Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 17 février 2012

lecture courante de belles proses I

Trois livres ouverts sur la table depuis plus d'un mois, depuis une semaine, depuis quelques heures. Lectures de l'un à l'autre : lectures intégrales et lentes — denses, écrirait François Bon — pour me lover dans les méandres, me glisser dans les sinuosités, me heurter aux brinquebales.

Au premier de ces bouquins : j'ai attendu des années pour le lire* : c'est Saint-Simon. Cela fait un mois, que, page après page, deux ou trois quotidiennes, je m'ébroue, moins pour l'histoire — le XIVe n'a jamais été mon préféré chez les Louis —, que pour cette syntaxe hardie, emberlificotée mais avec grâce, qui s'affole dans les subordonnées au rythme des situations et de l'état des personnages :

 

 ... puis renouvelant de plus belle en sa colère, il dit
qu'il ne fallait pas que les femmes de la plus haute qualité
par leurs maris et par elles-mêmes prissent occasion de la
naissance de ces duchesses de leur rendre quoi que ce fût
moins qu'à celles dont la condition répondait à leur
dignité, laquelle méritait en toutes, qui qu'elles fussent par
elles-mêmes, le même respect, ce fut encore son terme,
puisque leur rang était le même, et que ce qui leur était dû
ne leur était dû que par leur dignité, qui ne pouvait être
avilie par leurs personnes, rien ne pouvait excuser aucun
manquement qu'on pouvait faire à leur égard ; et cela avec
des termes si forts et si injurieux qu'il semblait que le Roi
ne fût pas le même, et encore par la véhémence dont il
parlait.

Saint-Simon
Colère du Roi sur Mme de Torcy
Année 1707

 

Des suspensions, des incises comme haï-ku, des participes à l'auxiliaire perdu en chemin, ça halète, ça tourbillonne, ça s'oublie en chemin, ça s'accélère en reprenant de plus belle.

Excellent à découvrir, même très très tard.

Et s'ajoute à ce plaisir d'une lecture murmurée, — car il faut se le mettre en bouche, ce duc, si l'on souhaite découvrir tous écarts et torsions qu'il imprime à la langue et à sa syntaxe — le plaisir donc, — et il est lié pour moi au sentiment "géographique", d'avoir résidé quelques temps à Ginsheim sur la rive droite du Rhin, à quelques coups de rames de Mayence, — de savoir que c'est dans ce joli bourg qu'il commença donc à 19 ans, l'écriture de ses Mémoires :

Je les commençai donc en juillet 1694, étant mestre de camp d'un régiment de cavalerie de mon nom, dans le camp de Ginsheim sur le Vieux-Rhin en l'armée commandée par le maréchal duc de Lorges.

 

 

* Je fus très prudent. Après quelques efforts de lecture numérisée, — mais j'admets mon inaptitude à une lecture intégrale sur écran — je me procurai une petite anthologie des Mémoires titrée savoureusement : 

« Cette pute me fera mourir ...» Mémoires du duc de Saint-Simon, Intrigues et passions à la cour de Louis XIV, La Lettre et La Plume, Le Livre de Poche n°31928, mai 2011.


mardi, 14 février 2012

« discours de l'éloge de la guerre » ou « parfait infini du goût »

Ce qui est fort bien quand vous vous procurez un épais bouquin de plus de 900 pages c'est que quand vous le posez sur une table et que vous souhaitez le feuilleter, il s'ouvre généralement sur les pages centrales.

Voilà comment et pourquoi Le Discours Parfait de Philippe Sollers s'est ouvert de suite sur quelques pages qui revivifient les intérêts du liseur, plus encore aiguisés par les titres des chroniques — puisque ce livre dans la suite de La Guerre du Goût et d'Éloge de l'Infini est un recueil de chroniques sur la littérature, la philosophie, la musique, la peinture et "Dieu".

Donc trois ou quatre titres entre les pages 400 et 500 — le mitan du bouquin, vous dis-je : Claudel censuré — Claudel porc et père — Ivresse de Claudel — Mauriac le frondeur — Mauriac grand cru — Saint Artaud.

La messe est dite.

C'est allègre, paradoxal, provocant, acerbe, vachard. Pour les auteurs, pour leurs lecteurs, pour les critiques, les journalistes.

Du Sollers grand cru, un JE qui s'écrit sans retenue, tellement plus talentueux que dans ses petits romans "de gare" qui renferment en de pseudos scénarios d'espionnage, écrits dans une alacrité de style certes, quelques scènes de beau cul, mais entrelardé(e)s — les scénarios ou les scènes, selon — de multiples citations érudites qui donnent une nécessaire épaisseur éditoriale donc mercantile pour ces fictions à la Delly* ! Madré homme de l'écrit qui, dans la quatrième de couverture, lucide à propos de son inintéressant romanesque, promeut son avant-dernière production estimée méconnue : Les voyageurs du Temps. Le dernier produit étant L'Éclaircie — selon mon usage, j'attends avant achat la parution en poche, ce qui avec notre homme, écrivain de... et employé par... ne saurait tarder.

C'est clair : je déteste et j'aime Sollers. Me demande s'il ne cherche point  et cette détestation et cet amour.

