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jeudi, 01 novembre 2007

Chronique portuaire LXVI

Période Révolutionnaire


1791. — INAUGURATION DU PAVILLON NATIONAL SUR LE PORT.

Le Pavillon tricolore fut inauguré solennellement sur la Fosse le 10 avril 1791, en présence de toutes les troupes de la garnison rangées sur le quai, et d'un immense concours de population.
À l'issue de la messe célébrée à bord du Cerbère, et après un discours du maire Kervégan, ce navire reçut un baptême nouveau et prit le nom du Mirabeau. À ce moment, il amena le drapeau blanc, et hissa à la corne le pavillon tricolore ; la manœuvre fut ensuite exécutée par tous les navires du port, au milieu des vivats et des acclamations (1).


PROTESTATIONS CONTRE LE PROJET DE SUPPRESSION DE LA TRAITE.

Le Journal de la Correspondance de Nantes publie, à la date du 27 février, une lettre du citoyen Pierre Legris, répondant à ceux « qui ont assez de noirceur » pour l'accuser d'être favorable à l'abolition de la Traite. Comme preuve du mal fondé de cette accusation, Legris rappelait le projet d'adresse contre la motion tendant à abolir la Traite des Noirs dont il avait donné lecture quelques jours auparavant, le 19 février, à la Société des Amis de la Constitution. Dans ce projet d'adresse, il s'efforçait de prouver que le maintien de la Traite était conforme à « l'humanité et à l'intérêt de l'Etat » (2).
_________________________________________________________________

(1) Journal de la Correspondance de Nantes, Année 1791, n° 33, p. 523.
(2) Journal de la Correspondance de Nantes, Année 1791, n° 14, p. 215.

Rappel
Scan de l'ouvrage
Marins et Corsaires Nantais
par Paul Legrand
Héron - J. Mesnier & C° - Éditeurs
7, Rue de Strasbourg - Nantes - 1908



Note du scanneur : À peine hissé, le drapeau tricolore des bourgeois nantais se teinte déjà d'un futur qui dans le droit fil de la Traite annonce l'Empire colonial « conforme à l'humanité et à l'intérêt de l'État » !

jeudi, 18 octobre 2007

ajout à la chronique portuaire LXV

Ils ne sont pas tristes, les grands bourgeois nantais : partisans de la République, soit ! Cette République, d'ailleurs, n'est-elle pas, dans son essence une république bourgeoise ? Les paysans insurgés de 1793 ne s'y tromperont point. C'est une autre...histoire.
Les armateurs nantais, quant à eux, sont loin, très loin encore de soutenir la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen d'août 1789.
S'ils avaient pu la faire abroger !
Et cette arrogance pour justifier la Traite. Des infâmes, vous-dis je !
Paul Legrand a quelque mérite, citant de tels propos en 1908.

Chronique portuaire LXV

Période Révolutionnaire.



1789. — PROTESTATIONS CONTRE LE PROJET DE SUPPRESSION DE LA TRAITE .

Pour répondre aux bruits qui commençaient à circuler, d'une abolition prochaine de la Traite, les Députés de Nantes, Blin et Baco, protestaient énergiquement contre ce qu'ils appelaient « l'anéantissement du commerce nantais ».
« II est indécent, — écrivait Baco, le 23 novembre, — il est odieux d'alarmer ainsi les esprits ; cette conduite mérite le blâme. Il importe à la prospérité de la France que ce commerce se soutienne et s'étende. »
De son côté, Blin écrivait aux officiers municipaux de Nantes :
« J'ai interrogé beaucoup de personnes dans l'Assemblée sur cette motion. Tous l'ont traitée d'extravagante ; je puis donc vous affirmer que personne n'extravague au point de vouloir mettre sur les grands chemins six millions d'âmes que l'abolition de la Traite en France réduiraient au désespoir » (1).

Notons que les cahiers de Doléances et Remontrances du Commerce Nantais portaient au nombre de leurs vœux celui : « Qu'il plaise également à Sa Majesté d'accorder protection pour les navires négriers pendant le temps de leur Traite à la côte « d'Afrique » (2).


1790. — PROTESTATIONS CONTRE LE PROJET DE SUPPRESSION DE LA TRAITE.

Le 18 février 1790, le sieur Cottin, député de Nantes à l'Assemblée Nationale, répondait ainsi à ceux qui osaient lancer contre lui une accusation « aussi atroce » que celle de faire partie de la Société des Amis des Noirs :
« Quant à l'abolition de la Traite des Noirs, ainsi que leur affranchissement dans les colonies, la philosophie a pu faire germer cette opinion dans l'esprit des philanthropes, les principes d'humanité ont pu égarer leur zèle, mais une opinion particulière à une Société qui se fait gloire de la professer sans en avoir calculé toutes les conséquences, ne saurait être manifestée par un homme qui, honoré de votre confiance, la trahirait en renonçant au vœu que la politique réprouve et qui contrarierait si ouvertement vos intérêts, quand elle ne troublerait pas la tranquillité publique ».

