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samedi, 04 avril 2015

Lisant Michel Zinc

Et si les "road movies" de notre temps n'étaient que les chevaliers errants de jadis ? 

Le chevalier Calogrenant se prenant par exemple pour un Pierrot le Fou, et JeanLuc Godard pour un Chrétien  de Troyes ?

 Il avint, près a de VI ans,
Que je, seus comme païsan
Aloie qu'érant aventures
Armé de toutes armeüres
Si come chevaliers doit estre
Et trouvai un chemin à destre
Par mi une forest espesse

C'est la forêt de Paimpont de mon enfance. C'est encore l'aventure.
Ou une nouvelle Odyssée... 
À propos comment dirait-on pour une "road movie" océane ?

 

lundi, 05 janvier 2015

Vautier est mort

Ce dimanche, en fin d'après midi, j'ai compris pourquoi au début du flot la mer bretonne s'était engrisée dans le deuil.

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Le corps de René s'est évanoui dans des horizons incertains entre mer d'Iroise et gorges aurèsiennes de l'Oued Abiod.

Je dis "René". Il n'aurait pas aimé que de lui je dise qu'il fut mon maître ès cinéma. C'était un compagnon — camarade, aurait-il précisé — de plus d'ancienneté qui accompagnait avec passion et rigueur souriantes ses compagnons plus jeunes. Je l'avais accueilli, fin 1962, à Biskra au seuil des Aurès libres. Il lançait les CINE-POP Algériens et, une semaine durant, je l'ai trimbalé dans ma 2 CV camionnette avec mon projecteur DEBRIE 16 mm  entre Tolga et T'Kout. Dans les galettes d'alu, il y avait Alexandre Nevsky et un certain Drapeau du Forgeron...

Au printemps 1963, sous l'égide du ministère algérien de la Jeunesse et des Sports, Bouteflihka en étant le ministre et Hervé Bourges, le chef de cabinet, René organisa, à Tixeraïne-El Riath, un regroupement des chefs des ex-Centres Sociaux Éducatifs*, pour consolider la structure des "Ciné-Pops". Il était accompagné, entre autres cinéastes internationaux et ...révolutionnaires (!), d'un jeune assistant frais émoulu de Sciences Po qui se préparait sans doute à rejoindre les maquis sud-américains, Régis Debray...

J'ai revu et l'un et l'autre dans les années 1980-2000 au hasard de projections, de manifestations culturelles, de signatures : l'évocation de ces moments fut toujours une très forte charge d'émotion.

Pressentiment de la mort de René : avant Noël, je venais de m'offrir, chez les Mutins de Pangée, le coffret DVD de ses films algériens.

 

 * Fondés en 1956, lors de la guerre d'indépendance, par Germaine Tillion.
À quand, par la Cinémathèque de Bretagne, la publication des entretiens que Germaine Tillion et René Vautier eurent longtemps après ce combat que l'une et l'autre menèrent avec des armes qui peuvent paraître fort opposées, mais furent également libératrices ?
Ces entretiens furent projetés aux Archives départementales de Loire-Atlantique, il y a trois ou quatre ans. J'avais été sollicité comme intervenant lors du débat qui suivit la projection.

mardi, 04 mars 2014

rêver Resnais

Entre deux visages,
Emmanuelle Riva, Delphine Seyrig.

HiroshimaMonAmour6.jpg

Entre deux mélopées du Clémencic Consort, 
Raimbaut de Vaqueiras, Jauffré Rudel.

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Entre deux Argonautiques,
celle d'Appolonios de Rhodes et celle de Diodore de Sicile.

Quand fleurissent les jonquilles,
un matin de fin d'hiver ensoleillé
et le souvenir de la toison blanchie d'un vieux cinéaste qui me tenait fort à cœur et l'ombre de Chris Marker.

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 Alain Resnais
ce Vannetais qui, malgré son enfance, rêva devant les Logoden.

Mon cinéma s'endeuille un peu trop vite.

 

Post-scriptum :
De Resnais et de Marker, à voir Les statues meurent aussi. Ce film fut interdit jusqu'en 1964.
Ces deux-là furent des "très grands".

lundi, 06 août 2012

saluer Chris Marker

 

 « Mais il chercha d'abord le visage d'une femme,
au bout de la jetée. Il courut vers elle. »

 

La Jetée

 

Et pour célébrer une fois encore la Vie vraie, Marker offrait à l'inattentif ce cillement de la femme qui en souriant s'éveille.

samedi, 30 juin 2012

...du temps perdu...

