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jeudi, 20 mars 2008

Chronique Portuaire de Nantes LXXXVI

Du Commencement du XIXe Siècle à 1830


1810. — LA FRÉGATE NANTAISE LA "MÉDUSE".

Dans les premiers jours de juin 1810, la trop célèbre frégate de l'Etat, la Méduse, était lancée aux chantiers nantais de Paimbœuf.
Le 3 juillet 1815, la Méduse était mise, ainsi que la frégate la Saale, à la disposition de Napoléon déchu, et l'attendait sous voiles dans la rade de Rochefort, pour lui permettre de quitter la France et d'échapper aux Anglais ; mais les hésitations de l'ex-empereur permirent à l’escadre anglaise de se rapprocher des côtes, et le Bellérophon vint fermer la passe par où la fuite était encore possible.
Malgré l'offre du capitaine de la Méduse, qui proposait d'attaquer le vaisseau anglais pendant que la Saale ferait force de voiles vers les États-Unis avec l'impérial proscrit, Napoléon, jugeant le sacrifice inutile, se rendit à bord du Bellérophon, et confia sa personne et sa liberté au capitaine Maitland (1).

Envoyée l'année suivante par le gouvernement, pour reprendre possession du Sénégal que les traités de 1815 nous restituaient, la Méduse s'échoua le 2 juillet sur le banc d'Arguin, à quarante lieues des côtes d'Afrique.

Cent-quarante-neuf hommes s'embarquèrent alors sur un radeau improvisé qui fut rencontré après douze jours d'agonie par le brick l'ARGUS ; mais, des cent-quarante-neuf naufragés, cent-trente-quatre malheureux étaient morts, tombés à la mer ou dévorés par les survivants.

On raconte qu'alors que la Méduse était encore en chantier, un des matelots qui devaient s'y embarquer avait prophétisé sa fin horrible ; et, voyant la hideuse tête de Méduse qui devait orner la poulaine de la frégate, s'était écrié : « Quelle sale tête ; elle nous portera sûrement malheur ! » Cette prévision ne devait que trop se réaliser (2).

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(1) L. GUÉRIN, Histoire maritime de la France, t. VI, p. 482.
(2) Naufrage de la Méduse..., par Henri Savigny, ex-chirurgien de la Marine, et Alexandre Corréard, ingénieur-géographe, tous deux naufragés du radeau, Paris, 1818.

jeudi, 13 mars 2008

Chronique Portuaire de Nantes LXXXV


Du Commencement du XIXe Siècle à 1830


1808. — NAPOLÉON À NANTES.

Lors de son passage à Nantes, en août 1808, l'Empereur visita le port, monté sur un yacht magnifique, don du Commerce de Nantes, et qui fut ensuite transporté à grands frais à Fontainebleau.
Bien qu'une lettre du ministre Decrès, en date du 27 juin, eut prescrit la mise à l'eau des frégates en chantier sur les cales Crucy avant la venue de l'Empereur, seule la Clorinde avait été lancée ; et la Renommée, l'Ariane, la Nymphe et la Méduse étaient encore sur les tins.
Après avoir parcouru les chantiers et inspecté ces beaux navires, l'Empereur se rendit ensuite dans la Basse-Loire et visita l'avant-port de Paimbœuf et la fonderie, de canons d'Indret ; c'est pendant ce voyage que l'architecte Mathurin Crucy lui exposa le projet d'un bassin à flot à Saint-Nazaire, projet qu'il approuva complètement.
Avant de quitter Nantes, Napoléon offrit une bague de diamants à M, Roux, directeur des mouvements maritimes, et fit distribuer 3.000 francs de gratification aux rameurs du yacht (1).


1809. — PRISE DE LA “TOPAZE" PAR LA "LOIRE".

Le 20 janvier 1809, la frégate la LOIRE, construite à Nantes en 1796, et devenue anglaise à la suite de sa prise en 1798, capturait la frégate la Topaze, également construite à Nantes, et mise à l'eau le 6 août 1805,
Parmi les trop nombreux navires français que la LOIRE amarina pendant sa carrière sous pavillon anglais, nous signalerons la Blonde, de Bordeaux, commandée par l'un de nos meilleurs capitaines nantais, François Aregnaudeau, qui fut emmené en Angleterre, où il demeura plusieurs années prisonnier (2).
La prise de la Topaze fut d'ailleurs le dernier fait d'armes de l'ex-frégate nantaise qui termina, en 1809, sa courte mais glorieuse carrière (3).
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(1) LESCADIEU et LAURANT, Histoire de Nantes, t. II, p. 199.
RENOUL, Passage à Nantes de S. M. l'Empereur Napoléon Ier pp. 102 et suiv.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 409-20.
(3) VATTIER D'AMBROYSE, Le Littoral de la France, Côtes Vendéennes, p. 438.

jeudi, 06 mars 2008

Chronique Portuaire de Nantes LXXXIV

Du Commencement du XIXe Siècle à 1830


1806. — ALLAGOUSSE ET L' " AMI-NATIONAL ".

Le lougre de l'État l’Ami-National, commandé par le capitaine nantais Allagousse, en croisière sur les côtes de Bretagne rencontrait, en février 1806, le cutter anglais la VÉNUS, de 8 canons de fort calibre, commandé par un lieutenant de vaisseau. Les deux navires se joignirent dans la baie de Quiberon, et après un long et sanglant combat, l'Ami-National forçait la VÉNUS à amener pavillon (1).

1807.— ALEXIS GRASSIN ET LE " GÉNÉRAL-ERNOUF ".

Depuis plusieurs mois déjà, la corvette anglaise la BARBARA, de 10 can. et 49 h,, surveillait les Antilles françaises, bloquant leurs ports et empêchant tout commerce sur leurs côtes ; lorsque le capitaine Alexis Grassin, commandant le corsaire nantais le Général-Ernouf, résolut de mettre fin à cette surveillance trop active, et sachant ne pas pouvoir lutter à forces égales contre la corvette anglaise, se décida à user de ruse.
Le 15 septembre 1807, la BARBARA vit dériver dans ses eaux un lourd chaland du pays, chargé de fruits et de marchandises de pacotille, et manœuvré par quelques pêcheurs insouciants. Leur maladresse et leur gaucherie amusèrent fort les Anglais ; et lorsque les pêcheurs eurent obtenu l'autorisation de monter à bord pour proposer leurs victuailles, ils accostèrent au milieu des lazzis et se mirent en devoir de débiter leur cargaison. Tout-à-coup, et tandis que les matelots anglais se bousculaient autour des paniers d'ananas et d'oranges, cinquante gaillards sortaient des flancs du complaisant chaland, se hissaient en grappes forcenées sur les échelles, sautaient sur le pont, et courant directement aux coffres d'armes et aux râteliers de haches d'abordage, tombaient sur les Anglais et s'emparaient en quelques instants de la BARBARA. C'était l'équipage du Général-Ernouf, sous la conduite d'Alexis Grassin. Ce beau fait d'armes, ajouté à bien d'autres, valut la croix de la Légion d'Honneur au capitaine Grassin, qui mourut le 24 juin 1832 (2).

