mardi, 26 février 2008

mannequin ou cafetière ? que vois-je ?

Retour de Gascogne avec Noémie et Célia pour des vacances nantaises et pluvieuses ; ce fut une virée de voûtes romanes et cisterciennes : Uzeste, Bazas, La Romieux, Moirax (ci-dessous) !

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Mais je tiens à revenir à Robbe-Grillet. Il ne fut pas dans mes livres de chevet. De ce qu'on appela — à tort ? à raison — le Nouveau Roman, je ne retiens guère que le bonheur de lecture de La route de Flandres de Claude Simon et de La Jalousie de Robbe-Grillet. Vives furent les polémiques entre littérateurs, critiques et romanciers eux-mêmes ! Robbe-Grillet, le plus théoricien de tous les tenants de ce nouveau roman, en rajouta des tonnes. Ce furent des lectures austères, "obligées", laborieuses. J'avoue que les bouquins s'empoussièrent sur les hauts des étagères. Je ne puis cependant échapper à l'écriture quasi hypnotique du "Mannequin" — que j'ai toujours nommé "la Cafetière".
Le regard ne s'ébrouera que dans les dernières lignes sur le parfum du café chaud.

La cafetière est sur la table.
C'est une table ronde à quatre pieds,recouverte d'une toile cirée à quadrillage rouge et gris sur un fond de teinte neutre, .un blanc jaunâtre qui peut-être était autrefois de l'ivoire — ou du blanc. Au centre, un carreau de céramique tient lieu de dessous de plat ; le dessin en est entièrement masqué, du moins rendu méconnaissable, par la cafetière qui est posée dessus.
La cafetière est en faïence brune.

Elle est formée d'une boule, que surmonte un filtre cylindrique muni d'un couvercle à champignon. Le bec est un S aux courbes atténuées, légèrement ventru à la base. L'anse a, si l'on veut, la forme d'une, oreille, ou plutôt de l'ourlet extérieur d'une oreille ; mais ce serait une oreille mal faite, trop arrondie et sans lobe, qui aurait ainsi la forme d'une « anse de pot ». Le bec, l'anse et le champignon du couvercle sont de couleur crème. Tout le reste est d'un brun clair très uni, et brillant.

Il n'y, a rien d'autre, sur la table, que la toile cirée, le dessous de plat et la cafetière.
A droite, devant la fenêtre, se dresse le mannequin.

Derrière la table, le trumeau de cheminée porte un grand miroir rectangulaire dans lequel on aperçoit la moitié de la fenêtre (la moitié droite) et, sur la gauche (c'est-à-dire du côté droit de la fenêtre), l'image de l'armoire à glace. Dans la glace de l'armoire on voit à nouveau la fenêtre,tout entière cette fois-ci, et à l'endroit (c'est-à-dire le battant droit à droite et le gauche du côté gauche).

Il y a ainsi au-dessus de la cheminée trois moitiés de fenêtre qui se succèdent, presque sans solution de continuité, et qui sont respectivement (de gauche à droite) : une moitié gauche à l'endroit, une moitié droite à l'endroit et une moitié droite à l'envers. Comme l'armoire est juste dans l'angle de la pièce et s'avance jusqu'à l'extrême bord de la fenêtre, les deux moitiés droites de celle-ci se trouvent
seulement séparées par un étroit montant d'armoire, qui pourrait être le bois de milieu de la fenêtre (le montant droit du battant gauche joint au montant gauche du battant droit). Les trois vantaux laissent apercevoir, pardessus le brise-bise, les arbres sans feuilles du jardin.

La fenêtre occupe, de cette façon, toute la surface du miroir, sauf la partie supérieure où se voient une bande de plafond et le haut de l’armoire à glace.

....Une bonne odeur de café chaud vient de la cafetière qui est sur la table...

Le mannequin
Instantanés


Dans la note du 19 février, j'évoquais "L'Éden et après"...
Voici, retrouvée dans mes classeurs, une image, tout aussi fascinante que la... "cafetière !

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mardi, 19 février 2008

moins de problèmes pour l'Académie française *

depuis hier en Aquitaine, dans l'antre de mon fouineur de Livres Saints !

