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lundi, 10 septembre 2012

en vrac pour une fin d'été

de sournoises tendinites,

des heureuses amitiés de passage,

un blogue du type "fosse à bitume" du temps écoulé — dixit l'homme du tiers livre — que le grapheus ne maîtrisant guère son logiciel "Pages" tente de remettre à l'endroit, la tendinite du coude s'insinue dans le poignet, le métacarpe et les quatre doigts qui enserrent la souris et ne s'arrangent point les copie/coller et le replacement des images, pour des années de blogue à publier en codex dans Calaméo ??? Manie de vieil archiviste !

un écrivain qui prétend à l'ironie pour le moins maladroite et titre son pamphlet Éloge littéraire de Anders Breivik (sic),le tueur dans l'île de Utøya, que je ne lirai pas parce que trop modeste blogueur lecteur je n'ai point de service de presse et que jamais je ne dépenserai le moindre sous pour le lire, ça cause beaucoup dans le landerneau des lettrés, La meillleure chose entendue : à la Grande Table du 7 septembre, je relis toujours dans de pareilles occasions le Rien n'est sacré, tout peut se dire de Raoul Vaneigem, si l'on estime ce qui est dit écrit infâmant, à nous de brandir les bonnes armes : 

On ne combat pas et on ne décourage pas la bêtise et l'ignominie en leur interdisant de s'exprimer : la meilleure critique d'un état de fait déplorable consiste à créer la situation qui y remédie.

certains y remédient,

pour réanimer le passé et enrichir l'avenir : une belle Autobiographie des objets de François BON, il va me faire devenir "Proustien" , le diable d'homme,

 

 et une belle devise renvendiquée par un autre de "mes" auteurs

Otium et libertas.

 

Les notes du blogue en cette fin d'été qui déjà est début d'automne sera au gré des wifi basques.

samedi, 28 juillet 2012

lectures en mer et "petite poucette"

au port du Crouesty, à l'entrée du golfe du Morbihan, là, où sans doute, il y a plus de 2000 ans, les Vénètes et César se livrèrent une parmi les belles batailles navales de ce coin de mer*.

 

DSC_4609.jpg

 

Toujours, dans la bibliothèque du bord, il y a à portée de langue un verset des Amers.

Guide-moi, plaisir, sur les chemins de toute mer; au frémissement de toute brise où s'alerte, l'instant comme l'oiseau vêtu de son vêtement d'ailes... Je vais, je vais un chemin d'ailes, où la tristesse elle-même n'est plus qu'aile...

Saint-John Perse, Amers

 

Mais il y a plus terrien. Comme L'art de vieillir de John Cowper Powys qui recommande, entre autres conseils de longévité, de traduire pour soi-même Homère et de se référer au dictionnaire grec, le Liddell-Scott, l'équivalent de notre Bailly, et plus souvent encore à la grammaire grecque :

cette "laisse de la marée, entre le rivage sablonneux et la mer infinie, éparpillée avec ses magiques trésors, coraux, étoiles de mer et toutes les coquilles de nacre possibles et imaginables... Et ces merveilles de la laisse de marée qui craquent ou se brisent sous des pas insouciants, qui gisent sur les strates des rivages de l'esprit des personnes âgées ne proviennent pas seulement d'événements extérieurs. Elles ont dérivé depuis ces mers paradisiaques que sont les livres".

Dac'hlmat a aussi embarqué un autre livre de terrien, d'un vrai "glaiseux" de Corrèze, le Carnet de notes 2001-2010 de Pierre Bergounioux, comme un contre-point aux "laisses de mer" d'Homère, de Perse et de Powys. J'en reparlerai.

 

 Comme à bord, depuis une semaine, vit, manœuvre et barre DSC_4515.jpgquand elle ne dort point et que ses pouces ne s'agitent pas avec agilité sur les claviers, la seconde de mes "petites poucettes", j'ai glissé le mince mais fécond bouquin d'un qui fut jadis marin, de Michel Serres, Petite Poucette, au long mais explicite sous titre, le monde a tellement changé que les jeunes doivent tout réinventer : une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d'être et de connaître...

Bouquin qui m'a permis, tout vieux "geek" que je suis pourtant, de réaccorder mon mental à celui de mes deux "petites poucettes", Célia et Noémie.

