'apparaisse en Pléiade, j'amasse l'œuvre complet en format poche de mon "conscrit", Philippe Sollers, lâchement exempté de guerre d'Algérie. Le dernier paru, c'est Beauté qui suit — à remarquer la brièveté de plus en plus fréquente des titres — L'éclaircie, Fugues, Médium, Mouvements, Complots, Beauté donc qui précède le Folio espéré en 2019, Centre.

Dans ce folio, il y accumule Pindare, Holderlin, Aliénor d'Aquitaine, Bach, Jean Genet, le Chevalier de la Barre qui mutile les crucifix. Et Rimbaud, inévitablement,— mais serait-ce pour une ultime fois ? — dont il cite "j'ai vu l'enfer des femmes là-bas" qui serait une des dernières formules d'une Une Saison en enfer. Je n'ai pas encore vérifié, mais ce faisant, je tombe, dans une quasi antépénultième phrase, sur cette assertion : « Je hais maintenant les élans mystiques et les bizarreries de style ».

Il se paume dans les constellations d'un ciel de printemps ; en deux pages, il doit énumérer toutes celles que nous offre en une carte céleste Stelvision, à l'heure précisée par lui-même, 21h30.
Il mentionne Paul de Tarse, l'épistolier fameux pour ses adresses aux Thessaloniciens et aux Corinthiens.

Et en basse continue depuis Pindare, les anciens Grecs, leurs dieux, leurs poètes, leurs philosophes, tel Empédocle à qui la déesse donne des yeux "infatigables".
Il écrit qu'il garde un secret sur la scène d'amour entre Athéna et Ulysse. C'est possible avec cet homme qui invente le verbe RÊVRER, rêver vrai. Il a lu Homère, le Chant VIII de l'Iliade et les versets 384-385* : avant de revêtir l'armure, Athéna laisse couler à terre sa robe. Un instant elle est Nue.

Le livre refermé, il suffit d'écouter Bach, Mozart, sa Sonate en la mineur K310 à moins que ce ne soit le 20e Concerto  en ré mineur, Anton Webern, ses Variations pour piano, op. 27.
Et de poursuivre le rêve vrai d'une Athéna Nue.

 

* le texte en grec ancien :

αὐτὰρ Ἀθηναίη κούρη Διὸς αἰγιόχοιο
πέπλον μὲν κατέχευεν ἑανὸν πατρὸς ἐπ᾽ οὔδει
ποικίλον

alors Athéna la fille de Zeus qui porte l'égide
sur le seuil de son père laissa couler
son somptueux péplum

mardi, 12 février 2019

Pour tardivement ouvrir 2019

Grall002.jpg
Ce soir d'hiver, retour de la baie de Concarneau dont il hanta les rivages, aux derniers jours de sa vie ...
Dans l'après-midi, la gueule ravagée d'un ange a éclaboussé ma mémoire : Xavier Grall, ses cinq filles et sa femme, l'homme des contre-chants, aux bronches lourdes de crachins, le nostalgique des oliviers, des argiles berbères, le célébrant des errances marines et des laminaires échouées.


L'une des cinq, Catherine, me fut belle compagne de labeur au service des lectures ouvrières. Elle m'offrit de son père, à mon départ, Cantique à Mélilla.

Ce soir donc, j'ouvre le Rituel breton à l'audacieuse dédicace :

"Pour Ulysse,
s'il revient en Armorique"


...j'ai pleuré sur la splendeur
des mers sarrazines désertées.
Et j'ai rêvé de toi, gardienne
de l'extrême Ouest.
Ah quand allierai-je à tes noroîts
le miel des aurores africaines ?
Ah quand allierai-je la vigueur de tes chênes
à la sensualité des figuiers ?