LE CAPITAINE TUILIER ET LE " NEPTUNE ".

Au moment où le Neptune, de Nantes, était enlevé par un corsaire anglais en face du Croisic, le 20 mai 1807, le capitaine Tuilier, sautant dans un canot avec deux hommes, faisait force de rames vers la côte.
Arrivé à terre il courut au fort et obtint par ses pressantes sollicitations deux soldats et des armes. Avec ses quatre hommes il reprit la mer, revint à son navire, et se précipita avec furie sur les Anglais occupés à inventorier leur prise. Ceux-ci, stupéfaits de cette attaque soudaine et croyant à un renfort sérieux de Français, s'enfuirent à la hâte, laissant le brave Tuilier reprendre possession du Neptune, qu'il ramena triomphalement à Nantes. (3)

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(1) Le Moniteur, n° du 28 février 1806.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 424-32.
(3) GALLOIS, Les Corsaires Français sous la République et l'Empire, t. II, p. 422.



vendredi, 29 février 2008

Chronique Portuaire de Nantes LXXXIII

Du Commencement du XIXe Siècle à 1830



1803. — VAPEUR NANTAIS CONTEMPORAIN DE FULTON.

En 1803, c'est-à-dire l'année même où Fulton se livrait sur la Seine à des expériences de bateaux à vapeur, « M. Dubochet aîné fit construire à Nantes une machine à double effet avec un seul robinet ou tiroir et sans condensation... M. Dubochet appliqua cette machine à un grand bateau de la Loire, et l'essai en fut fait sur ce fleuve. » (1)
Dubochet était un médecin nantais très versé dans les sciences mécaniques, et qui fut l'auteur de nombreuses inventions trop méconnues peut-être. II est regrettable qu'aucun document ne soit venu, jusqu'ici du moins, préciser la nature de l'invention brièvement rappelée par les quelques lignes citées plus haut, et qui constatent la solution pratique de l'adaptation de la vapeur aux navires à une époque contemporaine, tout au moins, de celle où Fulton fit sur la Seine les expériences qui l'ont rendu célèbre.


LE CAPITAINE P.-F. LEVEILLEY.

Fils adoptif de Nantes, comme Moncousu, le capitaine P.-F. Leveilley mourait en son domicile de la Chézine, le 26 décembre 1803. Né à Cherbourg et surnommé le "Jean-Bart de Cherbourg", il avait quitté sa ville natale pour s'établir et se marier à Nantes où il fut capitaine de plusieurs de nos corsaires, entre autres de la Vengeance. C'est à bord de ce navire, qu'il commandait en 1796 avec le grade de « lieutenant de vaisseau » et la dénomination sur le rôle de « capitaine de la rivière de Nantes », qu'il amarina quarante-sept prises en trois croisières (2).

1805. — LE CORSAIRE LA " CONFIANCE ".

Mollement bercé par la vague, le corsaire nantais la Confiance était mouillé le 2 juin 1805 au fond d'une petite baie de la côte d'Espagne, lorsque la vigie signala une voile au large, puis une seconde, puis d'autres encore ; c'était une petite escadre anglaise de deux vaisseaux, une frégate et deux corvettes. En un clin d'œil, au coup de sifflet du maître d'équipage, les matelots paresseusement étendus sur les prélarts et les paquets de filin, bondissaient sur les coffres d'armes et prenaient leur poste, tandis que les canonniers athlétiques, le torse nu et le visage au niveau de leurs pièces étincelantes, attendaient, mèche allumée, le signal du combat. A portée de canon le roulement du tambour retentit à bord des Anglais, et leurs premiers boulets, ricochant de vague en vague, vinrent frapper les couples du corsaire et tomber lourdement à l’ eau.
La Confiance lâcha alors toute sa bordée et la canonnade s'engagea.
La baie où se trouvait ancrée la Confiance était défendue par un petit fortin espagnol gardant la passe ; le capitaine Papin, voyant le feu du fortin se ralentir, donna alors le commandement de son navire au second et se jeta à terre avec une partie de ses hommes pour renforcer la faible garnison espagnole. En dépit de la canonnade du fortin, auquel le corsaire joignait ses bordées, les Anglais forcèrent la passe, mirent à terre cinq-cents hommes, massacrèrent la garnison toute entière ainsi que les paisibles habitants d'un village voisin attirés par le bruit du canon, et se retirèrent après avoir mis le feu à la Confiance qui s'abîma bientôt dans les flots (1).
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(1) Annales du la Société Académique, Année 1838, p, 88.
LE BEUF, Du Commerce de Nantes, p. 25.
On sait, d'ailleurs, que Fulton ne fit que s'approprier en les perfectionnant les inventions de ses devanciers. Et en effet, dès 1736, l'Anglais Jonathan Hull avait pris un brevet pour la construction d'un vapeur à aubes dont il présenta les plans, mais qui ne fut pas exécuté. En 1775, Perrier, membre de l'Académie française, construisait le premier bateau à vapeur, dont il faisait l'expérience sur la Seine ; toutefois, la machine d'une force de 1 cheval-vapeur n'ayant pas été assez forte pour remonter le courant, les expériences furent abandonnées. En 1781, le marquis de Jouffroy fit marcher sur la Saône un vapeur de 46 mètres de long ; des accidents survenus pendant les essais, puis la Révolution, l'empêchèrent d'achever ses expériences. En 1796, le Français Desblancs prit un brevet pour la construction d'un vapeur.
Enfin, de 1785 à1801, de nombreux essais furent tentés un peu partout. En 1803, Siwingston et Fulton faisaient des expériences sur la Seine (sur la Loire, dit Larousse?) et, en août 1807, ce dernier lançait sur l'Hudson le premier vapeur ayant à bord des passagers et des marchandises.

(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 302-07.

jeudi, 21 février 2008

Chronique Portuaire de Nantes LXXXII

Du Commencement du XIXe Siècle à 1830


1801.— JÉRÔME BONAPARTE À NANTES.

En 1801, Jérôme Bonaparte vint à Nantes et assista au lancement de l’Épervier, construit aux chantiers de Basse-Indre (1).
II commanda d'ailleurs, en qualité de lieutenant, ce bel aviso qui fut d'abord placé sous les ordres du capitaine Halgan, plus tard vice-amiral (2).

1802. — MOUVEMENT DU PORT DE NANTES AU DÉBUT DU XIXe SIÈCLE.