Elle se faisait quelques soucis , la « vieille » Dame avec cet élu qui ne voulait ni épée, ni habit vert et qui l'an dernier encore écrivait de salaces histoires — quelques-unes de trop, sans doute — pour vieillards guettés — ou atteints — par l'impuissance !
Bonne immortalité, monsieur Robbe-Grillet !
Je garde précieusement deux textes qui ouvrirent, à l'époque de leur parution, mon regard sur les mots, les objets, les paysages et les absences d'histoire : La Jalousie que je dus lire en plusieurs livraisons dans la revue de la NRF entre 1956 et 1957, dans le contexte géographie même de l'intrigue (?), au fond de la forêt éburnéenne et La plage dans Instantanés que j'ai souvent lu dans mes stages de formation pour introduire au Nouveau Roman. Deux films aussi, hors sa participation de scénariste à L'année dernière à Marienbad : L'immortelle, digne d'un Loti cinéaste et L'Eden et après, pour une scène où Pierre Zimmer "sculpte" littéralement la beauté nue de Catherine Jourdan. J'en ai conservé précieusement une image, mais elle est dans mon "antre" breton et la Toile me paraît bien vide**.

* Encore lui faudra-t-il trouver un occupant au fauteuil déserté, quoique jamais occupé ?
** A quand des Robbe-Grillet en dvd ?

jeudi, 02 août 2007

continuons de célébrer la vie

en hommage à Monica VITTI
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Les yeux. C'est ce qu'il y a en elle de plus bizarre. Ils ne s'arrêtent sur aucun objet, mais fixent, absorbés, de lointains secrets. C'est le regard d'une personne qui cherche un point, un petit point mais solide, sûr, où finir son vol, et ne le trouve pas ; car elle ignore en quel endroit, terre, océan, ce point se dresse, et même s'il existe, et comment il se présente.

Michelangelo Antonioni
cité dans Le Monde du 2 août


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Une femme suit des yeux l'homme vivant qu'elle aime.
René CHAR
in En trente-trois morceaux.


Et l'aphorisme suivant pourrait être une épitaphe pour Antonioni et Bergman.

Nous n'avons qu'une ressource avec la mort : faire de l'art avant elle.
du même CHAR
in Les dentelles de Montmirail.


Post-scriptum :
Isidore Isou est, lui déjà, en état de décomposition avancée. C'est bien ce qu'il voulait, non ?

mercredi, 01 août 2007

industrieuse !

je n'oublie point Michel Serrault.
Mais Ingmar Bergman, puis Michelangelo Antonioni...

Le cri, l'aventure, la source, la nuit, le silence, l'éclipse, désert rouge et sarabande

La mort ne se trouve ni en deçà, ni au delà. Elle est à côté, industrieuse, infime.

René Char
Contre une maison sèche

mardi, 31 juillet 2007

mat ! le grand Bergman !

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Tous les écrans du monde devraient s'en obscurcir.

mardi, 20 mars 2007

le plein d'images

La lourdeur chamarrée et l'enfermement armé, incestueux de la Cité interdite, monde qui m'enfonce dans l'exotisme des films de cape et d'épée et des westerns, dans le feuilletage naïf du Magasin pittoresque quand je m'isolais dans le grenier de la maison bourgeoise de la rue Rosière d'Artois. Visages et rites qui ramènent à la mémoire le bouquin de Lucien Bodard, La Vallée des roses. Dix siècles entre le roman et le film et ce sentiment d'une immobilité de l'histoire de Chine.
Couloirs d'or et de sang, gorges abruptes, d'un bleu proche de la nuit, quand virevoltent les poignards.

La mélancolie et un apaisement pour clore les tensions mentales et physiques des Témoins et de La vie des autres : univers si récents, et proche, trop proche encore, pour la menace du VIH.
Au-delà de la pellicule, Téchiné et Henckel von Donnersmarck ! Grands témoins.

Feuilletage de Char : Bachelard, le rêveur de mots, me vient en aide pour "aplanir les rapports".
Mais que cette lecture m'éloigne de mes mercredis à venir pour préparer la rencontre avec Jean-Philippe Toussaint, au Lieu Unique.

Aujourd'hui, Printemps du cinéma, comme hier dans les bourrasques de neige (?) : Le voile des illusions, Danse avec lui, et un autre encore dont le choix demeure indécis. Il est certain que j'ai perdu en endurance, je suis loin des cinq films en un après-midi et une soirée de naguère...

dimanche, 21 janvier 2007

ensoleillée, la Loire

Balade ensoleillée dans la vallée gorgée d'eau.
Envol d'aigrettes, une puis deux, puis cinq, deux hérons cendrés restent impassibles. J'ai dans les oreilles l'Élégie pour la mort de son père de Dietrich Buxthehude, comme une tendre plainte bien accordée à ce ciel de traîne.

Dommage que les compagnons "vététistes" labourent certains sentiers, le piéton n'en finit plus de patiner. Par pluies abondantes et durables, il faudrait que l'usage des ces chemins leur soit déconseillé.