De son côté, le frère de ce député, le sieur Cottin des Sources, protestait dans le Journal de la Correspondance de Nantes, contre cette accusation qui, disait-il, ne pouvait émaner que d'un « libelliste mal intentionné » (3).

Le 13 mai de la même année, cent trente membres de la Chambre de Lecture Le Soleil, de Nantes, se désabonnaient en masse du Patriote Français, coupable de défendre les Noirs, et écrivaient à Brissot de Warville, directeur de ce journal :
« Votre obstination, Monsieur, à faire parade d'une morale pernicieuse, vos principes désastreux pour l'abolition de la Traite des Noirs, sans égard aux malheurs qui en seraient les suites inévitables, nous déterminent à voua déclarer l'abandon que nous vous faisons de la somme souscrite par nous pour votre Patriote Français. Changez ce titre, Monsieur l'Ami des Noirs, qui n'êtes l'ami de personne. Vous l'avez profané par une doctrine impolitique et cruelle faite pour plonger des milliers d'hommes, vos frères, dans la misère et le désespoir.
Gardez votre feuille pour vos amis les Africains, mais dispensez-vous de nous l'envoyer désormais » (4),

Enfin, le journal parisien Les Actes des Apôtres, publiait en 1790 une Adresse du Comité de la Ville de Nantes à l'Assemblée Nationale, dont les signataires s'efforçaient de légitimer la Traite, et suppliaient « l’auguste assemblée » de rejeter « l’extravagante motion » de la liberté des Noirs si un organe corrompu osoit la faire entendre ».
Le journal faisait précéder cet article de la note suivante :
« On a beaucoup parlé d'une adresse aristocratique de la Ville de Nantes à l'Assemblée nationale relativement à la Traite des Noirs » (5).

APOGÉE DU COMMERCE DE NANTES AU XVIIIe SIÈCLE.

C'est en 1790 que le commerce de Nantes au XVIIIe siècle atteignit son maximum. On
comptait alors au port de Nantes :

259 navires long-courriers jaugeant ........... 97.000 tx.
271 navires de grand cabotage jaugeant... 42.221 tx.
725 navires de petit cabotage jaugeant .... 70.927 tx.
et 1.303 barques de sel jaugeant..................... 15.000 tx.

soit un nombre total de 2.558 navires jaugeant ensemble 226,047 tonneaux, chiffre considérable pour l'époque (6).
Pendant la Révolution, ce mouvement maritime diminua considérablement ; et seul le petit cabotage se maintint et même s'accrut légèrement. Les long-courriers et les navires employés au grand cabotage furent presque tous armés en course, et les riches prises qu'ils amenèrent à Nantes dédommagèrent largement les armateurs de la cessation presque absolue du commerce.
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(1) L. BRUNSCHWIG, Ephémérides Nantaises du Centenaire de la Révolution.
VERGER, Archives curieuses de Nantes, t. IV, p. 214.
(2) TREILLE, Le Commerce de Nantes et la Révolution, page 60.
(3) Journal de la Correspondance de Nantes, Année 1790, n° 4, p. 62.
(4) Journal de la Correspondance de Nantes, Année 1790, p, 173.
(5) Les Actes des Apôtres. Version seconde. À Paris, l'an de la République sanctionnée Ier,
n° XXXII, p. 7.
(6) LEBEUF, Du Commerce de Nantes, pp. 214-5-9.

mercredi, 10 octobre 2007

Chronique portuaire LXIV

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution

1785. — NANTAIS COMPAGNON DE LA PÉROUSE.

Parmi l'État-major de L’Astrolabe, l'un des deux navires de La Pérouse qui quittaient Brest le 1er août 1785, figurait un Nantais, le lieutenant de vaisseau Augustin de Monti.
Appelé le 24 avril 1785 au commandement de la Dorade, il avait refusé ce poste pour suivre La Pérouse ; ce dernier lui en sut gré, d'ailleurs, en donnant son nom à l'une des baies qu'il découvrit, la baie de Monti, par 60° lat. N. et 145° long. O. .
Après la mort de son capitaine, de l'Angle, de Monti prit le commandement de L’Astrolabe, et disparut avec toute l'expédition, probablement en 1788, à l'âge de 34 ans.

Augustin de Monti était l'arrière-petit-fils d'Yves de Monti, en faveur duquel Louis XIV avait érigé, en 1672, la terre de la Chalonnière et de Rezé en comté. Avant de s’embarquer pour cette fatale expédition, il avait chargé son frère, Joseph, chevalier de Monti de Lormière, d'acheter en son nom le château et la terre noble de la Cholière, paroisse d'Orvault, et cette acquisition fut faite le 12 mai 1787.