Et ceci sera mon testament
à mes parents je lègue ce rituel
résidence de ma poésie
et ceci sera mon testament
à mes parents je lègue ma souvenance
des navires trépassés
qui s'en venaient comme des filles
d'Islande ou de Mauritanie

Et ceci sera mon testament
à mes Berbères je lègue
les oiseaux des Glénan
et le sourire de Concarneau
à mes Berbères je lègue
l'allégresse des fontaines
et les printemps du pays Gallo

Et ceci sera mon testament
à mes amis je lègue
l'alliance de l'Ouest et du Sud
le mariage des dolmens
et des mosquées
et les fiançailles des roses
d'avec les oliviers.

samedi, 01 décembre 2018

le bateau d'Ulysse

 

cette traduction de Σχεδια :  bateau ou radeau ?
la traduction de « σχεδιἡν » (skedièn) par radeau m'a beaucoup interrogé.


C'est au Chant V de l'Odyssée : Ulysse est retenu par Calypso, sur l'île de cette nymphe royale qui désire faire de l'errant son époux.
Alors que, dès les premiers versets de ce chant, quand Zeus expédie Hermès chez Calypso, pour conseiller avec insistance à celle-ci de "lâcher les cothurnes" du Grec, il précise bien à son messager qu'Ulysse, non sans peine certes, rentrera "sur un bateau bien jointoyé" (verset 33).
La nymphe obéit à l'injonction de Zeus et met tout en œuvre afin qu'Ulysse construise son bateau : elle le conduit sur le site où il trouvera les arbres nécessaires et lui fournit les outils. 
De l'abattage des arbres à la voile enfin prête à être hissée, s'énoncent 28 versets — de 233 à 261 — pour quatre jours de labeur. 
C'est entre les versets 249 et 257 qu'achoppent les traducteurs français, ignorant sans doute tout ou presque de l'architecture navale, et de l'antique et de l'actuelle.
Même, même Jean Cuisenier qui sur les traces de Victor Bérard, s'efforce de retracer le périple achoppe étonnamment sur le verbe τορνoώ (τορνώσεται dans le texte homérique) qu'il confond avec son voisin le précédant dans le Bailly et qui est τορνευω ; d'où son hypothèse qu'Ulysse mesure ses travaux à l'aide d'un compas de charpentier.

Ce passage n'en est pas moins difficile à interpréter, car le vocabulaire d'Homère peut se référer à deux états différents des techniques de construction. L'expression "ossoon tornôsetai", « les dimensions et le fond qu'il donne », peut se référer soit à l'usage du compas du charpentier pour fixer des mesures, soit à l'opération de « tourner »,« faire tourner le bordage d'une carène ».

Jean Cuisenier, le Périple d'Ulysse, p. 344.

Dans les outils fournis par Calypso, sont nommés la hache d'airain, la doloire, les tarières, les clous et chevilles, mais le point de compas de charpentier ; et bien peu claire, la description de cette opération qui consisterait à "faire tourner le bordage d'une carène".

 

Voici ces versets 249/257 :

ὅσσον τίς τ᾽ ἔδαφος νηὸς τορνώσεται ἀνὴρ
φορτίδος εὐρείης, ἐὺ εἰδὼς τεκτοσυνάων,
τόσσον ἔπ᾽ εὐρεῖαν σχεδίην ποιήσατ᾽ Ὀδυσσεύς.
ἴκρια δὲ στήσας, ἀραρὼν θαμέσι σταμίνεσσι,
ποίει: ἀτὰρ μακρῇσιν ἐπηγκενίδεσσι τελεύτα.
ἐν δ᾽ ἱστὸν ποίει καὶ ἐπίκριον ἄρμενον αὐτῷ:
πρὸς δ᾽ ἄρα πηδάλιον ποιήσατο, ὄφρ᾽ ἰθύνοι.
φράξε δέ μιν ῥίπεσσι διαμπερὲς οἰσυΐνῃσι
κύματος εἶλαρ ἔμεν: πολλὴν δ᾽ ἐπεχεύατο ὕλην.



