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Journal de voyage en Gadiaga

À mes compagnons émigrés, soninké et pulaar,
qui m'ont accompagné dans ce cheminement,
à la découverte de leurs racines.


 

Quelques notes
sur un Islam de très grande douceur,
rédigées lors de séjours
dans la Communauté rurale de Baalu
entre 1993 et 1995.




Aux confins du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie, dans cette région du Sahel qui a subi  de front la grande sécheresse des annnées 1970-1980,  une communauté de quinze mille  âmes en dix villages, tout au long des rives du Fleuve et de son affluent la Falémé : bel exemple africain d'un tuilage où s'entremêlent dans la fusion et les tensions, sociétés soninké et peul, agriculteurs et pasteurs, chefferie traditionnelle et administration contemporaine, culture de l'oralité et maîtrise de l'écrit.

 
Les bribes de ce journal tentent de retracer les impressions d'un voyageur qui, ni ethnologue, ni spécialiste des religions, mais  simple passant, issu du melting pot occidental, depuis quelques années séjourna dans ce pays du Sénégal oriental.
Les séjours de ces quatre années s'inscrivent dans le cadre d'une coopération décentralisée tripartite entre une communauté rurale sénégalaise et deux collectivités européennes, allemande et française ; l'intérêt de ce jumelage résida dans les relations directes et durables qui existèrent entre ces trois communautés humaines de chacune quinze mille âmes, pour mener ensemble des actions de coopération  dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'économie et de la culture.
Aux bords de trois fleuves, le Sénégal, le Rhin et la Loire, échange, réciprocité, reconnaissance : voilà ce que souhaitaient vivre ces trois communautés.
C'est donc, petit à petit, dans un compagnonnage épisodique que se dévoilèrent les entrelacs culturels, religieux d'une communauté  africaine riche de pratiques métissées dans le domaine quotidien de la culture, de la langue et de la religion.




Petit pays du Haut-Sénégal actuel où s'implanta l'Islam entre  XIème et XIIème siècle, à la faveur des relations marchandes entre les nobles soninkés de l'empire du Ghana et les caravanes berbères des Almoravides, le Gadiaga (ou Galam) se réfère au courant des confréries de la Qâdiriyyaa, fondées en Perse par Abdel-Qadir Al-Jilâni (1078-1166 après J.-C.) et fortement influencées par le soufisme. Depuis le début du XIXème siècle, c'est l'influence réformiste des confréries de la Tijaniyyah, issues du Maghreb, qui prédomine et c'est à cette Tijaniyyah  que nos amis affirment se rattacher. Des tensions sociales et politiques, dues sans doute à des appréciations divergentes dans le rapport à la colonisation française, provoquèrent, dans certains villages, l'adhésion de quelques clans minoritaires, aux confréries wahhabites.

Mais aussi le Gadiaga a gardé traces de son passé anté-islamique et de son appartenance à l'empire du Ghana (ou Wagadu), à travers les récits des voyageurs arabes et dans les dits épiques de ses griots, un passé agité, complexe, objet de controverses quant aux lieux d'origine - delta central du Niger, le Macina, ou plus au nord, les régions du Sahara méridional, le Tagant, l'Adrar, l'Awkar — et quant à l'implantation de la capitale de l'empire. La légende du Wagadu, la dispersion qui fit suite à sa destruction, est encore vivante dans les villages du Gadiaga.

Se dit encore le mythe  fondateur de l'empire et de sa disparition à travers l'histoire du serpent Biida, symbole de la fertilité dans l'univers culturel saharien, des rois de Kumbi, de Sya Yatabéré, la fille de Magan dernier roi de Kumbi, qui vainquit le serpent, mais provoqua ainsi  la grande sécheresse, la perte de l'or et la grande diaspora soninké aux quatre coins du Sahel.


L'adhésion à l'Islam n'a point gommé la mémoire de cette geste  fondatrice. Les Soninkés sont encore très imprégnés des valeurs culturelles liées à ce passé : organisation sociale, rapports économiques, chants et danses y font souvent référence.
Ainsi s'est maintenue l'identité soninké.

Village après village, il s'agit donc ici de la notation brève, quotidienne et impressive, de moments, de rencontres, de paroles, qui ont trait à la manière de vivre l'Islam.



