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samedi, 14 janvier 2017

relectures actuelles en ces premiers jours de l'an

Quand l'actualité locale et télévisuelle relance les lectures anciennes, ça peut donner sur la table du lecteur un certain encombrement.

D'abord,
dans le quotidien régional Ouest-France, à la page de rubrique Nantes-Métropole, une biographie* qui vient de paraître — c'est si rare ! — sur Benjamin Péret, un Nantais de la banlieue sud, Rezéen donc, surréaliste du Surréalisme le plus pur, anarchiste de la colonne Durruti pendant la guerre d'Espagne, imprécateur, une langue ravagée par le non-sens, hors quand il fustige les poètes dits engagés dans le Déshonneur des POÈTES, quand il interpelle avec véhémence les croyants, quand il ridiculise les religieux et les anciens combattants, quand il célèbre l'amour sublime dans le noyau de la Comète.
Et ce sont Trois cerises et une sardine, Le grand Jeu, Je ne mange pas de ce pain-là, La parole à Péret qui quittent les étagères.

Une goutte d'eau tombe sur ma tête
et j'en suis ébloui

Ensuite,
sur la chaîne de télévision France Ô, un film en deux parties de Steven Soderbergh sur Che Guevara : Che : part one, l'Argentin, Che part two, Guérilla.
Mais voilà qu'à côté des Souvenirs de la guerre révolutionnaire et de la Guerre de guérilla du Che, se glissent les années sud-américaines de Régis Debray, de Fuyants tropiques à un Printemps amputé, tirés de son Carnet de route, écrits littéraires. J'avais côtoyé, trois semaines durant,  Régis Debray au printemps 1963 quand René Vauthier l'avait "embauché" comme assistant et que nous lancions les Ciné-Pop en Algérie.

Souvent je me dis que j'aurais sans doute pu écrire un manuel de Guérilla et Contre-guérilla pour les années violentes de 59, 60, 61. Peut-être l'aurai-je en partie rédigé quand je me déciderai à faire paraître Algériennes.


Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur
n’importe quelle injustice commise contre n’importe qui,
où que ce soit dans le monde.
C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire.

Enfin,
l'Université Permanente propose, dans le cadre de ses conférences littéraires du mardi plusieurs interventions sur l'œuvre de Michel Chaillou, encore un Nantais. J'ai raté la première sur Chaillou et la maison; je suis là pour Chaillou et ses langues par une brunette vive et passionnée, Pauline Bruley ; c'est "universitaire" mais la passion linguistique déborde souvent en aphorismes poétiques et je m'y retrouve bien dans ce tohu-bohu qu'est, chez Chaillou la confrontation quotidienne entre Langue et Parole.

Chez nous on a une table, quatre chaises, plus l'éternité.

 

De la dizaine de livres descendus des rayons par la faute de ce d'abord, de cet ensuite, de cet enfin, vont demeurer ceux de l'enfin, parce que dans ce qui est appelé "littérature" aujourd'hui, ne me passionnent plus guère que les littératures voyageuses, les femmes et les hommes, qui à l'instar de Chaillou, essaient d'écrire un français jamais dit, qu'ils s'annoncent philosophes, poètes, romanciers, essayistes, écrivailleurs, écrivassiers, écrivains ou écrivaines.
Traces anciennes de lectures d'enfance quand les auteurs s'appelaient Savorgnan de Brazza, Fridjof Nansen, James Olivier Curwood ou Jack London, et plus tard dans l'adolescence, René Caillé, Théodore Monod, René-Guy Cadou, René Char ou Henri Michaux.

 

* Barthélémy Schwartz, Benjamin Péret, l'astre noir du surréalisme, éd.Libertalia.

lundi, 17 octobre 2016

Quand à Bashô, s'ajoutent les Fleurs du Mal et la Diane Française

Dernière fin de semaine en cure.

À l'aube, entre deux trouées nuageuses, Castor et Pollux, les Gémeaux au zénith de la clairière.

Hier, Chez mes Très Douces, à Saint-Pierre de Buzet, brocante et vide-grenier.
Déniché une édition des Fleurs du mal de 1935 pour 50 centimes. Préface signée d'un JC anonyme qui parle ainsi de Jeanne Duval, "cette" négresse qu'il enleva..." ;  ce"cette" : un soupçon de mépris, non ? L'Expo Coloniale de 31 est encore proche.