Les sciences cognitives montrent que l'usage de la Toile, la lecture ou l'écriture au pouce des messages, la consultation de Wikipédia ou de Facebook n'excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l'usage du livre, de l'ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois. Ils ne connaissent, ni ne synthétisent comme nous, leurs ascendants. Ils n'ont plus la même tête.

Et ça n'empêche point de nous aimer !

 

Note-bene : la photo prise, hier matin, par Nicléane, dans le léger gris-bleu que nous accordait la Bretagne-Sud, est la Goué Vas Est, bouée rouge, latérale babord qui balise l'entrée du passage de la Teignouse quand nous venons du large.

* César, La guerre des Gaules, Livre III, 13 à 16. Sensible au trop grand effort exigé par le Grec, Cowper Powys déconseille la pratique du latin : « Le Latin s'arrogera bien entendu la deuxième place » même s'il estime que cette langue « ne saurait cependant jouer un dixième du rôle joué par le Grec losrqu'il s'agit d'apporter aux Occidentaux que nous sommes de l'eau au moulin de leurs sens et des leur esprit ».

samedi, 14 juillet 2012

Le matin du 14 juillet

"Comme d'habitude",

 


"Et pendant ce temps-là".... Finkielkraut dans ses Répliques geint à propos de la Toile, des livres numériques et de ces écoles qui ont des micro-ordinateurs. Heureusement, son interlocuteur matinal, le "bonhomme" Chartier et ses adorables chuintements sur les labiales, quand il évoque les supports antiques, médiévaux, renaissants et actuels des écrits, quand il précise la Lecture et LES lectures, me met du baume au cœur !

lundi, 02 juillet 2012

« il lui suffira de couper le courant »

Je lis dans le bonheur "On achève bien d'imprimer",  la chronique hebdomadaire d'Édouard Launet dans le LibéLivres duLaunet001.jpg jeudi — le vendredi c'est le Monde des Livres — et ainsi depuis plus de trente ans, l'un et l'autre appréciés avec des plaisirs souvent et des fureurs parfois. Selon.
Mais Launet avec ses verdeurs, ses salacités, ses vitupérations, ses acidités et son ample érudition — deux titres parmi les derniers :  comme un cochon, la branlette à Josette — n'oublie jamais qu'il se doit de traiter de littérature, d'édition, de langue. J'y perfectionne mon vocabulaire : par exemple "autoniépophilie" et "dystopie" que j'ai d'ailleurs estimé être une coquille, ma dyslexie me faisant lire "dystrophie".

Cette fois, dans l'autodafé du logis, évoquant Ray Bradbury qui, début juin, s'en est allé avec son Fahrenheit 451 sous le bras — ou dans son iPad ! — il évoque ces impasses de la Toile que sont Error 404 File not found et Error 403 Forbidden qui me sont désolation : où "ça" n'existe plus, ou "ça" m'est interdit.

Et Launet de pousser jusqu'au noir complet mon désespoir numérique qui ne serait plus le fait des pompiers pyromanes mais le geste d'un régime totalitaire. Cette phrase radicale, immense d'un possible néant écranique :

« il lui suffira de couper le courant ».

Certains diront, et j'en serai, : « Rallumons la bougie et reprenons nos bouquins. » Mais est-il besoin d'un dictateur imbécile ? Et si, à l'échelle du monde, survenait une tout banale panne d'électricité ?

Toujours la bougie, le coin de l'âtre dans la nuit, et, de jour, l'angle d'une fenêtre ensoleillée.

 

samedi, 30 juin 2012

...du temps perdu...

Proust002.jpg

 De Proust, c'est bien le seul bouquin que je réussis à lire. Il avait écrit ce texte comme préface à une traduction d'un écrivain britannique, John Ruskin.

J'étais censé me préparer ainsi à lire "avec bonheur" — ce que promettait la quatrème de couverture — À la recherche du temps perdu. Ou tout au moins son premier tome Du côté de chez Swann que j'avais acheté, le 22 mai 1960 dans la seule librairie de Miliana, la petite cité algérienne, pour quelque temps encore française, sur les flancs sud-est du Zaccar. Nous allions partir en "nomadisation" pour un long mois dans le djebel et comme par provocation, j'avais glissé le bouquin dans mon sac — cette guerre n'était-elle point la recherche d'un temps perdu ! — pensant occuper ainsi les temps immobiles et les attentes silencieuces du "chouff" et de l'embuscade.

