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vendredi, 04 décembre 2009

lire "une" guerre d'Algérie

La peur au ventre. Mais elle est où, la peur au ventre ?
Pas sur les photos.

Aucune d'elles ne parle de ça.
C'est quoi alors, seulement, ce qui reste ?
Moi, je me disais, je suis là, j'ai soixante-deux ans et
dans ce salon, là, à presque quatre heures du matin, je
regarde des photos et mes yeux, les larmes, la gorge
nouée, je me retiens pour ne pas tomber, comme si les
sourires et la jeunesse des gars sur les photos c'était
comme des coups de poignard, va savoir, qui on a été,
ce qu'on a fait, on ne sait pas, moi, je ne sais plus.

Laurent Mauvignier

Des hommes, pp. 259-260

 

Trop de pages à feuilleter sur la table. Dix, quinze bouquins à lire, à relire, à annoter, et ce brûlot rapporté hier, Livres en feu, avec sur sa couverture comme un incunable passé au napalm.

Puis, vers 15 heures, dans le peu de lumière que le ruissellement interminable de la pluie nous consent, cet autre, emprunté à JC comme une urgence, retardée. À la nuit tombée, je scanne les quelques lignes qui ouvrent cette note.

 

C'est cette guerre et ce n'est pas cette guerre. C'est sans doute porté à son extrême le soliloque taiseux de milliers de "gus" : tout y est et c'est peut-être trop.

Est-ce encore assez ? Sans doute un texte fort par son écriture parmi les 500 titres et plus— fiction, histoire, journal, mémoire, correspondance, pamphlet, tous genres confondus — qui relatent chacun, "leur" guerre d'Algérie.

 

Mais que peut écrire, face à un qui fait profession d'écrivain, un témoin obscur qui tenta de maintenir la parole ?

 


lundi, 16 novembre 2009

bref retour à la "liste"

La "liste", ça va, ça vient.

Chez les uns, litanies pour rogations, chez d'autres, classifications pour manuels d'entomologie, inventaires avant disparition, chez d'autres, après Rabelais, Borgès, référence est fait à Roubaud ou aux déclinaisons de Chevillard — pourquoi pas  ! — je n'avais point pensé à la déclinaison comme liste.

À lire dans le tiers livre.

Avec comme un arrière-goût des exercices de style de Raymond Queneau.

jeudi, 12 novembre 2009

à propos de la dixième lauréate du "Goncourt"

Si les lettrés continuent ainsi de contester ses courtisans, le monsieur de passage à l'Élysée  se refusera définitivement la lecture des bonnes romancières françaises.

Il a sans doute déjà pris sa décision.

jeudi, 29 octobre 2009

lors d'une insomnie et pour un quarantième annniversaire

C'était l'autre nuit, en son milieu, quand le sommeil, pour une heure ou deux, quitte le dormeur :

 

Tu dis « moi » et tu es fier de ce mot. Mais ce qui est plus grand, c'est - ce à quoi tu ne veux pas croire - ton corps et son grand système de raison : il ne dit pas moi, mais il est moi.
Ce que les sens éprouvent, ce que reconnaît l'esprit, n'a jamais de fin en soi. Mais les sens et l'esprit voudraient te convaincre qu'ils sont la fin de toute chose : tellement ils sont vains.
Les sens et l'esprit ne sont qu’instruments et jouets : derrière eux se trouve encore le soi. Le soi, lui aussi, cherche avec les yeux des sens et il écoute avec les oreilles de l'esprit.
Toujours le
soi écoute et cherche : il compare, soumet, conquiert et détruit. Il règne, et domine aussi le moi.
Derrière tes sentiments et tes pensées, mon frère, se tient un maître plus puissant, un sage inconnu - il s'appelle soi. Il habite ton corps, il est ton corps.
Il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse. Et qui donc sait pourquoi ton corps a précisément besoin de ta meilleure sagesse ?
Ton soi rit de ton moi et de ses cabrioles. « Que me sont ces bonds et ces vols de la pensée ? dit-il. Un détour vers mon but. Je suis la lisière du moi et le souffleur de ses idées. »


Plus tard, l'éveillé qui s'ensommeille à nouveau, saura qu'Ainsi parlait Zarathoustra.

Au matin, il n'aura nul besoin d'aller à la Médiathèque. Il lui suffira avec Google, ou Excite, ou Exalead, ou encore Clusty de saisir les trois mots et d'importer, sur le disque dur, le bouquin de Nietzsche et de retrouver Les contempteurs du corps aux pages 42-43.

Facile, dirait Noémie ! Fastoche, ajouterait Célia !