 Plus loin dans une caisse, La Diane Française d' Aragon, parue en juin 1945, chez Seghers dont "la présente édition constitue le premier tirage de l'édition courante" pour 1 euro.
Acquisition d'autant plus précieuse qu'il y a le merveilleux "Il n'y a pas d'amour heureux" que Brassens mettra en musique dans les années 50, et que, dix ans plus tard, dans la brinquebale d'un GMC, toute nuit, je chantonnais lors de ma première opération-commando de jeune " sous-bite" appelé, dans l'ouest du Zaccar au printemps 61. Pour qui ?

Au petit matin de ce jour-là, après plus d'une minute de marche dans une tenace puanteur, j'allais enjamber sur un sentier escarpé mon premier cadavre. Victime d'un accrochage précédent ou d'une épuration ?

Je n'avais pas de parti pour me redonner les vraies couleurs de France* et la juste violence m'était pour un temps encore inconnue. 

     

 * Du poète à son parti, in La Diane de France, p. 87.

jeudi, 26 novembre 2015

c'était déjà un temps de guerre

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                                                                                 si brève la folle tendresse

mercredi, 27 mai 2015

le vrai Panthéon de Germaine

 

 

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Son Panthéon, il est quelque part dans je ne sais quel désert, à moins qu'elle ne soit encore à deviser dans l'ombre d'une grotte aurèsienne pour "l'éternité... plus un jour", avec deux ou trois de ces Grands Vieux, les Imouqqranen, qui déjà lui attribuaient le statut de Grande Vieille.

Nous n'avons l'accès que d'un être humain — nous-même — et il est impossible d'inventorier les autres, si ce n'est par rapport à cet inventaire premier que nous ne pouvons trouver qu'en nous... Et oserais-je dire qu'on ne se connaît qu'à l'usage ?

Germaine Tillion
Fragments de vie, page 49.

 

Fondatrice des Centres Sociaux Éducatifs en Algérie, mon métier, je l'ai forgé en mettant mes pas dans les siens et elle fut l'une des plus fortes parmi mes "maîtres" de penser et d'agir.

 

 à visiter
Germaine Tillion

dimanche, 08 février 2015

merci à Fatima Zohra Imalayen dite "Assia Djebar".

Comme un silence blanc autour des textes
de cette Femme

et en ligne d'horizon proche
Mouloud Feraoun, Kateb Yacine,
dans un plus lointain
Taos Amrouche, Jean Sénac,
Boualem Sansal,
Albert Camus

 

Ma poésie n'est que murmures
Voix de rouge-gorge ou son de cuivre
Fuient mon masque arabe troué
Même quand je tisse quelques mots français
Je retrouve mon langage étranger.

1967.

 

Cet extrait des Corps enlacés
comme une vaste métaphore
de mon entrée dans une "algérianité" que j'ai l'audace de revendiquer.

 

   Est-ce au cours de cette descente vers la mer ou le lendemain, dans un des camions du convoi, sous la pluie..., qu'un certain Bernard se confie à celui qui fera le récit de ces jours d'El Aroub, et évoque ce qu'il n'oubliera plus?...

  La veille du départ, en pleine nuit, Bernard sans armes rampe sur les genoux et les coudes, passe dans le noir entre deux sentinelles, progresse, tâtonne dans le village, jusqu'à ce qu'il trouve une ferme au toit à moitié effondré, à la porte presque entièrement arrachée.