Depuis près de dix ans l'activité commerciale du port de Nantes était pour ainsi tombée à néant. Les troubles et discordes civiles, les guerres continuelles avec les puissances étrangères rendaient trop périlleuses les expéditions commerciales, et seuls les corsaires animaient encore les quais et le port qui sans eux eût été désert.
La paix d'Arniens mit fin à cette stagnation, et le commerce de Nantes se réveilla enfin de sa longue torpeur. Il se chiffrait en 1802 par 2.128 navires jaugeant ensemble 95.887 tx.

Ce tonnage se répartissait ainsi ;

Long-cours............... 104 navires jaugeant 18.471 tx.

Grand cabotage....... 136 » » 18.501 tx.

Petit cabotage,........ 588 » » 43.915 tx.

Commerce du sel...... 1.300 » » 15.000 tx.

En dix ans, le tonnage de Nantes était descendu de 226.047 tx. à 95.887 tx. ; mais à partir de cette époque il se releva rapidement, puis décrut de nouveau vers le milieu du siècle dernier pour remonter encore cette fois d'une allure vertigineuse et d'un élan qui ne semble pas devoir se ralentir de sitôt (3).

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(1) LESCADIEU et LAURANT, Histoire de Nantes, t. I, p. 192.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, Les Constructions Navales de Nantes.
Emmanuel Halgan, né à Donges, le 31 décembre 1771, s'embarqua à treize ans. Il devint contre-amiral, puis vice-amiral, et mourut à Paris le 20 avril 1853, grand'croix de la Légion d'honneur, député du Morbihan et pair de France (Cf. DOMINIQUE CAILLÉ, La poésie à Nantes sous le second Empire, p. 85).
(3) LE BEUF, Du Commerce de Nantes, p. 234.

jeudi, 14 février 2008

Chronique Portuaire de Nantes LXXXI

Du Commencement du XIXe Siècle à 1830


1800. — LE CORSAIRE LE "COURRIER ".

En février 1800, le corsaire nantais le Courrier, cap. Pierre Amoux, croisait paresseusement par 47° 31' de long, et 17° 50' de lat. lorsque sa vigie signala par la hanche de tribord une voile qui grossissait rapidement sur l'horizon.
Le capitaine Arnoux ordonna alors le branle-bas de combat, et reconnut bientôt dans le navire qui s'avançait un paquebot anglais : la PRINCESSE-ROYALE, venant des Iles-du-Vent.
C'était un adversaire sérieux, bien monté en artillerie, avec un équipage nombreux et des soldats. Néanmoins le capitaine Arnoux fit hisser lepavillon, et serrant le vent fut bientôt par le travers du paquebot qu'il salua de deux bordées. L'Anglais risposta vivement et la lutte s'engagea, les deux navires se canonnant à portée de pistolet. Enfin, après une heure et demie d'opiniâtre combat, la PRINCESSE-ROYALE, craignant d'être enlevée à l'abordage par les matelots du Courrier, qui, massés sur les porte-haubans, leurs sabres à coquille aux dents, se préparaient à sauter sur son pont, amena pavillon anglais et se rendit au Nantais qui l'amarina (1).

1801. — LE CAPITAINE MONCOUSU.

C'est au combat d'Algésiras, livré le 6 juillet 1801 par l'escadre française de l'amiral Linois à la flotte anglaise de Saumarez, que périt le capitaine Moncousu, tué glorieusement sur le gaillard de l'Indomptable, de 90 can., qu'il commandait.
Si Angers revendique l'honneur d'être la ville natale de Moncousu, — il y naquit le 26 août 1756, — Nantes peut se flatter par contre d'avoir été sa ville d'élection. Il y vint en effet de bonne heure s'y faire recevoir capitaine, y commanda plusieurs de nos navires, et enfin s'y maria.
Sa carrière fut des plus brillantes. Sorti de la marine de commerce où il avait fait ses preuves, il passa dans celle de l'État, et commandait en second le cutter l'Expédition, qui combattait le cutter anglais le RAMBER, tandis que la Surveillante se couvrait de gloire en luttant contre le QUÉBEC. Il commanda ensuite le Redoutable, puis l'Indomptable à bord duquel il fut tué le 6 juillet 1801, à la veille de passer du grade de Chef de division à celui d'Amiral.
La nouvelle de sa mort causa à Nantes un émoi considérable.
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(1) GALLOIS, Les Corsaires Français sous la République et sous l’Empire, t., II, p. 427.
(2) MELLINET, La Commune et la Milice de Nantes, t. II, pp. 90 et suiv.


RAPPEL

Ces chroniques sont tirées de
Marins et Corsaires Nantais
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jeudi, 07 février 2008

Chronique Portuaire de Nantes LXXX

Période Révolutionnaire


1799.— LE CORSAIRE LA " CONFIANCE ".

Le corsaire nantais la Confiance, joli trois-mâts de 300 tx., 24 can-, 6 pier. et 145 h., construit à la Fosse et armé par Cossin, sortait de la Loire dans les premiers jours de 1799, sous le commandement du capitaine Dimanche et commençait sa croisière en amarinant deux trois-mâts portugais : le SEIGNEUR-DE-BONNE-FOI et le NOTRE-DAME-DE-LATALAYE.
En février, il attaquait sur les côtes anglaises un gros corsaire de 22 can., qui se défendit vaillamment ; après un épouvantable corps-à-corps, dans lequel les ponts des deux vaisseaux ruisselèrent de sang, le Nantais amarinait son adversaire.
La Confiance, dégréée de toutes ses manœuvres, venait à peine de mettre un peu d'ordre dans ses agrès, lorsqu'un bâtiment anglais se dessina, rasant la côte, et cingla sur elle. Hélé d'amener pavillon, le corsaire nantais hissa sa couleur à sa corne, l'appuya d'un coup de canon, et bientôt les deux navires, vergue à vergue, échangèrent d'incessantes bordées. Après un combat des plus meurtriers, le Nantais amarinait son adversaire en vue des côtes anglaises couvertes de population, et faisait ensuite voile vers les côtes de France, amarinant en route un riche navire américain (1).


LE CAPITAINE PINAUD ET LE " PRINCE ".