 

Ce matin du 29 octobre, le bruit court que l'Internet a quarante ans parce que, ce jour-là d'octobre 1969, un certain Kleinrock et son équipe ont fait communiquer deux ordinateurs entre eux. C'est peut-être plus complexe que cette simple énonciation d'un fait.

Je ne me suis embarqué sur l'Internet que vingt-sept ans plus tard, j'en suis heureux. Nous avons emprunté aux Grecs — tiens ! les revoilà encore ceux-là ! — le nom de cybernaute. J'en suis encore plus heureux :  "kubernètès"  veut dire pilote, timonier.

La Toile est un océan.

 

Et mon corps est "la lisière de (mon) moi et le souffleur de (mes) idées", même — peut-être bien surtout — quand il est aux bords de l'ensommeillement ou de l'océan.

samedi, 10 octobre 2009

cinq ans déjà ! ou de trop ?

Cinq ans à parsemer la Toile de petits cailloux, joyeux ou tristes, selon les vents, les pluies, les lectures, les pensers, un chant, des musiques, un regard.


Pour inaugurer cette sixième année — peut-être à suivre —, en voici trois :

• Μηδὲν ἄγαν σπεύδειν *

Théognis de Mégare, poète didactique et élégiaque, vers 540 avant notre ère.

 

Il aimait placer son bonheur dans le foulard parfumé d'une femme ou sous une pierre oubliée au bord du chemin.

Amin Zaoui, auteur algérien de La chambre de la vierge impure.**



• à René Guy Cadou


De bas brouillards tremblaient aux vallées de l'automne
Les chiens jappaient sans fin sur le bord des ruisseaux
On entendait rouiller leurs abois dans l'écho
A des lieues et des lieues, sur des pays sans borne.

Le vent sentait la pierre rêche et le gibier
II était dur et vif à nous trancher la gorge.
Nous nous hâtions vers quelque grange, dont le porche
Offrait déjà l'abri à des coqs qui chantaient

Lorsque, sur le revers d'un coteau, nous trouvâmes
La jaune apaisante caresse des raisins.
Bien à l'écart du vent, des grappes plein les mains
Nous bûmes longuement, renversés sur la flamme.


Luc Bérimont, Le vin mordu***

 


* Les latins auraient écrit : "In medio stat virtus".

François de Sales aurait traduit : "La vertu se tient au milieu".

Le bon (?) sens populaire, au choix : "Point trop n'en faut !"  ou "Ni trop, ni trop peu !"

Et pour revenir aux Grecs qui ont l'art de la plus grande concision, ils font, parfois, sauter le "σπεύδειν" et vous livrent ainsi un bref "Μηδὲν ἄγαν".


 ** Une lecture de ces jours-ci.


*** Une lecture d'il y a plus de cinquante ans, quand je découvrais la poésie contemporaine d'alors, que je découpais des poèmes dans le Figaro littéraire (???), un poème relu dans Les Cahiers Cadou et de l'École de Rochefort-sur-Loire, parus dans l'été 2009, aux éditions du Petit Véhicule.

 

 


 

samedi, 03 octobre 2009

un caleçon contre "l'institutionalisation de l'islam"

J'y suis donc allé.

Chez mon libraire de la Fosse.

Revenu avec deux livres dans ma besace.

 

L'incendie du Hilton de FB et d'Amin Zaoui — ce  conservateur de la Bibliothèque nationale d'Alger qui s'est fait "jeté" il y a un an à peine, par la ministre algérienne de la Culture, Khalida Toumi — La chambre de la vierge impure. À lire La razzia et quelques autres de ses bouquins, je me demande comment il avait pu être nommé à un tel poste. Sa mise à l'écart serait due à l'invitation d'Adonis, le grand poète syrien.

Je ne citerai qu'un bref passage de la chambre de la vierge impure. Mais il est vrai qu'à lire Amin Zaoui ou Boualem Sansal, je me suis repris à espérer en ma troisième terre d'élection. J'espère que leurs bouquins, bien entendu interdits, circulent dans une belle et et saine clandestinité.

 

De Zaoui, donc, dès la seconde page de son récit :

Quand on a eu fini de faire l'amour, allongée sur un faux tapis persan imprimé de deux magnifiques paons, liesse de couleur, Sultana, encore nue, m'a lancé un regard perplexe et malin, le désir se reflétant dans le charbon de ses yeux, et m'a dit : « Je veux savoir comment tu ranges ton zizi dans ton caleçon. »

Sa voix douce et délectable me paraissait appartenir à une race d'oiseau en voie de disparition. Une race qui n'existait qu'au paradis ou dans l'imaginaire fou de Ziryab (789-857), célèbre musicien luthiste et chanteur bagdadien installé à Grenade la musulmane. En me lançant cette requête, Sultana n'était ni souriante, ni moqueuse, ni taquine. Elle avait l'air sérieux, méditatif et réfléchi. Toute une poésie d'enfant animait l'eau de son regard !

