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samedi, 20 février 2010

Mac Luhan et Teilhard de Chardin ! Fichtre !

Sur Place de la Toile, Teilhard de Chardin et Mac Luhan cités comme grands ancêtres annonçant l'Internet — entre la 19e et 20e minute. Pour le second, ce me semble aller de soi mais pour le grand Jésuite paléontogue (... et plus), le qualifier ainsi a remué mon affect d'internaute.

 

Moins dans les imaginaires de la Toile, mais dans un usage plus trivial, il faut lire le commencement d'un bilan chez Berlol l'homme qui — je me répète — écrivit, il y a huit ans, Les salons littéraires sont dans l'internet. Certes pas un ancêtre, mais déjà un aïeul dans l'âge galopant de l'Internet ouvert au plus grand nombre ! Il ne m'en voudra point.

 

C'était, avant de replonger dans le Surréalisme et Breton, ma rubrique "sur la Toile".

dimanche, 07 février 2010

post-moderne, dites-vous ?

La post-modernité, selon Michel Maffesoli, c'est la synergie de l'archaïque et du développement technologique.


C'était ce matin, 7 février 2010, à la 26e minute de l'émission "Vivre sa ville", sur le thème De l'importance des bistrots de village dans l'aménagement du territoire.

Naguère, je me suis vu qualifié de post-moderne par un antiquisant.

Était-ce donc dû à ce fait que je m'étais remis à étudier le Grec ancien —l'archaïque — dans le temps même où, depuis dix ans,  je tente de pratiquer les écritures et lectures sur la Toile  — le développement technologique.

Je refusais, même plus, je rejetais vivement ce qualificatif de post-moderne dont sont affublés actuellement — quand ils ne le revendiquent pas eux-mêmes — des romanciers, des philosophes, des essayistes, et qui me semblait d'un abscons !

 

Je me demande ce soir si je n'éprouve point finalement quelque fierté à m'être trouvé qualifié — traité, serait plus juste — de post-moderne, i.d. de vieux con, écrivailleur d'écran.

 

Mes bistrots de village se trouvent à tous les coins de rue et d'écrans.

Je suis cependant en quête de la synergie....

mardi, 26 janvier 2010

l'amour en liste

Je viens de quasiment achevé Vertige de la liste, le bouquin de Umberto Eco que m'a offert, pour l'an 2010, FV.

 

Je suis assez fier d'avoir publié, tirée de Augustin d'Hippone et non citée, la liste des hérésiarques qu'il combattait. Certes, nous en avions quelques-unes en partage: L'union libre de Breton, le Cortège de Prévert et la plus vertigineuse, celle  des animaux de Borges.

 

Pensant au cinquantenaire de Camus et écrivant qu'en octobre, il ne faudra point oublier Giono, ma fringale de commémorer m'a porté jusqu'en 2011, me souvenant que le 21 janvier 1961, mourait un homme qui a bouleversé et mon sentiment amoureux et ma conception de la littérature ; j'étais dans ma sale petite guerre et dans un jeûn affectif radical ; entre deux opérations, un "chouf" et un "ratissage", j'avais tapé — j'y mis  sur mon Olympia quelques heures avec deux doigts, scanner et OCR étant encore inconnus — quatre pages serrées de Moravagine. Et le texte commence par une sacrée énumération des avatars amoureux.

Liste poétique ? chaotique ? Selon la classifcation de Éco, j'opterais pour une liste pratique à l'usage des grands souffrants souhaitant se diagnostiquer leur mal d'amour:


L'amour est masochiste. Ces cris, ces plaintes, ces douces alarmes, cet état d'angoisse des amants, cet état d'attente, cette souffrance latente, sous-entendue, à peine exprimée, ces mille inquiétudes au sujet de l'absence de l'être aimé, cette fuite du temps, ces susceptibilités, ces sautes d'humeur, ces rêvasseries, ces enfantillages, cette torture morale où la vanité et l'amour-propre sont en jeu, l'honneur, l'éducation, la pudeur, ces hauts et ces bas du tonus nerveux, ces écarts de l'imagination, ce fétichisme, cette précision cruelle des sens qui fouaillent et qui fouillent, cette chute, cette prostration, cette abdication, cet avilissement, cette perte et cette reprise perpétuelle de la personnalité, ces bégaiements, ces mots, ces phrases, cet emploi du diminutif, cette familiarité, ces hésitations dans les attouchements, ce tremblement épileptique, ces rechutes successives et multipliées, cette passion de plus en plus troublée, orageuse et dont les ravages vont progressant, jusqu'à la complète inhibition, la complète annihilation de l'âme, jusqu'à l'atonie des sens, jusqu'à l'épuisement de la moelle, au vide du cerveau, jusqu'à la sécheresse du cœur, ce besoin d'anéantissement, de destruction, de mutilation, ce besoin d'effusion, d'adoration, de mysticisme, cet inassouvissement qui a recours à l'hyperirritabilité des muqueuses, aux errances du goût, aux désordres vaso-moteurs ou périphériques et qui fait appel à la jalousie et à la vengeance, aux crimes, aux mensonges, aux trahisons, cette idolâtrie, cette mélancolie incurable, cette apathie, cette profonde misère morale, ce doute définitif et navrant, ce désespoir, tous ces stigmates ne sont-ils point les symptômes mêmes de l'amour d'après lesquels on peut diagnostiquer, puis tracer d'une main sûre le tableau clinique du masochisme ?

 

Blaise Cendrars
Moravagine, p.61
Le Livre de Poche, n° 275, Paris, 1960

 

C'est le premier paragraphe ; quatre autres suivent, du même tonneau.

Je pense être, à l'époque, sorti de cette lecture récuré, rincé, allègé, bien décidé à tomber plus que jamais amoureux.

Ce qui peut paraître un oxymore !

jeudi, 07 janvier 2010

"camusien", eh, oui !

Sans doute, est-il plus facile d'être "camusien" dans les brumes actuelles. Quoique tout ce tintamare peut conduire à la saturation !

 

Camus moraliste, Camus philosophe, Camus journaliste, Camus théâtreux, Camus romancier, Camus amant et cœtera.

 

Me souviens des ricanements, sourires en coin quand en 1970, nous avions, avec quelques-uns de mes bibliothécaires animateurs en formation, organisé des coins de lecture, aux quatre... coins d'une... caserne charentaise.

Me souviens de la voix de Taos Amrouche qui soutenait les lectures et éclairait des panneaux architecturés en masses blanches et noires, une espèce de plasticité austère que nous avions tirée de notre lecture de L'Étranger que nous avions aussi "mis en procès".

 

J'ai au moins en commun avec cet homme qui me fut une lanterne loin devant dans la fin des années cinquante, d'avoir été dans l'adolescence footballeur et gardien de but.

 

« Nous sommes quelques-uns qui ne voulons faire silence sur rien.»

réponse de Camus à Gabriel Marcel, à propos de l'État de siège.

 

Char est si proche !


mercredi, 23 décembre 2009

carrioles de bouquins

Polastron écrit qu'au temps de Confucius, vers les années 500 avant notre ère, certains lettrés chinois se déplaçaient avec leur bibliothèque dans des carrioles.

 

« La carriole de livres constitue d'ailleurs l'unité de mesure du savoir. On dit d'un homme très cultivé qu'il est un savant de quatre ou cinq carrioles. »

 

De 1955 à 1965, mes bouquins étaient dans des cantines, de solides cantines vertes en tôle ; d'une, à mon départ pour la forêt tropicale, je me suis retrouvé à trois en quittant le désert.

Je n'ai jamais pensé à mesurer mes savoirs en nombre de cantines.

 

Actuellement, combien de cantines me faudrait-il pour vider ma "librairie" et repartir sur les routes et les mers ? Une suffirait sans doute à estimer ma "culture" et aux seules fins d'entretenir mes savoirs.

 

 

Post-scriptum (qui a peu à voir avec ce qui précède) : en quittant le métier, j'ai transmis à une amie très chère le fonds de littérature de jeunesse que je trimbalais dans une de ces bonnes vieilles cantines en tôle verte. L'amie, plus tard, m' a dit que son compagnon y serrait le blé pour l'alimentation de leurs volailles.

