jeudi, 19 novembre 2009

on appelle ça tricher

En football, quand un joueur du champ touche volontairement de la main le ballon, il triche. Non ?

 

J'avoue attendre cyniquement la protestation suffoquée du sieur Raoult : le tricheur est bien le capitaine d'une équipe nationale qui représentera ce pays où je suis né (avouerais-je que ça m'est insuffisant pour m'identifier "nationalement" ?). Saurai-je un jour la somme de mes identités ?

 

Je suis du côté d'Héraclite, le Flux changeant, contre Parménide, l'Être absolu.

Lire quelques fétus de philosophie à propos de l'identité, la patrie, la nation et tutti quanti dans Libé de ce jour.

 

D'ailleurs, je m'en fous : l'Algérie est, elle, qualifiée. Mais ce n'est pas pour cela que contre la "francité", je revendiquerais "arabité" ou "berbérité".

jeudi, 25 juin 2009

une méchante mauvaise astuce

Lisant dans le LibéLivres d'aujourd'hui la rubrique de Launet, titrée "À fond la caisse", de lourdes idées de contrepétries qui alertent le cerveau du lecteur, et celle-ci :

 

« Un roman placé près des caisses se vend mieux.»

qui peut devenir

 

« Un coran placé près des m(e)sses se vend mieux. »


Enfin, bon ! méchante mauvaise façon de renvoyer les monothéistes à leur commerce. Le soleil du sud-ouest n'est guère favorable à des pensers plus profonds.

vendredi, 15 mai 2009

vous avez dit « Floralies » ?

à F instigatrice sans doute de l'incongruité postcitée

à A vieux copain d'adolescence qui m'accompagnait

 

Après avoir visité pour la première fois de ma vie de né Nantais, un lieu devenu une espèce de mondialisation de l'ikabéna, pratique florale certes honorable mais devenue logique universelle jardinière qui vous fait contempler comme une incongruité une modeste colline du val de Loire et quelques ceps de vigne, égarés sur une "planète" artificielle.

 

Toi dont la jambe traîne un peu comme une brume
D'été et comme si la douleur te tirait
Lentement vers la terre ô compagnon que j'ai
Choisi pour les yeux, enfin voici que s'allume

Toute ma vie et que je vois l’éternité
Pareille à ce pays mouvant où tu t'enfonces
Avec ta jambe un peu trop lasse dans l'été
Sous les sourcils trop bleus de la nuit qui se froncent

Ils marchent près de nous les amis de haut bord,
Grands couturiers de la saison, veneurs des villes
Eteintes, des couchants désolés, vers le port
Au pavillon de clair soleil inaccessible

Entre nous deux celle que j'aime et que tu prends
Pour un pommier sauvage, et toujours aussi belle
La poésie comme une graine dans le vent
Qui s'ouvre et se referme aux battements des ailes

Des maisons sont couchées sur des enfances basses
Pleines de géraniums et de bouquets chanteurs
Au creux de la vallée ce sont des trains qui passent
Et le convoi des solitudes sans chaleur

Mais près d'ici la bonne auberge, la tonnelle
Où volètent les mains fluviales les prénoms
Aimés ; et sur la table ronde qui chancelle
Un verre vide avec des larmes dans le fond.

 

RenéGuy CADOU

La Haie-Longue : 1 km

 

Le modeste jardinier et vieux matelot pour une quinzaine de jours,  s'en va vers le Sud. Ce n'est pas sûr qu'il y trouve la chaleur. Ce qui, d'ailleurs, n'a aucune importance.

mercredi, 13 mai 2009

la nichée s'est envolée

Floués, les chats ! Ce matin, ils passaient sous le nichoir sans s'arrêter.

Nulle cavatine d'oisillons affamés. Hier, toute cette fébrilité des branches du bouleau aux arbustes du jardin, c'était donc l'envol !

 

Oiseau jamais intercepté

Ton étoile m'est douce au cœur

Ma route tire sur sa raie

L'air s'en détourne et l'homme y meurt.

 

René Char

Entre trente-trois morceaux, I

mardi, 12 mai 2009

je veille sur un nid de mésanges

 

Car les chats, et ils sont plus nombreux dans le voisinage, sont à l'affût.

La mésange qui annonça à René Char la mort de Pablo Picasso.