Proust002.jpg

 De Proust, c'est bien le seul bouquin que je réussis à lire. Il avait écrit ce texte comme préface à une traduction d'un écrivain britannique, John Ruskin.

J'étais censé me préparer ainsi à lire "avec bonheur" — ce que promettait la quatrème de couverture — À la recherche du temps perdu. Ou tout au moins son premier tome Du côté de chez Swann que j'avais acheté, le 22 mai 1960 dans la seule librairie de Miliana, la petite cité algérienne, pour quelque temps encore française, sur les flancs sud-est du Zaccar. Nous allions partir en "nomadisation" pour un long mois dans le djebel et comme par provocation, j'avais glissé le bouquin dans mon sac — cette guerre n'était-elle point la recherche d'un temps perdu ! — pensant occuper ainsi les temps immobiles et les attentes silencieuces du "chouff" et de l'embuscade.

Je ne pus jamais en ces heures guerrières poursuivre au delà du premier point-virgule de la troisième ligne :

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : « Je m'endors. » Et, une demi-heure après la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil;

Mais voilà qu'hier au soir, une vieille maligne petite... et grande dame de télévision, Nina Companeez, a peut-être réalisé partie infime de son ambition — moins par ses images, que par le choix et la diction du texte — me donnant envie de dépasser ce point-virgule de la troisième ligne. J'étais devant l'écran d'Arte par hasard après avoir erré dans les images stambouliotes, anatoliennes, cappadociennes, saturées de miel, d'huile et d'or de Faut pas rêver*.

Companeez ne conclut-elle point son adaptation par cette courte phrase de Proust : « Il est temps de commencer. »

À lire bien sûr !

 

* Un titre horrible de vulgarité : le bref de l'oral ne sied pas toujours à l'écrit.

 

mercredi, 25 janvier 2012

Quel titre pour la tristesse ?

 

Le pas suspendu de la cigogne ?

L'Éternité et un jour ?

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 “ Je ne suis qu'un visiteur", faisait-il dire à un de ses personnage dans Le Pas suspendu de la cigogne.


 « Où s'est-il retiré, où s'en est-il allé, le Sage ? —
Après tous les miracles qu'il a faits,
après que la renommée de son enseignement
se fut répandue sur tant de nations,
il s'est dérobé aux regards et personne n'a pu apprendre
avec certitude ce qu'il est devenu...


Constantin Cavafis
Pour autant qu'il soit mort

 

lundi, 24 janvier 2011

ne pas célébrer, ne pas commémorer, mais...

... relire, lire, voir, écouter, visiter.

Le cinquantenaire de la mort de Cendrars, la polémique au sujet de Louis-Ferdinand Céline pour le centenaire de sa naissance m'ont entraîné à me redéployer un horizon pour 2011.

Et je me suis aidé de ces célébrations que préconisent, parfois, malencontreusement les Archives Nationales dont j'ignorais le site. Merci donc à monsieur Louis Ferdinand Auguste Destouches et à ceux qui sont contre cette célébration — ceux-ci ont de très bonnes raisons de s'insurger. Célèbre-t-on les salauds ?

Centenaires, cinquantenaires, ou de naissance, ou de mort ! Livres à réouvrir, musiques à écouter, films à revoir : le tout à commenter

 

En 1661, Marie-Angélique de Sainte-Madeleine, dite Mère Angélique Arnauld, abbesse cistercienne de Port-Royal des Champs, admirée non pour son dieu, mais pour sa force de résistance aux pouvoirs, meurt le 6 août. Célébrée par Montherlant dans Port-Royal, note de théâtre II (1954).

 

En 1711, Clipperton, îlot désertique par 10°18 Nord et 109°13'01 Ouest est découvert le 4 avril, par Michel Dubocage, corsaire normand.

 

En 1811, Louis Antoine de Bougainville meurt le 31 août. Il appareilla de Nantes, le 5 novembre 1766 pour son Voyage autour du monde à bord de la frégate La Boudeuse. Un certain Denis Diderot commentera la relation de ce voyage, dans un Supplément au voyage de Bougainville, étant l'un des premiers à donner mauvaise conscience à l'Occident dans ses rapports avec le reste du Monde.

 

La même année, naît, le 22 octobre, Franzt Liszt. Dans une semaine, à l'occasion de la Folle journée de Nantes, je vais replonger avce délices dans ses Années de Pélerinage.