Dans les ruelles de Kounghani

Venant de Dakar, après avoir suivi pendant plus de onze heures la route du Fleuve, c'est ici, plus encore qu'à Bakel, que se fait l'entrée dans « mon » Afrique. Le taxi-brousse se glisse entre les collines de pierres  aigües et noires qui dominent une étendue grisâtre d'arbustes épineux et de champs de manioc en jachère. Kounghani se devine bientôt dans le nord-est à ses palissades de bois qui ceinturent les enclos de troupeaux et à cette fracture d'horizon que l'on pressent comme l'annonce du Fleuve proche.


Kounghani, j'en ai toujours entendu parler comme de la « Ville Sainte » du Gadiaga. Y réside le clan des Tandjigora, nobles religieux soninkés dont l'influence est reconnue dans toute cette région du Sahel.
Un soir de saison sèche, après une journée lourde de palabres : nous descendons par la ruelle principale vers le fleuve en quête d'un peu de douceur humide. Nous visitons la mosquée sertie dans un enclos de fraîcheur végétale, architecture qui s'inspire trop du roccoco maghrébin, oublieuse du style soudanais, pourtant proche... Djenné, Mopti ! Nous allons jusqu'au Fleuve ; les femmes s'affairent dans les petits périmètres maraîchers, une noria continuelle de larges cuvettes émaillées ; l'eau est jetée sur les carrés de légumes ! Quand nous remontons, trois majestueux boubous, de parme, de vert et d'or, descendent à notre rencontre. Salutations et présentations en soninké et en français :  le personnage central vêtu de l'or, c'est Ali Tandjigora l'imam de Khounghani, il a recu visite d'allégeance de deux  autres imams voisins, le parme, du Mali, le vert de Mauritanie. II les raccompagne jusqu'aux pirogues et revient s'entretenir de notre voyage, de ce qui nous lie à sa communauté. Il nous invite à prendre le thé rituel dans sa concession. Nous parlerons longuement de Tierno Bokar, le Sage de Bandiagara et maître d'Hampâté Bâ ; il souligne qu'il est toujours bon de converser avec les gens d'une autre religion et que ceci ne peut qu'affermir sa propre foi.

Dès lors qu'un homme croit en Dieu, il est mon frère !



Funérailles à Sinthiou Djébékhoulé

Nous sommes à Amadji quand un messager de Djébékhoulé vient annoncer la mort soudaine de Samba Jallo, le conseiller rural du village. Il sera décidé dès que nous aurons achevé nos rencontres avec les groupements d'Amadji, d'aller présenter nos condoléances au village...


Ici, l'adage du Christ « Laissez les morts enterrer leurs morts » est pris à son opposé. Toutes affaires cessantes, hommes et femmes, proches ou amis, prennent la route pour se rendre au village du défûnt. Les frontières n'existent plus quand la renommée du mort les a franchies de son vivant. On voit ainsi, entre Mali, Mauritanie et Sénégal, de longues cohortes chargées de baluchons se hâter à grands pas le long des pistes, et, s'il ne s'agit point d'aller à un mariage, c'est bien pour aller présenter ses condoléances au clan du défûnt que l'on chemine ainsi. Les funérailles durent entre trois et cinq jours, alternances de longues déplorations et de ripailles, la famille du mort se faisant un honneur de nourrir à satiété tous les visiteurs. Et quand un village triple sa population pour de telles occasions, on peut imaginer l'affairement des cuisinières et la collecte des offrandes.


C'est ainsi qu'un matin, toutes affaires... de coopération cessantes, je me suis retrouvé, mi-accroupi, mi à genoux, dans la poussière du cimetière de Sinthiou-Djébékhoulé, mes compagnes de délégation ayant été invitées à rejoindre les femmes dans la cour de la concession du mort. Nous étions bien quinze cents dans ce village de cinq cent âmes. Quand commença la psalmodie de la Fatiha, je fus invité à m'approcher de l'imam, des mains amies dénouèrent mes bras croisés, m'invitant à me joindre à ce très beau geste d'imploration, paumes ouvertes vers le ciel. J'étais, pour un instant, admis dans la communauté, fils d'Abraham comme ce millier d'hommes qui m'entouraient.
Un an plus tard, en France, lors de la mort d'un jeune, emporté par le sida, Lassana Diarra, l'animateur de la campagne d'alphabétisation que nous soutenions dans la Communauté rurale, témoignant de l'amitié de sa communauté africaine pour le deuil des amis de France, psalmodira, dans l'indicible silence d'une église comble, cette même Fatiha, prière quotidienne et ultime du croyant en terre d'Islam :

Au nom de Dieu, le Bienfaiteur miséricordieux
Louange à Dieu, Seigneur des Mondes
Souverain du Jour du Jugement...