 

Post-scriptum : À propos de Delly, qui était éditée par Taillandier, quand j'étais enfant, ma grand'mère m'envoyait  à la Bibliothèque parroissiale pour emprunter à son usage ses trois "Delly" hebdomadaires. Naturellement, je les lisais aussi. Plus tard dans les structuralistes annnées 70, j'eus le projet de pornographier cette douce prolifique sentimentale romancière à l'instar d'une certaine Julienne de Cherisy qui, pornographiant Balzac, publia en 1981 aux éditions de la Brigandine une Vie secrète d'Eugénie Grandet. Sic.

 

* Mais ce n'est ni chez "Taillandier", ni chez "Arlequin" qu'édite Sollers, c'est... chez "Gallimard"  !

 

vendredi, 10 février 2012

c'était plus qu'un folkloriste

C'est par  L'Alamblog, grand veilleur de celles et de ceux qui s'en vont en douce, que j'ai appris la mort de Claude Gaignebet, "folkloriste certes, mais diable de Libertaire.

Paru en 1974, Le folklore obscène des enfants* est un plaidoyer pour la liberté qu'exercent les enfants, — les "Puers", — dans la clandestinité de leurs petites communautés hors de vue des adultes. Pratiques langagières, jeux et gestes de résistance qui refusent la norme de langue qu'on leur enseigne, la morale religieuse qu'on leur assène, l'éducation civique qu'on leur inculque.

Derniers rires libres avant aliénation.

 Ne soyons ni leurs ethnologues, ni leurs colonisateurs. Psychologues, psychiatres et instituteurs « révolutionnaires » sont autant de missionnaires qui pénètrent, armés de leurs bonnes consciences idéologiques, chez les Puers. Comme toujours, la Paix et le Développement, la Liberté, sont aux bouts de leur fusils. One société traditionnelle close avec ses rites, ses mythes, ses jeux, ses techniques du corps, sa sexualité résistera-t-elle à cette Civilisation ? Faudra-t-il bientôt lancer une campagne de sauvegarde des derniers Puers décimés par « les libérateurs » de tout poils, retranchés dans les primaires inacessibles avec leurs derniers Instits Grands Castreurs ? Voici venir le Temps de la Paix Adulte.

L'ombre du grand Rabelais s'étend, réjouie, sur les obscénités enfantines. Mais comme l'écrit le Préfet Maritime — relire l'Alamblog, ci-dessus — ses mânes n'apprécient guère.

Stella Jacques 17e pet-en-gueule.jpeg

Je me souviens :

En r'venant de Pont Saint Martin
Rencontré trois petits lapins
Un qui pue, un qui pète,
Un qui joue de la clarinette
J'en mets un dans mon mouchoir
Il me dit qu'il fait trop noir
J'en mets un dans mon chapeau
Il me dit qu'il fait trop chaud
J'en mets un dans ma culotte
Il me mange ma petite carotte


Merci au Préfet maritime.



* Claude Gaignebet, Le folklore obscène des enfants, G.-P. Maisonneuve et Larose, 1974 (2e édition, 1980).

jeudi, 09 février 2012

quand Nantes s'écrivait

 

...contempler de cette hauteur le fleuve, là où il devient la porte du large et le chemin de l'aventure. Sur la gauche, la ville s'éclipse presque derrière la ligne des maisons du quai ; on n'aperçoit d'elle que l'emplacement des anciennes îles au-delà de leurs bras remblayés. Sous le ciel si souvent couvert de Nantes, le panorama du port et du fleuve est une vaste et pesante symphonie en gris, à peine nuancée des reflets bleutés de l'ardoise et de la tôle...

Julien Gracq
La Forme d'une ville

DSCN1183.jpg

Hier au soir, au Lieu Unique, après les effervescences musicales, la littérature revenait en force dans le cadre du Labo Utile Littérature, sur le thème "Cités et Frontières, Parcs et Paysages". Thérèse Jolly proposait lectures et conversation littéraire autour de "La Forme d'une ville" de Gracq avec Pierre Michon, Bernard Bretonnière, Arno Bertina et Cathie Barreau qui a la charge du projet de la Maison Gracq. Le dessus du panier du lectorat nantais devait être là. Évidemment Gracq et Michon, ça ne se rate pas.

Belles lectures de Cathie. Quelques échanges sur l'absence de nostalgie dans un écrit où Gracq fait remonter de sa jeunesse lycéenne les souvenirs de ses promenades dans la ville, mais affirme aussi, n'en déplaise à Cathie, la raideur du géographe qu'il devint. Poliment, les intervenants mentionnèrent son objectivité. Je retiendrai l'intervention de Pierre Michon qui parla du Désir et de l'Ouverture, précisant qu'il n'y a point une page de La Forme d'une ville qui laisserait émerger un comportement passéiste : Gracq ne regrette pas, il constate et il ouvre sur le futur. Les dernières lignes de la dernière page sont claires :

 

Je croissais, et la ville avec moi changeait et se remodelait, creusait ses limites, approfondissait ses perspectives, et sur cette lancée — forme complaisante à toutes les poussées de l'avenir, seule façon qu'elle ait d'être en moi et d'être vraiment elle-même — elle n'en finit pas de changer.

Julien Gracq
La Forme d'une ville


Gracq attentif dans l'Attente. N'est-ce pas ce thème qui court dans toute l'œuvre ? Nul regard en arrière mais tension vers ce qui advient : Au château d'Argol, Le Rivage des Syrtes, la Presqu'île, qui, pour moi, est comme une esquisse de La Forme d'une ville, où, seule, la toponymie de ce pays entre Brière, Marais salants et Chantiers navals de Saint-Nazaire est masquée.