Le Gouvernement anglais, inquiet du grand nombre de prisonniers français renfermés à la suite de prises dans les prisons de Madras, résolut en 1799 de les transférer sur les pontons de la métropole où la surveillance était plus facile. Six cents prisonniers, dont le Nantais Pinaud, ancien capitaine de la Clarisse, furent embarqués sur le navire le PRINCE, escorté de six vaisseaux de guerre.
Le capitaine Pinaud conçut alors le hardi projet de s'emparer du PRINCE et de reconquérir ainsi sa liberté. Il communiqua son dessein à ses compagnons les plus déterminés et, en vue de l'Ile-de-France, profita d'un grain violent pour le mettre à exécution.
Tandis, que les navires de l'escorte, prenant la cape pour laisser passer le gros temps, carguaient leurs basses voiles et brassaient carrée leurs vergues, Pinaud et ses compagnons s'assuraient en un instant des Anglais occupés à ferler les voiles et prenaient le commandement du PRINCE. Sous l'influence des larges pièces de toile audacieusement déployées sous la rafale le navire s'inclina brusquement, l'eau battant ses dalots de bâbord, tandis que sur l'autre flanc le cuivre poli de sa quille effleurait la crête brillante des grosses lames vertes ; puis il se releva sous l'habile coup de barre de son capitaine, et courant vent arrière, ses mâts pliant comme des baguettes, fut assez heureux pour aborder à l'Ile-de-France, où Pinaud débarqua les six cents Français arrachés par son hardi coup de main aux horreurs des pontons (2).


LE CAPITAINE LAFONT.

Dans le courant de 1799, le corsaire nantais l'Hippolyte, cap. Douillard, amarinait un Anglais à bord duquel le second Lafont était envoyé comme capitaine de prise pour le ramener en France. Quelques jours après que les deux navires se furent séparés, un marin de l'équipage de prise, un étranger, Marc Canonna, la livra par trahison aux Anglais, et Lafont et ses hommes étaient à leur tour prisonniers sur le navire dont ils s'étaient emparés. Ce ne fut d'ailleurs que pour fort peu de temps, car le brave Lafont parvint de nouveau à reconquérir sa liberté et sa prise qu'il ramena à Nantes (3).

(1) GALLOIS, Les Corsaires Français sous la République et l'Empire, t. II, p. 424.
(2) GALLOIS, Les Corsaires Français sous la République et l'Empire, t. II, pp. 436-7.
(3) GALLOIS, Les Corsaires Français sous la République et l'Empire, t. II, p. 421.

jeudi, 31 janvier 2008

Chronique Portuaire de Nantes LXXIX

Période Révolutionnaire


1799. — CAPTURE DE L'ANGLAIS L' " ÉCHO ".
Le 20 février 1799, la population nantaise se portait toute entière sur le port pour accueillir un capitaine Corsaire de la ville qui ramenait le transport britannique l'ÉCHO, dont il s'était emparé à l'abordage, avec 15 marins seulement contre 75 soldats anglais (1).

LE CORSAIRE LE " NANTAIS ".

Le corsaire le Nantais, trois-mâts de 200 tx., 12 can. et 100 h., armateurs Savary et Cossin, et cap. Rozier, mettait à la voile le 8 mai 1799.
Surpris par une frégate anglaise, il prit chasse toutes voiles dehors, ses bonnettes hautes et basses déployées. Mais la brise était fraîche et la mer houleuse, et le malheureux navire sombra sous voiles, dans une rafale, avec tout son équipage.
Le Nantais avait accompli, durant sa carrière, de fructueuses campagnes ; c'est ainsi qu'en janvier 1798, sous les ordres du capitaine Nicolas-Herbert Pradeleau, il avait amariné l'Anglais le BORNHOLM, déguisé sous pavillon danois, et dont la vente avait produit la somme énorme de 3.324.944 fr. 70 c. (2).

LE CORSAIRE LE " VAUTOUR ".

Le Moniteur relatait, vers le milieu de mai, la dernière croisière du corsaire nantais le Vautour, cap. Jacques François. Tombé au milieu d'un convoi anglais escorté de frégates et de corsaires, il n'eut que le temps de masquer sa nationalité et son caractère pour éviter d'être pris. Ses sabords soigneusement fermés sur sa ceinture de canons aux gueules verdâtres ; son équipage dissimulé dans l'entrepont, sauf quelques rares matelots flânant sur le gaillard ; ses caronades de pont, ses coffres d'armes et ses grappins d'abordage cachés aux regards, il prit place dans le convoi, pavillon anglais battant à sa corne, avec les allures craintives d'un paisible navire marchand, trop heureux de voyager sous une si forte escorte.
Après avoir reconnu le convoi, il jeta son dévolu sur le trois-mâts le GRENVILLE, et manœuvra habilement pour se rapprocher, de lui. Pendant de longues heures, les deux navires cheminèrent paisiblement côte à côte ; puis, tout-à-coup, le Vautour se démasqua, et le bronze endormi de ses canons vint éclairer les Anglais sur son véritable caractère.
Le pavilon britannique fut hâlé avec joie sur le pont, et à sa place le tricolore se déploya au vent comme un immense oiseau qui prend son vol ; la longue ligne jaune marquant la place des sabords et des canons s'illumina d'éclairs et le corsaire nantais, lâchant sa bordée par le travers du brion du GRENVILLE, l'enleva à l'abordage. Avant que le reste du convoi et les navires d'escorte aient eu le temps de revenir de leur stupéfaction, le Nantais amarinait sa prise et s'éloignait avec elle ; deux frégates se lancèrent bien à sa poursuite, mais une brume favorable s'épaissit sur la mer et le déroba aux recherches de ses poursuivants. Quelques jours après, tandis que sa prise rentrait en France, le Vautour ayant fait fausse route tombait inopinément sur le même convoi et en profitait pour enlever le BAY de la même manière (3).
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(1) MELLINET, La Commune et la Milice de Nantes, t. X, p. 237.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 299-301.
(3) GALLOIS, Les Corsaires Français sous la République et l'Empire, t. II, p. 430.


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jeudi, 24 janvier 2008

Chronique Portuaire de Nantes LXXVIII

À Anh, patron de l'ÉON VOR qui est mon ami


Période Révolutionnaire


1798.— COMBATS HÉROÏQUES ET PRISE DE LA "LOIRE".

La frégate la Loire, donnée à la République par le Commerce nantais, et mise à l'eau en 1796, faisait partie en 1798 d'une escadre commandée par le Chef de division Bompart, et le 10 septembre attaquait avec une autre frégate le vaisseau anglais I'ANSON et la frégate I'ÉTHALION.