Je ne pus jamais en ces heures guerrières poursuivre au delà du premier point-virgule de la troisième ligne :

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : « Je m'endors. » Et, une demi-heure après la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil;

Mais voilà qu'hier au soir, une vieille maligne petite... et grande dame de télévision, Nina Companeez, a peut-être réalisé partie infime de son ambition — moins par ses images, que par le choix et la diction du texte — me donnant envie de dépasser ce point-virgule de la troisième ligne. J'étais devant l'écran d'Arte par hasard après avoir erré dans les images stambouliotes, anatoliennes, cappadociennes, saturées de miel, d'huile et d'or de Faut pas rêver*.

Companeez ne conclut-elle point son adaptation par cette courte phrase de Proust : « Il est temps de commencer. »

À lire bien sûr !

 

* Un titre horrible de vulgarité : le bref de l'oral ne sied pas toujours à l'écrit.

 

vendredi, 18 mai 2012

retour à terre, depuis quelques jours

Dans le couchant, saluée la bouée des Mâts, la plage de la Mine d'Or, fine comme un verset de Perse. Les vents de terre s'étaient apaisés. Nous entrions par la passe de la Grande Accroche dans l'estuaire de ma belle Vilaine.

DSCN1298.jpg

   « Trouve ton or, Poète, pour l'anneau d'alliance; et tes alliages pour les cloches, aux avenues de pilotage...»
  Car nous tenons tout à louage, et c'est assez d'emmailler l'heure aux mailles jaunes de nos darses...
  La mer aux spasmes de méduse menait, menait ses répons d'or, par grandes phrases lumineuses et grandes affres de feu vert.

Saint-John Perse,  Amers, I, 2

 

Nous étions revenus pour écouter le très sec terrien qu'est Pierre Bergounioux, au verbe plus haut tenu encore que ses écrits. Il devait nous entretenir du style, il s'égara dans le ressassement de ses questionnements sur l'origine du Grand Récit ; ce fut toujours grand plaisir à entendre cette voix de rocaille charruer l'histoire littéraire de Homère à Faulkner. Mais c'était déjà su.

Sur la table de presse, j'ai pris Jusqu'à Faulkner* dont le lecteur peut suivre l'écriture dans les premières pages du Carnet de notes 2001-2010. Je relève l'acuité du regard sur Stendhal entre les pages 26 et 38 quand il évoque "ce grand frisson" qui "parcourt la Chartreuse".

 

* Cependant, petite anicroche érudite, page 15 : ce n'est point Circé qui offre l'immortalité à Ulysse, mais au Chant V (208-209) de l'Odyssée, Calypso . On peut être agrégé et être troublé par la suprême beauté des Enchanteresses. Sachant que dans l'une et l'autre rencontre, le marin errant ne rechigne point à s'avancer au profond des grottes et à successivement "monter sur le lit très beau" et de Calypso et de Circé. N'y aurait-il que les marins pour ne pas confondre les féminines promesses des Iliennes divines ?

dimanche, 06 mai 2012

largué pour quelques jours

Au loin l'averse traversée d'iris et da faucilles lumineuses s'ouvrait la charité des plaines.

Saint-John Perse,
Amers, I,4.

 

 Ce soir Dac'hlmat largue les amarres pour une semaine et un jour en baie de Quiberon.
Météo d'un printemps aigre, mais entre deux grains, les lumières du Golfe seront belles.

Viatique un peu lourd dans le sac :
le Carnet de notes 2001-2010 de Pierre Bergounioux pour la rencontre de mardi en huit auquel s'ajoute, pour relecture, Le ruban au cou d'Olympia de Michel Leiris, qui m'a relancé sur le thème des listes. L'un et l'autre pour touiller, mixer journal, mémoires, carnets, autobiographie, autofiction et laisser décanter aux fins d'usage personnnel.

Et quand les yeux délaisseront l'encre du livre, nous irons arpenter les îles.

lundi, 30 avril 2012

listes de Leiris

"Autofictions,etc.", cycle de conférences que donne ce printemps, Philippe Forest* à l'Université Permanente, relance mes intérêts... intermittents pour de vieilles lectures de Michel Leiris : L'âge d'homme et Le ruban au cou d'Olympia.

Et voilà que revient me titiller mon vieux démon pour l'amour des listes, ces litanies, ces catalogues, ces dénombrements, ces définitions, ces descriptions qui font de la seule énumération un écrit jamais anodin, mais situant dans le temps ou dans l'espace, mais classant ou même hiérachisant, mais mettant en problème, mais anarchique ou désordonné, valorisant ou destructeur, etc. Liste vertigineuse — selon Umberto Eco — même en sa brièveté.