Le chevalier Augustin de Monti avait fourni une carrière de dix-huit ans dans la marine de l'Etat. Il avait servi avec éclat sous les ordres de Guichen, de son parent Du Chaffault de Besné, du Comte de la Motte-Piquet ; et, le 24 octobre 1784, avait reçu la croix de Saint-Louis par anticipation, car la décoration ne s'accordait qu'aux lieutenants de vaisseau ayant vingt-deux ans de service, et la pension seulement aux officiers ayant vingt ans d'exercice ou des blessures qui les missent hors d'état de servir (1),

1787. — PROJET DE CANAL DE NANTES À PORNIC.

En 1787, le Marquis de Brie-Serrant, dernier seigneur de Retz, présentait un projet de canal maritime de Nantes à la mer par le lac de Grand-Lieu, et aboutissant à Pornic ; projet qu'il se proposait d'exécuter « à ses risques et périls », et qui, cependant, ne fut pas pris en considération. Vingt ans après, l'Amiral le Ray, alors député, reprit cette idée, et la fit accepter par le Gouvernement, mais l'opposition de la Ville de Nantes en empêcha la réalisation (2).
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(1) Revue historique de l'Ouest, Un Monti compagnon de La Pérouse, par Ch. COURTEAUD.
(2) Lycée Armoricain, 4° volume, 1824, pp. 320 et s.



Ici, s’achève le chapitre IV ,
Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution
tiré de
Marins et Corsaires Nantais
par Paul Legrand
Héron - J. Mesnier & C° - Éditeurs
7, Rue de Strasbourg - Nantes - 1908

jeudi, 04 octobre 2007

Chronique portuaire LXIII

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1781. — JEAN-PIERRE COTTE.

Jean-Pierre Cotte, de Nantes, âgé de 32 ans, premier lieutenant de l'Arlequin, sorti de la Loire le 13 juillet 1781, se trouvait avec ce navire sur la côte du Sénégal, lorsque la flûte du Roi, l’Officieuse, poursuivie par un corsaire anglais, vint s'échouer sur des brisants.
Sans songer le moins du monde au danger, Jean-Pierre Cotte se jeta dans une embarcation avec six chaloupiers, et, malgré les vagues et les récifs, parvint à sauver tout l'équipage en deux voyages. Au dernier moment, il apprit que deux barils d'argent pour le compte du gouvernement se trouvaient à bord de la flûte. Il y retourna aussitôt avec quatre nègres, et les ramena, échappant par miracle une troisième fois aux terribles remous tourbillonnant entre les récifs à fleur d'eau où s'était échoué le navire.
En revenant à Nantes, l'Arlequin fut pris par les Anglais le 11 février 1782 et son équipage envoyé aux pontons. Rendu plus tard à la liberté, Jean-Pierre Cotte fut exempté par le Roi de deux campagnes pour le grade de capitaine, et reçut une gratification de 200 francs pour sa belle conduite (1).

LE " LIBER-NAVIGATOR ".

Le comte de Kerguelen, depuis amiral, après avoir obtenu du cabinet anglais les promesses de neutralité et les passeports nécessaires, sortait de Nantes, le 16 juillet 1781, sur le Liber-Navigator, pour une campagne toute pacifique d'explorations dans les mers du Sud. En dépit de la parole donnée, les Anglais amarinaient son navire dès le lendemain ; réponse bien anglaise, d'ailleurs, à la courtoisie du gouvernement français, enjoignant le 27 février 1779 aux corsaires nantais de s'abstenir de tout acte d'hostilité contre l'expédition Cook, dont on attendait le retour, et de lui prêter aide et assistance, comme s'il appartenait à une nation alliée et amie (2).*

1784. — MARIAGE DE LA PÉROUSE AVEC UNE NANTAISE.

Le 17 juin 1784, Jean-François de Galaup, Comte de La Pérouse, épousait à Paris une Nantaise, Louise-Eléonore Broudou.
Née à Nantes, le 15 mai 1775 et baptisée en l'église Sainte-Croix, — le parrain était noble homme Louis Cambronne, aïeul du héros de Waterloo, — Eléonore Broudou suivit, en 1769, sa famille à l'Ile-de-France, où l'illustre marin se laissa charmer par ses qualités et sa beauté. La famille de La Pérouse qui rêvait pour lui une alliance plus brillante, se refusa longtemps à accéder à ses désirs, mais son obstination triompha de l'ambition des siens, et le célèbre navigateur put enfin, en 1784, placer dans sa rude main celle de la jolie Nantaise qu'il aimait (3).