Je ne sais pas pourquoi, mû par une force extraordinaire, le superbe charbon de ses yeux s'est métamorphosé en jade.

J'ai paniqué.

L'eau n'est pas dormante !

J'étais en train de me rhabiller. Je scrutais le ciel du village à travers une lucarne, je l'ai aperçu très haut, enseveli dans un bleu fantastique.
Je ne m'attendais pas à une telle requête, et pourtant je l'ai trouvée intelligente, pertinente !
Et embarrassante.
Je ne m'étais jamais demandé comment je faisais pour ranger mon trésor dans mon caleçon ou dans mon slip.
« Mon oiseau édénique est là. On apprend comme ça, à ranger son zizi sans la prescription d'un maître, sans leçon de quiconque, sans grande difficulté, sans gêne. C'est une autre pédagogie. Une pédagogie divine. C'est un geste intuitif et illuminé, un don d'Allah le Miséricordieux, Lui qui octroie aux hommes le génie et l'intelligence de savoir ranger leurs fortunes dans leurs slips et apprend aux belles femmes comment cacher le sang de l’erreur dans des mouchoirs en coton. »

 

Ces quelques lignes peuvent faire tout autant que le plaidoyer d'Adonis contre "l'institutionalisation de l'islam" !

 

mardi, 29 septembre 2009

Blogue ou ne blogue plus ! Scanne ou ne scanne point !

Faudrait-il ne plus aller en mer ?

Trois notes en ce septembre. C'est un mois amorphe.

 

Tant de petits événements dont les longs moments de rêveries — "rêvasseries", devrais-je écrire — marines, m'éloignent !

 

Ces sites et ces blogues qui ferment, cet entremêlement entre la Très Grande Bibliothèque, ses ancien (gaullien) et nouveau (chiraquien) présidents, LE nouveau ministre — un ministre ou un papillon ? — et Goggle ! La presse s'en fait régulièrement l'écho et le site de l'homme qui est une aiguille, oh combien précieuse !, dans la botte de foin creuse les interrogations jusqu'à provoquer un commentaire du président en exercice de la BNF.

 

Je m'en fus naguère visiter ZazieWeb : ça remonte à janvier 2001. J'aimais bien. Dans l'émoustillement de la nouveauté, j'ai même commis une ou deux notes.

 

Puis, j'ai migré vers remue.net, quand FB, seul tenait rubriques sur Toile ; j'ai espacé mes visites quand le site s'est "collectivisé" — Oh ! le vilain mot —, mais il est vrai que j'ai ressenti ce passage comme une dépersonnalisation.

Le site devenait sérieux et littéraire en diable ! Il passait des marges au bon vrai réseau "Lettré".

 

Et je suis prosaïquement revenu aux papiers du Monde des Livres, à LibéLivres, de temps à autre au Magazine littéraire selon les dossiers et les thèmes, aux rayons de la Fnac — pour consulter, jamais pour acheter — et à mon Libraire de la Fosse.

 

Demain, j'y vas !

lundi, 31 août 2009

à chacun sa rentrée littéraire

Il y en aurait 659 ! Je ne sais si j'en lirai un.

Toujours ce fichu plaisir d'être dans les contres. Et dans ce qui serait plutôt à côté des romans.

Je suis allé chercher sur la sixième étagère un bouquin de Francis Jeanson qui s'en est allé ce premier d'août.

 

Je n'aimais guère son penchant sartrien et ses agissements de "porteur de valises" avaient choqué mon immaturité citoyenne ; je lui en avais voulu d'éreinter Camus.

Mais il avait animé la collection Écrivains de toujours, en avait commis le n°3, le Montaigne par lui-même. Ça suffisait déjà à me rabibocher avec sa pensée.

Et puis sur la sixième étagère, il y avait ce livre de lui, avec cet ex-libris, « Annaba, le 26 avril 1965 » : "Lettre aux femmes"

 

"Femmes, je vous aime ! Vous qui êtes mes sœurs, mes amies, mes amours, vous aussi que je croise un instant et ne reverrai plus, vous toutes qui rendez belle la vie, qui êtes la vie, si je m'adresse à vous c'est par bonheur. Par tout ce bonheur qui me vient de vous, et que jamais je ne parviendrai à vous rendre..."