Quant au reste, la conversation fut très littéraire entre psychanalyse, stylistique, anecdotes et compte-rendu de visites au retraité de Saint-Florent qui appréciait si gentiment de recevoir. Qui n'a pas heurté le vantail de la maison au bas de la rue du Grenier-à-sel ?

Moi ! un après-midi d'été, j'ai soulevé le heurtoir de la porte, je ne l'ai jamais laissé retomber, je me suis enfui de l'autre côté de la Loire. J'étais très jeune et je n'ai que très rarement su dire mes bonheurs de lectures à celles et ceux qui les avaient écrits.

 

Hier au soir, quand même, j'ai dit mon regret qu'à aucun moment de la soirée ne furent évoqués les souvenirs d'un autre lycéen nantais qui erra dans les mêmes rues, sur les mêmes quais.

 

 Ce sont toujours les mêmes carrioles qui brinqueballent sur le quai porteuses de lourdes caisses de biscuits, de pains de savon, de ferraille. Là-bas, vers l'Ouest, le Pont Transbordeur comme une balance de pharmacien sous le globe des nuages. Un ciel de crin s'abat sur les façades  silencieuses de l'île Gloriette, s'égoutte le long des roues qui ne portent plus d'empreintes, qui ne connaissent plus le pas des promeneurs.
On pense à des chiens errants, à des poubelles renversées, à de vieilles coques de navires comme des malles odorantes, et ce n'est rien qu'une presqu'île morte une vieille limousine dans la nuit qui ne vit plus que des feux fixes d'un garage.
C'est le jour encore; les gratte-ciel de Sainte-Anne, le dôme de l'église Saint-Louis, et l'or de la coupole tombe par plaques, Fantômas remplit ses poches.
.......................................................................................................................................
Octobre est la meilleure saison. Précédés de bruyants remorqueurs, les lourds chalands remontent la Loire, chargés de sable. On entend la chanson du marinier, comme si le chaland en passant sous les ponts se resserrait soudain, soufflet d'un accordéon qui n'attend plus, dans l'étouffement de la poigne que l'allégresse subite du chanteur. Une femme se promène au-dessus de l'eau parmi des linges, une petite cheminée fume, un chien aboie et des baquets de fleurs dégringolent, le long du bord jusqu'à l'eau verte.
J'ai toujours eu envie de partir. Je rêve de canaux et d'écluses, de longs halages pleins de promesses qui mènent à des masures perdues dans le brouillard d'argent des peupliers.
Mais la cloche du beffroi, suspendue comme un œuf au-dessus de la ville, que les douze fusils de midi font tinter, me rappelle à moi-même, me rappelle à la rue.
Des hommes passent sur des vélos, des ouvrières pressées dévalisent les boutiques. En un instant, c'est le jour menacé qui rejoint son niveau, qui se déverse par mille portes ouvertes au milieu des odeurs de graisses et de vin bleu.

 

René Guy Cadou
Mon enfance est à tout le monde

 

 Ce n'est plus la précision cadastrale du prosateur géographe. C'est la lourde et pénétrante sensualité d'un instituteur de campagne qui évoque, sans nostalgie aucune, lui aussi, ses années d'adolescence entre le Quai Hoche, les Cours et la Place Bretagne.

DSCN1173 - copie.jpg

C'est ma ville. C'est mon Fleuve à son estuaire.

J'aime Nantes "dite"  et par le professeur de géographie et par l'instituteur de campagne.


dimanche, 22 janvier 2012

l'autre soir, au Lieu Unique

 Tout le jour, la ville s'était enroulée dans une bruine persistante sans vent qui est le propre de ces bordures de l'anticyclone hivernale.
Tout le jour, dans ma petite "librairie", j'avais laissé ruisseler les Suites, les Toccatas de Froberger, de Couperin, de Frescobaldi sur le clavecin de Leonhardt, disparu la veille.


Je me disais que j'allais traverser des miroirs, des inversions, des antipodes, que j'allais m'assècher, me glacer en allant écouter Bon lisant sa Traversée de Buffalo. L'expérience de lecture du livre numérisé sur mon écran d'ordi avait été rude, austère. Pas de tablette, ni de liseuse — ça coûte ! Mais cette balade de mots sur les images de Google maps m'apparaissait moins un survol qu'une errance sur une carte surréelle.

Dans une salle triangulaire, une estrade, deux petites tables : sur chacune, ce que je reconnais comme deux Mac en veille, si identifiables à leur pomme croquée lumineuse dans le semi-obscur que troue un immense fond d'écran, l’entrelacs d’un de ces nœuds autoroutiers qui enserrent dans le bitume et le béton de Buffalo, cette ville des Grands Lacs américains ?

L'entrée du Lecteur et du Musicien, ce fut à l'inverse de la descente aux enfers chantée dans l'Odyssée : nous étions de plain-pied dans cet enfer moderne. Et pourtant il y avait de l'Ulysse dans les rondeurs socratiques de François Bon et de l'Orphée dans la longue chevelure de Dominique Pifarély.

Leurs claviers de Mac effleurés quelques secondes comme un duo qui accorde ses instruments. Et la voix scandant  dans une économie un peu haletante du souffle.