Tel un homme expert en architecture navale
arrondit la carène d'un navire marchand

ainsi Ulysse se construisit un esquif de belle largeur

Dressant le tillac, en assemblant des membrures bien jointoyées,

il acheva de poser le long plancher du pont.

Il y dressa le mât tenu par des haubans
et y établit la vergue pour les voiles.

Pour barrer le bateau il fit un gouvernail. 

En guise de filières, il érigea un entrelacement de claies d'osier
se protégeant ainsi de la violence des flots.

Pour lester, il déposa au fond de la carène des billes de bois.



ou encore plus poétiquement

Les proportions que donnent à la carène d'un navire

de commerce quelque ouvrier maître en charpentes,

Ulysse les choisit pour son vaste bateau.

Pour dresser le gaillard, il bâtit un bordage étanche

de poutrelles, par des voliges en longueur.

Il disposa le mât et l'antenne du mât,

puis fabriqua la barre afin de pouvoir gouverner.

Enfin d'un bastingage en claies d'osier il protégea

son bateau de la houle et le lesta d'une charge de bois.

traduction de Philippe Jacottet,
Odyssée, Livre V, p. 91

 

Bref rappel lexical

 • τορνώσεται
3° personne singulier, indicatif futur moyen ou subjonctif aoriste moyen
- de τορνόομαι, donner une forme arrondie,
par le haut pour un tumulus de sépulture,
par le bas pour une carène de navire
ἔδαφος, fond, base
τεκτοσυνάων, de τεκτοσυνη, art de construire
• ικρια,
tillac, gaillard
ἔδαφος, fond, base
τεκτοσυνάων, de τεκτοσυνη, art de construire
• ικρια,
tillac, gaillard
• τεχνησατο ευ, tailla avec art
• τεχνηεντως  (verset 270), avec art,
  
racine commune à τεκτοσυνη (?).

 

σχεδια - copie.jpg

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Dernière tâche dans l'armement du bateau : la voilerie. Calypso y participe, apportant elle-même des toiles et Ulysse confectionnera les voiles lui-même. Revient dans un verset le terme τεχνησατο ευ, de la même racine τεχν — il tailla bien. 
Triplement maître dans l'art de l'architecture naval : concevoir et réaliser une carène de bateau, réaliser un gréement de voilier, couper les voiles. Cet homme est un homme d'océan possédant tous les savoirs marins, et loin d'être un naufragé s'affolant dans l'assemblage hâtif de troncs d'arbres ou... de planches qu'est un radeau.


τόφρα δὲ φάρε᾽ ἔνεικε Καλυψώ, δῖα θεάων,
ἱστία ποιήσασθαι· ὁ δ᾽ εὖ τεχνήσατο καὶ τά.
ἐν δ᾽ ὑπέρας τε κάλους τε πόδας τ᾽ ἐνέδησεν ἐν αὐτῇ,

μοχλοῖσιν δ᾽ ἄρα τήν γε κατείρυσεν εἰς ἅλα δῖαν.

Et pendant ce temps-là, Calypso, cette toute divine

lui apporta la toile dans quoi il tailla de bonnes voiles
dont il ralingua têtière, bordure et chutes, il gréa
les drisses pour hisser et les écoutes pour border,
enfin sur des rouleaux il mit le voilier à l'eau.


bateau d'Ulysse.jpg

 

Parmi la vingtaine de traducteurs français depuis cinq siècles, — l'unique traductrice Anne Dacier incluse, — seuls, Du Bois de Rochefort en 1781 et, de nos jours, Philippe Jaccottet traduisent ce σχεδιἡν par "vaisseau", pour le premier et, par "bateau" pour le second ; les traducteurs des XIXᵉ et XXᵉ s'obstinent sur la facilité du "radeau". 