Craignant d'attirer l'ennemi en forces supérieures aux siennes, Bompart ordonna aux deux frégates françaises de cesser le feu et de reprendre leur poste, et le brave Ségond qui commandait la Loire n'obéit à cet ordre trop prudent qu'en brisant de colère son porte-voix sur le pont de son navire. Le lendemain, la Loire attaquait le ROBUST de 74 can., échappait au vaisseau I'ANSON, sous les sabords duquel elle avait à passer, en simulant un bateau amariné, puis une fois la supercherie découverte, le canonnait de long en long. Le 11, la Loire prenait chasse devant un vaisseau de ligne cinglais, une frégate et une corvette, et les évitait pour tomber le 16, sous la chasse de deux frégates et de la corvette le KANGUROO qu'elle démâtait et mettait hors de combat.
Le 17, désemparée par ses combats précédents, la Loire était attaquée par la MERMAID, de 40 can., et supportait une canonnade furieuse. Voyant son navire démâté de ses trois mâts de hune et ne manœuvrant plus que sous ses deux basses voiles, Ségond ordonna de cesser tout-à-coup le feu ; puis, tandis que la MERMAID s'approchait confiante pour l'amariner, il lança son navire dans le vent, balayant le pont de l'Anglais d'une avalanche de boulets rames. La MERMAID épouvantée et craignant l'abordage, saisit l'occasion d'une légère brise pour s'échapper, tandis que la Loire, dégréée de toutes ses manœuvres, devait renoncer à la suivre.

Pendant le combat, un quartier-maître de Nantes, Mahé, avait eu le corps traversé d'un boulet, et malgré cette horrible blessure, ce brave marin avait eu le courage de se traîner jusqu'à la dunette pour prévenir-le capitaine qu'il allait mourir et qu'il fallait le remplacer à son poste.

Le 18, la Loire rencontrait de nouveau I'ANSON et le KANGUROO et bien qu'elle fût rasée comme un ponton et manœuvrant à peine, elle leur résista pendant plus d'une heure. Émerveillé de cette défense, le capitaine de I'ANSON cessa le feu, et hélant Ségond, lui cria qu'il avait assez fait pour sa gloire et qu'il ne pouvait plus lutter davantage. Ségond lui fit répondre à coups de canons et recommença la lutte. C'est alors qu'un de ses officiers, qui s'était d'ailleurs battu comme un lion, voyant toute l'inutilité de cette défense, se jeta sabre en main sur son capitaine en lui criant d'amener ; Ségond lui mit son pistolet sur la poitrine et lui répondit froidement : « Retourne à ton poste on je te tue ! »

Ségond voyant qu'il lui était impossible désormais de lutter plus longtemps prit à pleine main une mèche allumée, et se disposait à mettre le feu aux poudres lorsque l'un de ses officiers l'en dissuada, lui affirmant que le navire coulait bas. 11 se trompait, et la Loire, immatriculée sous ce nom dans la marine anglaise, devint l'un des plus terribles adversaires de nos corsaires.

On raconte qu'un jour Napoléon, voyant les gravures représentant les combats de la Loire, demanda au ministre Decrès : « Qui a soutenu ces combats ? »— « Sire, — répondit Decrès, importuné des demandes de Ségond. qui réclamait trop vivement peut-être des récompenses pour l'équipage de la Loire, — un fou qui déclame contre Votre Majesté. Il y a, si vous voulez bien le permettre, une place pour lui à Charenton !.... » — « Non, Decrès, — répondit l'Empereur, — laissez-le mourir honorablement ; ceci est magnifique. Plût à Dieu, que j'eusse beaucoup de fous comme celui-là dans ma marine » (1).
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(1) VATTIER d'AMBROYSE, Le Littoral de la France. - Côtes Vendéennes, pp. 423, 437.8.
LÉON GUÉRIN, Histoire Maritime de la France, t. V, pp. 134-140.
JAL, Scènes de la Vie Maritime.

jeudi, 17 janvier 2008

Chronique Portuaire de Nantes LXXVII

Période révolutionnaire


1798.— FÊTE MARITIME DU 10 AOUT.

En 1798, la fête annuelle du 10 août fut remplacée par une petite guerre maritime sur la Fosse. On fit le « simulacre de la prise de Malthe » figurée par l'île Videment, défendue par de pseudo-maltais : fantassins en uniformes verts et hussards en rouge, et garnie de six batteries de pièces de quatre et de pavillons maltais qui « donnaient à cette isle un air aussi pittoresque que guerrier ».
Au signal d'embarquement, et devant un public énorme, — « plus cent navires, stationnaires étaient remplis de spectateurs », — les assaillants attaquèrent l'île, et après un combat acharné « au feu et à l'arme blanche », le drapeau maltais fut amené et le drapeau national hissé, « tandis que les pavillons de diverses nations flottoient sur les bâtiments neutres, et sembi oient saluer le pavillon tricolore » (1).
Les esprits étaient en effet tournés en ce moment vers les choses maritimes, et quelques jours auparavant un député de Nantes, le citoyen Boulay-Paty avait lu au Conseil des Cinq-Cents un remarquable mémoire sur la nécessité de relever notre marine (2).


MORT HÉROÏQUE DU CAPITAINE JEAN FABER.

Le 19 août 1798, le capitaine de vaisseau Jean Faber, de Nantes, soutenait avec un seul vaisseau une lutte de seize heures contre une flotte anglaise, en vue de Guernesey,
Resté seul avec son fils de tout l'équipage, et cerné de tous côtés, il lui donna l'ordre de mettre le feu à la Sainte-Barbe, et criant fièrement aux Anglais : « Vous n'aurez ni le vaisseau, ni le capitaine. Vive la République ! » se fit sauter, entraînant avec lui six de ses antagonistes (3).

LES ANGLAIS À L'EMBOUCHURE DE LA LOIRE.

Au commencement de janvier, les frégates la Loire, la Fraternité et la Sémillante, et la corvette la Société-Populaire sortaient de la Loire pour donner la chasse aux Anglais qui se montraient depuis plusieurs jours à l'entrée de la rivière. Elles ne réussirent pasd'ailleurs à les écarter, car leurs vaisseaux continuèrent à se montrer en vue des côtes et à s'emparer des petits caboteurs passant à leur portée.

Le 27 mai, sept de leurs corsaires et une frégate chassaient un convoi de barques chargées de vin et d'eau-de-vie pour le compte de la République, el les forçaient à s'échouer sous la protection des canons du Croisic ; et le lendemain ils obligeaient également un chasse-marée à s'échouer sous les batteries de Saint-Gilles. Sur ces deux points les habitants de la côte s'unirent bravement aux canonniers pour empêcher les canots armés anglais de venir incendier ces navires. Quelques jours après, les Anglais amarinaient dans la baie de Pornic trois barques de sel ; et le 29 juin, une division de trois frégates se présentait à l'entrée de la Loire et envoyait cinq embarcations armées d'obusiers amariner quelques navires le long des côtes. Un détachement du 27e fut aussitôt envoyé de Nantes pour empêcher tout débarquement (4),
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(1) Publicateur de Nantes, n° du 27 thermidor.
(2) MELLINET, La Commune ef la Milice de Nantes, pp. 209-10.
(3) L. BRUNSCHWIG, Éphémérides Nantaises du Centenaire de la Révolution.
(4) LOUIS GUILLET, Il y a cent ans ! 1798-1898, pp. 409.105-128.