Tirée du Ruban, voici une litanie amoureuse :

Mon amante,
mon amie,
ma mascotte,
mon totem,
mon talisman,
ma manne,
mon chanvre indien,
ma mie,
ma mère,
ma mare aux fées,
mon murmure,
ma musique,
ma mire,
ma vigie,
ma terre,
mon rubis,
mon ruban,
ma rebelle,
ma lumineuse,
mon éclaircie,
mon embellie,
ma ribambelle,
ma moitié,
mon unique,
mon immédiate,
ma millénaire!

p.44

 

Voici encore descriptions, teintées de pessimisme, du jeu d'échecs et du jeu de cartes :


Roi sans arroi,
reine sans arène,
tour trouée,
fou à lier,
cavalier seul.

p.83



Cœur aux deux anses jumelées, qu'on ne sait de quel côté prendre.
Carreau ni stable ni carré, debout sur l'une de ses pointes.
Trèfle sorti des mains d'un habile ferronnier.
Pique qui saigne noir.

p.124

Voilà une anthologie littéraire, rigoureuse en sa chronologie, avec accessoires, costumes et mobiliers, colorée d'un soupçon d'humeur critique :



Orphée et sa lyre.
Homère et sa canne blanche.
Dante et le chaperon qui le distingue de Virgile.
Ronsard au front lauré.
Cyrano et son nez légendaire.
Racine et sa perruque bouclée.
Buffon et ses manchettes de dentelle.
Voltaire dans son fauteuil Voltaire.
Mirabeau à la face grêlée.
Balzac et sa robe de chambre.
Gautier et son gilet rouge.
Mallarmé sous son plaid.
Rimbaud en costume de bagnard plus que de trafiquant.
Tolstoï en blouse de moujik.
Wilde aux lys bientôt changés en orties,
Jarry en culotte cycliste.
Max Jacob porteur de l'étoile jaune.
Roussel à bord de sa roulotte.
Apollinaire à la tête bandée.
Joyce et ses grosses lunettes.
Kafka coiffé d'un melon magrittien.

p.158

 

 

* Interventions de Philippe Forest, professeur de littérature comparée à l'Université de Nantes, chez les "vieux" de l'Université Permanente, au printemps 2012, sur le thème qu'il intitula : Autofictions, etc.

• La faute à Rousseau
• Fiction et vérité
• Quand l'auteur était mort
• Sur Michel Leiris ou "le taureau et l'ombre de sa corne
• Témoigner

La conférence sur "le taureau et l'ombre de sa corne" est audible  en cliquant ci-dessous :

Il est possible d'accéder aux conférences de l'Université permanente en cliquant sur le lien de son site. Forest, c'est le mardi !

mardi, 17 avril 2012

écrasé par l'érudition et redressé par la Toile

J'ai longtemps été abasourdi, ahuri, baba, ébahi, ébaubi, éberlué, épaté, estomaqué, interloqué, médusé, pantois, sidéré par les accumulations érudites de Borgès.
Bon ! Quand il ne voyageait pas, il était bibliothécaire et avait accès à tout moment à toute œuvre. N'a-t-il pas écrit qu'il s'imaginait le Paradis sous l'espèce d'une Bibliothèque, l'Univers lui étant aussi bien le Livre.

Relisant, avant-hier Funès ou la mémoire, ma stupéfaction ne s'est point dégonflée ; assainie plutôt. Le narrateur de cette Fiction rencontre donc cet Irénée Funès au visage taciturne d'indien, singulièrement lointain derrière sa cigarette. Notre narrateur, qui souhaite étudier le Latin, a dans sa valise quatre bouquins — des livres anormaux, avouera-t-il — le De viris illustribus de Lhomond, le Thesaurus de Quicherat, les Commentaires de Jules César et un volume dépareillé de la Naturalis Historia de Pline. Il laissera ce dernier volume à Irénée et quelques jours plus tard, souhaitant récupérer son bouquin, il aura... mais je laisse la suite du texte au narrateur, ou plutôt à Borgès lui-même :

