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lundi, 21 mars 2016

au petit matin

 

Deux mots, ce matin entendus avant le lever du soleil, Altérité et Généalogie d'un territoire, deux mots qui me renvoient aux premiers mois du jeune adulte que je deviens, parce que, soixante déjà, c'est le grand départ vers l'Altérité, l'Autre et vers des territoires ignorés quasi inconnus dont la mince cartographie se résume à un carte Michelin bien succincte.


L'altérité — donc l' ÉTRANGER que je vas devenir, — pas l'autre, mais moi, l'étranger isolé seul chez les barbares dans ces paysages inconnus, ces odeurs nouvelles et cet intime qui va s'ouvrir, qui s'ouvre, la Barbare, Femme première qui va m'ouvrir, s'offrir, sans soumission, parfois avec rudesse dans sa tendresse — Jeune voyageur sorti des brumes que sais-tu de l'univers des Autres ? —  le monde ignoré de ces cartographies que mes maitres ne m'ont point enseignées

jeudi, 18 décembre 2014

en cette mi-décembre trop sombre

 

un après-midi brumeux, comme ce jourd'hui, un de ces jours comme abandonnés, j’avais parcouru lentement le Musée, guettant l’émotion qui allait sourdre ou non, l’œil paresseux...



Et puis, il y eut Cassandre*,

cassandre-implorant-la-vengeance-de-minerve---jerome-martin-langlois - copie.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

cette blancheur nue
brisée dans le sang d’une guerre à peine achevée et dont le massacre se poursuit encore...

Visage haussé vers le ciel noir, pour l’ultime prière au dieu, à n’importe quel dieu !

La flamme qui brûle sur l’autel, pensée d’une foi moribonde ?
Dans les plis du vêtement jeté, ensanglanté
de violence et de feu,  sur l’angle d’une stèle, se devine
un harnachement d’homme de guerre...

Comme image de ma mort à-venir, cette longue, belle et froide nudité.






*Au Musée des Beaux-Arts de Nantes, tableau de Jérôme-Martin Langlois, 1779-1838.

vendredi, 10 octobre 2014

Dix ans

et depuis quelques mois, pas mal d'écrans vides quand on ouvre "grapheus tis" !

Eût-il fallu les meubler avec les hésitations du penser, les errances des lectures, le tohu bohu des contradictions qui jamais ne seront des contraires qui s'harmoniseraient d'héraclitéenne manière ?
Dix ans et cependant pas du tout l'intention de clore.


Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d'eux

L'aphorisme de Char, affirmé le 10 octobre 2004 est toujours de saison. Sans doute me suis-je laissé submerger par les livres, les auteurs, leur imaginaire et le mien...

Ainsi depuis septembre après un séjour au pays de Jean Giono et de René Char et avant le recommencement de l'atelier de Grec ancien, l'invasion de l'Odyssée, de ses avatars, de ses traducteurs : le vieil Homère, qu'il ait, ou non, été aveugle, qu'il fût un, double ou multiple...


Le seul vraiment "nobélisable" si une vie antérieure était imaginable.

Ce 10 octobre 2004, j'avais salué Derrida et son interrogation : « Sommes-nous des Juifs ? Sommes-nous des Grecs ?» suivie de la réponse joycienne :« Jewgreek is Greekjew. Extremes meet” »

Que ce soit Joyce l'Irlandais qui énonce la réponse, me fait sans vergogne fabriquer un trépied qui est le mien :

GREC      JUIF
CELTE

Que les dix années à venir me soient fécondes !

mardi, 01 janvier 2013

2013 dans une bulle

 

L'habitude est de présenter — et/ou d'offrir — ses vœux pour l'an qui commence.
Vogue Ulysse, vent portant vers le ponant. Je n'offre que la bulle, parole blanchie d'Homère.