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(1) MELLINET, La Commune et la Milice de Nantes, t. V, pp. 310-311.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, Les Corsaires Nantais, pp. 7-8.
(3) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, Madame de La Pérouse.

*Note du copiste : En 1908, l'anglophobie est toujours de rigueur ; il est vrai que jusqu'à Charles de Gaulle...

jeudi, 27 septembre 2007

Chronique portuaire LXII

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1780.— LE COMMODORE PAUL JONES À NANTES.

En juin 1780, Nantes recevait au milieu d'un enthousiasme indescriptible le fameux commodore PanI Jones, le « père de la marine américaine » et celui qui inspira le « Pilote » de Cooper, et « Paul Jones le Corsaire » d'Alexandre Dumas.

Un journal du temps rapporte ainsi l'accueil fait par les Nantais au brave marin ; « On m'écrit de Nantes que Paul Jones a passé huit jours dans cette ville, où l'accueil si flatteur de notre capitale envers lui s'est renouvelé dès qu'il a paru. Le public, toujours engoué du romanesque, se portait en foule sur ses pas, et l'affluence a été si grande, lorsqu'il s'est montré au spectacle, que la moitié des curieux fut contrainte de rester à la porte, tant la salle était remplie. Il n'a pas été moins fêté à la Loge des Maçons, qui, à son occasion, a donné le banquet le plus magnifique, précédé d'un discours, où l'orateur l'a assez ingénieusement comparé à une coquette qui donne des fers à tous ceux qui osent l'attaquer, tandis qu'elle sait se garantir elle-même de la captivité. Les Dames de la Ville lui ont également témoigné combien sa valeur guerrière méritait auprès d'elles.
Mlle de Menou, fille du Comte de ce nom, Lieutenant du Roi, lui ayant demandé s'il n'avait jamais été blessé, il répondit : « Jamais sur mer, Mademoiselle, mais j'ai été atteint sur terre par des flèches qui n'étaient point décochées par des Anglais. »
Cette réponse galante enchanta tellement cette jeune personne, qu'elle lui valut une cocarde de sa part. Le Commodore l'accepta en lui promettant, foi de Chevalier, qu'il s'en parerait tous les jours de combat » (1).

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(1) BARON G. DE WISMES, Le commodore Paul Jones. Sa réception à Nantes en 1780, pp. 10-11,

jeudi, 20 septembre 2007

Chronique portuaire LXI

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1779.— DE LA GALISSONNIÈRE LE FILS DU " VAINQUEUR DE PORT-MAHON ".

Le 21 février 1779, Barin de la Galissonnière, le fils du vainqueur de Port-Mahon, et Nantais comme lui, escortait avec la frégate de 32 can. la Blanche, un transport de l'Etat, lorsqu'un gros vaisseau anglais de 50 can, s'empara du transport sans daigner répondre aux coups de canon de la frégate.
Furieux, La Galissonnière, « s'exagérant ses devoirs », cingla sur l'énorme masse, le combattit en désespéré pendant trois heures, bord à bord, lui tua son capitaine, et le força à fuir honteusement avec sa prise. Le Nantais, voyant tout le fruit de sa victoire lui échapper, se lança résolument à sa poursuite et parvint à lui reprendre le transport qu'il ramena triomphalement au port (1).

LE CORSAIRE LA " JEUNE-AGATHE ".

Le senau nantais la Jeune-Agathe, armateur Vilmain, cap. Louis-Simon Berthault de la Bossère, armé de 8 can. et monté par 29 h. ; un tout petit corsaire, mais un vaillant petit navire, rencontrait le 2 avril trois corsaires anglais qui lui donnèrent la chasse. À force de voiles, la Jeune-Agathe en distançait deux et se retournant contre le troisième, une grosse goélette de 14 can., 16 pier. et 80 h., le forçait à s'éloigner après un combat de deux heures,
À peine était-elle remise de ses émotions, ses canons amarrés, ses câbles et drisses débossés et ses sabords aiguilletés, que, le 5 du même mois, elle était encore poursuivie par un gros corsaire anglais de 10 can., 16 pier. et 80 h. Malgré l'infériorité de ses forces, elle repoussa sept fois l'abordage, mit hors de combat 39 h. du corsaire anglais et finalement l'obligea à se retirer (2).

PERDU SANS NOUVELLES.

Le 18 février 1779, le corsaire nantais le Marquis-d'Aubeterre, de 250 tx., 22 can. et 170 h., commandé par le jeune et hardi capitaine Jean-Marie Loisel de la Quinière, âgé de 26 ans, mettait gaiement à la voile « allant en course contre les ennemis de l'Etat pour quatre mois. »
Jamais depuis l'on entendit parler du corsaire, ni des cent soixante-dix Nantais qui le montaient (3).
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(1) DE LA PEYROUSE-BONFILS, Histoire de la Marine Française, pp. 114-116.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 12-14.
(3) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, p. 16.
A. PÉJU, La Course à Nantes aux XVIIe et XVIIIe siècles, pp. 173-74

jeudi, 13 septembre 2007

Chronique portuaire LX

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1777.— L'EMPEREUR JOSEPH II À NANTES.