La mère de Funes me reçut dans le ranch bien entretenu. Elle me dit qu'Irénée était dans la pièce de fond, et de ne pas être surpris si je le trouvais dans l'obscurité, car Irénée passait habituellement les heures mortes sans allumer la bougie. Je traversai le patio dallé, le petit couloir, j'arrivai dans le deuxième patio. Il y avait une treille ; l'obscurité put me paraître totale. J'entendis soudain la voix haute et moqueuse d'Irénée. Cette voix parlait en latin ; cette voix (qui venait des ténèbres) articulait avec une traînante délectation un discours, une prière ou une incantation. Les syllabes romaines résonnèrent dans le patio de terre ; mon effroi les croyait indéchiffrables, interminables ; puis, dans l'extraordinaire dialogue de cette nuit, je sus qu'elles constituaient le premier paragraphe du vingt-quatrième chapitre du livre VII de la Naturalis Historia. Le sujet de ce chapitre est la mémoire ; les derniers mots furent : ut nihil non iisdem verbis redderetur auditum.

 

Eh oui ! naguère, j'en serais demeuré pantois. Comme bluffé.

Aujourd'hui, je puis accéder de ma modeste "librairie" en quelques clics de souris à Pline l'Ancien, à son Histoire Naturelle, au Livre VII, au chapitre XXIV. Et je puis même affirmer que les derniers mots de ce chapitre sont ceux-ci : Somno quoque serpente amputatur, ut inanis mens quaerat ubi sit loci.

Il suffit de cliquer sur ce chapitre XXIV ; latiniste ou non, Pline l'Ancien vient à vous.

 

Post-scriptum : Et pas seulement Pline l'Ancien, mais quasiment toute l'Antiquité Grecque et Latine. Je suppose que les Anglophiles, les Germanophiles, les Slavophiles, les Arabophiles, les Sinophiles, les....., les... peuvent s'ébattre dans de tels Paradis littéraires. La double interrogation demeurant toujours :

qu'est-ce que je cherche ? pourquoi je cherche ?

Deux sources : l'Itinera Bibliotheca de l'UC de Louvains et le site de l'Antiquité grecque et latine créé par Philippe Remacle. Cliquez, vous-dis-je !

dimanche, 15 avril 2012

le plus terrible de la mémoire

Cest de Borgès, dans Fictions qui enferme le récit de Funes ou la mémoire.

C'est Avant de Pontalis qui m'a fait réouvrir ces Fictions. Je demeure dans le froid venteux de ce dimanche avec deux phrases :

... de même Irénée percevait les crins embroussaillés d'un poulain, quelques têtes de bétail sur un coteau, le feu changeant et la cendre innombrable, les multiples visages d'un mort au cours d'une longue veillée.

Plus loin,

Il pensa qu'à l'heure de sa mort il n'aurait pas fini de classer tous ses souvenirs d'enfance.



samedi, 07 avril 2012

Thoreau puis Fourier par Breton

Ce fut une semaine "sainte" riche en promesses de lectures à venir. Un LibéLivres qui publie quelques recensions sur quelques livres qu'il faudra bien dévorer un jour — la semaine précedente, il y eut double page à propos du poète russe Ossip Mandelstam à travers les enfers staliniens :

• d'un certain Edward Berenson,"Les Héros de l'Empire. Brazza, Marchand, Lyautey, Gordon et Stanley à la conquête de l'Afrique". Voici pour assouvir les rêves d'une enfance coloniale et missionnaire que je ne renie point.

• De Simon Leys, "Le studio de l'inutilité", qui me semble un vrai livre de vrai lecteur — Michaux, Conrad, Orwell et... Segalen. Voilà pour concrétiser allègrement les sécheresses, théoriques et quelque peu délayées, mais certes intéressantes de Marielle Macé et de ses "Façons de lire, manières d'être".

• De Henry David Thoreau, la parution du premier tome de son Journal — quinze sont annoncés. Je n'ai qu'une mince anthologie par Kenneth White ; j'en tire ceci :

 Que le flot de chaque jour laisse un dépôt sur mes pages, comme il laisse du sable et des coquillages sur le rivage. Autant de terre ferme de plus. Ceci pourrait être le calendrier des marées de l'âme; et, sur ces pages, comme sur une grève, que les vagues jettent leurs perles et leurs algues.

.............................................................................................................................................

Que notre vertu ne soit pas nettoyée, comme le faisaient les hommes il y a bien longtemps avec tout un apparat de lin propre, mais qu'elle reste en l'état, sans être lavée, comme une fleur fraîche. Qu'elle ne soit pas un vêtement du dimanche bien propre, mais plutôt une tenue de travail usagée.