 

C'est le versant mâle d'une correspondance avec une femme. J'étais, après la mort de l'aimée, dans une solitude écorchée vive, dans un tohu bohu affectif qui n'a peut-être bien jamais cessé.

Mais Jeanson était déjà de ces philosophes qui jamais ne séparent écriture littéraire et penser philosophe. Avec Montaigne, Sartre et... Camus, il était à bonne école. Non ?

 

Je ne sais s'il m'a aidé à sortir du tohu bohu. Sans doute non.

Mais il m'a mis en chemin et le tohu bohu m'a rassuré.

"Lettre aux femmes" est bien certainement l'un des "mes" meilleurs "romans" de la rentrée 2009.

 

Je vous regarde mon amie. De mes deux mains ouvertes, j'entoure votre visage et le contemple longuement. Vos pensées m'échappent, sous vos paupières closes, mais non point cette larme en suspens qui vient de se former entre vos cils. Je voudrais que vous n'ayez plus mal. Je voudrais que vous soyez heureuse. Je voudrais qu'à travers toutes mes maladresses et tant de mots que j'aligne, les uns insignifiants les autres superflus, quelque chose vous parvienne de cette vive tendresse avec laquelle je pense à vous et qu'aucun naufrage, en tout cas, ne saurait menacer.

Demain, je vous écrirai mieux. Ce soir, j'aimerais vous bercer.


 

 

samedi, 25 juillet 2009

un "blogue" de silence (... ou presque) I

Un  si bel été ?
Au gré des marées et des vents.

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Tréac'h Gouret,  d'où fut lancée, au début du flot, la barque emportant le corps de Gweltas, l'ermite de Lenn Her Hoad, sans doute le soir du 10 mai 565. Elle s'échoua, à la basse mer du lendemain, dans l'anse du Petit Mont. Les moines ensevelirent le corps de leur Abbé en l'abbaye de Rhuys dont il avait été le fondateur.

Sic transit...






jeudi, 25 juin 2009

une méchante mauvaise astuce

Lisant dans le LibéLivres d'aujourd'hui la rubrique de Launet, titrée "À fond la caisse", de lourdes idées de contrepétries qui alertent le cerveau du lecteur, et celle-ci :

 

« Un roman placé près des caisses se vend mieux.»

qui peut devenir

 

« Un coran placé près des m(e)sses se vend mieux. »


Enfin, bon ! méchante mauvaise façon de renvoyer les monothéistes à leur commerce. Le soleil du sud-ouest n'est guère favorable à des pensers plus profonds.

vendredi, 12 juin 2009

Sant Gildas aurait accueilli le barde Taliésin 3

Myrddhin (Merlin) aurait demandé à sa sœur Gwendydd, qui devait aller en Petite Bretagne prononcer l'élogue funèbre de son époux Rodarcus, de revenir  avec Taliésin qui était parti étudier près de Gweltas — Saint Gildas —  en la presqu'île de Rhuys.

 

Je vais y penser cette nuit ou demain à l'aube en arrondissant la pointe de Grand'Mont, surplombée par si peu de vestiges de l'Abbaye de Saint-Gildas. Où d'ailleurs résida un autre amoureux— puis moine — célèbre, un certain Abélard natif du Pallet en Pays Nantais.

 

Mon petit imaginaire rêve plutôt d'un séjour de Taliésin invité par Gweltas en son ermitage de Houat, dans le vallon de Lenn Her Hoad, qui débouche à l'abri des vents dominants sur la grande grève de Tréac'h Gouret à l'est de l'ile.

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Ce soir, avec S, je largue.

Au retour, je publierai la rencontre de Viviane et de Merlin dans L'Enchanteur pourrissant, ou Merlin relu par Apollinaire.

mercredi, 10 juin 2009

la "vita Merlini" 2

Puisque je suis parti dans la geste de Merlin, j'y vas !

 

Il y a deux ou trois siècles d'écrits qui dévoilent, ajoutent, recréent, brodent, glosent, commentent une histoire dont la source semble être un écrit de langue brittonne, fixant des traditions orales datant du VIe siècle, puis traduit en latin par Geoffroy de Monmouth, érudit gallois latinisant — s'inspirant lui-même d'un certain Nennius scribe du IXe siècle — qui fut dans la mouvance des ducs de Normandie, puis des Plantagenêts devenus rois d'Angleterre. L'ouvrage, la Vita Merlini, daterait de 1132. Le même érudit gallois écrira une Historia regum Britanniæ (qui développe l'histoire de Merlin en fondant ce qui allait devenir l'histoire du roi Arthur, de la Table Ronde, du Saint-Graal, francisée par Robert Wace en 1155, réécrite, par l'inévitable Chrétien de Troyes — lequel ignore et c'est aussi bien — la geste de Merlin qui sera amplifiée par Robert de Boron vers 1200.