À peine le comte d'Artois avait-il quitté Nantes, que Joseph II, Empereur d'Allemagne, Archiduc d'Autriche, et frère de la reine Marie-Antoinette, visitait Nantes incognito sous le nom de comte de Falkenstein.
Accompagné de Mellinet père, il visita longuement le port, s'intéressant vivement au mouvement des navires et al'activité des chantiers. — « Vous avez là, Monsieur, dit-il à Mellinet, une belle rivière ».— « Oui, Monsieur le Comte, mais elle n'est pas si belle que le Danube ». — « Ne nous enviez pas le Danube, — reprit Joseph II, — il ne vaut pas à mon pays ce que la Loire vaut à la France ; elle en est la veine-cave ; c'est la principale source de sa richesse et de sa prospérité » (1).
La Loire est toujours, par sa situation, la veine-cave de la France ; que n'est-elle encore la principale source de sa richesse et de sa prospérité !

1778. — DU CHAFFAULT À OUESSANT.

Du Chaffault, commandant le vaisseau la Couronne à la bataille d'Ouessant, le 27 juillet 1778, fut grièvement blessé d'un coup de mitraille à l'épaule, et vit son fils tomber à ses côtés, le couvrant de son sang.
C'est à propos de cette blessure que la reine Marie-Antoinette écrivait à sa tante, Madame Adélaïde, ces mots touchants, qui honorent à la fois celle qui les prononçait et celui qui les méritait :
« Ce pauvre M. Du Chaffault, que je le plains !... Je voudrais avoir des ailes pour aller le soigner moi-même !» (2).

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(1) Lycée Armoricain, 6e volume, 1825, p. 211,
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, Comte du Chaffault, pp. 51-58.

jeudi, 06 septembre 2007

Chronique portuaire LIX

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1772.— LE PORT DE NANTES EN 1772.

Dans son Voyage de la Raison en Europe, publié en 1772, le Marquis Carracioli, racontant ses voyages comme étant accomplis par le personnage imaginaire de Lucidor, écrit de Nantes :
« Les négociants de Nantes ne voulurent point laisser partir Lucidor sans l'introduire dans la maison particulière où ils s'assemblent. On y lit, on y converse, on y joue ; et c'est un lieu très commode pour se mettre au courant de la littérature et des nouvelles. II seroit à désirer que toutes les villes de commerce imitassent un pareil exemple ; et surtout celui de faire honneur à leurs affaires. Nantes est une place des plus sûres du Royaume.
Quoiqu'elle ne compose qu'un tout informe, ses différentes parties ont des beautés qui satisfont l'étranger. La Fosse est trop irrégulière pour pouvoir plaire aux connaisseurs. C'est une suite de maisons inégales ; et dont les balcons sont presque toujours défigurés par le linge qu'on y étale. On diroit que c'est le quartier des Blanchisseuses. La police devroit y veiller.
On lui parla tant de fois des vents qui retardent les vaisseaux ou qui les amènent, qu'il se croyoit dans la caverne d'Eole. C'est assez la conversation quotidienne des gens de mer....» (1).


1776. — CAPITAINE NANTAIS ANNOBLI APRÈS SA MORT.

Dans les derniers mois de 1776 mourait à Nantes l'un de nos plus célèbres capitaines Corsaires : Rolland Thiercelin.
Successivement appelé au commandement du Mars, puis de la Bellone, il avait accompli une carrière des plus brillantes. Son fait d'armes le plus saillant fut le combat qu'il soutint en 1745, à bord de la Bellone, de 36 can., contre un vaisseau de guerre anglais de 60 can., l'Augusta, qu'il obligea à fuir.
Au moment de sa mort, le Roi, en récompense de ses services, se disposait à lui conférer les lettres de noblesse. Par dérogation à l'usage, et à la demande de la Ville, elles lui furent accordées cependant, et Rolland Thiercelin fut ainsi annobli après sa mort (2).


1777. — LANCEMENT DE LA "ROSIERE D'ARTOIS".

