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mardi, 19 décembre 2006

à nouveau dans de sombres parages

À nouveau dans les parages de la camarde.
Appel aux Dogons pour saluer ce compagnon de mes routes africaines : JeanClaude D était revenu, il y a deux ans de la Falaise de Bandiagara, je ne l'avais précédé que de cinquante ans. Mais que sont cinquante années sur cette piste où depuis, avant-hier, sa mort nous a engagés ?
Les Dogons, achevés les rites funéraires qui éloignent les désordres que nous causent "l'impureté" du mort et l'entraînent hors du domaine terrestre, vont rompre, dans la complexe érection d'une poterie-autel , les dernières attaches de ce défunt qui de la qualité de "mort" passe à la qualité d'ANCÊTRE vivant.

Ancêtre qui vient du latin antecessor, celui qui précède, d'abord attesté comme terme militaire au sens de « éclaireur ».
Les ancêtres comme des éclaireurs !
Les Dogons ne sont pas loin de me fournir une amorce de réponse à l'interrogation de l'immortalité et de l'éternité.
Et si c'était de notre ressort à nous, les encore vivants, de continuer nos morts bien au delà du simple souvenir ?

Char écrivant sur la mort de Camus se rapproche des Dogons :

Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence. Qu’en est-il alors ? Nous savons, ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s’ouvre pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur, puis loin, devant.


Jeudi, au sortir de ses funérailles, je pourrai dire de JeanClaude : « Salut ! L'Ancêtre ! »

vendredi, 24 novembre 2006

le silence

10:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : SA

mardi, 04 juillet 2006

Jean est mort

Ce samedi 1er juillet, au soir, Jean Corbineau est mort. Il était mon ami d'enfance et d'adolescence.

Dans son dernier message du 1er mars, il nous écrivait :

.. J'ai rechuté....Je viens de passer douze jours à l'hôpital : ma hantise : la fièvre (six jours de fièvre, trois jours de chimio et trois jours de fièvre... La fièvre, c'est ma hantise.
Je sais que votre amitié me soutient. A bientôt quand même.
Jean


« ... un monde où le bref passage de (cet homme) sur la terre a eu lieu diffère désormais irréductiblement et pour toujours d'un monde où il n'aurait pas eu lieu. »
Vladimir Jankélévitch


Lire Jankélévitch ni ne console, ni n'empêche les larmes, lire Jankélévitch permet de se tenir droit.

jeudi, 24 novembre 2005

24 novembre 1964

au-delà de la nostalgie, au-delà de la mélancolie, au-delà de la tristesse,
l'énigme douloureuse et immuable du jamais plus !

La Treizième revient... C’est encor la première ;
Et c’est toujours la seule, — ou c’est le seul moment ;
Car es-tu reine, ô toi ! la première ou dernière ?
Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant ?...

Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;
Celle que j’aimai seul m’aime encor tendrement :
C’est la mort — ou la morte... Ô délice ! ô tourment !
La rose qu’elle tient, c’est la rose trémière.

Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,
Rose au cœur violet, fleur de sainte Gudule,
As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux ?

Roses blanches, tombez ! vous insultez nos dieux ;
Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle ;
— La sainte de l’abîme est plus sainte à mes yeux !


Gérard de Nerval
Artémis

jeudi, 24 février 2005

Mare adentro

Au sortir du film de Alejandro Amenabar, dans la rumeur prolongée des musiques galiciennes, à déchirer le ventre,

– Qu'y a-t-il après la mort ?
– Rien.
– ......................................
– Comme avant la naissance.


Ramon Sampiedro a-t-il pensé lui aussi, à l'instar de Jean Améry
«...que la mort volontaire est dans sa contradiction, l'unique chemin de la liberté qui s'ouvre à nous. Ce chemin est absurde mais non fou, puisque son absurdité n'accroît pas celle de la vie, mais au contraire la diminue. »

vendredi, 26 novembre 2004

Porter le deuil

C'est porter la douleur.

copie_de_rabea005.jpg


Ce qui déchire, c’est le ciel vide.
Que le corps aimé retourne à la béatitude de la terre, de l’eau ou de l’air, soit !

Mais la conscience de celle qui fut vivante ? Où ?

Là est l'énigme !

Celui qui demeure, le vivant, ne peut qu'accomplir le souvenir.
Il ne résoud point l'énigme.
Il porte et la douleur et la pesanteur de l'énigme.

jeudi, 25 novembre 2004

L'adieu

Je n'ai jamais pu revoir sans être terrassé par l'atroce les chambres où nous avions dormi

Ma déchirure

dieu, que Tu fus belle !

06:00 | Lien permanent

mercredi, 24 novembre 2004

Rien

Tant de silences entre tous ces jours


Mots brûlés
paysages obscurcis

luxuriante chevelure noire

Je n'avais pas toujours su te suivre sur la route de Ta mort

lundi, 22 novembre 2004

Dans l'aride

Aucun message aux rives de ta mort.

Seul ce cri déchirant que Tu es devenue au-delà des terres.

dimanche, 21 novembre 2004

Sur la complainte perdue de la Kahéna

toujours dans les mêmes parages

Plus tard, dans une mechta abandonnée
de la palmeraie de Baniane,
au pied de l’Amhadou,
la montagne de la Joue Rose qui domine le désert,
une nuit d’Aurès, sèche et pure,
où ils venaient s’adoucir des vents brûlants de Biskra,
blottis l’un contre l’autre,
sur des tentures qu’enfant elle tissa,
elle lui fredonnera à voix basse,
à voix si lasse si lasse déjà,
cette mélopée déchirante.

Dans les parages de la mort

Se dissimuler dans le texte d'un très ancien guide.
Sinon le CRI !


O quel doute en quel couloir tremblant ! Et tu es
Lasse à tomber quand s'ouvre et va s'ouvrir
La nuit où tu es sauve ; car tu vas mourir


de Pierre Jean Jouve, in "Sueur de Sang"

jeudi, 18 novembre 2004

Si peu d'écume

Il y a quarante ans.

Une femme s'éloignait sans retour. Malgré elle, malgré moi.
La civière avait été hissée dans l'avion. Se refermait la porte de notre vie.

Ce soir-là, j'ai longuement marché sur la plage infinie de Sidi-Salem. Gris, et le ciel et la mer !
Ce soir-là, tu étais dans une chambre d'hôpital et je ne voulais pas savoir que tu allais mourir.