Que la lectrice, le lecteur, y glissent leurs rêves !

ulysse.jpg


Dernière vignette de la Bande dessinée ULYSSE de Homère, scénariste, Lob, adaptateur, Pichard, dessinateur, aux Éditions Jacques Glénat, 2ème trimestre 1981.

lundi, 31 décembre 2012

un beau pavé dans mon sabot

le savoirgrec.jpg Dans la première note de ce blogue, le 10 octobre 2004, je saluais ainsi Jacques Derrida :

 « Sommes-nous des Juifs ? Sommes-nous des Grecs ? Nous vivons dans la différence entre le Juif et le Grec, qui est peut être l’unité de ce qu’on appelle l’histoire. Nous vivons dans et de la différence, c’est-à-dire dans l’hypocrisie dont Lévinas dit si profondément qu’elle est “ non seulement un vilain défaut contingent de l’homme, mais le déchirement profond d’un monde attaché à la fois aux philosophes et aux prophètes ”.
 Sommes-nous des Grecs ? Sommes-nous des Juifs ? Mais qui sommes-nous... d’abord des Juifs ou d’abord des Grecs ?... À l’horizon de quelle paix appartient le langage qui pose cette question ? Où puise-t-il l’énergie de sa question? Peut-il rendre compte de l’accouplement historique du judaïsme et de l’hellénisme ? Quelle est la légitimité, quel est le sens de la copule dans cette proposition du plus hégélien, peut-être, des romanciers modernes :“Jewgreek is Greekjew. Extremes meet”* ?

in L’écriture et la différence, p. 227-228

Quand ce beau pavé bleu de 1248 pages m'a été déposé dans mon sabot, près de la cheminée, après avoir consulté le sommaire, je me suis empressé d'aller lire "Hellénisme et Judaïsme". Ne fut-ce que pour simplifier par une approche historique la complexité des questions dérridiennes qui ne s'éclaircissent guère dans les arcanes des phénoménologies d'Husserl, d'Heidegger et de Lévinas.

Peut-on être fasciné par Héraclite et ses aphorismes et subjugé par les proférations d'Isaïe ?
J'ai vécu l'enfance et l'adolescence dans le voisinage d'Abram, l'homme qui part sans volonté de retour, puis les ans de maturité et l'entrée dans les parages du grand âge, embarqué sur les mers d'Odysseus, l'homme qui erre dans la nostalgie de la terre natale.


Accouplement et déchirement.


Un dieu en qui il faut croire et des dieux qui n'existent pas ?
Les tables de la Loi d'un illuminé sur un mont et des lois que ratifie l'assemblée du peuple sur la place du marché.

Voilà les deux extrémités d'un arc. D'ailleurs à l'arc, je substiturais bien le trépied, car au GrecJuif, je souhaiterais bien ajouter le Celte, ce qui autoriserait une féminisation de cette différence et une ouverture marine sur des horizons océaniques plus vastes. 

Lire Isaïe et le Livre de Ruth.
Ouvrir Homère et plonger dans les obscurités d'Héraclite.
Célébrer la maison de l'air de Viviane** et embarquer avec Brendan.

Loin, loin de la Loi et des lois, accouplement et déchirement.
Oui, vraiment à penser qu'à trente siècles près, tout se tient.

 

* James Joyce, Ulysse.
** Pour se remettre en mémoire quelques "savoirs" celtes.

 

vendredi, 18 mai 2012

retour à terre, depuis quelques jours

Dans le couchant, saluée la bouée des Mâts, la plage de la Mine d'Or, fine comme un verset de Perse. Les vents de terre s'étaient apaisés. Nous entrions par la passe de la Grande Accroche dans l'estuaire de ma belle Vilaine.

DSCN1298.jpg

   « Trouve ton or, Poète, pour l'anneau d'alliance; et tes alliages pour les cloches, aux avenues de pilotage...»
  Car nous tenons tout à louage, et c'est assez d'emmailler l'heure aux mailles jaunes de nos darses...
  La mer aux spasmes de méduse menait, menait ses répons d'or, par grandes phrases lumineuses et grandes affres de feu vert.

Saint-John Perse,  Amers, I, 2

 

Nous étions revenus pour écouter le très sec terrien qu'est Pierre Bergounioux, au verbe plus haut tenu encore que ses écrits. Il devait nous entretenir du style, il s'égara dans le ressassement de ses questionnements sur l'origine du Grand Récit ; ce fut toujours grand plaisir à entendre cette voix de rocaille charruer l'histoire littéraire de Homère à Faulkner. Mais c'était déjà su.