Le tragique du radeau de la Méduse les a-t-il influencé si fortement au point de confondre engin flottant de survie à fond plat, livré à tous les aléas des vents et des courants, impossible à gouverner et l'esquif, certes construit à la hâte, mais avec une coque creuse — donc l'arrondi inversé d'un tumulus de sépulture — au fond de laquelle on peut déposer en guise de lest des troncs d'arbres.

Et puis pourquoi un tillac ? un plancher ? Comment pourrait-on lester le fond plat d'un radeau ?

Aux deux traductions précédentes, il me faudrait ajouter la justesse du dessin de Lob et Pichard dans leur fastueuse et sensuelle bande dessinée parue en 1974.

ulysse - copie.jpg


Demeure un étonnement : ce sont les quatre jours qui accaparent Ulysse à la construction de ce bateau. S'il y a énigme, c'est bien cette brièveté.
Amusante remarque à propos de celle-ci : Lob et Pichard imaginent, eux, un androïde, ANDROS, qui, clandestinement, prête main forte à notre Errant. Tout merveilleux semblant possible sur l'île de la tant belle Déesse qui, de plus, vous offre l'immortalité, pourquoi pas aussi ce miracle de jours sans référence à la durée du jour dans nos vies de mortels ?

Le bateau achevé, Calypso subviendra à l'avitaillement :

ἐν δέ οἱ ἀσκὸν ἔθηκε θεὰ μέλανος οἴνοιο
τὸν ἕτερον, ἕτερον δ᾽ ὕδατος μέγαν, ἐν δὲ καὶ ᾖα
κωρύκῳ: ἐν δέ οἱ ὄψα τίθει μενοεικέα πολλά:
οὖρον δὲ προέηκεν ἀπήμονά τε λιαρόν τε.

Dans le bateau, elle posa une outre de vin noir 

et une autre plus grande d'eau, puis dans une besace
les vivres et d'autres mets en suffisance.
Elle fit se lever un vent inoffensif et doux

Et notre errant, qui refusa et l'immortalité et la si torride passion de son hôtesse, d'ouvrir ses voiles :

γηθόσυνος δ᾽ οὔρῳ πέτασ᾽ ἱστία δῖος Ὀδυσσεύς.
αὐτὰρ ὁ πηδαλίῳ ἰθύνετο τεχνηέντως    
ἥμενος, οὐδέ οἱ ὕπνος ἐπὶ βλεφάροισιν ἔπιπτεν
Πληιάδας τ᾽ ἐσορῶντι καὶ ὀψὲ δύοντα Βοώτην
Ἄρκτον θ᾽, ἣν καὶ ἄμαξαν ἐπίκλησιν καλέουσιν,
ἥ τ᾽ αὐτοῦ στρέφεται καί τ᾽ Ὠρίωνα δοκεύει,
 οἴη δ᾽ ἄμμορός ἐστι λοετρῶν Ὠκεανοῖο·
τὴν γὰρ δή μιν ἄνωγε Καλυψώ, δῖα θεάων,
ποντοπορευέμεναι ἐπ᾽ ἀριστερὰ χειρὸς ἔχοντα.
ἑπτὰ δὲ καὶ δέκα μὲν πλέεν ἤματα ποντοπορεύων.

Ulysse jubilant ouvrit ses voiles au vent favorable.
Il s'installa et prit la barre, en véritable homme de mer qu'il était,
jamais  le sommeil ne tomba sur ses paupières;
il contemplait les Pléiades, le Bouvier tard couché,
et l'Ourse, qu'on appelle aussi le Chariot,
qui tourne sur place en guettant Orion
et, seule des constellations, ne se baigne point dans l'Océan.
Calypso, divine entre les déesses, lui avait bien recommandé
de naviguer au large, gardant toujours l'Ourse à main gauche.
Dix-sept jours durant, il cingla ainsi en haute mer.

 

Et ce n'est point avec un radeau qu'il eût pu naviguer vers l'Est ces dix-sept jours, durant.