 

Un monde hostile : parce qu’ici il en offrait l’image ? Tu t’y sentais paradoxalement plus à l’aise que dans les villes d’autrefois, avec les objets du monde proche. On avait arasé sur la terre de quoi y tendre les bras, de quoi y hurler tous les cris : regarde, mais regarde l’image, là où tu marches tu es seul, là où tu marches personne ne te suit. La terre est noire quand on la broie, et le ciment une fuite, des stries divergentes, et le parking à peine un décor pour série télévision (pensais-tu, toi qui n’avais jamais supporté ni télévision ni téléphone). Dans la ville que tu construisais il y avait cela : voitures qui filaient, étendues vides striées dans la terre noire, et ce type aux bras tendus, qui hurlait.Bon 2.JPG

Le violon va lentement s'immiscer dans les mots.

Dans l’île de chacun, ce qu’on a laissé dehors, sous les intempéries du ciel, et la dureté de ciment des cours. C’est du vrac, un désordre, on a posé ça ici parfois il y a longtemps, un jour il faudrait s’en occuper, et trier, mais on attend demain. Dans l’île de chacun, tellement de place pour rien : cet abandon qu’on traverse, ces espaces qu’on ne voit plus, et l’eau, au bout. L’eau verte, opaque, dure, immobile. Parfois on vient, là, tout au bord, on regarde l’eau. Ça fait du bien, de regarder l’eau. Puis on rentre dans la tour. On trouve commode cette répartition, l’étage où on mange, l’étage où on dort, et la grande pièce nue où on a son ordinateur, sa musique, ses rêves.

La scansion haletante devient transe. Le lecteur s'appuie au mur. Le violon s'exacerbe : il fouille les masses bétonnées des prisons, des dortoirs, les drôles de cadrans que dessine une usine de traitements des eaux, des yeux globuleux qui sont des espaces verts.

Hommes qui marchiez sur la terre noire, hommes qui mangiez ces boues noires, hommes venus là pour malaxer le bitume et le sol spongieux organique et lourd d’essences riches d’où extraire, raffiner, élaborer jusqu’à ce que cela explose, jusqu’à ce que cela donne aux hommes leurs armes contre les autres hommes : vos établissements d’hommes vous les aviez implantés à même là où vous marchiez, avec vos prothèses d’acier, vos baraques et vos tentes, où on désenfouissait les vieilles terreurs en noir, en orange, en bleu, avec les verts du minerai de cuivre et les blancs des alumines et la rouille vieille du fer à même cette terre qui s’effrite quand serrée dans la paume – hommes, vos couleurs pour repeindre la ville.

Le violon n'accompagne plus les mots : il les suscite, les éjecte de ces aligements, de ces obliques, de ces cercles.

Regardez, regardez l’autoroute : il y avait des lois, pour la protection des forêts, on y ménageait des passages souterrains pour la migration des espèces.... Des errants cherchaient, dans le dédale des voies droites, le lieu où elles se repliaient en courbe pour l’enfoncement dans la terre.

Je ne sais plus si je suis les mots du diseur ? ou les stridences du violoneux ?

Plus tard, après avoir salué François, exténué, je sors dans la nuit de bruine. Ma ville ? La ville de mon enfance, celle dont André Breton dans Nadja disait :

 ...la seule ville de France où j'ai l'impression que peut m'arriver quelques chose qui en vaut la peine, où certains regards brûlent pour eux-mêmes de trop de feux... où pour moi la cadence de la vie n'est pas la même qu'ailleurs, où un esprit d'aventure au-delà de toutes les aventures habite encore certains êtres.

Une autre ville ?


Tiens ! c'est peut-être cela, le post-moderne. Il me faudra arpenter les images nantaises de Google maps.
Avant de remettre mes pas dans ceux de René Guy Cadou et de Julien Gracq.

 Et puis j'irai en mer.


bonpifarely.jpg



Post-scriptum :

• Il faut revisiter le livre numérisé en inscrivant son propre parcours et sa rêverie sur Google maps. J'ai pris le dit du lecteur et les stridences du musicien comme une invite à ce geste.

Une Traversée de Buffalo
sur www.publie.net
coopérative d’édition numérique

• Cette perfomance/lecture s'est déroulée au Lieu Unique, dans le cadre du Labo Utile Littérature - séquence « Cités et frontières, parcs et paysages  », labo animé avec grande intelligence et sensibilité par Thérèse Jolly.



lundi, 16 janvier 2012

à chacun son Maghrébin

Au vieux maître — Lucien Jerphagnon — le Berbère, Augustin de Thagaste, jeune latiniste débauché puis évêque d’Hippone, Père de l’Église.


À son turbulent étudiant devenu maître — Michel Onfray — le Pied-Noir, Albert Camus de Belcourt, gardien de but du Racing Universitaire d'Alger, journaliste de Combat, philosophe prolétaire (si ! si !).



Onfray est un habile raconteur de la philosophie ; il avait plus ou moins laissé pressentir qu’il narrerait cette belle histoire d’un penseur isssu du peuple pauvre, sinon miséreux quand il écrivait en 2007, dans un mince opuscule, La Pensée de midi, Archéologie d’une gauche libertaire*, un hommage à Camus qu’il inscrivait dans une filiation qui reliait les rives méditérranéennes aux rivages bretons à travers une approche de Georges Palante et de Jean Grenier. Il y va de 600 pages  qui font un certain raffut dans la sphère de la critique journalistique : un vrai lancement publicitaire (!) avec Franz-Olivier Giesbert, un soutien amical et nuancé de Jean Daniel et un “halte-au-feu” d’Olivier Todd, qui doit craindre une chute des ventes de son excellent bouquin, Albert Camus une vie, beau pavé de plus de huit cents pages, datant de 1996.