Sur la table de presse, j'ai pris Jusqu'à Faulkner* dont le lecteur peut suivre l'écriture dans les premières pages du Carnet de notes 2001-2010. Je relève l'acuité du regard sur Stendhal entre les pages 26 et 38 quand il évoque "ce grand frisson" qui "parcourt la Chartreuse".

 

* Cependant, petite anicroche érudite, page 15 : ce n'est point Circé qui offre l'immortalité à Ulysse, mais au Chant V (208-209) de l'Odyssée, Calypso . On peut être agrégé et être troublé par la suprême beauté des Enchanteresses. Sachant que dans l'une et l'autre rencontre, le marin errant ne rechigne point à s'avancer au profond des grottes et à successivement "monter sur le lit très beau" et de Calypso et de Circé. N'y aurait-il que les marins pour ne pas confondre les féminines promesses des Iliennes divines ?

lundi, 02 avril 2012

dénombrant "mes" îles

 Lisant Avant de J.B. Pontalis, ce chapitre intitulé Îles, lieux d'attachement et de détachement : « Me détacher sans me perdre », énonce son patient analysé. Je suis très loin de ces analyses.

Néanmoins,"mes" ÎLES !

Plus de soixante abordées, arpentées, entre îles de Loire de l'enfance et de l'adolescence, celles de Bretagne et de Biscaye, les Méditérranéennes, peu de Caribéennes et les Pacifiques lointaines.
Celles aperçues, entrevues, jamais foulées et encore rêvées.

À écrire.

 

Et pour me maintenir dans ces jours de remugle :

Dès lors que les routes de la mémoire se sont couvertes de la lèpre infaillible des monstres, je trouve refuge dans une innocence où l'homme qui rêve ne peut vieillir.

René Char,
Envoûtement à la Renardière,
Seuls demeurent, 1938-1944.

mercredi, 25 janvier 2012

Quel titre pour la tristesse ?

 

Le pas suspendu de la cigogne ?

L'Éternité et un jour ?

affiche-1.jpg

 “ Je ne suis qu'un visiteur", faisait-il dire à un de ses personnage dans Le Pas suspendu de la cigogne.


 « Où s'est-il retiré, où s'en est-il allé, le Sage ? —
Après tous les miracles qu'il a faits,
après que la renommée de son enseignement
se fut répandue sur tant de nations,
il s'est dérobé aux regards et personne n'a pu apprendre
avec certitude ce qu'il est devenu...


Constantin Cavafis
Pour autant qu'il soit mort

 

dimanche, 27 mars 2011

quand Homère se répète

 

à Noémie, fille de ma fille.

En écho à ce même jour de 2010

 

Ce jeudi passé, lors de l'atelier de Grec ancien, notre "bon maître" le situait au Chant XXIV, nous échangions à propos de ce passage, je persistais en le maintenant au Chant XXIII, ayant d'ailleurs oublié que la première référence est au Chant XI quand Odysseus rencontre le devin Tirésias aux Enfers. Le vieil Homère pratique déjà le pédagogique adage latin "Bis repetita placent" — les choses répétées deux fois plaisent.

Ce n'est point que le passage cité soit fort joyeux, mais il aborde d'épicurienne — stoïcienne, affirmeront certains ! — manière teintée d'une note marine notre commun avenir.

Noémie, ce matin, m'ayant donné rendez-vous dans cinq ans pour ses vingt ans — donc aussi pour mes ...soixante ans qui la précèdent, je me dois de remettre encore à quelques années ce jour où je prendrai sur mon épaule ma "bonne rame bien faite".