Si l'on n'oublie pas, — ce que permet de préciser en s'appuyant sur l'hypothèse des deux astronomes américains* qui datent le retour à Ithaque, au vu des événements astronomiques donnés par Homère, après le séjour en mystérieuse Phéacie,  — qu'il quitte Calypso au milieu du printemps, c'est l'époque où se lèvent tout le long des rivages sud — la côte du futur Maghreb — les brises thermique soufflant le jour du noroît au suet, et inversement du suet au noroît la nuit, autorisant donc une navigation entre allures au portant et au travers, de trois à cinq nœuds, soit 100 milles nautiques par jour, soit un parcours en 17 jours d'environ 1 700 milles nautiques, qui mènent l'excellent barreur qu'est Ulysse aux rivages mythiques de l'île des Phéaciens, laquelle, figée plus tard en rocher par la colère de Poseidon, n'est sans doute dans le rêve du lecteur de l'Odyssée point si lointaine... d'Ithaque.

L'Errant n'est plus dans la durée des "jours et des nuits", nuits d"amour, jours de nostalgie et de labeur, de la terre de Calypso l'immortelle. Il est revenu dans le temps immuable des clepsydres et des sabliers. Ce n'est pas encore le temps des horloges, ...des montres connectées et des smartphones.

Notre "barreur jubilant" affrontera encore quelques épreuves météorologiques, identitaires et institutionnelles avant d'enfin s'étendre tendrement près de Pénélope sur le lit qu'il avait fabriqué naguère avec l'art d'un "designer" antique, tout aussi talentueux que l'architecte naval, maître des carènes, des gréements et des voiles.

 

*

Datation Odyssée - copie.jpg


Pour consulter le texte en grec ancien :

Le site anglophone PERSEUS

• le site HODOÏ de l'Université de Louvain

 

 Bibliographie

Histoire du voilier, Björn Landström, Albin Michel, 1969
Dictionnaire de la Marine à voile, Bonnefoux & Paris, éditions de la Fontaine au Roi, Paris 1987
ULYSSE, Homère,Lob, Pichard, éditions Dargaud 1974, pui Glénat, 1981

mercredi, 21 novembre 2018

novembre 1964

 

 

Quels jours plus sombres que ceux de cet automne-là aux rives de la Méditerranée ?

                                                                     Te maintenir déserté !

mercredi, 14 novembre 2018

« nulla dies sine linea »

Lisant Quignard* citant Pline l'Ancien citant Apelle le peintre :

Nulla dies sine linea

 Comprendrai-je la leçon et la mettrai-je en pratique dès demain ?

 

 * Pascal Quignard, Une journée de bonheur, Arléa, 2017 (Arléa-poche 234)

 À propos de ce bouquin, j'ai noté en ex-libris :

mais quel dommage que
l'aurore soit suivie de l'aube,
quand celle-ci précède celle-la

J'y reviendrai.

samedi, 10 novembre 2018

traces douloureuses et glorieuses, selon....

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au hasard d'un vieil album ou... d'une plus vieille encore boite à chaussures...

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Il s'appelait Marcel Gilais. C'était le cousin de ma mère. Il était orphelin.

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Engagé volontaire de la classe 1918, il était artilleur — Apollinaire, salut ! — à 5 heures du matin, le  17 août 1918, il meurt d'un éclat d'obus en plein cœur.

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Ma grand'mère, inquiète de son silence, reçoit cette lettre, le 20 octobre.

 

lettre61 - copie.jpg et cœtera, et cœtera....

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 Marcel Gilais
est le dernier nom gravé au bas du monument aux morts du cimetière de Beslé-sur-Vilaine.

Ainsi va la gloire !
Ou la douleur ?

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dimanche, 04 novembre 2018

....et le dernier dahlia....

IMG_4827.JPG

Et le dernier dahlia dans un jardin perdu !