RAPPEL

Ces chroniques sont tirées de
Marins et Corsaires Nantais
par Paul Legrand
Héron - J. Mesnier & C° - Éditeurs
7, Rue de Strasbourg - Nantes - 1908

jeudi, 10 janvier 2008

Chronique Portuaire de Nantes LXXVI

Période Révolutionnaire


1798. — SURCOUF À NANTES.

Durant l'année 1798, le hardi Corsaire malouin Robert Surcouf commanda le navire nantais la Clarisse, de 14 can. et 140 h., armé en Course par Félix Cossin, et fit à bord de ce navire plusieurs croisières très fructueuses, avec son frère Nicolas Surcouf, comme second (1).


LE CORSAIRE LE “CHÉRI”.

Le 5 janvier 1798 vit la perte de l'un de nos plus célèbres corsaires nantais, le trois-mâts le Chéri, de 600 tx., 22 can., 10 pier. et 14 espingoles, monté par 193 h. d'équipage, et commandé par Jean-Simon Chassin, de l'Ile-d'Yeu, aïeul de l'historien de la Vendée Révolutionnaire. À la suite d'un épouvantable combat de plus d'une heure et demie avec la frégate anglaise la POMONE, de 64 can., le Chéri, écrasé par les forces de beaucoup supérieures de son adversaire, avait dû amener pavillon ; mais, au moment où les Anglais en prenaient possession, il coula à pic, entraînant avec lui les quelques survivants de cette lutte inégale. Le capitaine Chassin avait été tué sur son banc de quart.
Le Chéri qui disparaissait ainsi sous les flots avait été lancé à Nantes en 1789, sous le nom de la Fleur-Royale, qu'il avait abandonné lors de la Révolution.
Indépendamment de ses brillantes campagnes de Course, il avait accompli deux croisières avec la qualité de corvette de l'Etat ; une première sous Chassin, provisoirement promu au grade de lieutenant de vaisseau ; puis une seconde sous Pillet, capitaine de vaisseau, qui devint membre du Conseil des Cinq-Cents en 1799 (2).


CORSAIRES NANTAIS EN 1798.

En janvier 1798, le corsaire le Nantais, de 200 tx., 12 can. et 100 h,, cap, Pradeleau, amarinait l'Anglais le BORNHOLM.
En février, le corsaire nantais l'Adonis, armateur Renou, cap. Fouché, s’emparait de l'Anglais le PRINCE-EDOUARD, de 120 tx. et 6 can.
Le même mois, les Anglais amarinaient notre corsaire le Volage, de 22 can, et 195 h.
Enfin, en avril, le corsaire nantais la Confiance, armateur Cossin, cap. Quirouard, s'emparait de l'Anglais la JUNON (3).

LE CORSAIRE LE “VAUTOUR”.

Le Moniteur du 28 germinal, an VI, rapporte le fait suivant : « Le corsaire de Nantes, le Vautour, cap. Jacques François, s'est emparé d'un navire portugais de 600 tx. et armé de 16 can. de gros calibre, qu'il a conduit à Sainte-Croix de Teneriffe où il a été vendu deux jours après son arrivée 450.000 livres, en gourdes. Avant de pouvoir amariner ce bâtiment, le Vautour a soutenu deux combats, l'un d'une heure et demie et l'autre de trois heures et demie. Le Portugais a eu 16 blessés et plusieurs morts, et il ne s'est rendu qu'à la vue des dispositions d'abordage. II y avait à bord six passagers moines, parmi lesquels il y en eut un de tué et deux grièvement blessés. L'acharnement avec lequel ces moines se sont battus, et le fanatisme dont ils avaient électrisé l'équipage, ont été cause que le navire ne s'est pas rendu plus tôt » (4).

LE CORSAIRE L’ “HYDRE”.

« On écrit de Nantes, — mentionne le Moniteur du 1er prairial, an VI, — que le corsaire l'Hydre, est rentré dans ce port faute de vivres, après avoir été chassé pendant 24 heures par la division anglaise, de laquelle il s'est sauvé par la supériorité de sa marche. Il a fait huit prises, dont trois ont été coulées par lui ; les cinq autres ont été expédiées mais on n'en a point encore de nouvelles... » (5).
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(1) A. PÉJU, La Course à Nantes au XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe siècle, p. 71.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, p. 264 et suiv.
(3) LOUIS GUILLET, II y a cent ans ! 1798-1898, pp. 29, 33 et 62.
(4) Moniteur, n° du 28 germinal, an VI.
(5) Moniteur, n° du 1er prairial, an VI.

jeudi, 03 janvier 2008

Chronique Portuaire de Nantes LXXV & bons vents !

BLOAVEZ MAD XA KEBIÉRÉ WAGA

(la Bonne année en breton et en soninké)

Bons vents à toutes et tous !

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et pour la commencer, trois minces histoires de Corsaires Nantais.

Période Révolutionnaire


1797.— LE CORSAIRE " LE VOLTIGEUR " ET LE CHIRURGIEN CARON.

Spécialement construit pour la Course sur les chantiers de Nantes, le corsaire le Voltigeur, de 200 tx. et 10 can., sortait de la Loire le 4 octobre, sous les ordres d'Alexandre Giraud, avec un équipage de 110 marins et soldats. Après d'heureuses prises et de brillants combats, il fut lui-même amariné par la frégate anglaise la NYMPHE, après douze heures de chasse et un abordage dont il ne put se défendre, toutes ses munitions étant épuisées et ses matelots n'ayant plus que des barres d'ansept pour continuer la lutte. Plusieurs officiers et quinze marins anglais vinrent à bord de leur prise, ne conservant de son équipage que le chirurgien Caron, le chef de timonerie Granaud, et les blessés enfermés dans la cale ; le reste avait été transféré sur le navire capteur.
Le lendemain, la NYMPHE et sa prise, qui voyageaient de conserve, furent séparées par un fort grain. Le chirurgien Caron conçut alors le projet audacieux de reprendre le Voltigeur avec l'aide des matelots valides. Une première fois, il échoua ; ses complices furent enfermés à fond de cale, et lui seul fut laissé sur le pont pour soigner les blessés.
Malgré la présence de la NYMPHE, qui rejoignait à ce moment sa prise, Caron ne perdit pas l'espoir de reprendre le navire et prépara son plan. Pour réussir plus sûrement, il fit monter sur le pont le cuisinier Berranger et le boulanger Pavageau, qui feignirent de préparer le repas ; puis il se fit amener quatre des blessés les plus vigoureux, soi-disant pour faire de la charpie, et chargea son infirmier Jean-Jean de lui amener le plus fort gaillard de l'équipage enfermé dans la cale sous le prétexte de soigner ses blessures. Au signal donné, les neuf hommes bondirent sur les officiers attablés, les désarmèrent, ficellèrent les hommes de l'équipage anglais partout où ils les rencontrèrent, délivrèrent leurs camarades, et, prenant la direction du Voltigeur, le couvrirent soudain de toile et prirent chasse devant la NYMPHE qui se lançait à leur poursuite.
Ils furent assez heureux pour se réfugier sains et saufs à Audierne et revinrent de là à Nantes, où le Voltigeur et le brave Caron furent reçus avec enthousiasme (1).