  — Là, avoue-t-il, dans la journée, une jolie Fatma m'avait souri ! Il se glisse sans frapper. Il doit être une heure trente du matin. Il hésite dans le noir, puis gratte une allumette : devant lui, une assistance féminine, recroquevillée en cercle, le regarde ; presque toutes sont de vieilles femmes ou le paraissent. Elles sont serrées les unes contre les autres ; leurs yeux luisent d'effroi et de surprise...
   Le Français sort de ses poches des provisions en vrac, qu'il distribue hâtivement. Il va et vient, il rallume une allumette; ses yeux qui cherchaient rencontrent enfin « la jolie Fatma » qui avait souri. Il la saisit aussitôt par la main, la redresse.
   Le noir est revenu. Le couple se dirige au fond de l'immense pièce, là où l'ombre est de suie. Le cercle des vieilles n'a pas bougé, compagnes accroupies, sœurs du silence, aux pupilles obscurcies fixant le présent préservé : le lac du bonheur existerait-il?...
   Le Français s'est déshabillé. « Je me serais cru chez moi », avouera-t-il. Il presse contre lui la jeune fille qui frémit, qui le serre, qui se met à le caresser.
   « Si l'une des vieilles allait se lever et venir me planter un couteau dans le dos ? » songe-t-il.
   Soudain, deux bras frêles lui entourent le cou, une voix commence un discours de mots haletants, de mots chevauchés, de mots inconnus mais tendres, mais chauds, mais chuchotés. Ils coulent droit au fond de son oreille, ces mots, arabes ou berbères, de l'inconnue ardente.
   « Elle m'embrassait de toutes ses lèvres, comme une jeune fille. Imagine un peu ! Je n'avais jamais vu ça!... A ce point-là! Elle m'embrassait! Tu te rends compte?... M'embrasser ! C'est ce petit geste insensé surtout que je ne pourrai oublier ! »

  Bernard est retourné au camp vers trois heures du matin. A peine endormi, il sera réveillé en sursaut : il faut quitter le village à jamais.


   Vingt ans après, je vous rapporte la scène, à vous les veuves, pour qu'à votre tour vous regardiez, pour qu'à votre tour, vous vous taisiez. Et les vieilles immobilisées écoutent la villageoise inconnue qui se donne.
   Silence chevauchant les nuits de passion et les mots refroidis, silence des voyeuses qui accompagne, au cœur d'un hameau ruiné, le frémissement des baisers.

 

Troisième partie : LES VOIX ENSEVELIES
Quatrième Mouvement
Les voyeuses
   Corps enlacés
pp. 293-295.

 

 

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J'ai libéré le jour
de sa cage d'émeraude
comme une source vive
il glissa de mes doigts.

J'ai libéré la nuit
de la tombe de l'onde
comme un manteau de pluie
elle retomba sur moi.

J'ai libéré le ciel
de son lit d'amarantes
dans un éclair d'orgueil
il s'envola en roi.

J'ai lancé le soleil
sur la scène du monde
l'ombre était si profonde
qu'il devint hors-la-loi.

POÈME AU SOLEIL
1956

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 et aux confins
Ibn Khaldoun

 

 Post-scriptum : Les deux poèmes sont  tirés  de « poèmes pour l'algérie heureuse", un mince recueil édité par la Société Nationale d'Édition et de Diffusion d'Alger, acquis dans une librairie à Bou Saada, le 2 novembre 1977.

jeudi, 18 décembre 2014

en cette mi-décembre trop sombre

 

un après-midi brumeux, comme ce jourd'hui, un de ces jours comme abandonnés, j’avais parcouru lentement le Musée, guettant l’émotion qui allait sourdre ou non, l’œil paresseux...



Et puis, il y eut Cassandre*,

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cette blancheur nue
brisée dans le sang d’une guerre à peine achevée et dont le massacre se poursuit encore...

Visage haussé vers le ciel noir, pour l’ultime prière au dieu, à n’importe quel dieu !

La flamme qui brûle sur l’autel, pensée d’une foi moribonde ?
Dans les plis du vêtement jeté, ensanglanté
de violence et de feu,  sur l’angle d’une stèle, se devine
un harnachement d’homme de guerre...

Comme image de ma mort à-venir, cette longue, belle et froide nudité.






*Au Musée des Beaux-Arts de Nantes, tableau de Jérôme-Martin Langlois, 1779-1838.

lundi, 11 février 2013

lectures de salle d'attente

Michel Onfray est très méchant dans son pavé libertaire sur la vie philosophique d'Albert Camus ; il y parle de ce qui "traîne dans les revues crasseuses accumulées sur les tables des dentistes et des coiffeurs", page 17.

Samedi, chez mon médecin de famille qui est aussi mon voisin, les séquelles trop durables d'une complexité rhume-grippe-bronchite — ou l'inverse — m'ont obligé à une assez longue attente, n'étant qu'un parmi mes nombreux concitoyens qui éternuent, éructent, toussent, mouchent et crachent sous les pluies qui inondent nos vallées.