Je continue de lire Onfray. Sa contre-histoire de la philosophie m'était une nécessité. Aujourd’hui, je m’avoue qu’il est plus conteur qu’historien, plus bretteur que philosophe, chaleureux, menteur par omission, à pas un oxymore près — feu sur Sartre sur une page, révéré à la page suivante — ; il pisse les feuillets, les articles, les livres en négligeant allègrement le précepte de Pline “Adversus solem ne meiito” — ne pisse pas face au soleil — qui reprend lui-même la recommandation moins aphoristique d’Hésiode***:

N’urine pas debout, tourné vers le soleil,
Ni entre le coucher de l’astre et son lever,
Ni marchant en chemin, ni sur les bas-côtés,
Ni en te dénudant. Car les nuits sont aux dieux.
L’homme pieux satisfait ce besoin accroupi
Ou bien contre le mur d’une cour bien fermée. **


Mais Onfray renvoie aux calendes grecques les préceptes :  c’est un “chien”, un vrai de vrai Cynique, quoi !

Pour acquérir L'ordre libertaire, j’attendrai sans doute la parution en poche de son "pamphlet hagiographique" (?) (c'est écrit dans le sous-titre du Nouvel Obs qui balise les deux pages de remerciements de Jean Daniel à la dédicace de Onfray).
Pour le bénéfice de l’éditeur, ça ne tardera guère.

Dans l'attente, je relis avec bonheur — et gratitude envers Michel Onfray — Sa pensée de midi. C’est la très belle et brève histoire d'un lien entre trois philosophes.


 

 

* Michel ONFRAY, La Pensée de midi, Archéologie d'une gauche libertaire, Galilée, septembre 2007.

** Pour qui souhaiterait vérifier la justesse de la traduction— ce que j'avoue n'avoir pas encore pris le temps de faire :

μηδ' ἄντ' ἠελίου τετραμμένος ὀρθὸς ὀμιχεῖν·
αὐτὰρ ἐπεί κε δύῃ, μεμνημένος, ἔς τ' ἀνιόντα·
μήτ' ἐν ὁδῷ μήτ' ἐκτὸς ὁδοῦ προϐάδην οὐρήσῃς
μηδ' ἀπογυμνωθείς· μακάρων τοι νύκτες ἔασιν·
ἑζόμενος δ' ὅ γε θεῖος ἀνήρ, πεπνυμένα εἰδώς,
ἢ ὅ γε πρὸς τοῖχον πελάσας ἐυερκέος αὐλῆς.

*** Référence à une recension de Pierre Assouline qui n'est point dans mes fréquentations quotidiennes, sur les Adages d'Érasme,"Erasmemania" dans le Monde des Livres du vendredi 13 janvier. Piquante à lire ! Et à ouvrir le fichier qui livre aperçu de ces fameux Adages en cliquant sur ce lien, Adagesbooklet.pdf

samedi, 24 décembre 2011

Bonne nuit

Il y avait pas mal de monde à la boulangerie, cet après-midi ; quand j'en suis sorti avec ma bûche et mon pain de campagne, la boulangère m'a dit : « Bon réveillon ! ».

Je ne lui ai pas dit merci, mais je lui ai souhaité une bonne nuit, à elle et à tous ses clients que j'avais précédés. Ils ont tous ri !

Sur le chemin du retour, Cadou et sa nostalgie de païen si proche du divin me sont revenus au cœur.


Paille de la saison
Fraîcheur des tiges nues
Ο nids de neige reconnus
A la fenêtre de l'étable
Passe l'étoile
Ouvre les mains
Amour presqu'île du matin

L'âne suspend son pas
Epaissies sous la langue
Le bœuf a retrouvé
Ses anciennes ciguës

Et Joseph attendri
Par ce bon voisinage
Ecarte de ses yeux
Les guêpes du sommeil

Un mage prie
Moulant ses lèvres de faïence
Sur les mots jamais dits
Et semblables au sel

Tandis que retenant
Son ventre avec tendresse
Marie ne comprend pas
Ce grand soleil éteint.

René Guy Cadou


Nativité
Grand élan, La vie rêvée.


...Retenant son ventre avec tendresse...

en écho tout au long de la nuit, la beauté émouvante des femmes grosses de leur enfant.

mercredi, 21 décembre 2011

et les cargos d'échouer et les bibliothèques de brûler

à Bénédicte, la Piétonne cairote

 

Et ça continue !

842773_des-manifestants-devant-de-l-institut-d-egypte-incendie-lors-des-affrontements-entre-manifestants-et-forces-de-l-ordre-le-18-decembre-2011-au-caire.jpg

 

2836525.jpg

 

« Détruire la bibliothèque est un geste qui remonte à la plus haute Antiquité. Les autodafés, apparus en même temps que les livres, se multiplient à proportion du nombre d'ouvrages. »*


Pour les livres, Lucien Polastron* date de 1358 avant notre ère la destruction des Bibliothèques de Thèbes — tiens ! déjà l'Égypte —, désormais, il nous faudra consigner le 19 décembre 2011 pour l'incendie de l'Institut d'Égypte. Deux cent mille ouvrages, recensent les journaux. Déjà, en janvier 2010, en Tunisie, un Institut des Belles Lettres arabes avait été incendiée.