Quelle fin plus honorable : des livres aux fruits de la moisson !

dimanche, 20 décembre 2009

en lisant Polastron

Quand le liseur parcourt cinq cents ans en quarante pages dans les incendies et les massacres, il se perd allègrement dans l'énumération des "Ibn" et des "Al" — nous en sommes à l'Islam des origines, chapitre IV — qui brûlent les bibliothèques, coupent les têtes pour en ériger des tours — sept cent cinquante têtes par tour —, tous événements qui obligent des scribes, des calligraphes, du moins ceux qui n'ont pas eu la tête tranchée, à recopier à longueur de nuits et de jours les livres qui vont resurgir dans d'autres bibliothèques aussitôt incendiées.

 

Dans les flammes et le sang, au détour d'un paragraphe qui a érigé en deux pages les forteresses de l'État des Assassins abritant des collections d'ouvrages les plus divers, une halte  souriante qui apaise le liseur :

 

« On croirait voir Montaigne tombé dans le chaudron de Wagner. »

 

Aucune référence dans cette note à un anti-islam, souvent de mode par les temps qui courent.

Polastron lui-même clôt son chapitre IV par une phrase empreinte d'un sain esprit laïc :

 

« Les schismes et les blocages dus à la religion causèrent plus fréquemment la perte des bibliothèques arabo-musulmanes que la bêtise pure, comme les conflits européens pour la foi* sauront le faire. »

 

* Le liseur souligne.

 

RappelLivres en feu, Lucien X. Polastron, Folio Essais n°519, Denoêl,  2009.

 

jeudi, 17 décembre 2009

tout tourneboulé

Hallucination !

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Quand, à voix haute, je lis l'un, c'est l'autre que j'entends.

vendredi, 04 décembre 2009

lire "une" guerre d'Algérie

La peur au ventre. Mais elle est où, la peur au ventre ?
Pas sur les photos.

Aucune d'elles ne parle de ça.
C'est quoi alors, seulement, ce qui reste ?
Moi, je me disais, je suis là, j'ai soixante-deux ans et
dans ce salon, là, à presque quatre heures du matin, je
regarde des photos et mes yeux, les larmes, la gorge
nouée, je me retiens pour ne pas tomber, comme si les
sourires et la jeunesse des gars sur les photos c'était
comme des coups de poignard, va savoir, qui on a été,
ce qu'on a fait, on ne sait pas, moi, je ne sais plus.

Laurent Mauvignier

Des hommes, pp. 259-260

 

Trop de pages à feuilleter sur la table. Dix, quinze bouquins à lire, à relire, à annoter, et ce brûlot rapporté hier, Livres en feu, avec sur sa couverture comme un incunable passé au napalm.

Puis, vers 15 heures, dans le peu de lumière que le ruissellement interminable de la pluie nous consent, cet autre, emprunté à JC comme une urgence, retardée. À la nuit tombée, je scanne les quelques lignes qui ouvrent cette note.

 

C'est cette guerre et ce n'est pas cette guerre. C'est sans doute porté à son extrême le soliloque taiseux de milliers de "gus" : tout y est et c'est peut-être trop.

Est-ce encore assez ? Sans doute un texte fort par son écriture parmi les 500 titres et plus— fiction, histoire, journal, mémoire, correspondance, pamphlet, tous genres confondus — qui relatent chacun, "leur" guerre d'Algérie.

 

Mais que peut écrire, face à un qui fait profession d'écrivain, un témoin obscur qui tenta de maintenir la parole ?

 


lundi, 16 novembre 2009

bref retour à la "liste"

La "liste", ça va, ça vient.

Chez les uns, litanies pour rogations, chez d'autres, classifications pour manuels d'entomologie, inventaires avant disparition, chez d'autres, après Rabelais, Borgès, référence est fait à Roubaud ou aux déclinaisons de Chevillard — pourquoi pas  ! — je n'avais point pensé à la déclinaison comme liste.

À lire dans le tiers livre.

Avec comme un arrière-goût des exercices de style de Raymond Queneau.

jeudi, 12 novembre 2009

à propos de la dixième lauréate du "Goncourt"

Si les lettrés continuent ainsi de contester ses courtisans, le monsieur de passage à l'Élysée  se refusera définitivement la lecture des bonnes romancières françaises.