Le Comte d'Artois, depuis Charles X, assistait le 24 mai 1777 à la mise à l'eau du superbe navire la Rosière d'Artois, construit aux chantiers de la Chézine.
À l'issue du lancement, le Prince reçut une députation des «dames poissonnières » de la ville, et leur avoua que : « sur sa parole d'honneur il n'avait jamais vu femmes plus belles et plus jolies, ni d'une plus avenante corpulence. » Les « dames poissonnières » furent enchantées du Prince qui les embrassa fort galamment ; cependant elles avouèrent plus tard qu'elles le trouvaient : « trop égrillard » (3).
La Rosière-d'Artois fut traîtreusement enlevée par les Anglais à sa sortie de la Loire, et sur quatre-vingt-deux navires expédiés par Nantes en 1777, seize furent ainsi pris par eux avant toute déclaration de guerre (4).

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(1) Le Chercheur des Provinces de l'Ouest. Année 1902. Questions et Réponses, p. 528.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 155-161.
(3) MELLINET, La Commune et la Milice de Nantes, t. V., p. 257.
(4) MELLINET, La Commune et la Milice de Nantes, p. 259,

jeudi, 30 août 2007

Chronique portuaire LVIII

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1772. — SUPPRESSION DES "MARCHANDS FRÉQUENTANT LA RIVÈRE DE LOIRE".

Un arrêt de Louis XV, en date de décembre 1772, supprimait la puissante « Communauté des Marchands fréquentant la rivière de Loire », vieille de plusieurs siècles et richement dotée par les Rois. Elle s'était chargée de tous les travaux d'aménagement et de balisage de la Loire fluviale depuis Roanne jusqu'à Nantes ; et c'est grâce à elle que la Loire possédait au XVIIIe siècle un mouvement maritime considérable, évalué par les ingénieurs cinq fois supérieur à celui du Rhin ; plus fort que celui du Rhône à son embouchure ; et au moins égal à celui de la Seine entre Paris et Rouen ; tandis que Nantes, clef de la rivière, où se réunissaient le commerce maritime et le commerce fluvial était alors le premier port du Royaume (1).

LE " GRAND NARWHAL DES MERS " ATTAQUANT UN NAVIRE DE NANTES.

Au cours d'une étude sur le grand-serpent-des-mers, le pesqbras, animal marin fabuleux, le grand-poisson, terreur des sardiniers ; et le grand-narwhal-des-mers, le Journal de Nantes et de la Loire-Inférieure reproduisait en février 1819, le rapport de mer du capitaine T***, de la Sèvre, de Nantes, qui avait vu son navire sur le point de couler bas par suite de l’attaque d'un narwhal, en mai 1772.
« Le 25 mai 1772, — affirmait-il, — le navire la Sèvre, de Nantes, se trouvait à 30 lieues de Wathelin dans le nord-ouest, par 20° de L. N. et 302° de L. Il voguait à pleines voiles par un très beau temps. Tout à coup, à onze heures du soir, il éprouva une secousse assez violente, comme s'il avait touché sur quelque récif ou banc de sable. Mais après avoir sondé, nous reconnûmes que les eaux étaient profondes ; ce qui causa une grande surprise et une alarme générale parmi l'équipage et les passagers. Nous restâmes jusqu'au jour dans une anxiété cruelle. Alors nous examinâmes les dehors du navire. Nous aperçûmes avec effroi du côté de basbord, au travers les haut-bans d'artimon, un poisson monstrueux qui paraissait avoir trente à quarante pieds de long, et qui était attaché au corps du bâtiment. Sans perdre de temps je fis amarrer ce poisson avec un fort cordage sur lequel on frappa un palan ; mais quelqu'effort que l'on fit, on ne put réussir à l'arracher du navire auquel il tenait fortement..... On fit de nouveaux efforts pour avoir le narwhal. Tout l'équipage se mit sur le palan et on parvint enfin à le détacher du navire en brisant la corne qui l'y tenait attaché. Les plongeurs vérifièrent que le bâtiment était percé à quatre pieds au dessus de la quille, et que le trou était resté bouché par la corne du poisson. On était occupé sans relâche à pomper l'eau qui entrait assez vivement par cette ouverture qui n'était pas fermée exactement. J'avais trente passagers et j'étais dans la plus grande crainte que la voie d'eau augmenta et nous mit en danger de périr.... »
Capitaine T***


La corne du narwhal avait percé vingt-huit pouces de bois extrêmement dur ; elle mesurait trois pieds de long sur six pouces et demie de large, et fut déposée dans le cabinet de Madame de Luynes.
Dans le même article, le Journal de Nantes et de la Loire-Inférieure publiait une lettre d'un marin nantais, relatant plusieurs épisodes relatifs aux serpents-de-mer, narwhals, grands-poissons, et autres monstres marins ; entre autres, l'aventure arrivée à cet aumônier de navire, qui descendu sur un îlot pour y célébrer la messe, n'eut que le temps de gagner précipitamment le bord pour voir le pseudo îlot disparaître sous les flots sous la forme d'un immense grand-poisson (2).