 

À sept reprises ce 8 avril, une toute bête mésange solliciteuse a heurté du bec le carreau de la fenêtre, me faisant filer de l'attention matinale à l'alerte de midi. Une nouvelle tantôt ? À quatre heures, je l'appris. Le terrible œil avait cessé d'être solaire pour se rapprocher plus encore de nous.


Picasso sous les vents étésiens,

in Fenêtres dormantes et porte sur le toit.

 

Je ne dis pas que la mésange est un oiseau du malheur.

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jeudi, 02 avril 2009

l'otium et les haricots grimpants

à Pierre.

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Ce n'est point dans le droit fil de Gilles Clément, ce n'est pas un jardin planétaire, ce n'est pas un haricot d'avril, ce n'est qu'un modeste échange entre deux compagnons de jardin.
Les commentateurs, certains parfois, méritent bien d'être le sujet d'une note et non d'une simple réponse dans la rubrique des commentaires.
Et puis, si cela était utile à d'autres jardini(è)r(e)s.


Remarque :
Les haricots "mangetout" peuvent se récolter jusqu'à un stade de développement avancé car ils ne font ni fil, ni parchemin*.
in Conseils au jardinier, verso de la boite.

* Parchemin :
3. c) Enveloppe extérieure de certaines graines (haricots, lentilles, pois, café, p.ex.); membranes végétales qui se trouvent dans plusieurs parties de plantes. La pellicule qui tapisse la cosse des pois verts se nomme le parchemin, et l'espace dont on peut manger la gousse avec la graine se nomme pois sans parchemin (BRARD 1838); (ds Lar. agric. 1981).

On apprend à tout âge !

lundi, 23 mars 2009

fôt il réformé l'ortograf ?

En guise d'échauffement pour l'atelier sur Mallarmé de ce lundi matin, voici le thème affiché à la une de ce bon quotidien Ouest-France. Tous les deux ans, tous les vingt ans, dix fois par siècle, depuis la fondation de l'École obligatoire pour tous, le débat, la dispute, le conflit — à votre gré ! — resurgissent.
Dans des notes des années 2005 et 2006, la "chose" fut abordée. J'eus le droit à un long commentaire fort publicitaire d'un dénommé Rougnon-Glasson Louis...
Y'a pas que dans les manifs qu'on distribue des tracts !

Nous allons sourire et rire.

À nos claviers — le mien actuel ortographie plus vite que mon penser. Je n'ai jamais pu ou su calmer ma dyslexie et ce malicieux clavier de mon bel iMac l'encourage... D'où quelquefois, rarement, parfois, souvent, des erreurs.
Je ne me résous point — tiens ! et pourquoi donc "je couds" — à employer le mot "faute".

Et le manège est reparti !
Relisons les ancêtres bâtisseurs de notre langue. Je vous assure qu'il nous faut sourire.

Quand je prens des livres, j'auray apperceu en tel passage des grâces excellentes et qui auront féru mon ame; qu'un'autre fois j'y retombe, j'ay beau le tourner et virer, j'ay beau le plier et le manier, c'est une masse inconnue et informe pour moy.
En mes escris mesmes je ne retrouve pas tousjours l'air de ma premiere imagination : je ne sçay ce que j'ay voulu dire, et m'eschaude souvent à corriger et y mettre un nouveau sens, pour avoir perdu le premier, qui valloit mieux. Je ne fay qu'aller et venir: mon jugement ne tire pas tousjours en avant; il flotte, il vague...

Montaigne,
Essais, Livre II, chapitre 12.

dimanche, 30 novembre 2008

dans le temps de l'Avent

Ce matin, réveil dans les musiques du temps de l'Avent. Hymnes, psaumes, cantates et autres antiennes, tropes et conduits.