Pour les bateaux, l'échouement paraît plus banal, sauf pour les riverains, les sables, les rocs et... les noyés. Combien par an ? je ne sais, mais dans ma modeste histoire de vie maritime, depuis l'Amoco Cadiz, le Torrey Canyon, l'Erika, le Prestige, le Joola — échouements ou naufrages — ce sont des paysages qui furent souillés et quelques visages qui s'effacèrent.

 

2835400.jpg

 

egypt1.jpg

 

Les bateaux, paquebots, cargos, pétroliers, voiliers continueront d'échouer. Mais les livres "numérisés" ? s'écrieront les optimistes. Certes, quand se seront éloignées les convoitises des pharaons de la Toile, nous serons en droit d'espérer atteindre l'éternité des écrits — ...avant que ne surgisse le cataclysme mondial de la panne électrique générale ou de la déflagration nucléaire universelle.

Il faudra, alors, qu'un scribe sur une écorce, une peau de bête, à l'aide d'un bout de bois brûlé, sur une bille d'argile à l'aide d'un silex, trace, à nouveau, le décompte d'une moisson engrangée, l'affontement de dieux inconnus ou une belle et nue romance amoureuse.

La terre, la mer, l'air, le feu !

Ouvrir les fragments d'Héraclite**

γης θάνατος ΰδωρ γενέσθαι και ύδατος θάνατος αέρα γενέσθαι και αέρος πϋρ, και έ'μπαλιν.

Mort de la terre, de devenir mer, mort de la mer, de devenir air, de l'air de devenir feu. Et inversement.

— Les traducteurs s'attardent souvent sur cet "και έ'μπαλιν" et glissent le sens de "et inversement" vers "et indéfiniment", laissant entendre quoi...? L'éternité ?

Que deviennent alors les images de ce cargo échoué et de ces feuilles de papier calcinées ?

 

La VIE, quoi !

Et demain, le solstice d'hiver : après-demain le soleil, remontant à l'horizon, se couchera plus tard.

 

 

* LIVRES EN FEU, Lucien X. Polastron, Folio essais n° 519, 2009. (L'auteur devra ajouter quelques annexes à son ouvrage...)

** Cité par Marc-Aurèle, Pensées, IV, 46.


(AFP PHOTO / DAMIEN MEYER, pour le cargo)

samedi, 17 décembre 2011

lecture d'après tempête

à celles, seules, qui ont su précéder la vie

 

Belle insomnie d'après tempête.

Au ciel nocturne lavé, Orion en son zénith, assembleur des âmes — si je croyais encore aux âmes — de mes morts aimés.

Pourquoi donc avoir ouvert Aromates chasseurs ?

Bribes d'images. Brassées, devrais-je écrire !

...l'existence de nos deux espaces immémoriaux : le premier, l'espace intime où jouaient notre imagination et nos sentiments; le second, l'espace circulaire, celui du monde concret. Les deux étaient inséparables. Subvertir l'un, c'était bouleverser l'autre.

 

Chuchotement parmi les étoiles.......               

.......A chacun son sablier pour en finir avec le sablier.                                         

Continuer à ruisseler dans l'aveuglement...........     

.....Une écriture d'échouage........         

...........un long-courrier retenu jusqu'à  son évidence inutile.........              

......Ronger c'est ritualiser la mort........               

........réapprendre à frapper le silex à l'aube, s'opposer aux mots.       

   

Et puis comme un achèvement en cette fin de nuit et qu'Orion scintille encore dans le suroît

Nuls dieux à l'extérieur de nous, car ils sont le fruit de la seule de nos pensées qui ne conquiert pas la mort, la mort qui, lorsque le Temps nous embarque à son bord, chuchote, une encablure en avant.

...............................................

Refuse les stances de la mémoire
Remonte au servage de ta faim
Indocile et dans le froid

 

Aromates  chasseurs n'est pas encore refermé. Et je ne sais que proposer mes lectures. Non en parler.

 

 

Post-scriptum :

René CHAR, Aromates chasseurs, Gallimard, 20 décembre 1975. Un — l'exemplaire 1518 — parmi les quatre mille neuf cent trent-cinq exemplaires, composés en Baskerville corps 12, sur bouffant alfa des Papeteries Libert. Dommage qu'une édition numérique n'autorise point un tel post-scriptum.

 

samedi, 10 décembre 2011

L'un est mort avant-hier, l'autre mourra demain

Je parle de Franzt Fanon. Je parle de Xavier Grall.

Au début de cet an, j'avais pensé, non pas célébrer, non pas commémorer, mais au moins relire ceux qui naquirent ou décédèrent, il y a deux cents, cent ans, cinquante ans, trente ans...

Je n'ai réouvert ni Cendrars, ni Hemingway, ni Céline. À peine Saint-Pol-Roux. Un peu Armand Robin. Feuilleté Bougainville, parce que, dans le bras de la Madeleine, est à quai depuis plusieurs mois la réplique contemporaine de sa frégate La Boudeuse, et que naguère deux cents ans après elle, l'étrave d'un voilier a recoupé son sillage. J'étais à bord de ce voilier.

Mais ce décembre 2011, demeurent, au profond des lectures bouleversantes, anciennes et toujours actuelles, ces deux-là, le Nègre et le Celte, pas si loin l'un de l'autre, qui me furent des cris, des ruptures et une refondation.