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(1) Conférence faite à Orléans, le 5 novembre 1896 par M. C. Bloch, « l'Ancienne navigation de la Loire ».
(2) Journal de Nantes et de la Loire-Inférieure, n° du 5 février 1819.


RAPPEL

Ces chroniques sont tirées de
Marins et Corsaires Nantais
par Paul Legrand
Héron - J. Mesnier & C° - Éditeurs
7, Rue de Strasbourg - Nantes - 1908


Post-scriptum :
Le bon Paul Legrand semble ignorer l'écrit de Benedeit, Le voyage de Saint Brandan*, qui relate la fête de Pâques célébrée sur le dos d'une baleine — vers 435/479 —, l'épisode se renouvelant sept années durant au cours de la navigation :
Ses merveilles cum plus verrez
En lui puis mult mielz crerrez

*Union Générale d'Éditions, Bibliothèque médiévale, 10/18 — Paris, 1984.

jeudi, 02 août 2007

Chronique portuaire LVII

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1766. — ARMES ET DEVISE DE NANTES.

À l'article Nantes, rédigé par Greslan, Hubelot et D***, du Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, par Expilly, on lit :
« Cette ville est située fort avantageusement sur la rive droite de la Loire... Ses armes sont un vaisseau à la voile ; le fonds de gueules et le navire d'or ; les voiles d'argent au chef d'argent chargé de cinq hermines de sable, avec cette devise : « In te sperant, Domine, oculi omnium ». Nantes est donc dans le catalogue des villes célèbres qui ont un navire pour armoiries. Elle a cela de commun avec trois des plus célèbres villes de l'Univers : Athènes, Rome et Paris » (1).
La devise de Nantes est plus exactement : Oculi omnium in te sperant Domine; et ce ne fut qu'à partir de 1816 que l'on vit apparaître comme devise officielle de la ville, l'insignifiant : « Favet Neptunus Eunti ».


1770. — VOYAGE DE SURVILLE SUR UN NAVIRE NANTAIS.

En 1770, le navire le Saint-Jean-Baptiste, parti depuis près de deux ans pour un voyage autour du monde, revenait à Nantes. Construit aux chantiers nantais, sous la direction de Surville, chargé par les gouverneurs de Pondichéry et de Chandernagor d'un voyage de navigation et de découvertes, le Saint-Jean-Baptiste, armé de 32 can. et muni de trois ans de vivres se rendit d'abord dans l'Inde. De là, il appareilla le 3 mars 1769, sous les ordres de Surville, avec la mission, disait-on, de prendre possession d'une île fabuleusement riche, découverte depuis peu à sept cents lieues des côtes du Pérou. Après avoir reconnu plusieurs terres nouvelles, Surville fut contraint par le scorbut et la disette de cesser ses recherches et de gagner au plus vite la côte du Pérou, qu'il atteignit le 5 avril 1770. Malgré les représentations de son second, qui connaissait les dangers de cette côte, il voulut se rendre à terre dans une frêle barque par une mer houleuse, et traverser la barre de Chilca. L'embarcation chavira, et tous ceux qui la montaient se noyèrent, sauf un Malabar excellent nageur. Surville fut enterré à Lima, et le lieutenant Labbé prit le commandement du Saint-Jean-Baptiste qu'il ramena en France (2).
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(1) EXPILLY, Dictionnaire des Gaules, article Nantes
(2) L. GUÉRIN, Histoire maritime de la France, t, IV, pp. 443 et suiv.


RAPPEL

Ces chroniques sont tirées de
Marins et Corsaires Nantais
par Paul Legrand
Héron - J. Mesnier & C° - Éditeurs
7, Rue de Strasbourg - Nantes - 1908

jeudi, 12 juillet 2007

Chronique portuaire LVI

Elle est brutale, cette note de Paul Legrand ; elle montre bien que le souci de "karchériser" ne date point des seules déclarations de l'actuel président de la République.
NDLR


Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1762. — LES NOIRS À NANTES EN 1762.

L'Amirauté de Nantes était saisie le 22 juin 1762 d'une plainte des officiers de police, relative au grand nombre de Noirs esclaves que les capitaines et négociants introduisaient dans la ville au mépris des Règlements. Au dire de ces officiers, Nantes était envahie par une population de Nègres qui la faisaient ressembler à une ville tropicale bien plus qu'européenne. Ces esclaves, aussi inutiles que dangereux, s'assemblaient en bandes nombreuses sur les places publiques et les quais, et poussaient l'insolence jusqu'à insulter les habitants le jour, et à troubler leur sommeil la nuit par leurs querelles et leurs cris.
L'Amirauté fit droit à cette requête, et fit afficher les Règlements relatifs à l'Introduction des Noirs esclaves en France (1).