Henry David Thoreau
Journal, 1840.

 

Et ce matin, sur France Cul, pour remonter en deçà de Jaurès, Proudhon, Marx, et — prendre ici quelque distance par rapport aux résonances historiques de nos émotions électorales, dixit J.N. Jeanneney — une heure autour du grand Charles Fourier, dans Concordance des temps.

Donc relire l'Ode à Fourier d'André Breton — certains citent bien Victor Hugo à tours de bras, fort sympathiques d'ailleurs — :

Je te salue...
Des plus lointaines ondes de l'écho
qu'éveille le pied frappant impérieusement
le sol pour sceller l'alliance avec les puissances qui font lever la graine

Fourier tranchant sur la grisaille des idées
et des aspirations d'aujourd'hui
ta lumière

Filtrant la soif de mieux-être et la maintenant
à l'abri de tout ce qui pourrait la rendre moins pure
quand bien même et c'est le cas je tiendrais pour avéré
que l'amélioration du sort humain ne s'opère
que très lentement par à coups au prix de revendications
terre à terre et de froids calculs
le vrai levier n'en demeure pas moins la croyance irraisonnée
à l'acheminement vers un futur édénique
et après tout c'est elle aussi le seul levain des générations
ta jeunesse


Bref ! une "semaine sainte" comme désormais je les aime.

dimanche, 26 février 2012

le vieil homme, la mer et nos droits de traduire

Monsieur Assouline, d'évidence, dans le Monde des Livres du 24 février, y va de sa chronique, un tantinet emphatique : bronca, tweetosphère, blogosphère, stratosphère, feux aux poudres, boulevard à ragots. Ici donc nous sommes quelques-unes et quelques-uns à être visé(e)s. Je n'en maintiens pas moins un crêpe noir sur mon exemplaire du bouquin traduit par Dutourd.

Ailleurs, d'autres gros mots : invocation légitime des droits, ouverture de la boite de Pandore, soudaine névrose d'altruisme.

Il conclut citant un colloque à venir —vu le ton de la citation, monsieur Assouline ne doit pas y être invité — sur la "copie mode d'emploi": « On y verra le nouveau monde faire le départ de ce qui doit mourir et de ce qui doit survivre de l'ancien monde. Le droit d'auteur, par exemple ? »

À  propos du Vieil homme et la mer, je ne souhaite glisser qu'une remarque :  Hemingway lui-même aurait-il fauté en matière halieutique : de la page 84 à la 86, le traducteur français écrit "daurade" ; le texte anglais mentionne "dolphin". Et la méditation rêveuse du vieux pêcheur va s'épancher sur "le poisson d'or bruni tacheté de rouge".*

Que je sache, le dauphin (dolphin) n'est pas un poisson, mais un mammifère marin. Le texte est, quelques lignes plus loin, tout aussi ambigu : « Tomorrow I will eat the dolphin. He called it dorado » (Demain, je mangerai le dauphin. Il l'appelait dorado)

Sénescence d'Hemingway ? Erreur du typographe ? Interprétation du correcteur ?


Addendum :
La même affaire — celle du bouquin, pas celle du dauphin — a agité aussi la Place de la Toile de Xavier de Laporte, élargissant les problèmes des droits d’auteur, au copyright et à la propriété intellectuelle.
Un autre conflit, moins public, montre bien les luttes sournoises qui agitent la Toile. 
En novembre 2011, l'Université de Louvain a été menacée d'une plainte émanant de l'Université de Californie, pour "copillage" de textes "Grec ancien" et de leurs traductions.


À lire en cliquant sur le lien ci-dessus.


* Ne serait-ce pas une daurade coryphène ?


jeudi, 23 février 2012

La première radio à lire

Franceculpapiers002.jpg

Elle est sur la table. J'étais passé hier chez ma marchande de journaux, lui demandant à tout hasard de me mettre cette revue de côté. Elle ignorait le titre, elle ne savait si on lui livrerait, elle m'a assuré qu'elle me la réserverait.

Ce matin, France Culture papiers était là. En trois exemplaires. Jusqu'en mon modeste Tabac-Presse d'une petite ville de la banlieue nantaise.