Sur les bords du Fleuve, à Golmy 

Ce jour-là, la chaleur a été étouffante... Un mur épais. Au plein midi, il faut marcher très lentement dans ce feu mélangé de ciel et de terre. Sous les épineux, l'air est comme immobile et dur.


Au soir, jai proposé à mes compagnons de descendre au Fleuve, autant pour la brise légère qui court à sa surface que pour le plongeon dans l'eau tiède. Nous croisons de jeunes hommes qui remontent.
« Salam ou Aleikoum !
– Ou Aleikoum Salam ! »
Salutation qui m'est bien familière depuis mon long séjour maghrébin : j'explique à Hermann, mon compagnon de voyage, le sens de ce salut, en insistant sur le fait qu'il s'agit d'une salutation en langue arabe. Cheikhna, un ami émigré qui s'est joint à notre délégation, me reprend doucement sur ce dernier point en nous expliquant, que pour eux, Soninkés, ce salut n'a aucune connotation étrangère, contrairement au bonjour français qui leur rappelle l'occupation coloniale, mais qu'il s'agit d'une salutation religieuse qui pour eux n'a « rien à voir avec les arabes ».
Sa remarque me fait sourire et provoque un léger agacement ; je songe à l'aliénation, à la religion, "opium du peuple", qui fait accepter à cet homme que j'estime ouvert, les séquelles d'une occupation coloniale antérieure à la nôtre. J'en suis encore à penser que l'islamisation de ce pays s'est faite de façon conquérante : pour l'écolier que je fus, les Arabes à Poitiers ne sont pas loin... Mais en mon for intérieur, je me promets de réviser mes leçons d'histoire !



La nuit du destin à Yaféra

Les derniers jours du Ramadam furent passés à Yaféra ; à une certaine fébrilité dans les rues du village s'annonçait la préparation de la Korité. Mais quelle en serait la date ? La nouvelle lune était prévue, par les calculs astronomiques pour la nuit du 1er mars au 2 mars, nuit encore totalement obscure. Mais, en Islam, ce qui compte avant toute certitude scientifique, fut-elle tirée des tables astronomiques, c'est l'œil du croyant qui, le premier, verra apparaître — mais où, dans le ciel saharien  ? — la première lueur du mince croissant. En Égypte ? Au Niger ? Plus au nord, dans le Maghreb ? Chez le voisin malien ? L'écoute de tous les transistors de Yaféra est attentive.


Cette nuit-là, Gabriel, l'Archange, révéla pour la première fois à Mohamed, la parole divine. Cette nuit-là, nuit fondatrice de la foi musulmane dans tous les pays d'Islam, cette nuit-là est une longue nuit de prière : la communauté entière se rassemble dans et alentours de la mosquée. Au cœur de la nuit et jusqu'à l'aube, la psalmodie s'élève, humble et grave, plus riche que mille suppliques.


La célébration de la nuit du Destin, la Layla-Al-Qadr, fut décidée par les anciens pour le 28 février. Ibrahima m'y invita. Je pris place tout au fond de la mosquée, au-delà du groupe des femmes.
Quand s'acheva la nuit, au sortir de la mosquée, beaucoup de gens vinrent m'étreindre les mains à l'africaine, la main gauche saississant l'avant-bras de la personne que l'on salue.


Le lendemain, dans la matinée, la radio sénégalaise nous apprenait que les gens de Yaféra avaient jeûné une journée de plus : la nuit du Destin étant le 27. La rupture du jeûne qui devait se fêter le soir, se fit à l'annonce même de la nouvelle, dans les rires et les plaisanteries à l'égard des anciens qui, une fois c'est excusable, n'avaient pas eu la vue très perçante.
Tard dans la nuit, tam-tam et danses : les danseuses soninkés, coiffées comme des reines, vinrent me toucher la main, façon de dédier à l'étranger la danse à venir. Au matin, c'était la Korité. Le pays entier bruissait du rire des enfants engoncés dans leurs vêtements neufs et chamarrés.