 

Vers 1230, Le Lancelot-Graal — l'Estoire Saint Graal, l'Estoire de Merlin, le Lancelot propre, la Queste del Saint Graal, la Mort le Roi Artus — achève la vaste épopée arthurienne, laquelle s'est considérablement enrichie — ou appauvrie ! — des lectures très chrétiennes de scribes anonymes ou pas, moines des scriptoria ou écrivains de cour. Ce dernier ensemble semble assez cohérent et original pour laisser supposer l'existence d'un auteur, ou tout au moins d'un petit atelier unique de scripteurs.

 

Je n'ai pas parlé du Tristan de Béroul, de celui de Thomas, vers 1170/1190, le dernier plus conforme à l'idéologie amoureuse dominante de l'époque, ni du Peerlevaus (Perceval)



Donc, Merlin — ou  en gallois « Myrddin » ou « Myrdhin », en breton « Merzhin », en cornique « Marzhin », en latin Merlinus : un homme, barde, devin ou prophète, sans doute ayant été roi — le casqué d'Excalibur, le film de Boorman me paraît juste —, né d'un homme-fée (un diable, diront les chrétiens) et d'une pucelle, fille de roi et druidesse ou nonne, selon, avec toutes interrogations et interprétations.

 

Donc naît Merlin. Alla de grande Bretagne en petite Bretagne, conseilla, prophétisa, tomba amoureux de Viviane et vit encore— cet an 2009, encore, si,si ! — en lieu ignoré de la forêt de Brocéliande — en pays Gallo, nous disons plus prosaïquement  "forêt de Paimpont". D'où, suivant le conseil de Du Bellay, des récits qui suivront celui de Geoffroy de Bornemouth. Que voici, rédigé par un certain médiéviste, Jacques Boulenger*  :

 

Et, ayant ainsi travaillé, il se rendit en la forêt de Brocéliande auprès de Viviane, sa mie.
Quand elle le vit, elle fit paraître une grande joie, et lui, il l'aimait si durement que pour un peu il serait devenu fou.
— Beau doux ami, lui dit-elle, ne m'enseignerez-vous pas quelques nouveaux jeux, et comment, par exemple, je pourrais faire dormir un homme aussi longtemps que je voudrais sans qu’il s’éveillât ?
Il lui demanda pourquoi elle voulait avoir cette science, et elle ne lui confessa point la raison véritable, mais,hélas! il connaissait bien toute sa pensée.
— Parce que, dit-elle, toutes les fois que vous viendrez, je pourrai endormir mon père Doynas et ma mère: ils me tueraient s'ils s'apercevaient jamais de nos affaires. Et, de la sorte, je vous ferai entrer dans ma chambre.



Bien souvent, durant les sept jours qu'il passa avec elle, la pucelle lui renouvela cette demande. Une fois qu'ils se trouvaient tous deux dans le verger nommé
Repaire de liesse, auprès de la fontaine, elle lui prit la tête en son giron et, quand elle le vit plus amoureux que jamais:
— Au moins, dit-elle, apprenez-moi à endormir une dame.

Il savait bien son arrière-pensée; pourtant il lui enseigna ce qu'elle désirait, car ainsi le voulait Notre Sire. Et beaucoup d'autres choses encore: trois mots, par exemple, qu'elle prit en écrit, et qui avaient cette vertu que nul homme ne la pouvait posséder charnellement lorsqu'elle les portait sur elle; par là se munissait-elle contre Merlin lui-même, car la femme est plus rusée que diable. Et il ne pouvait s'empêcher de lui céder toujours.

Enfin, après une semaine, il la quitta tristement pour aller où il devait être, et ce fut dans la forêt de l'Epinaie aux environs de Logres.

Là, il prit l'apparence d'un vieillard tout croulant d'âge, monté sur un palefroi blanc, vêtu d'une robe noire et coiffé d'une couronne de fleurs, dont la barbe était si longue qu'elle faisait trois fois le tour de sa ceinture et, ainsi fait...
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Rêvant ainsi, Gauvain était entré dans la forêt de Brocéliande. Tout à coup il s'entendit appeler par une voix lointaine et il aperçut devant lui une sorte de vapeur qui, pour aérienne et translucide qu'elle fût, empêchait son cheval de passer. 