 

René-Guy CADOU
Le chant de solitude
Hélène ou le règne végétal (1949

jeudi, 04 octobre 2018

portrait - suite et fin

 

L'auteur de ce blogue devait, toutefois, écrire un onzième portrait. La chaleur était lourde, les doigts enfourmillés se dyslexisaient sur le clavier, les pies jacassaient dans le jardin. L'écran ne renvoyait que le visage d'un vieil endormi.

 

Le sommeil se serait donc prolongé plus d'un an.
.....Depuis ce 19 juin 2017 quand furent publiés sur ce blogue ces brefs portraits...
Les mieux aimés ont été republiés en ces premiers jours d'automne.

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dimanche, 30 septembre 2018

portrait sixième - après la guerre

...ou peut-être quelques siècles auparavant, au temps splendide de la Kahéna.


Elle remonte le cours de l'oued, jusqu'à l'entrée des gorges. Elle déroule son foulard de tête, la chevelure noire s'écroule en vagues des épaules à ses reins. Plus tard, quand elle a quitté l'ombre de la palmeraie et le parfum des orangers, elle laisse glisser jusqu'à ses chevilles que cercle le tatouage des Ait Melkem la tunique d'indigo, elle descend, intense et nue, dans le chaos des galets blancs que charrie l'eau du dernier orage. 

La toison de son sexe est de la plus belle noirceur.

 

 

ou peut-être encore dans les jours à venir et l'absolue liberté de ces femmes du Maghreb...

samedi, 29 septembre 2018

pour le portrait cinquième - un couple



Elle descendait à la Vilaine par la Corne-de-Cerf, chaque matin, été comme hiver, qu'il pleuve ou vente, avec sa longue charrette, sa lessiveuse, son rangeot, son bat-drap et son trépied ; elle lavait le linge des gens des châteaux, celui de ces messieurs de Beaulieu et de Trenon ; la remontée au bourg par la Corne-de-Cerf était pentue et longue. Elle est morte épuisée à cinquante six-ans. 

Elle était ma grand-mère.


Il était charpentier ; le dimanche matin, il devenait le barbier du bourg, il rasait les paysans des villages qui, en char-à-bancs, venaient à la messe ; il était toujours vêtu d'un lourd et large pantalon de velours, les reins ceints d'une large flanelle ; il était chantre à l'église. 
Charpentier, il faisait les cercueils et rasait donc les morts.
Il était mon grand-père

mercredi, 26 septembre 2018

quatrième portrait - bientôt la paix

 

Si Salah était modeste comptable chez un des plus riches commerçants Mozabites de la place Béchu. Il prit le maquis dès la Toussaint Rouge. Quand nous le rencontrâmes peu de mois avant le cessez-le-feu, il commandait la "mintaka-sud" des Aurès ; son visage émacié dégageait la sérénité. Il était, bien qu'ayant tué, d'une remarquable douceur.

À Branis, il nous reçut sous un olivier.

 

 

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mardi, 25 septembre 2018

portrait troisième - c'était au temps de guerre

 

Elles habitent un gourbi, tout proche de la casemate ; il les voit souvent à la fontaine ; sur le plan du village, la punaise de leur gourbi est rouge : l'homme est au maquis, il a peut-être été tué. La femme, trente, trente-cinq ans dans ses haillons noircis de la fumée du bois d'olivier et de génevrier, est grande et sèche : les traits du beau visage se rehaussent de rides accentuées par la vie rude du djebel ; dans le corps de la fille, quatorze, quinze ans, s'annonce déjà le port altier de la mère, elle a la rondeur nubile de l'adolescence.

"Et peut-être le jour ne s'écoule-t-il point qu'un même homme n'ait brûlé pour une femme et sa fille"
                                 St-John Perse, Anabase II.

En deça du sentiment de beauté, remue l'indéfini désir que, seule, contient l'attitude des deux femmes. Elle n'ont ni hauteur, ni mépris. Elles ignorent.

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