Dans la mosquée de Baalu

Dans ce pays, si vous souhaitez quelques moments de solitude, il faut précéder le coq et le muezzin. Mais, si, la veille, vous avez été invité au tam-tam, s'accumulent alors très vite courtes nuits et manque de sommeil.
Accompagné de Dawda, mon ami qui est aussi l'animateur culturel de la Communauté, j'allais demander à l'imam de Baalu, l'autorisation d'aller me « retirer » dans la mosquée.

J'aime, à l'instar de nos églises, ces lieux de recueillement et de fraîcheur, meublés des seuls tapis qui couvrent toute la surface du sol ; on y entre pieds nus. Tout aussi roccoco que celle de Koughani, la mosquée de Baalu est au cœur du village, mais son enceinte est plantée d'un épais rideau de nîmms, espèce d'accacia à l'ombre dense et fraîche. Le martèlement des pilons, le rire des enfants du village parviennent assourdis.

Nous eûmes avec l'imam  une longue conversation qui porta, comme à Kounghani, sur la fraternité que développait le jumelage entre nos trois communautés, sur les fils d'Abraham ; mais l'entretien s'imagea d'un arc-en-ciel qui ne doit sa beauté qu'aux nuances de ses couleurs : ainsi les voix des croyants qui, des quatre coins du monde, s'élèvent pour la louange de Dieu l'Unique.



« La création des cieux et de la terre, la diversité de vos langues et de vos couleurs sont autant de Merveilles pour ceux qui pensent ». (Coran XXX,22)



En le quittant et pour le remercier, je demandai que la bénédiction de Dieu descende sur nous, l'imam inclina son front jusqu'à terre en murmurant
« Amin ! »




Sur les terrasses de Djimbé

Ce n'est que dans l'instant qui précède le lever du soleil que ce pays est beau. Plus tard, l'incendie et la cendre !


Aux terrasses de Djimbé, l'aube y fut un instant de la naissance du monde. Splendeur de la lueur qui ocrait le vaste paysage de la savane jusqu'aux lointaines collines bleutées du Mali et dans les méandres verts de la Falémé. Nous dominions un monde d'une paix silencieuse, inouïe.
Les amis africains sortaient du sommeil abandonnant les nattes de la nuit pour les premières ablutions du matin. Ombres dans l'aurore, les mouvements des orants s'accordaient à la lente montée des lueurs surgies de l'est.
Assis sur la murette de terre, j'écoutais, pour la première fois depuis mon arrivée en ce pays, l'Officium defunctorum de Cristóbal de Morales, curieusement soutenu par l'improvisation poignante du saxophone de Jan Garbarek. Le chant reprenait les paroles du prophète Isaïe :

 


Populus genuit qui ambulabat in tenebris,
vidit lucem magnam :
habitantibus in regione umbræ mortis
et lux orta est eis.
Multiplicasti gentem et magnifiscasti laetitiam.

 



Sur la psalmodie funèbre, s'élevait la gloire de la lumière et nous sortions des contrées de ténèbres.




En allant à Kidira

Le Dakar-Niger, rame malienne, est prévu à 23 h 30, j'ai toute la journée pour atteindre Kidira, la gare frontalière. Partis de Bakel le matin avec la peugeot brinquebalante du boulanger, Ibrahima Timéra et moi, nous nous arrêterons dans quelques-uns des villages de la Communauté : derniers dossiers à règler, dernières salutations aux amis.

À Kounghani, pour la ènième fois, je rate mon rendez-vous avec Adrian Adams, cette ethnologue écossaise qui, devenue "femme soninké", s'est établie depuis des années, aux bords du Fleuve; nos lettres et nos fax se croisent avec plus de bonheur ; je lui laisse cinq cents exemplaires d'une brochure sur la prévention contre le sida, qu'elle a traduite en soninké et que j'ai mise en page et fait imprimer ; elle est devenue, pour moi, « l'Invisible de Kounghani » ce qui n'étonnera guère ceux qui connaissent ses réticences extrêmes à recevoir voyageurs, coopérants, agents de développement, étudiants qui, depuis quinze ans tentent le pélérinage de Kounghani. Ce sera quelques mois plus tard et... sur les rives de la Loire que se fera la rencontre avec ce petit bout de femme au flegme et à l'humour plus britanniques que nature.