— Comment! disait-elle, ne me reconnaissezvous plus? Bien vrai est le proverbe du sage : qui laisse la cour, la cour l'oublie!
— Ha! Merlin, est-ce vous? s'écria messire Gauvain. Je vous supplie de m'apparaître, et que je vous puisse voir.
— Las! Gauvain, reprit la voix, vous ne me verrez plus jamais, et après vous je ne parlerai plus qu'à ma mie. Le monde n'a pas de tour si forte que la prison d'air où elle m'a enserré.
— Quoi! beau doux ami, êtes-vous si bien retenu que vous ne puissiez vous montrer à moi? Vous, le plus sage des hommes!

— Non pas, mais le plus fol, repartit Merlin, car je savais bien ce qui m'adviendrait. Un jour que j'errais avec ma mie par la forêt, je m'endormis au pied d'un buisson d'épines, la tête dans son giron; lors elle se leva bellement et fit un cercle de son voile autour du buisson; et quand je m'éveillai, je me trouvai sur un lit magnifique, dans la plus belle et la plus close chambre qui ait jamais été.
« Ha! dame, lui dis-« je, vous m'avez trompé! Maintenant que deviendrai-je si vous ne restez céans avec moi?
— Beau doux ami, j'y serai souvent et vous me tiendrez dans vos bras, car vous m'aurez désormais prête à votre plaisir. » Et il n'est guère de jour ni de nuit que je n'aie sa compagnie, en effet. Et je suis plus fol que jamais, car je l'aime plus que ma liberté.

 

Mes sources

pour cette note

• Merlin l'enchanteur, Jean Markale, Retz, 1981.

• Les romans de la Table Ronde, tome 1, Jacques Boulenger, préface de Joseph Bédier, UGE, 10/18, 1971

reprise d'une édition Plon, 1941.

• Histoire littéraire de la France, I. Des origines à 1600, sous la direction de Pierre Abraham & Roland Desne,  Les Éditions Sociales, 1971.

à feuilleter l'estoire de Merlin.


 

dimanche, 07 juin 2009

au hasard d'une étagère

Jeudi, belle fête du compagnonnage en Éducation Populaire. Maria, après trente-cinq années de services loyaux, rigoureux, militants même, s'en allait vers sa liberté, quittant un service public qui s'affaisse de plus en plus dans un néant convenant fort bien aux tenants de ce néo-libéralisme qui prétend nous imposer ses régles et dites réformes.

Avec celles et ceux qui sont encore, administratives, conseillers, inspecteurs, dans l'institution, la résistance s'est organisée pour s'opposer, sinon tenter d'endiguer la connerie !

 

Le lendemain, vendredi, Robert Solé, dans Le Monde des Livres publiait un article sur Adonis à propos de la parution d'un livre d'entretiens de ce dernier ; j'ai réouvert Mémoire du vent qui fut mon entrée première dans la langue  et les Chants de Mihyar le Damascène, préfacé par des petits galets de Guillevic. Dans sa conception de l'écriture, il me ramène avec tant d'acuité aux mots qui vont surgir de René Char :

 

Le poète n'écrit pas ce qu'il connait. L'écriture embrasse l'inconnu.

Sinon elle n'est pas l'écriture.


Mais en replaçant les deux bouquins sur l'étagère — ils sont rangés par ordre alphabétique —je me suis aperçu que c'était un Apollinaire, L'enchanteur pourrissant,  qui introduisait les "A" alors que ce devait être Adonis. Une réminiscence remontée d'un lointain passé m'a fait penser qu'il y avait autre chose que la lettre "A" pour accoter mes deux poètes et qu'un mot rapprochait — de ces mots fascinants, et on ne sait trop pourquoi, qui courent tout au long de vos lectures rêveuses —qu'un mot rapprochait donc l'austère du désert et l'effervescent prédécesseur du Surréalisme : c'est Damascène !


Sachant que l'un et l'autre décidèrent d'opter pour des pseudonymes d'origine grecque, — Apollinaire pour Guillaume de Kostrowitzky, Adonis pour Ali Ahmad Esber — il n'y a pourtant qu'un mince voisinage entre le romano-monégasque et le syro-libanais. Si Damascène est noble et masculin chez Adonis, il est féminin et trivial avec délice chez Apollinaire

Damascène donc que je retrouve dans la Chanson du Mal-Aimé,


Et moi j'ai le cœur aussi gros

Qu'un cul de dame damascène

O mon amour je t'aimais trop

Et maintenant j'ai trop de peine

Les sept épées hors du fourreau


J'ai replacé dans l'ordre Adonis, Apollinaire, puis Aragon, Artaud, Audiberti, etc.