Il a sans doute déjà pris sa décision.

jeudi, 29 octobre 2009

lors d'une insomnie et pour un quarantième annniversaire

C'était l'autre nuit, en son milieu, quand le sommeil, pour une heure ou deux, quitte le dormeur :

 

Tu dis « moi » et tu es fier de ce mot. Mais ce qui est plus grand, c'est - ce à quoi tu ne veux pas croire - ton corps et son grand système de raison : il ne dit pas moi, mais il est moi.
Ce que les sens éprouvent, ce que reconnaît l'esprit, n'a jamais de fin en soi. Mais les sens et l'esprit voudraient te convaincre qu'ils sont la fin de toute chose : tellement ils sont vains.
Les sens et l'esprit ne sont qu’instruments et jouets : derrière eux se trouve encore le soi. Le soi, lui aussi, cherche avec les yeux des sens et il écoute avec les oreilles de l'esprit.
Toujours le
soi écoute et cherche : il compare, soumet, conquiert et détruit. Il règne, et domine aussi le moi.
Derrière tes sentiments et tes pensées, mon frère, se tient un maître plus puissant, un sage inconnu - il s'appelle soi. Il habite ton corps, il est ton corps.
Il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse. Et qui donc sait pourquoi ton corps a précisément besoin de ta meilleure sagesse ?
Ton soi rit de ton moi et de ses cabrioles. « Que me sont ces bonds et ces vols de la pensée ? dit-il. Un détour vers mon but. Je suis la lisière du moi et le souffleur de ses idées. »


Plus tard, l'éveillé qui s'ensommeille à nouveau, saura qu'Ainsi parlait Zarathoustra.

Au matin, il n'aura nul besoin d'aller à la Médiathèque. Il lui suffira avec Google, ou Excite, ou Exalead, ou encore Clusty de saisir les trois mots et d'importer, sur le disque dur, le bouquin de Nietzsche et de retrouver Les contempteurs du corps aux pages 42-43.

Facile, dirait Noémie ! Fastoche, ajouterait Célia !

 

Ce matin du 29 octobre, le bruit court que l'Internet a quarante ans parce que, ce jour-là d'octobre 1969, un certain Kleinrock et son équipe ont fait communiquer deux ordinateurs entre eux. C'est peut-être plus complexe que cette simple énonciation d'un fait.

Je ne me suis embarqué sur l'Internet que vingt-sept ans plus tard, j'en suis heureux. Nous avons emprunté aux Grecs — tiens ! les revoilà encore ceux-là ! — le nom de cybernaute. J'en suis encore plus heureux :  "kubernètès"  veut dire pilote, timonier.

La Toile est un océan.

 

Et mon corps est "la lisière de (mon) moi et le souffleur de (mes) idées", même — peut-être bien surtout — quand il est aux bords de l'ensommeillement ou de l'océan.

samedi, 10 octobre 2009

cinq ans déjà ! ou de trop ?

Cinq ans à parsemer la Toile de petits cailloux, joyeux ou tristes, selon les vents, les pluies, les lectures, les pensers, un chant, des musiques, un regard.


Pour inaugurer cette sixième année — peut-être à suivre —, en voici trois :

• Μηδὲν ἄγαν σπεύδειν *

Théognis de Mégare, poète didactique et élégiaque, vers 540 avant notre ère.

 

Il aimait placer son bonheur dans le foulard parfumé d'une femme ou sous une pierre oubliée au bord du chemin.

Amin Zaoui, auteur algérien de La chambre de la vierge impure.**



• à René Guy Cadou


De bas brouillards tremblaient aux vallées de l'automne
Les chiens jappaient sans fin sur le bord des ruisseaux
On entendait rouiller leurs abois dans l'écho
A des lieues et des lieues, sur des pays sans borne.

Le vent sentait la pierre rêche et le gibier
II était dur et vif à nous trancher la gorge.
Nous nous hâtions vers quelque grange, dont le porche
Offrait déjà l'abri à des coqs qui chantaient

Lorsque, sur le revers d'un coteau, nous trouvâmes
La jaune apaisante caresse des raisins.
Bien à l'écart du vent, des grappes plein les mains
Nous bûmes longuement, renversés sur la flamme.