 

Allons, camarades, il vaut mieux décider dès maintenant de changer de bord. La grande nuit dans laquelle nous fûmes plongés, il nous faut la secouer et en sortir. Le jour nouveau qui déjà se lève doit nous trouver fermes, avisés et résolus. Il nous faut quitter nos rêves, abandonner nos vieilles croyances et nos amitiés d'avant la vie.
...............................................................................................................................................
Si nous voulons que l'humanité avance d'un cran, si nous voulons la porter à un niveau différent de celui où l'Europe l'a manifestée, alors, il faut inventer, il faut découvrir.
Si nous voulons répondre à l'attente de nos peuples, il faut chercher ailleurs qu'en Europe.
Davantage, si nous voulons répondre à l'attente des européens, il ne faut pas leur renvoyer une image, même idéale, de leur société et de leur pensée pour lesquelles ils éprouvent épisodiquement une immense nausée.
Pour l'Europe, pour nous-mêmes et pour l'humanité, camarades, il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf.


Frantz Fanon
Les damnés de la terre
quelques lignes de la conclusion.




Je vous salue mes grands oiseaux
qui couvez dans mon cœur des
élans maritimes
je vous salue brousse de houles
je vous célèbre forbans et paladins
..........................................................
J'ai vu, Amer,
des eaux pareilles au lait
des chamelles rieuses
féconder les vallées chérifiennes
ô vie, ô séguias, ô glèbe femelle!
A Témara, prés de Salé
j'ai pleuré sur la splendeur
des mers sarrazines désertées.
Et j'ai rêvé de toi, gardienne
de l'extrême Ouest.
Ah quand allierai-je à tes noroîts
le miel des aurores africaines?
Ah quand allierai-je la vigueur de tes chênes
à la sensualité des figuiers ?

Partir pour revenir à toi
voguer pour retrouver tes abers
te haïr pour férocement t'aimer
....................................................................

Et ceci sera mon testament
à mes Berbères je lègue
les oiseaux des Glénan
et le sourire de Concarneau
à mes Berbères je lègue
l'allégresse des fontaines
et les printemps du pays Gallo.
 
Et ceci sera mon testament
à mes amis je lègue
l'alliance de l'Ouest et du Sud
le mariage des dolmens
et des mosquées
et les fiançailles des roses
d'avec les oliviers.

Xavier Grall
Le rituel breton.

 

 

In memoriam :

Frantz FANON, mort le 6 décembre 1961.

Xavier GRALL, mort le 11 décembre 1981.

mercredi, 07 décembre 2011

deux notes retrouvées

Cet après-midi de pluie froide — l'automne serait-il enfin là quand s'annonce déjà le solstice d'hiver — je décide d'ajouter enfin le deux centième titre à ma biblitohèque virtuelle, Babélio, où depuis deux ans, j'insère mes bouquins préférés à dose homéopathique.

Après trois "Casanova" suscités par l'actualité éditoriale et l'exposition de la BNF, après l'Art de jouir de La Mettrie, je choisis du sérieux, comme un remontant en ces tristes jours d'Europe en dérive autocrate : Démocratie Citoyenneté et Héritage gréco-romain. C'est signé, entre autres, par Pierre Vidal-Naquet et Jean-Pierre Vernant.

Le feuilletant, deux papiers que j'y avais glissés, en tombent, notes jetées en réponse à de vieux compagnons qui m'avaient sans doute questionné :

La première note :

Pourquoi suis-je "Grec" et non "Juif ? Parce que l'interrogation et la réflexion sur les Autres et sur eux-mêmes ont commencé avec les Grecs, alors que les Juifs n'ont été qu'exhortation et imposition de lois pour un monde de l'au-delà. Mais c'est le monde de ce jour-ci qui me passionne. Non celui douteux de demain.

La seconde dont le premier paragraphe a quelque lien avec celle qui précède :

Pour la "philia", je pense que J.P. Vernant a cerné la meilleure définition de ce qu'est la "philia grecque" :
« Pour les Grecs, l'amitié (la philia) est un des éléments qui fonde la cité. Elle tisse un lien entre le privé et le public, par lequel entre soi et l'autre «quelque chose» circule, «quelque chose» qui, tout en laissant chacun singulier, forge une communauté homogène. L'amitié, c'est mettre en commun. Par conséquent, il n'y a pas d'amitié sans égalité... On ne peut avoir d'amitié que pour quelqu'un qui est, d'une certaine façon, son semblable : un Grec envers un Grec, un citoyen envers un citoyen... Et pour les Grecs, il ne s'agissait pas seulement de vivre ensemble, mais de bien vivre ensemble. »

Quant à "l'otium"qu'il faut bien se garder de traduire trivialement par "oisiveté", je le conçois comme l'art d'utiliser son temps à se bien cultiver sans souci de briller ou de rentabiliser — les Romains opposaient "l'otium "au "negotium ". À la nécessité du négoce, du labeur, mise en œuvre d'un art de la paresse au noble sens du terme décrit par Paul Laforgue dans son bouquin, "Le droit à la paresse".
L'otium est la "talvera"*, le chaintre de ma vie quotidienne, espace et temps improductifs mais qui génèrent la "vie bonne".

On ne s'est guère éloigné de Casanova !