Ockeghem, Palestrina, Victoria, Buxtehude, Bach !
Oh, certes ! la foi s'est éloignée définitivement. Sans heurts.
Demeurent l'auditon de ces chants religieux et les rites qu'ils célébraient se sont, aussi paisiblement, teintés de l'ancien paganisme : quelques vingt jours pour aller vers la remontée de la lumière.
Temps de l'avent. Temps de l'attente au creux d'un mois noir. Mais, quoique désormais dénués de sens, l'écoute de ces musiques éclaire comme d'un sourire les jours qu'elles vont ponctuer jusqu'à la nuit du solstice.
Certes mieux que ces baraques de bois qui, vendant de l'informe, obstruent nos places publiques en se parant mercantilement du nom de "marché de Noël".
La table de ce midi, elle aussi souriante, s'est accordé avec l'attente : huitres de la baie de Bourgneuf, pain bis et beurre salé, accompagné d'un Pinot gris de 2007. Aux fins de pénitence, les moines jeûnaient pendant l'Avent, je ne jeûne que par souci de santé.

mardi, 25 novembre 2008

plus de 500 diapositives à scanner

ou 52 ans de photos, du premier Kodak Rétinette de 1956 au dernier Nikon en passant par un ou deux Zénith et quelques autres Nikon. Trier plus de 2000 images pour en envoyer 500 se faire scanner !
Pas le temps d'écrire sur Mallarmé, d'ailleurs l'atelier d'hier ne fut que le ressassement de la séance précédente ! Je me fais mon post-exotisme à moi, littéralement et dans tous les sens.

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Banal du chemin : l'amour, la guerre, l'amour et l'amour ! En arrière-fond, invisibles, la littérature, la mer et le vin ! Toujours invisibles, d'autres amours !
Et la MORT !

Pour clore — mais temporairement — un vieillard plante un arbre :
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C'est bien connu :
À la Sainte-Catherine,
tout bois prend racine


samedi, 22 novembre 2008

« Ar Mizioù Du »

Ar Mizioù Du, les mois noirs des Bretons: nous y sommes. Ma treille a perdu ses dernières feuilles dorées. Le ciel est bas, lourd, gris.
Mais je me prépare à planter pour les étés à venir un mûrier-platane, le Morus kagayamæ.

À la Sainte-Catherine
Tout bois prend racine.

Je ne peux m'empêcher de me redire les deux premiers vers de la fable de La Fontaine :
Un octogénaire plantait.
« Passe encor de bâtir ; mais planter à cet âge !
»

Le père d'une amie qui est aussi ma voisine de la Bouguinière disait, lui :
«Vénérable vieillard, je te dois cet ombrage ! »

Fi des plantations ! le "jardin" du lecteur demeure tout autant anarchique en ce début d'automne : la valse hésitante entre le Pierre Reverdy de chez Seghers, le post-exotisme de Volodine et de ses hétéronymes — Pessoa ayant enfin un émule — et Mallarmé, poète et philosophe.
Et je n'écris point de mes plans d'écriture : Algériennes qui se traîne dans les derniers soubresauts et tumultes de l'année 1961, l'hommage à l'homme du Lycosthène qui fut mon compagnon d'adolescence, quand, hors des joutes littéraires dévolues aux premiers de la classe — il plaidait pour Voltaire et je défendais Rousseau, j'étais l'horrible Don César de Bazan et il était Ruy Blas, il était Don Carlos et j'étais Hernani — nous découvrions dans la "clandestinité" que nous imposaient les Bon Pères, les Symbolistes et Décadents dans une anthologie dissimulée entre le "Bailly" et le "Gaffiot", dont les textes troublaient nos élans missionnaires.
Ainsi Albert Samain :
Vers l'archipel limpide, où se mirent les Iles,
L'Hermaphrodite nu, le front ceint de jasmin,
Épuise ses yeux verts en un rêve sans fin ;
Et sa souplesse torse empruntée aux reptiles,

Sa cambrure élastique, et ses seins érectiles
Suscitent le désir de l'impossible hymen.
Et c'est le monstre éclos, exquis et surhumain,
Au ciel supérieur des formes plus subtiles.

La perversité rôde en ses courts cheveux blonds.
Un sourire éternel, frère des soirs profonds,
S'estompe en velours d'ombre à sa bouche ambiguë ;

Et sur ses pâles chairs se traîne avec amour
L'ardent soleil païen, qui l'a fait naître un jour
De ton écume d'or, ô Beauté suraiguë.


Ainsi Pierre Louys :
Ses yeux purs abaissés réverbèrent sans fin
L'incolore nombril comme une étoile éteinte
Elle tient dans ses doigts extatiques et bleus
Au pli vierge du sexe un lotus fabuleux

Le même écrivait à Mallarmé qu'il nommait "Maître" :
Nous aurons coupé pour le plus pur silence
Sous vos pieds créateurs les roses de la nuit


Décidément, la semaine à venir ne peut être que mallarméenne.



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