Luc Bérimont, Le vin mordu***

 


* Les latins auraient écrit : "In medio stat virtus".

François de Sales aurait traduit : "La vertu se tient au milieu".

Le bon (?) sens populaire, au choix : "Point trop n'en faut !"  ou "Ni trop, ni trop peu !"

Et pour revenir aux Grecs qui ont l'art de la plus grande concision, ils font, parfois, sauter le "σπεύδειν" et vous livrent ainsi un bref "Μηδὲν ἄγαν".


 ** Une lecture de ces jours-ci.


*** Une lecture d'il y a plus de cinquante ans, quand je découvrais la poésie contemporaine d'alors, que je découpais des poèmes dans le Figaro littéraire (???), un poème relu dans Les Cahiers Cadou et de l'École de Rochefort-sur-Loire, parus dans l'été 2009, aux éditions du Petit Véhicule.

 

 


 

samedi, 03 octobre 2009

un caleçon contre "l'institutionalisation de l'islam"

J'y suis donc allé.

Chez mon libraire de la Fosse.

Revenu avec deux livres dans ma besace.

 

L'incendie du Hilton de FB et d'Amin Zaoui — ce  conservateur de la Bibliothèque nationale d'Alger qui s'est fait "jeté" il y a un an à peine, par la ministre algérienne de la Culture, Khalida Toumi — La chambre de la vierge impure. À lire La razzia et quelques autres de ses bouquins, je me demande comment il avait pu être nommé à un tel poste. Sa mise à l'écart serait due à l'invitation d'Adonis, le grand poète syrien.

Je ne citerai qu'un bref passage de la chambre de la vierge impure. Mais il est vrai qu'à lire Amin Zaoui ou Boualem Sansal, je me suis repris à espérer en ma troisième terre d'élection. J'espère que leurs bouquins, bien entendu interdits, circulent dans une belle et et saine clandestinité.

 

De Zaoui, donc, dès la seconde page de son récit :

Quand on a eu fini de faire l'amour, allongée sur un faux tapis persan imprimé de deux magnifiques paons, liesse de couleur, Sultana, encore nue, m'a lancé un regard perplexe et malin, le désir se reflétant dans le charbon de ses yeux, et m'a dit : « Je veux savoir comment tu ranges ton zizi dans ton caleçon. »

Sa voix douce et délectable me paraissait appartenir à une race d'oiseau en voie de disparition. Une race qui n'existait qu'au paradis ou dans l'imaginaire fou de Ziryab (789-857), célèbre musicien luthiste et chanteur bagdadien installé à Grenade la musulmane. En me lançant cette requête, Sultana n'était ni souriante, ni moqueuse, ni taquine. Elle avait l'air sérieux, méditatif et réfléchi. Toute une poésie d'enfant animait l'eau de son regard !

Je ne sais pas pourquoi, mû par une force extraordinaire, le superbe charbon de ses yeux s'est métamorphosé en jade.

J'ai paniqué.

L'eau n'est pas dormante !

J'étais en train de me rhabiller. Je scrutais le ciel du village à travers une lucarne, je l'ai aperçu très haut, enseveli dans un bleu fantastique.
Je ne m'attendais pas à une telle requête, et pourtant je l'ai trouvée intelligente, pertinente !
Et embarrassante.
Je ne m'étais jamais demandé comment je faisais pour ranger mon trésor dans mon caleçon ou dans mon slip.
« Mon oiseau édénique est là. On apprend comme ça, à ranger son zizi sans la prescription d'un maître, sans leçon de quiconque, sans grande difficulté, sans gêne. C'est une autre pédagogie. Une pédagogie divine. C'est un geste intuitif et illuminé, un don d'Allah le Miséricordieux, Lui qui octroie aux hommes le génie et l'intelligence de savoir ranger leurs fortunes dans leurs slips et apprend aux belles femmes comment cacher le sang de l’erreur dans des mouchoirs en coton. »

 

Ces quelques lignes peuvent faire tout autant que le plaidoyer d'Adonis contre "l'institutionalisation de l'islam" !

 

mardi, 29 septembre 2009

Blogue ou ne blogue plus ! Scanne ou ne scanne point !

Faudrait-il ne plus aller en mer ?