* La “talvera”, pour moi, c’est l’équivalent occitan de notre chaintre gallo ou poitevin — cet espace nécessaire pour tourner la charrue et son attelage, à chaque extrémité du champ labouré. C’était — ça n’existe plus avec le tracteur — un espace “perdu” mais fécond que bordait la haie. S’y développait la liberté des herbes folles ! S'y reposaient mes ancêtres laboureurs des servitudes que leur imposaient les seigneurs !

jeudi, 01 décembre 2011

à propos de Casanova

Casanova par H. Pratt - copie.jpg©Hugo Pratt

 

« Le plaisir, c'est la vertu sous un nom plus gai. »

Ce pourrait être de Casanova ; c'est de La Mettrie. Il n'est pas étonnant que celui-ci était admiré par celui-là.

 


Ajout (plus long, à la brièveté de cette note) :

En ces jours où sur les ondes, France Cul naturellement, sont à "podcsater" la Fabrique de l'histoire sur Casanova et les Nouveaux chemins de la connaissance sur un de leurs  ancêtres, ÉPICURE, voilà cette Europe dont je rêve, avec de tels citoyens.

dimanche, 10 juillet 2011

du crépuscule d'un premier matin au crépuscule d'un dernier matin

 Manière de célébrer le centenaire de la mort de Blaise CENDRARS

tréhiguier06:2011.jpg


Tout le monde parle des couchers de soleil
Tous les voyageurs sont d'accord pour parler des couchers
de soleil dans ces parages
II y a plein de bouquins où l'on ne décrit que les couchers
de soleil

Les couchers de soleil des tropiques
Oui c'est vrai c'est splendide
Mais je préfère de beaucoup les levers de soleil
L'aube

Je n'en rate pas une
Je suis toujours sur le pont
A poils

Et je suis toujours seul à les admirer
Mais je ne vais pas les décrire les aubes
Je vais les garder pour moi seul


Blaise Cendrars
Couchers de soleil
in Feuilles de route - Du cœur du Monde

 

DSCN1042.jpg

Lire un matin de houle légère au mouillage d'En Tal, face au vallon qui abrita la retraite de Gildas, la brièveté de Char et les "allongeailles" emphatiques de Perse : voilà un bonheur d'été.

 

DSCN1056.jpg

mercredi, 13 avril 2011

nous larguons

Cet après-midi, ceint de ma grand'paternité, de quelques vivres et bouquins numériques sur le MacBook Pro — un certain Après le livre *déjà cité en note du 1er avril et Vents  de S.J Perse —, je largue pour cinq ou six jours.

Passer l'écluse, quitter l'estuaire entre Kervoyal et la pointe de Halguen, hisser la grand'voile. Vers l'ouest.

Je ne rends pas encore "la barque prêtée", comme l'écrivait le grand navigateur de l'océan et des sables, Thédore Monod.

Je ne pars point encore vers le pays des hommes " qui ignorent et la mer et le goût du sel".

 

Dans le calme des ports, j'attends de mes petites-filles qu'elles m'affûtent à FaceBook et autres réseaux...

 

 

* à relier à "de quoi la page WEB est-elle le nom ?" quand l'homme à l'aiguille dans la botte de foin relie (relit) page Web et enluminure.

vendredi, 01 avril 2011

anachronisme chez le liseur ?

Je suis à l'aise dans mes anachronismes de lecteur.

 

Certes, depuis un an ou deux, je m'en vas, encore sans iPad, dans les livres numérisés, alléché par 9782814504103.thumb.jpgl'accumulation généreuse et si peu onéreuse de publie.net : j'ai, d'abord, utilisé  le traditionnel "acrobat reader", puis j'ai ouvert un compte privé chez Calameo et depuis peu, préparant l'acquisition d'un iPad — hypothétique, vu l'augmentation pharaonique de la retraite — Calibre.

De L'art de de la guerre et de L'Olive, passant par Les poèmes d'Ossian et Aurélia, à S'écrire mode d'emploi, La chambre des cartes et Après le livre... s'enrichit d'une trentaine de titres, la librairie numérisée. En attendant la bibliothèque universelle, thème qu'abordera en mai prochain, à l'Université permanente de Nantes, l'homme d'affordance.com, qui est, sur l'Internet, comme "une aiguille dans la botte de foin".

 

Mais voilà ! sur les étagères, j'ai encore quelques livres de chez José Corti, de chez Rougerie, qui nécessitent encore le coupe-papier — en l'occurence, un faux-vrai Laguiole, quand ce n'est pas le bon Opinel, grand ouvreur d'huîtres..

Depuis longtemps acquis, ils furent, sans être oubliés, remisés dans le second rayon pour une lecture à plus tard. Ainsi deux Bachelard, premières et dernières pages coupées, La terre et les rêveries de la volonté, L'air et les songes. Ainsi de J.C. Mathieu, La poésie de René Char, aux pages découpées selon le seul intérêt pour tel ou tel poème.

 

P1050675.JPG

Et encore celui-ci, vraiment laissé pour compte par ennui de liseur — ça arrive : on peut être grand poète et médiocre critique —, Le testament d'Apollinaire de René Guy Cadou et dont les pages sont à nouveau découpées

Si je n'ai jamais été un "accroc" de l'odeur du papier — ce ne sont que de vieilles vapeurs de colle, pas toujours très saines, que hume le nez lecteur — le crissement de l'acier qui s'insinue dans le pli des pages encore scellées, laissant de minuscules flocons de papier sur les genoux, m'a toujours été  l'annonce d'un mystère qui enfin va se dévoiler.

Le bonheur !

 

Anti-moderne ? Post-moderne ? Immoderne ? comme il fut dit ce matin à propos de Rimbaud sur France Cul.

Liseur, lecteur, liseur.