Bon ! le sommaire n'est pas ma "tasse de thé". Mais un premier numéro "papier", — naguère, il eût été un numéro 0 —, aussi incongru en ces temps d'écrits qu'il nous faut numérisés, on prend. Les suivants, trimestriels, seront acquis selon la densité de mes centres d'intérêt ; le coût est celui de deux livres de poche de moyenne épaisseur.

Ma première lecture, liée à l'incongruité de la parution : Contre le total recall de Milad Douelhi sur la nécessité actuelle que nous ressentons de nous souvenir de tout.

Archiver contre Oublier ?

Qui va choisir ce qu'il faut oublier ?

 

mercredi, 22 février 2012

lecture courante de grandes proses III

C'est la troisième grande prose — enfin, grande ? pour mon goût —. J'aurais souhaité un plus long commentaire. Mais je me suis embarqué dans l'histoire de ma relation de lecteur avec les écrits de Sollers. Trop long à achever pour ces jours-ci quand Noémie et Célia sont arrivées de Gascogne.

Le texte qui suit est une de ces chroniques qui se situent  au mitan du Discours parfait et qui s'offre donc de manière fortuite, — qui paraît fortuite, écrirait Borgès —, entre un Mauriac grand cru et un Breton magique ! Est-ce une anaphore en son commencement et une liste en sa fin ? Un simple parallélisme ?  Une reprise banale ? J'hésite ; ces interrogations répétitives me paraissent plus que simple liste. Les férus de procédés littéraires jugeront.


Un poète ? Oui, très grand, mais ce mot couvre trop
de petits commerces. Un penseur ? Oui, fondamental,
mais qu'aucun philosophe ne saurait mesurer
(et encore moins le discours universitaire). Un théologien
négatif ? C'est peu dire, puisque, chez lui, rien n'est
idéal ni abstrait. Un spécialiste des mythes et des rituels
chamaniques ? Son expérience personnelle (notamment
au Mexique) le prouve. Un drogué ? Il n'en finit pas
d'avoir besoin de l'opium pour atténuer ses souffrances.
Un fou ? Si cela peut vous rassurer. Un prophète ?
Il est au cœur de la barbarie du XXe siècle,
captant son énergie noire comme personne du fond des
asiles d'aliénés (40 000 morts, très oubliés, en France,
pendant l'Occupation, famine et électrochocs). Mais
avant tout : un rythme, un choc, une pulsation, une
voix, une profondeur affirmative graphique qui ne vous
quittent plus une fois que vous les avez rencontrés, et
vraiment éprouvés. 1 769 pages, des cahiers noircis,
des portraits et des autoportraits admirables, des lettres,
des improvisations en tous sens, c'est la guerre, la torture
la protestation, le témoignage brûlant, le courage
de tous les instants.



Philippe Sollers
Saint Artaud

in Discours parfait

lundi, 20 février 2012

« aujourd'hui, ce sera hier, demain »

Il faut être veilleur d'aube pour écouter le Carnet Nomade* de Colette Fellous. Samedi matin, c'était J.-B. Pontalis pour son écrit AVANT. Une méditation sur le temps : ce qui était "avant, mais aussi ce qui est "devant". Une amie très chère m'avait offert son précédent bouquin, EN MARGE DES NUITS, dont je retiens, curieusement, une citation que Pontalis fait de Richard Millet, qui interroge et l'écrivant et le liseur :

Je n'écris pas pour quelqu'un ni pour une cause, encore moins pour un "lectorat", mais pour un proche qui est lointain, cet inconnu qui a la grâce frémissante d'être proche de moi tout en n'étant pas moi : le témoin invisible qui justifiera l'invisible. 

La quatrième de couverture, rédigée par l'auteur lui-même, indique et la mort et la naissance, présageant l'AVANT.

La présence de la mort à venir va de pair avec l'attrait pour la vie, avec l'inlassable curiosité qui anime l'enfant avide d'explorer ce qui l'entoure.

 

 

* Au lever du jour, témoignaient aussi un "petit" éditeur, Paul Fournel pour La liseuse, une belle et redoutable guerrière, Chloé Delaume, pour Une femme avec personne dedans, et Claude Chambard, un des quatre qui ont rédigé quatre carnets : Des trains à travers la plaine, voyages dans l'univers de Bashung. Que je sois juste, celles et ceux qui s'éternisent sous la couette peuvent écouter Carnet Nomade le même jour à 19 h 30. C'est aussi "podcastable" !

Je reviendrai sur la guerrière.