 

Je le ferai donc, et sans rien te cacher      
Ton âme n'en aura nulle joie; et moi-même
non plus, car il m'a ordonné d'aller de ville en ville
par le monde, tenant entre mes mains ma bonne rame,
jusqu'à ce que je trouve ceux qui ne connaissent pas
la mer, et qui ne mêlent pas de sel aux aliments;
ils ne connaissent pas les navires fardés de rouge,
ni les rames qui sont les ailes des navires.
Ensuite il me donna le clair indice que voici :
lorsque quelqu'un, croisant ma route, croira voir
sur mon illustre épaule une pelle à vanner,
alors il m'ordonna, plantant ma bonne rame en terre
d'offrir un sacrifice au seigneur Poséidon :
bélier, taureau, verrat capable de couvrir les truies,
puis de rentrer chez moi, d'offrir les saintes hécatombes
aux Immortels qui possèdent le ciel immense,
dans l'ordre rituel. Et la mort viendra me chercher
hors de la mer, une très douce mort qui m'abattra
affaibli par l'âge opulent; le peuple autour de moi
sera heureux. Voilà tout ce qu'il me prédit. »
La sage Pénélope alors lui répondit :
« Si les dieux te concèdent une vieillesse moins amère,
l'espoir nous reste d'être un jour déchargés de nos maux.
Tels étaient les propos qu'ensemble ils échangeaient.

 

Homère, Odyssée, Chant XXIII, 265-287

 

Je tiens à achever cette note, pour redonner une joie bonne et sereine à cette séquence, par les quelques versets qui suivent :

 

Alors
ils retrouvèrent avec joie la loi du lit ancien
.................................................................
(et)
Lorsqu'ils eurent joui des plaisirs de l'amour
ils s'adonnèrent aux plaisirs de la parole.

 

 

Post-scriptum : Hommage à celui qui traduit ainsi Homère : c'est Philippe Jaccottet en 1982, chez François Maspéro.

 

jeudi, 17 février 2011

filiation ? paternité ? la belle leçon du Grec

τὸν δ᾽ αὖ Λαέρτης ἀπαμείβετο φώνησέν τε·
εἰ μὲν δὴ Ὀδυσεύς γε ἐμὸς πάϊς ἐνθάδ᾽ ἱκάνεις,
σῆμά τί μοι νῦν εἰπὲ ἀριφραδές, ὄφρα πεποίθω.

 

Et Laerte alors prit la parole pour répondre :
« Si tu es bien Ulysse mon enfant rentré chez lui
Donne m'en quelque signe assez clair pour me convaincre. »

Odyssée, XXIV, 327/329

 

Auraient-ils trois mille ans d'avance sur nous ?

En ces temps de bioéthique, de recherche de paternité, de filiation, de donneurs de gamètes, que nous narre le grand aveugle qui n'est ni religieux, ni moraliste, ni politique, mais poète, fabricant de la langue ?

Castoriadis l'écrit :

« Homère est le poète, celui qui fait être. Et ce poète n'interdit rien, n'impose rien, ne donne pas d'ordre, ne promet rien : il dit. Et ce faisant, il ne révèle rien — il n'y a pas de révélation -, il rappelle.
Il rappelle ce qui a été et ce qui est en même temps le linéament de ce qui est, de ce qui peut être. Cela, il le rappelle à la mémoire des hommes... » p. 95*

À la demande du père, Laerte à la lance d'ombre longue, le fils, Ulysse  l'ingénieux répond, ainsi :

Vois d'abord de tes yeux cette blessure
qu'un sanglier me fit de son boutoir,
sur le Parnasse, quand vous m'aviez envoyé,
ma mère vénérable et toi
auprès d'Autolycos mon aïeul maternel bien aimé...
Et je te dirai encore les arbres de ton jardin si bien cultivé,
ceux qu'autrefois tu me donnas, comme je te les demandais,
j'étais enfant et je te suivais à travers le verger.
Et nous allions parmi les arbres
et tu me nommais chacun d'entre eux,
et tu me donnas treize poiriers, dix pommiers
et quarante figuiers
et tu me dis que tu me donnerais cinquante rangs de ceps de vigne
aux lourdes grappes déjà mûries.

 

Odyssée, XXIV, 331/344


Dans cette situation inversée à celle de nos jours, qu'importe de quel sperme, de quelle ovocyte ?

 

 

 

* Cornelius CASTORIADIS, Ce qui fait la Grèce, 1. D'Homère à Héraclite, Séminaires 1982-1983, La Création Humaine II, Le Seuil, 2004.