J'y ai donc lu passionnément dans un vieux GÉO non crasseux de 1999, retrouvant ou découvrant :

• la vallée du Dadès quelque part dans le Haut-atlas marocain — mon benjamin y fut vers 2005 ;

• la remontée en 1805/1806 du Missouri et la descente de la Columbia par deux américains, Lewis et Clark, guidés par Sacajawéa, la compagne autochtone d'un trappeur canadien-français, Toussaint Charbonneau — j'ignorais ;

• La Nouvelle-Calédonie, la luxuriante forêt, les collines érodées par l'exploitation du nickel, l'île des Pins, le bagne des Communards et, à Nouméa, le labeur humaniste de Louise Michel, la grotte d'Ouvéa et les espoirs Canaques.

Mon attente s'acheva sur le feuilletage d'un tout aussi ancien Sciences et Avenir fin 2000 qui évoquait la vie et la mort d'un vieux maître du Désert qui enchanta en mon adolescence rêveuse mes soirées hivernales dans la salle d'étude tiède de l'internat à un point tel  que je l'inventai pour de vrai cet "oncle saharien" à l'instar des oncles de Blaise Cendrars.

Quelles Méharées en ces jours de rapines, de narco-trafic, de violences, mais d'aussi douteuse "libération", écrirait Théodore Monod ?

jeudi, 01 novembre 2012

pour saluer la Toussaint Rouge

 

Harbi.jpgCette Toussaint de 1954, je venais d'entrer en classe de Philo. On ne nous parlait pas encore de cette guerre qui allait être, quatre ans plus tard, "mes" années de merde et de feu. 

Étonnament, d'amour aussi !

Trente ans passent ; paraît ce livre, trop ignoré à l'époque — 1984 —, quiavec lucidité et sereinement, parle un langage qui n'est ni celui de l'apologie, ni celui de la déception.

 Mohammed Harbi nous réintroduisait, hors du culte des morts  et des héros-martyrs, dans les tensions et souffrances des vivants d'aujourd'hui. L'invite à devenir "des hommes libres" est, ce 1er novembre 2012, toujours actuelle.

vendredi, 12 octobre 2012

de retour

Les contreforts du Mondarrain et de l'Artzamendi qui dominent Itxassu sont plutôt démunis en wifi.

La lassitude d'une cure trop matinale et la paresse aidant, voilà pourquoi même le huitième anniversaire du blogue de "grapheus tis" n'a pas vu la trace de la moindre note et un silence débordant largement la durée du mois.

Mais en Pays Basque, les lectures y furent, cependant, rares et fécondes.

Quelques vers de Francis Jammes :

Le coteau est comme un sang noir et, du haut,
les montagnes nagent au ciel doux, simple et beau.
De l'autre côté des coteaux sont les villages
doux qui dorment au soleil comme des haches.
Là, il y a des tonnelles tristes au vieux jardin
où les poules grattent près des buis, des ricins.
La tonnelle en lauriers luisants est verte et noire.
Il y a un banc, au fond, en bois couleur de soir,
et qui est un peu humide, à cause de l'ombre,
même l'été quand le soleil est en bleu plomb.
Viens-y ! L'après-midi sera luisant.

Caügt...1895
De l'Angelus de l'aube à l'Angelus du soir

 

De François Bon, trois ou quatre autobiographies d'objets qui m'ont renvoyé avec délices et toute une cohorte d'humains côtoyés à quelques soixante années de moins : Le Toumelin, "mon" navigateur solitaire, la lessiveuse de ma grand'mère Gilais, "mon" Olympia, la première machine à écrire, mon premier Kodak Rétinette et ses diapos, le transistor d'Aïn N'Sour ! Déjà, quand l'homme du "tiers livre" rédigeait ses billets, il sollicitait les commentaires — et je ne m'en suis pas privé, — mais avec ce livre, l'invite à l'écriture se fait insistante.

