samedi, 26 avril 2008
dans les pas de Germaine TILLION, la Grande-Vieille
Tout simplement, pour honorer le courage, la simplicité et la profondeur de l'intelligence.


Je mis mes pas dans les siens, il y a un peu moins de cinquante ans.
La bonté, contrée énorme où tout se tait !
Apollinaire
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dimanche, 20 avril 2008
pour la Grande-Vieille
Cette nuit, je veille entre Kebach et Tadjmout, au flanc d'un mont aride que les Chaoui nommèrent Ahmar Khaddou.
Les femmes récoltent le premier orge de l'avril, et mûrissent les abricots au fond des gorges de l'Oued-Abiod.
Au bord d'une aire à battre, trois Grands-Vieux vêtus de laines blanches s'entretiennent d'une Femme, à leur égal, la Grande-Vieille .

C'est de Germaine Tillion que je parle.
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mercredi, 01 août 2007
industrieuse !
je n'oublie point Michel Serrault.
Mais Ingmar Bergman, puis Michelangelo Antonioni...
Le cri, l'aventure, la source, la nuit, le silence, l'éclipse, désert rouge et sarabande
La mort ne se trouve ni en deçà, ni au delà. Elle est à côté, industrieuse, infime.
René Char
Contre une maison sèche
16:22 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 26 juillet 2007
un archipel ? au delà ?

Pour saluer François J. qui a choisi Molène pour la dispersion de ses cendres.
Retour de mer et de passage, trop brièvement, dans "mon jardin", j'envoie ce message par delà l'horizon vers je ne sais trop quel archipel inespéré : cette image et un aphorisme qui procèdent de l'harmonie des contraires.
La parole soulève plus de terre que le fossoyeur ne le peut.
René CHAR
Recherche de la base et du sommet
23:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 24 mars 2007
vih

Merci, et la mort s'étonne ;
Merci, la Mort n'insiste pas ;
Merci, c'est le jour qui s'en va ;
Merci simplement à un homme
S'il tient en échec le glas.
Fête des arbres et du chasseur
Les Matinaux
Char centenaire
cette note est dédiée à mon fils benjamin.
20:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 11 janvier 2007
il était une fois... Jean-Pierre Vernant
J'avais appris de lui, le lisant, la "philia" grecque, cette amitié citoyenne :
Pour les Grecs, l'amitié (la philia) est un des éléments qui fonde la cité. Elle tisse un lien entre le privé et le public, par lequel entre soi et l'autre « quelque chose » circule, « quelque chose » qui, tout en laissant chacun singulier, forge une communauté homogène. L'amitié, c'est mettre en commun. Par conséquent, il n'y a pas d'amitié sans égalité... On ne peut avoir d'amitié que pour quelqu'un qui est d'une certaine façon son semblable : un Grec envers un Grec, un citoyen envers un citoyen... Et pour les Grecs, il ne s'agissait pas seulement de vivre ensemble, mais de bien vivre ensemble.
Libé salue la "mort d'un guerrier grec" dont le regard éclaire notre avenir. Et nous en aurons fort besoin tout au long de ces mois de cyberpolitique vaseuse qui nous mènent à l'été.
Cet homme m'avait donné le goût de "refaire" du grec.
J'ai aussi, l'imitant, commencé à raconter Troie et Ulysse à Noémie et Célia, mes petites-filles. L'Univers, les Dieux, les Hommes fut un de mes premiers bouquins du XXIe siècle ; Vernant y donnait, dans les premières lignes, son art d'être grand-père et avouait sa volonté de faire entendre la voix grecque, "que ce soit elle, en écho, qui continue à résonner."
Claude Lévy-Strauss pourra affirmer, comme un constat d’évidence, qu’un mythe d’où qu’il vienne, se reconnaît d’emblée pour ce qu’il est sans qu’on risque de le confondre avec d’autres formes de récit. L'écart est en effet bien marqué avec le récit historique qui, en Grèce, s'est constitué en quelque façon contre le mythe, dans la mesure où il s'est voulu la relation exacte d'événements assez proches dans le temps pour que des témoins fiables aient pu les attester. Quant au récit littéraire, il s'agit d'une pure fiction qui se donne ouvertement pour telle et dont la qualité tient avant tout au talent et au savoir-faire de celui qui l'a mis en œuvre. Ces deux types de récit sont normalement attribués à un auteur qui en assume la responsabilité et qui les communique sous son nom, sous forme d'écrits, à un public de lecteurs.
Tout autre est le statut du mythe. Il se présente sous la figure d'un récit venu du fond des âges et qui serait déjà là avant qu'un quelconque conteur en entame la narration. En ce sens, le récit mythique ne relève pas de l'invention individuelle ni de la fantaisie créatrice, mais de la transmission et de la mémoire. Ce lien intime, fonctionnel avec la mémorisation rapproche le mythe de la poésie qui, à l'origine, dans ses manifestations les plus anciennes, peut se confondre avec le processus d'élaboration mythique. Le cas de l'épopée homérique est à cet égard exemplaire. Pour tisser ses récits sur les aventures de héros légendaires, l'épopée opère d'abord sur le mode de la poésie orale, composée et chantée devant les auditeurs par des générations successives d'aèdes inspirés par la déesse Mémoire (Mnémosunè), et c'est seulement plus tard qu'elle fait l'objet d'une rédaction, chargée d'établir et de fixer le texte officiel.
Aujourd'hui encore, un poème n'a d'existence que s'il est parlé ; il faut le connaître par cœur et, pour lui donner vie, se le réciter avec les mots silencieux de la parole intérieure. Le mythe n'est lui aussi vivant que s'il est encore raconté, de génération en génération, dans le cours de l'existence quotidienne. Sinon, relégué au fond des bibliothèques, figé sous forme d'écrits, le voilà devenu référence savante pour une élite de lecteurs spécialisés en mythologie.
Continuons donc d'être de modestes échos ! De ce JUSTE !
* dans Télérama n° 2443 du 6 novembre 1996
17:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 01 décembre 2006
Tenez bon

00:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 10 août 2006
Lettre à Anne
J’aime bien ces justes décades qui ponctuent nos âges. Depuis quarante ans liés par une coutume qui avait la sagesse de ne pas restreindre la co-éducation de l’enfant et de l’adulte au seul cercle familial, à la demande de ta mère et de ton père, je te tins donc sur des “fonts” où tu reçus l’eau, l’huile, le sel et la lumière.
J’étais dans les plus bas-fonds de ma vie, depuis deux ans dans les parages de la camarde, corps déserté, ne sachant même entre deux belles - peut-être même trois - laquelle élire.
L’été fut sombre, très sombre !
Mais voilà que surgissait cet enfant.
Toi, « Infante » !
Je me suis senti cet après-midi-là réorienté grâce à cette palpitation vagissante que je tenais dans mes bras.
Quarante après, tu es dans ton apogée de FEMME. C’est ce que nous fêtons aujourd’hui.
Après l’apogée, ce n’est point régression, c’est une orbite vitale qui peut s’inscrire dans des épanouissements autres. Quand tu seras, comme ta mère, ton père et moi, le sommes, dans “cette enfance du Grand Âge”, tu sauras qu’il y a de belles joies à encore vivre.

Je t’offre trois jalons simples* - d’humbles bouquins de poche - mais dont le sens va pour moi bien au-delà du support papier.
Tu es, seule, celle qui, grâce à ton compagnon et tes enfants, me relie encore par chair, sang et mental à un pays dont le passé fut, à beaucoup d’entre nous, fastueux.
Je te devais bien de poursuivre par ces petits livres - le décousu des rencontres n’est qu’anecdote - notre mutuelle tâche de coéducation que nous inaugurâmes, toi et moi, il y a quarante ans.
Nous nous rencontrerons encore ; j’ai même l’audace de me réinviter à célébrer dans trente ans, tes soixante-dix ans, l’âge que j’ai atteint cet an.
Je te prends dans mes bras de parrain et t’embrasse fort.
* SAPPHO, L’égal des dieux,
KATEB Yacine, Nedjma,
DJEBAR Assia, La disparition de la langue française.
La calligraphie arabe est le nom de Nedjma.(en couverture du poche "Seuil")
21:35 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
mardi, 04 juillet 2006
Jean est mort
Ce samedi 1er juillet, au soir, Jean Corbineau est mort. Il était mon ami d'enfance et d'adolescence.
Dans son dernier message du 1er mars, il nous écrivait :
.. J'ai rechuté....Je viens de passer douze jours à l'hôpital : ma hantise : la fièvre (six jours de fièvre, trois jours de chimio et trois jours de fièvre... La fièvre, c'est ma hantise.
Je sais que votre amitié me soutient. A bientôt quand même.Jean
« ... un monde où le bref passage de (cet homme) sur la terre a eu lieu diffère désormais irréductiblement et pour toujours d'un monde où il n'aurait pas eu lieu. »
Vladimir Jankélévitch
Lire Jankélévitch ni ne console, ni n'empêche les larmes, lire Jankélévitch permet de se tenir droit.
11:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 19 avril 2006
Pour Jo Le Meudec instituteur et paysan breton
La camarde passe trop souvent en ces jours dans l'environ des amitiés. Avant-hier, en mer, sous la pointe de Grand'Mont, message de Col, l'amie : "Jojo est mort !"
L'horizon à nouveau obscurci, la rage de la vie contre l'effacement de ce visage de l'ami.
Et la gorge qui se noue parce que monte la mémoire d'années ensoleillées au bord d'un désert que, côte à côte, nous aimions, nous, enfants des bocages humides et verts d'Ouest, pour sa minéralité dure et son ascétique sécheresse.
C'était au temps d'une Indépendance encore belle d'avenir.
Jo Le Meudec, fils de paysans bretons, y enseigna trois ans les petits Chaouias. Sa patience d'éducateur et de jardinier fit merveille dans cette petite palmeraie de Chetma au pied de l'Amahdou, ce djebel des Aurès qu'on nomme la"Joue" qui rosissaitt au soleil couchant, quand nous allions à l'eau courante et fraîche des "séguia" délasser nos corps assèchés de poussiére.
Il n’y a plus de ligne droite ni de route éclairée avec un être qui nous a quitté. Où s’étourdit notre affection ? Cerne après cerne, s’il approche c’est pour aussitôt s’enfouir. Son visage parfois vient s’appliquer contre le nôtre, ne produisant qu’un éclair glacé. Le jour qui allongeait le bonheur entre lui et nous n’existe nulle part. Toutes les parties — presque excessives — d’une présence se sont d’un coup disloquées. Routine de notre vigilance... Pourtant cet être supprimé se tient dans quelque chose de rigide, de désert, d’essentiel en nous, où nos millénaires ensemble font juste l’épaisseur d’une paupière tirée.
Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence. Qu’en est-il alors ? Nous savons, ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s’ouvre pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur, puis loin, devant.
À l’heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d’énigme, soudain commence la douleur, celle de compagnon à compagnon, que l’archer, cette fois, ne transperce pas.
René Char
Quitter
in La parole en archipel
Gallimard, 1962.
L'éternité à Lourmarin fut écrit pour la mort d'Albert Camus
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