Mais, j'aurai pu échanger encore avec Jabé So, son mari, petit homme noueux et tout parcheminé, vieux militant paysan qui s'opposa dans les années 60-70 aux délirants projets gouvernementaux qui risquaient d'asservir ces fiers paysans et pasteurs en ouvriers agricoles à la merci de nouvelles grandes compagnies céréalières et cotonnières. Il créa la Fédération des Paysans Organisés qui me fait songer de façon émouvante aux Paysans-travailleurs de nos pays d'Ouest.

À Yaféra,  la matinée s'avance et monte la chaleur. Le verre d'eau tiré du canari que m'offre, plus rieur que jamais, l'ami Demba Tall, est la plus belle fraîcheur du monde.

Sera-t-elle moins douce l'eau offerte par Djibi Sow, l'infirmier, au plus fort de midi, au seuil du dispensaire de Baalu : il nous confie l'une de ses patientes qui est venue, la veille, de Kidira pour le consulter ! Djibi, plus  médecin aux pieds nus qu'infirmier de brousse, alliance de douceur peule et de compétence, de piété musulmane et de dévouement professionnel, à te revoir bientôt ! Salue tes filles : elles sont parmi les plus belles du monde.

Au plus aride de l'après-midi, Djimbé, dernière halte avant Kidira. Nous déposons cartons de livres et machine à écrire chez Demba Niang, le « grand frère » de Dawda. Il est là, le matin, il a pêché sur la Falémé, il attend la tombée de la chaleur pour rejoindre son maraîchage. À peine descendus de voiture, déjà, nous sommes invités à nous étendre sur les matelas couverts de pagnes blancs brodés, dans l'ombre de la véranda.


Le repas arrivera très vite : riz et petits poissons de la rivière délicieusement frits et croustillants. Aurions-nous été attendus que l'accueil n'aurait pas été plus chaleureux et attentif ! Trois années que j'attends de pouvoir m'entretenir avec cet homme, Demba Niang, ancien travailleur émigré, revenu au pays depuis dix ans. Nous parlerons quatre heures durant de notre jumelage, de nos échanges, de ces rapports nouveaux qui s'ébauchent par delà la colonisation et les avatars des indépendances. Demba, paysan colossal au propre et au figuré, homme d'eau et de terre, homme du végétal et de la pierre, débordant d'idées et d'actes : irriguer, planter, pêcher, lutter contre l'érosion, comptabiliser, conseiller.

La pensée qui laboure, plante et engrange !

Ce qui lie ces hommes, que j'ai côtoyés quelques heures, quelques jours, c'est certes la passion pour l'amélioration des conditions de vie de leurs communautés villageoises. C'est aussi, mais le mot peut paraître désuet, leur piété d'hommes, qui témoignent, sans ostentation, ni prosélytisme d'un attachement aux pratiques religieuses de leurs ancêtres. J'ai toujours admiré le fait qu'ils n'aient jamais interrompu un entretien, une séance de travail pour raison de prière, qu'ils n'aient jamais eu parole de mépris ou de remontrances pour des jeunes qui abandonnent les rites  ponctuant la vie d'un pieux musulman : la prière, le jeûne.
Voici quelques-uns de ces hommes qui vous réconcilient avec une Afrique qui s'annoncerait enfin bienheureuse !

Arrivés à Kidira, nous n'étions plus que des asséchés, poussiéreux et rompus. Je pensais être à Dakar à quinze heures, le lendemain. Le Dakar-Niger, rame malienne, n'entrera en gare de Kidira qu'à deux heures du matin, pour en repartir à cinq, voie unique et croisement de la rame sénégalaise allant sur Bamako obligent ! Les fraîcheurs océanes de Dakar auront quelque retard.



« Si pressé que tu sois, tu ne peux dire à ton cul de te précéder ! » dit le Mandingue.

 



Baalu,  juillet 1995
Melleray,  novembre 1995

Écrit par grapheus tis Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

C 'est juste félicité celle et ceux qui ont contribuer au développement de notre communauté rural de ballou
et particulièrement mes remerciement les plus sincère à toutes et tous les acteurs participant aux actions pour l' udcrb .

Écrit par : Tandigora Sikou | jeudi, 20 septembre 2012

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