Trois notes en ce septembre. C'est un mois amorphe.

 

Tant de petits événements dont les longs moments de rêveries — "rêvasseries", devrais-je écrire — marines, m'éloignent !

 

Ces sites et ces blogues qui ferment, cet entremêlement entre la Très Grande Bibliothèque, ses ancien (gaullien) et nouveau (chiraquien) présidents, LE nouveau ministre — un ministre ou un papillon ? — et Goggle ! La presse s'en fait régulièrement l'écho et le site de l'homme qui est une aiguille, oh combien précieuse !, dans la botte de foin creuse les interrogations jusqu'à provoquer un commentaire du président en exercice de la BNF.

 

Je m'en fus naguère visiter ZazieWeb : ça remonte à janvier 2001. J'aimais bien. Dans l'émoustillement de la nouveauté, j'ai même commis une ou deux notes.

 

Puis, j'ai migré vers remue.net, quand FB, seul tenait rubriques sur Toile ; j'ai espacé mes visites quand le site s'est "collectivisé" — Oh ! le vilain mot —, mais il est vrai que j'ai ressenti ce passage comme une dépersonnalisation.

Le site devenait sérieux et littéraire en diable ! Il passait des marges au bon vrai réseau "Lettré".

 

Et je suis prosaïquement revenu aux papiers du Monde des Livres, à LibéLivres, de temps à autre au Magazine littéraire selon les dossiers et les thèmes, aux rayons de la Fnac — pour consulter, jamais pour acheter — et à mon Libraire de la Fosse.

 

Demain, j'y vas !

lundi, 31 août 2009

à chacun sa rentrée littéraire

Il y en aurait 659 ! Je ne sais si j'en lirai un.

Toujours ce fichu plaisir d'être dans les contres. Et dans ce qui serait plutôt à côté des romans.

Je suis allé chercher sur la sixième étagère un bouquin de Francis Jeanson qui s'en est allé ce premier d'août.

 

Je n'aimais guère son penchant sartrien et ses agissements de "porteur de valises" avaient choqué mon immaturité citoyenne ; je lui en avais voulu d'éreinter Camus.

Mais il avait animé la collection Écrivains de toujours, en avait commis le n°3, le Montaigne par lui-même. Ça suffisait déjà à me rabibocher avec sa pensée.

Et puis sur la sixième étagère, il y avait ce livre de lui, avec cet ex-libris, « Annaba, le 26 avril 1965 » : "Lettre aux femmes"

 

"Femmes, je vous aime ! Vous qui êtes mes sœurs, mes amies, mes amours, vous aussi que je croise un instant et ne reverrai plus, vous toutes qui rendez belle la vie, qui êtes la vie, si je m'adresse à vous c'est par bonheur. Par tout ce bonheur qui me vient de vous, et que jamais je ne parviendrai à vous rendre..."

 

C'est le versant mâle d'une correspondance avec une femme. J'étais, après la mort de l'aimée, dans une solitude écorchée vive, dans un tohu bohu affectif qui n'a peut-être bien jamais cessé.

Mais Jeanson était déjà de ces philosophes qui jamais ne séparent écriture littéraire et penser philosophe. Avec Montaigne, Sartre et... Camus, il était à bonne école. Non ?

 

Je ne sais s'il m'a aidé à sortir du tohu bohu. Sans doute non.

Mais il m'a mis en chemin et le tohu bohu m'a rassuré.

"Lettre aux femmes" est bien certainement l'un des "mes" meilleurs "romans" de la rentrée 2009.

 

Je vous regarde mon amie. De mes deux mains ouvertes, j'entoure votre visage et le contemple longuement. Vos pensées m'échappent, sous vos paupières closes, mais non point cette larme en suspens qui vient de se former entre vos cils. Je voudrais que vous n'ayez plus mal. Je voudrais que vous soyez heureuse. Je voudrais qu'à travers toutes mes maladresses et tant de mots que j'aligne, les uns insignifiants les autres superflus, quelque chose vous parvienne de cette vive tendresse avec laquelle je pense à vous et qu'aucun naufrage, en tout cas, ne saurait menacer.

Demain, je vous écrirai mieux. Ce soir, j'aimerais vous bercer.