Avant-hier, je suis allé voir La Flûte Enchantée filmée par Kenneth Brannagh ; contre les critiques acerbes, j'ai beaucoup aimé. De quelle guerre s'agit-il ? Ce n'est pas si sûr que ce soit celle de 14-18, même si les tranchées sinuent dans l'horreur loufoque. Les pantins s'agitent et chantent.
Échapppe à la dérision l'atelier de Sarastro, un monde chaleureux d'ouvriers et d'artisans, très fouriériste. Mozart, chanté en anglais, acquiert une légèreté que mon mauvais goût apprécie. Et après cette ènième écoute de la Flûte, c'est, pour moi, hors de doute, je suis du côté de Papagéno.

J'ai enchaîné ma soirée en allant avec Jac, Se, mes voisins, et Nicléane voir Le grand appartement de Pascal Thomas. Nous y avons souri ert ri.
Mes tendances sensuelles se sont réjouies de l'éloge des aisselles poilues et j'ai admiré fugitivement l'abondante et brune toison "jouvienne" de Lætitia Casta qui, je l'espère, n'était point un pudibond postiche.

mardi, 05 décembre 2006

attendre

Hier soir, au Beaulieu, Attente, film de Rashid Mashharawi, Palestinien, à mi-chemin entre Bresson - le décalé des dialogues - et Godard -les images qui insistent à longueur d'écran : c'est du cinéma.
Poignante diaspora de ces gens sans terres qui s'alignent dans des ruelles et s'accumulent dans des antichambres et des patios à demi ruinés. Randonnée contradictoire dans l'enfermement des camps
Le burlesque pour vous tordre le ventre.

J'ai laissé mon regard errer sur le visage et le corps d'Areen Omary.


Elle dit : Me vois-tu ?
J'ai murmuré : il me manque pour le savoir
l'écart entre le voyageur et le chemin

Mahmoud Darwich
Ne t'excuse pas

samedi, 25 novembre 2006

"Cœurs", ô nostalgie !

Pour sortir du silence, je suis allé voir "Cœurs" : j'oscille entre l'admiration pour l'homme qui filme, les femmes et les hommes qui jouent et la minceur psychologique, quoique juste, du propos.
Bon ! Nous sommes renvoyés, avec finesse, à nos banales errances sentimentales et quotidiennes, enrobées d'un sourire nostalgique.
Les visages et les architectures - restreintes à des appartements fort divers - sont là, dans des champs/contre-champs et des travellings d'une insistante douceur.

Mais où la passion douloureuse d'Hiroshima mon amour ?
Où le baroque flamboyant et austère — un oxymore ? — de l'Année dernière à Marienbad ?

Alan Ayckbourn fournit peut-être un scénario qui permet de rassembler "la "famille" ; mais Duras et Robe-Grillet proposaient d'autres regards sur d'autres chairs.

N'empêche, Alain RESNAIS est un sacré beau grand vieillard du cinéma !

jeudi, 09 février 2006

Le temps d'une marée

Walerian Borowczyk, le cinéaste sensuel des Contes immoraux, est mort lundi dernier ; je ne l’apprends que ce midi
Des quatre contes, je retiens La marée, tirée d’un bouquin de Pieyre de Mandiargues* et Erzébet Bathory, la comtesse sanglante, une Gilles de Retz femelle et hongroise.
La marée surtout, avec, et c’est peut-être dommage, un jeune homme qui va longtemps s’égosiller dans le cinéma français, un certain Fabrice....

....je revins, en attention du moins, car mes doigts ne l'avaient pas quitté, au beau corps de Julie, et j'accentuai mes caresses en accélérant le rythme. Simultanément je m'efforçai d'imaginer d'une façon plus intense la montée de la mer autour de notre couple, et au bout de quelques minutes je me trouvai à tel point confondu avec la substance élémentaire qu'il me semblait que la marée s'élevait en moi comme dans tout l'entourage ; je le dis à Julie, en quelques mots murmurés vite, et elle me fit signe que c'était pareil chez elle. Onze heures douze. Le vent était tombé, le bruit des vagues sur les brisants avait diminué, mais la tension était à son comble, et je sentais des jarrets à la nuque une sorte de bonheur en puissance que je croyais partager avec l'énormité des eaux attirées par la lune. Enfin, ce fut l'heure; je n'eus pas besoin de regarder ma montre car j'eus comme une connaissance intérieure du sommet, au moment de la mer étale, et alors je déversai mon bonheur dans la bouche de Julie.


*André Pieyre de Mandiargue, Mascarets, coll. Le Chemin, Gallimard, 1971

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