LE CORSAIRE LE " VENGEUR ".

Par jolie brise maniable, le corsaire nantais le Vengeur courait grand largue le long des côtes anglaises, lorsque la vigie, perdue dans l'amoncellement des cordages et des manoeuvres, signala une voile par tribord, puis une autre, puis d'autres encore ; tout un convoi de soixante voiles escorté par un vaisseau de ligne, deux frégates, et plusieurs cutters. La proie était alléchante, sans doute, mais bien gardée ; néanmoins, le corsaire nantais s'attacha à sa poursuite, fuyant dès qu'un des navires de protection lui donnait la chasse, pour revenir aussitôt rôder sur les flancs du convoi dès que la surveillance se relâchait. Dès le soir même, il amarinait les TROIS-FRÈRES, de 250 tx. ; le lendemain, trois autres prises venaient se ranger successivement le long de ses flancs, et tandis qu'il rentrait au port, il réussit encore à s'emparer d'un trois-mâts suédois de 6 à 700 tx. (2).


LE CORSAIRE LE " FÉLIX ".

Le 10 octobre 1797, le fin cutter nantais, le Félix, corsaire de 200 tx,, 8 can. et 120 h., sortait de la Loire sous le commandement du brave capitain André Viaud, l'un des meilleurs Corsaires de la rivière.
Après avoir amariné plusieurs prises, il s'emparait de la JANE qu'il envoyait à Nantes en novembre ; ce furent les dernières nouvelles que l'on reçut jamais du corsaire nantais et de son équipage. La tradition rapporte qu'il se fit couler lui-même pour ne pas se rendre, après un combat contre une corvette anglaise en vue des côtes d'Irlande (3).
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(1) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 231-236.
(2) GALLOIS, Les Corsaires Français sous la République et l'Empire, t. II, p. 417.
(3) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 354-5

jeudi, 27 décembre 2007

Chronique portuaire de Nantes LXXIV

Période Révolutionnaire

1797. — CORSAIRES NANTAIS EN 1797.

L'année 1797 vit un grand nombre de corsaires nantais sortir de la Loire et y ramener de nombreuses prises :

Le Colon, cap. Villy, qui prit quatre prises en une seule sortie.
L'Eugénie, joli et léger trois-mâts, armé de 16 can. et commandé par le cap. Héraud, qui amarina à l'entrée de la Manche un fort corsaire de Liverpool armé de 18 caronades de fort calibre, après un combat acharné.
La Nouvelle-Eugénie, lancée peu après l'Eugénie, et qui suivit les traces de son aînée en amarinant la BÉNÉFICIAIRE, de 14 can. de 9.
Le Neptune, qui amarina le SWIFLD de 250 tx.
La Riza, cap. Clément Roux, qui s'empara du danois KERREN-ET-SOPHIE.
Le Duguay-Trouin, brick de 250 tx., 20 can., 2 obusiers, et 100 h., cap.Dutache, spécialement construit pour la Course, et qui enleva le RAIMBOURG et le brick FRIENDSHIP.
L'Intrépide, brick de 80 tx,, 10 can., 2 obus., et 76 h., cap. Jean-B. Candeau, puis Villeneuve, sous les ordres duquel il aborda la DIANE-DE-LANCASTER qu'il força à amener pavillon après un rude combat.
L'Actéon, corvette de 150 tx., 14 can., et 110 h.. cap. Louis Thibeaud, spécialement construit à Nantes pour la Course, et qui amarina le Suédois l'UnioN, puis la TARTANA, de 12 can., et le LIGTHORSE.
La Constance, qui amarina les bricks anglais l'ACTIVE, la MARIE, la FANNY, et la goélette le CUMBERLAND.
Le Jason, qui enleva le brick I'AMI-DE-DARMOUTH, et le HARRIOT, de 400 tx.
L'Étoile, cap. Chauveau, qui captura les bricks anglais FRONTOMALK, de 300 tx., ENTREPRISE de 120 tx, et RECOVERY, de 350 tx.
Enfin, L’Anonyme, brick de 150 te., 8 can., 2 obus., 2 pier. et 80 h.,cap.Bertho ; l'Oiseau, brick de 16 can. et 100 h. ; le Vautour, trois-mâts de 300 tx., 20 can., et 17 h., cap. Jacques François ; le Barbier-de-Séville, brick de 150 tx,, 8 can. et 100 h., cap. Vincent Magouet ; la Musette ; la Julie ; l'Actif; le Furret ; l'Autour ; etc (1)
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(1) GALLOIS, Les Corsaires Français sous la Révolution et l'Empire, t. II, pp. 415-418.

jeudi, 20 décembre 2007

Chronique portuaire de Nantes LXXIII

Période Révolutionnaire


1794.— LA VEUVE DE DU COUÉDIC.
La veuve de l'héroïque commandant de la Surveillante s'était retirée à Nantes après la mort de son époux ; et une pension de cent-vingt livres reposant sur les octrois lui avait été accordée. Lors de la suppression des octrois en 1791 elle fut réduite à redemander au Conseil de lui maintenir cette pension sans laquelle elle n'avait plus de quoi vivre. Dans sa séance du 16 janvier, le Conseil lui vota six mois, soit soixante livres, sans décider pour l'avenir (1).
En 1794, une bande avinée de membres de la Compagnie Marat envahit sa demeure en la traitant d'aristocrate et de mauvaise patriote. La noble femme, sans s'émouvoir de leurs menaces, leur montra le tableau de la Surveillante luttant contre le Québec, que lui avait donné le Roi, et leur dit simplement : «Je suis la veuve du commandant de la Surveillante qui combattit et mourut pour sa patrie ».
Les terroristes honteux et subjugués par son calme se retirèrent en s'excusant (2).

1795. — LE CAPITAINE LEBESQUE.

Au combat de Groix, le 23 juin 1795, entre la flotte de l'amiral Villaret-Joyeuse, composée seulement de douze vaisseaux, et une escadre anglaise de dix-sept vaisseaux, le capitaine nantais Lebesque se distingua par son courage, et, bien que grièvement blessé, refusa de quitter son poste de combat.
Un autre Nantais, d'adoption du moins, le capitaine Moncousu, se fit également remarquer par sa bravoure à cette affaire (3),

1796. — CORSAIRES NANTAIS EN 1796.