Pas tout à fait d'ailleurs, car j'ai gardé sur la table L'enchanteur pourrissant qui est autre façon de lire Merlin et Viviane. Mais, c'est encore une autre histoire ! N'est-ce pas ?

C'est un peu comme les cinq premiers vers de l'Odyssée par cinq, dix ou vingt traducteurs. J'ai, avec Apollinaire, une troisième version de l'Enchantement Merlin. Donc trois notes à venir sur Myrddin enserré dans la bulle d'air par trop belle Viviane.

 

Post-scriptum qui n'a pas grand'chose à voir avec ce qui précède :

60% des citoyens absents aux urnes.

Si ce n'est pas là, la dilution d'un suffrage universel exsangue... ?






 

.

vendredi, 15 mai 2009

vous avez dit « Floralies » ?

à F instigatrice sans doute de l'incongruité postcitée

à A vieux copain d'adolescence qui m'accompagnait

 

Après avoir visité pour la première fois de ma vie de né Nantais, un lieu devenu une espèce de mondialisation de l'ikabéna, pratique florale certes honorable mais devenue logique universelle jardinière qui vous fait contempler comme une incongruité une modeste colline du val de Loire et quelques ceps de vigne, égarés sur une "planète" artificielle.

 

Toi dont la jambe traîne un peu comme une brume
D'été et comme si la douleur te tirait
Lentement vers la terre ô compagnon que j'ai
Choisi pour les yeux, enfin voici que s'allume

Toute ma vie et que je vois l’éternité
Pareille à ce pays mouvant où tu t'enfonces
Avec ta jambe un peu trop lasse dans l'été
Sous les sourcils trop bleus de la nuit qui se froncent

Ils marchent près de nous les amis de haut bord,
Grands couturiers de la saison, veneurs des villes
Eteintes, des couchants désolés, vers le port
Au pavillon de clair soleil inaccessible

Entre nous deux celle que j'aime et que tu prends
Pour un pommier sauvage, et toujours aussi belle
La poésie comme une graine dans le vent
Qui s'ouvre et se referme aux battements des ailes

Des maisons sont couchées sur des enfances basses
Pleines de géraniums et de bouquets chanteurs
Au creux de la vallée ce sont des trains qui passent
Et le convoi des solitudes sans chaleur

Mais près d'ici la bonne auberge, la tonnelle
Où volètent les mains fluviales les prénoms
Aimés ; et sur la table ronde qui chancelle
Un verre vide avec des larmes dans le fond.

 

René Guy CADOU

La Haie-Longue : 1 km

 

Le modeste jardinier et vieux matelot pour une quinzaine de jours,  s'en va vers le Sud. Ce n'est pas sûr qu'il y trouve la chaleur. Ce qui, d'ailleurs, n'a aucune importance.

mercredi, 13 mai 2009

une remontée fluviale et Pierre Michon


La flemme d'aller en mer dans les successions des grains !

On remonte la Vilaine de Foleux jusqu'à Redon, en lisant Pierre Michon.

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Et au retour dans le petit "jardin de curé de devant, la soie sensuelle offerte d'une énorme pivoine.
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Et Michon, et ses Onze, dans tout cela.
Relisant mes notes de remontée de Vilaine :
Acagnardé dans ma couchette de navigateur, je lis dans les sinuosités de Michon, dans ses invariables et ses adverbes, dans l'afflux de ses particules conjonctives, — ainsi, mes vieux" Grecs — je m'égare dans ses écarts.
J'ai musardé entre les quarante premières pages, si peu pressé de rencontrer les Onze. Il y a si longtemps que le liseur n'a point été interpellé si poliment « Puisque vous m'en priez, Monsieur...» à la page 17 jusqu'à cette dernère adresse « C'est Lascaux, Monsieur. Les forces. Les puissances. Les Commissaires. » à l'avant-dernier paragraphe de la dernière page.
Merci, monsieur Pierre, de tant d'égards.
Je continuais de lire et le plus grand des petits fleuves était paisible. Les grains point trop menaçants. La musique était de printemps : célébré dans les poèmes de Guardini sur des airs de Luzzasco Luzzaschi et de Claudio Monteverdi.