 

En 1861, le 18 janvier, naît Saint-Pol Roux qui s'exila sur les landes de Camaret, battues par les vents pour y bâtir le manoir de Cœcilian et y écrire les Reposoirs et les Fééries intérieures.

 

La même année, naît le 8 décembre, un drôle de loustic, Georges Méliès, qui chaussa les bottes des frères Lumière et nous proposa Un voyage dans la Lune.

 

Le même jour, la même année — décidément, un grand crû ! — naissance de Aristide Maillol, l'homme qui donne aux femmes, belles hanches, petits seins, belles cuisses et beaux culs.

 

Un saut de cinquante ans, en 1911, Patrice de la Tour du Pin naît le 16 mars. Je suis désormais très éloigné de ses horizons catholiques. Mais je garderai précieusement ses Enfants de Septembre.

 

En 1961, il y a cinquante ans, c'est une rubrique nécrologique :

Le 21 janvier, Cendrars. Il est Au cœur du Monde de cette année-là. Je n'en écrirai pas davantage dans cette note ; il bourlinguera dans le blogue tout au long de l'an.

Le 30 mars 1961, Armand Robin, fils de paysans bretons, poète qui, sachant je ne sais combien de langues, écouta le Monde. En mourut peut-être. Sa vie sans lui, il l'écrit dans Ma vie sans moi.

Le 25 juin, une belle parenthèse cinématographique, L'année dernière à Marienbad d'Alain Resnais et ...Alain Robbe-Grillet. Après Les quatre cents coups et À bout de souffle, le cinéma ne sera plus tout à fait comme avant.

Le 1er juillet, Louis Ferdinand Céline, abject sans doute, mais quelle langue ! Le Voyage au bout de la nuit n'est pas "interdit", que je sache ? Ni Mort à crédit.

Le lendemain, 2 juillet, Ernest Hemingway quitte sa machine à écrire et s'éclate la tête dans les étoiles. Ce matin-là, le soleil se lève aussi. Sur la table de chevet sont empilés L'adieu aux armes, Mort dans l'apès-midi, En avoir ou pas, Le vieil homme et la Mer.

En toute fin de cette année 61, quand se prolonge pour une sixième année encore la guerre d'Algérie, celui qui a écrit L'an V de la Révolution Algérienne, Frantz Fanon, "psychiâtre en Algérie et anticolonialiste partout", meurt le le 6 décembre. Il souhaitait recommencer une histoire de l'homme, il écrit Les Damnés de la Terre.

 

En juin 1961, je suis libéré de mes obligations militaires. J'essaie modestement dans l'ombre de Franzt Fanon de "recommencer une histoire de l'homme".

 

 


 

 

 

 

 

samedi, 16 octobre 2010

en cure

Blogue en cure ou cure de blogue.

Voilà plus de quinze jours que «  grapheus tis » est figé sur le 3 octobre.

Dresser le catalogue des soins serait aligner les chiffres journaliers qui ponctuent les vestiaires où se suspendent peignoirs et serviettes des curistes.

À moins d'être un adepte de la numérologie...

Les corps sont perclus. Lasses, les chairs. Mais les visages se sourient et les eaux, apaisantes.

Le parc invite à la déambulation nonchalante, exotique et la Nive bruit de remous qui incite à guetter la remontée du saumon.

 

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©Nicléane

 

On y est bien et j'ai deux voisins : Edmond Rostand, tout près, à la sortie de Cambo. Et Francis Jammes, un peu plus loin à Hasparren.

 

À la moustache cirée et "belle époque" de l'auteur de Cyrano — que j'aime bien — je préfère la barbe fluviale et faunesque de Francis Jammes.
L'un était pauvre et ne fut jamais académicien, l'autre l'était et fut fort riche.


Visiter la Villa Arnaga de Rostand et se heurter à la porte close de la maison d'Hasparren où mourut Jammes résument fort bien la renommée "touristique" actuelle.

Quant à la "littéraire" ? Sic transit...!

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©Nicléane

 

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Cambo célèbre Rostand et fête le centenaire de Chantecler. Le parking de la Villa Arnaga concurrence l'Inter-marché du coin.
Hasparren semble oublier que Jammes y vécut... C'est une vieille dame toute simple qui m'indiqua le lieu ; la plaque apposée près de la porte aurait-elle suffi ?

 

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Rostand, c'est le décor.

Mais Jammes, c'est la langue...