Le 9 avril 1796, le brick corsaire la Vengeance, de 220 tx. et 15 can., commandé par « le citoyen Leveilley, lieutenant de vaisseau, capitaine de la rivière de Nantes » entrait en Loire après une campagne de quelques mois, au cours de laquelle il avait amariné quatorze prises. II en repartait le 4 juin, et dans une croisière d'environ un an, s'emparait de treize navires ennemis. Déjà, au début de l'année, il avait amariné vingt prises anglaises en trente-deux jours ; ce qui lui faisait le joli total de quarante-sept captures en dix-huit mois (4).

Un autre corsaire nantais, la Musette, armateur Félix Cossin, cap. Desbrosses, sorti de la Loire en octobre 1796, amarinait peu de jours après le brick charbonnier de 250 tx., l'OCÉAN, puis le JEUNE-JACKSON et la CRÉMONE à quelques jours d'intervalle. Il se laissait ensuite porter sur le trois-mâts de 16 caronades, la BETZY, l'abordait vergue à vergue après une canonnade intense, et les Nantais, sautant sur le pont du trois-mâts, assaillaient son équipage à l'arme blanche et s'en emparaient.

En décembre de la même année, la Musette amarinait deux Anglais ; I'INDUSTRIEUSE et un brick de 200 tx., qui furent vendus 150.000 francs ; elle fut à son tour capturée par une frégate anglaise, et son équipage, Desbrosses en tête, enfermé dans un ponton (5).
Indépendamment de la Musette, l'un de nos plus célèbres corsaires, Félix Cossin armait également en Course : l'Oiseau, cap. Lebreton ; la Constance, cap. Basile Leray ; le Volage, cap. Desagenaux ; la Julie, cap. Gautreau ; le Papillon, toute une flotte d'intrépides corsaires qui causèrent un mal énorme aux Anglais, en même temps qu'ils protégeaient efficacement nos côtes et notre commerce.


LANCEMENT DE LA FRÉGATE LA "LOIRE".

La frégate la Loire, offerte à la République par les habitants de Nantes, au moyen d'une souscription ouverte le 12 avril 1794, à la Société Républicaine, fut mise à l'eau le 23 mars 1796, le jour même de la prise de Charette. On lit en effet dans la Feuille Nantaise de ce jour : « Ce soir, à la pleine mer, sera lancée à l'eau là superbe frégate la Loire, de 36 canons en batterie, donnée à la République par les citoyens de Nantes » (6).
La Loire fut d'abord placée sous le commandement du capitaine nantais Desagenaux, puis en dernier lieu du capitaine Ségond.
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(1) VERGER, Archives curieuses de Nantes, t. V, p.223.
(2) Revue du Bas-Poitou, Année 1907, p. 191.
(3) MELLINET, La Commune et la Milice de Nantes, t. VII, p. 94.
(4) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 302-7.
(5) GALLOIS, Les Corsaires Français sous la République ef l'Empire, t. II, pp. 428-9
(6) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJERO, La Course et les Corsaires de Nantes, p. 258.
Feuille Maritime Nantaise, n° du 3 germinal, an IV

jeudi, 13 décembre 2007

Chronique portuaire LXXII


Période Révolutionnaire


1794.— LANCEMENT DE LA "JACOBINE".
La Feuille Maritime de Nantes, du 9 germinal an II, insérait l'avis suivant ; « Demain Décadi, on doit lancer à l'eau, à la Basse-Indre, la corvette de la République, la Jacobine ».
La Société Populaire de Nantes, sur la motion du citoyen Prieur, avait décidé qu'elle se rendrait en masse au lancement, accompagnée de tous les citoyens et citoyennes qui voudraient assister à ce patriotique spectacle ; et de fait, une foule considérable se rendit à Basse-Indre pour la mise à l'eau de la corvette (1).
Nantes, comme tout le reste de la France, était alors en proie à la famine ; les discordes civiles ayant causé la ruine de l'agriculture et du commerce.

ENTHOUSIASME PROVOQUÉ PAR L'ANNONCE DE L'ARRIVÉE D'UN CONVOI.

Aussi, la nouvelle connue le 11 juin, qu'un convoi de blé venant de l'Amérique du Sud était entré à Brest, causa-t-elle dans la ville un enthousiasme indescriptible ; on « s'embrassait dans les rues ». L'escadre de l'amiral Villaret-Joyeuse, envoyée au devant de ce convoi avait dû livrer un terrible combat à la flotte anglaise qui se disposait à l'enlever. Sur les cent-seize bâtiments de transport et huit prises dont il était composé, trente-trois transports et deux prises étaient destinés à Nantes (2).


MORT DE L'AMIRAL DU CHAFFAULT.

Lors de la reprise de Montaigu par les Républicains en 1793, le vieil amiral Du Chaffault, qui y vivait retiré, avait été arrêté et conduit à Nantes sous l'inculpation d'avoir organisé la défense.
Par respect pour son grand âge et ses blessures glorieuses, il avait été envoyé à Lusançay, dont le régime, si on le comparait à celui des affreuses geôles révolutionnaires, était plutôt celui d'une maison de santé que d'une prison.
Le vieillard fut incapable cependant de supporter les privations de sa captivité. En vain demanda-t-il son élargissement ; en vain écrivit-il au Représentant du Peuple : « J'ai servi ma patrie pendant soixante-quinze ans avec quelque distinction »; sa lettre touchante ne reçut que cette froide et banale réponse : « Vu les mesures qu'ont nécessité contre eux les gens de cette classe, il n'est pas possible ».
Le vieil amiral nantais mourut le 29 juin 1794 à l'âge de quatre-vingt-sept ans ; il était Lieutenant-général des armées navales, Commandeur de Saint-Louis, et avait publié un ouvrage technique très apprécié intitulé : Signaux de jour, de .nuit et de brume pour l'escadre du Roi, par M. Du Chaffault, Chef d'escadre des armées navales.

Du Chaffault avait la réputation d'être l'un des plus habiles manœuvriers de notre histoire maritime, et son portrait, qui orne la grande salle du Borda, est encore montré aux jeunes élèves de notre marine, comme étant peut-être celui de l'homme qui sut le mieux faire évoluer, et penser pour ainsi dire, ce merveilleux assemblage de bois et de fer qu'est un vaisseau (3).
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(1) Feuille Maritime de Nantes, n° du 9 germinal, an II.
(2) L. BRUNSCHWIG, Éphémérides nantaises du Centenaire de la Révolution.
(3) S.DELANICOLLIÈRE-TEIJEIRO, Comte du Chaffault, pp. 65-66.
Revue du. Bas-Poitou, Année 1906, pp. 120-1.
Annales de la Société académique, Année 1861, pp. 221-252