J'ai enfin rencontré les Onze à la page 43. Mais les effluves d'herbes fraîchement coupées dans les prairies d'amont m'ont troublé quand ceci était lu :

Voyez là-haut à deux pas la robe d'or, et au-dessus de la robe un regard posé sur vous. Et sous la robe d'or, avec plus de fulgurance, voyez le corps nu de la belle dame. Vous sentez dans vos braies l'émotion immédiate, la divine, l'intense, la seule ?
Imaginez ceci encore : quoique limousin vous avez vingt ans et la beauté d'un dieu, et dans les bras la vigueur qui vous a permis de respirer jour après jour dans des nuées de moustiques la carpe mûre et n'en pas mourir, comme sont morts la moitié de vos congénères, tombés d'une échelle, étouffés dans la boue, secoués par les fièvres, pas plus que vous n'êtes mort petit, à trois ans dans le puits, à huit ans sous la charrette, à quinze d'un couteau, comme sont morts vos dix frères et sœurs.
Sentez votre vigueur, votre beauté, votre chance d'une certaine façon.
Car ceci se passe : la belle dame privée d'homme longtemps vous regarde avec, dans le regard, l'aveu qu'elle a dans ses jupes l'émotion que vous avez dans vos braies. Mais soudain elle regarde ailleurs et ne vous regardera plus, parce que la loi est de fer et que le Père universel veille, et parce que Dieu est un chien.

Comme un rêve de toison odorante de fenaison à venir, quand fleuriront les châtaigniers au long des rives !

Cette note sera trop longue, mes Dames, mais Michon m'a presque réconcilié avec une profession — un métier, plutôt, non ? —

Il était, François Corentin, du nombre de ces écrivains qui commençaient à dire, et sûrement à penser, que l'écrivain servait à quelque chose, qu'il n'était pas ce que jusque-là on avait cru ; qu'il n'était pas cette exquise superfluité à l'usage des Grands, cette frivolité sonnante, galante, épique, à sortir de la manche d'un roi et à produire devant des jeunes filles plus ou moins vêtues dans Saint-Cyr ou dans le Parc-aux-Cerfs ; pas un castrat ni un jongleur; pas un bel objet plein d'éclat enchâssé dans la couronne des princes ; pas une maquerelle, pas un chambellan du verbe, pas un commis aux jouissances ; rien de tout cela mais un esprit - un fort conglomérat de sensibilité et de raison à jeter dans la pâte humaine universelle pour la faire lever, un multiplicateur de l'homme, -une puissance d'accroissement de l'homme comme les cornues le sont de l'or et les alambics du vin, une puissante machine à augmenter le bonheur des hommes. On appelle ce coup de pouce les écrivains des Lumières, vous l'avez dit. Monsieur. Et réellement ils étaient du côté de la lumière, même et surtout s'ils avaient la pénible certitude d'être une taupe sortant le nez d'une cour de cave : car quels que soient l'illusion ou l'imposture fondatrice, le truquage pour mettre Dieu dans le nid que lui préparaient leurs pages, l'appétit limousin qui les tenait debout, ils furent le sel de la terre à leur façon. À leur façon ils furent ce levain qu'ils voulaient être: parce que l'appétit limousin, ils avaient réussi à le transmuer au fond d'eux-mêmes, comme magiquement, mais très véridiquement, en générosité.

Vous l'avez dit, Monsieur Michon. Et bien dit.
Comme sont si bien écrits :

" Géricault l'a peint quand il avait la mort sur l'épaule. "

"Aussi soyons bas un instant : parlons politique."

"...tremblant de vin, de joie et de terreur..."

terrible phrase répétée en deux pages pour le plumet de Carrier à Nantes sur les rives de Loire et pour le plumet de Collot d'Herbois dans la plaine des Brotteaux à Lyon.

Mais ce Michon, est-ce un conteur ? Ou un peintre ?
Ne serait-il point ce Corentin, peintre sollicité pour ce tableau des Onze qui confond la grande table de chêne autour de laquelle se négocia l'œuvre des Onze en l'église Saint-Nicolas et la grande table de chêne et la lanterne de corne sur la table qui est celle de la cène où officient figés, les Onze. Je crois entendre toujours les chevaux dans leurs stalles de souffre, d'or et des basalte, pourtant je n'entends plus les cloches.
Est-ce Corentin de la Marche qui n'exista point ? Est-ce Jules Michelet qui certainement exista ? N'est-ce pas Pierre Michon qui existe sûrement ?

L'autre soir à la brune, rue de la Fosse, j'ai entrevu un homme qui s'éloignait vers la Loire, un homme au manteau couleur de fumée d'enfer.
Je vous l'écrit ainsi, Mes Dames, Messieurs et Pierre Michon grommellerait que Dieu est un chien.