 

... des paysans calmes
Qui semblent réfléchir et qui ont l’air au loin
De se fondre dans la nuit lentement et grands.

 

 

Post-scriptum (qui a à voir avec le blogue) :

Le "Couvent" où réside le curiste blogueur n'est pas équipé de borne WiFi ; il m'est obligation de me rendre, par les allées du parc, dans les salons des Thermes.
Le curiste se caractérise par sa paresse augmentée !


lundi, 20 septembre 2010

errances en lectures

 

 

Lourde fatigue... venue trop précoce des fraicheurs automnales ? aquagym immodérée ?

 

Tu viens d'achever avec ta compagne une "stèle à une voyageuse". Plutôt, tu t'es préoccupé, toi, de rechercher des textes, brefs éclats de mots pour désarçonner l'amie qui va entreprendre une pérégrination.

Tu as parcouru Montaigne, Bouvier, Caillé, Onfray, Gros*. Et voilà que souhaitant caser Marcher, une philosophie de ce dernier et ranger Bouvier, Le Hibou et la Baleine, Le poisson-scorpion, les Routes et déroutes, ses Œuvres en Quarto, tu ébranles les bouquins de Kenneth White qui est son voisin d'étagère.

Le premier livre qui se penche : les rives du silence

 

Assez
assez de tant de choses

cette vague qui se brise
blanche prose

Et que cela, ne l'oublie pas
ne sente jamais le poète

Enfin, un peu de réalité
ce goût de sel sur la langue                    

Brumes blanches
à Roscoff

la marée qui se retire
à Douamenez

A ceux qui parlaient écriture
il répondait : ouverture

Écrire des poèmes?

Plutôt suivre la côte
fragment après fragment

 

Ode fragmentée à la Bretagne blanche

 

 distiques si éloignés des stances houleuses de Perse — pourtant à plusieurs reprises, cité en exergue.

 

Du coup, j'ai descendu la vingtaine de bouquins : poèmes ? essais ? carnets de voyage ? journaux ?

J'avais commencé de lire Kenneth White en 1977 avec ses Limbes incandescents, publiés dans Les Lettres nouvelles de Maurice Nadaud. L'ex-libris de son dernier livre lu, La maison des marées note le 24 novembre 2005. 

 

... je ne rencontre pas âme qui vive, à vélo ou à pied, seulement des mouettes, rassemblées sur la plage face au soleil ou bien nichées ça et là, solitaires, et des corbeaux fourrageant dans d'énormes amas de goémons. Au loin, par intervalles, des essaims de petits oiseaux, sans doute des migrateurs faisant route vers quelque région chaude du Sud pour y passer l'hiver. Ici, encore des rochers aux formes grotesques, souvent blanchis par les fientes, et le sentier qui court au milieu des bruyères (les cendrées rouge sombre et les callunes plus pâles), des mûriers sauvages, des fougères, des prunelliers et des chèvrefeuilles. Cette partie sud-sud-ouest de l'île est celle qui voyait le plus grand nombre de naufrages, comme le dit un rapport de 1681 :

« Le bout de l'isle Doüessant le plus exposé au mauvais temps est celuy d'Oüest Suroüest et c'est sur ce bout que se font presque tous les nauffrages. »

C'est là que coule cette violente rivière marine, le Fromveur. Où que l'on regarde, on aperçoit un phare. Je marche le long de Penn ar Roc'h et continue vers Penn Arland en passant par Bouge an Dour, Porz Gwenn et Penn ar C'hreac'h. Partout le soleil qui brille sur le mica, ici et là des touffes de carotte sauvage ou de criste-marine, et, dans une petite crique tranquille, où l'eau vert-bleu clapote contre les rochers, un héron blanc.

 

Ailleurs, sur un rivage des Landes :

 

Chardon bleu sur la dune
bleu brûlant sur la dune
les racines dans le sable
mais vigoureux en diable

le chardon bleu et moi
toute la journée nous restons
sous ce soleil de plomb

moi je contemple le grand tout
lui il y est et il s'en fout

 

sermon du chardon bleu

in Terre de diamant

 

La vingtaine de bouquins est encore toute évâillée sur la table. Pour une paresseuse lecture.

 

 

 

* Marcher, une philosophie, Frédéric GROS, Carnetnord, 2009.

mercredi, 15 septembre 2010

des hommes

 

 

au sortir d'une salle de cinéma

 

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Au delà de toute foi, de toute croyance.

Dans la solidarité tenace et quotidienne des humains.