« Comment croire que soi-même on provienne d'un tel monde ? »

 

Et puis, Pascale étant de passage, elle m'offre, sorti de la "librairie" de l'ami Étienne, un mince bouquin que je n'aurais jamais dû rater en 1984, tant j'étais en quête de ces informations et de cette analyse depuis mon retour en France, La guerre commence en Algérie de Mohammed Harbi.

Le mouvement de libération nationale n'était pas monolithique. A l'image des groupes sociaux, les familles politiques qui le composaient étaient dans des rapports conflictuels. Chacune d'elles, réformiste ou radicale, se présentait comme la détentrice par excellence de la vérité et recourait plus volontiers à l'exclusion qu'à la discussion. Toutes appartenaient cependant au camp anticolonialiste. Les affinités entre elles étaient nombreuses et le passage d'une organisation à l'autre courante... Les forces sociales emprisonnées ont été seulement contraintes de déguiser leurs actes.
...j'ai mis l'accent sur les données structurelles qui ont nourri les aspirations et façonné les mentalités. Sans une telle optique, il serait difficile de saisir pourquoi des hommes dont la résistance force l'admiration n'ont pas su devenir des hommes libres.


Les écritures ne furent que le laborieux et quasi monastique travail de remise du "blogue à l'endroit". J'achève à peine l'an 2006. Je ne cache point un certain plaisir à la relecture qu'oblige ce retour : ne fut-ce que parce, très involontairement, au fil de ces huit ans, c'est le projet de mon autobiographie de lecteur — modeste — qui s'écrit.

Vains dieux, au delà de ce mois de silence, je persiste en ce sillon en m'imposant plus grande assiduité.

À propos de dieux, parmi les recensions du Monde des Livres, un bouquin rare, bref, que je ressens hors-frontières : Il y a des dieux* de Frédérique Ildefonse.

Le philosophe chroniqueur du Monde, R.P. Droit,  joue au chroniqueur philosophe de Libération avec un titre à la "Libé" : Trop poly pour être mono. Mais, c'est vrai où sont-ils donc passés, ces dieux.

Sans doute y en a-t-il encore dans les latrines d'Héraclite** ?

Voilà où mènent huit ans de brinquebales à travers les écrans et le papier. Aux dieux qui, c'est une évidence, n'existent pas, aux "chiottes" d'un Grec obscur, à une vieille lessiveuse et encore, et encore, à des mots, des mots, des mots.

 

* Aux Presses Universitaires de France, octobre 2012.

** Possible de relire ma note du 8 février 2008 sur les visiteurs d'Héraclite

samedi, 30 juin 2012

...du temps perdu...

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 De Proust, c'est bien le seul bouquin que je réussis à lire. Il avait écrit ce texte comme préface à une traduction d'un écrivain britannique, John Ruskin.

J'étais censé me préparer ainsi à lire "avec bonheur" — ce que promettait la quatrème de couverture — À la recherche du temps perdu. Ou tout au moins son premier tome Du côté de chez Swann que j'avais acheté, le 22 mai 1960 dans la seule librairie de Miliana, la petite cité algérienne, pour quelque temps encore française, sur les flancs sud-est du Zaccar. Nous allions partir en "nomadisation" pour un long mois dans le djebel et comme par provocation, j'avais glissé le bouquin dans mon sac — cette guerre n'était-elle point la recherche d'un temps perdu ! — pensant occuper ainsi les temps immobiles et les attentes silencieuces du "chouff" et de l'embuscade.

Je ne pus jamais en ces heures guerrières poursuivre au delà du premier point-virgule de la troisième ligne :

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : « Je m'endors. » Et, une demi-heure après la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil;

Mais voilà qu'hier au soir, une vieille maligne petite... et grande dame de télévision, Nina Companeez, a peut-être réalisé partie infime de son ambition — moins par ses images, que par le choix et la diction du texte — me donnant envie de dépasser ce point-virgule de la troisième ligne. J'étais devant l'écran d'Arte par hasard après avoir erré dans les images stambouliotes, anatoliennes, cappadociennes, saturées de miel, d'huile et d'or de Faut pas rêver*.

Companeez ne conclut-elle point son adaptation par cette courte phrase de Proust : « Il est temps de commencer. »

À lire bien sûr !

 

* Un titre horrible de vulgarité : le bref de l'oral ne sied pas toujours à l'écrit.