1765. — LE PORT DE NANTES EN 1765.
À l'article Nantes, par Louis de Jaucourt, on lit dans la première Encyclopédie de Diderot :
« L'Université de Nantes fut fondée vers l'an 1460, mais c'est l'Université du commerce qui brille dans cette ville. Ils arment tous les ans plusieurs navires pour la traite des Nègres dans les Colonies françaises. Le débit de toutes sortes de marchandises est plus aisé et plus vif à Nantes que dans les autres villes du royaume » (2).

CAMPAGNE DE DU CHAFFAULT EN 1765.

En mai 1765, Du Chaffault, promu l'année précédente au grade de Chef d'escadre, reçut l'ordre de se porter sur les côtes marocaines et d'en détruire les villes maritimes, véritables repaires de pirates. II partit avec six vaisseaux et frégates, deux chébecs dont l'un commandé par de Suffren, et deux galiotes à bombes. Les 2, 8 et 11 juin, il bombardait Salé ; puis Larrache, les 26 et 28 juin. Malheureusement, le capitaine de Latouche-Beauregard engagea trop loin dans la rivière ses canots chargés de troupes de débarquement ; il eut la tête tranchée, et 300 hommes furent massacrés (3).
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(1) VERGER, Archives curieuses de Nantes, t. III, p. 225.
(2) DUGAST-MATIFEUX, Nantes ancien et le pays Nantais, p. 292.
(3) O. TROUDE, Batailles navales de la France, t. I, pp. 435-6.
Revue du Bas-Poitou, année 1906, p. 119.

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jeudi, 28 juin 2007

Chronique portuaire LV

1757. — LE " MARÉCHAL- DE-RICHELIEU " .

En 1757, le corsaire nantais le Maréchal-de-Richelieu s'empara des Anglais GRENESEY et AMITIÉ ; puis, avec le concours d'un vaisseau du Roi, amarina l'Anglais le PRINCE-GUILLAUME (1).

1758. — LES CORSAIRES '”LA PALUD " ET LE " COURTEILLE ".

Armés aux ordres du Roi par les Marchands à la Fosse : Abraham Boudou et Gaillard, les deux corsaires la Palud et le Courteille sortaient ensemble de la Loire le 28 mars 1758.
La Palud, frégate de 400 tx., 24 can., 4 pier. et 142 h., était commandée par le capitaine Julien-Edouard Tanquerel ; le Courteille, frégate de 305 tx., 20 can. et 116 h., était placé sous les ordres de Jean-Nicolas Arreau.
Séparées par une brume épaisse, les deux frégates se perdaient de vue le 4 avril, et continuaient, chacune pour leur compte, la croisière commencée.

La Palud amarinait le 10 un brigantin anglais ; puis reprenait sur les Anglais, le 18, un brigantin de Brest, la MARIE ; enfin s'emparait le 7 mai d'un autre Anglais.

De son côté, le Courteille capturait le 5 avril un petit brick anglais ; et soutenait en mai un terrible combat contre une frégate de la marine royale anglaise deux fois plus forte que lui, et la forçait à amener pavillon. Dans l'impossibilité de prendre à son bord tout l'équipage de cette frégate ainsi que sa cargaison, et ne pouvant, d'autre part, en raison de ses avaries, la faire conduire dans un port français, le capitaine Arreau abandonnait sa prise, après avoir cependant rasé ses mâts, jeté ses canons à la mer, et emporté ses provisions et ses munitions,
Pour ce beau fait d'armes, le capitaine Arreau devait être décoré de la Légion d'Honneur sous l'Empire (2).


1760. — UN NEVEU DE CASSARD.

On lit dans un dossier des archives du Ministère de la Marine, intitulé : Cassard, Marine, 12 septembre 1760 :
« ...Le sieur Cassard, officier de la marine marchande, navigue depuis seize ans. Il a fait quatre campagnes pour le service de S. M. Il était embarqué sur la frégate la Blonde, en qualité de second, dans l'expédition du sieur Thurot sur la côte d'Irlande, et il a perdu un œil dans le combat qu'à soutenu ledit sieur Thurot. Il avait déjà reçu deux blessures dans un combat sur la frégate Therpsicore. Il est neveu du feu sieur Cassard, capitaine de vaisseau, dont la mémoire est en recommandation dans la marine » (3).
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(1) A. PÉJU, La Course à Nantes aux XVIIe et XVIIIe siècles, p. 170.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 208-10.
(3) Bulletin de !a Société Archéologique de Nantes, t. 14, pp. 242-3.

jeudi, 31 mai 2007

Chronique portuaire LIV

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1756. — DU CHAFFAULT ET " L'ATALANTE ".

Appelé en 1756 au commandement de la frégate Atalante, de 34 can., Du Chaffault capturait, aux abords de la Martinique, le vaisseau anglais le WARWICK, de 64 can., après une lutte de cinq heures. Au moment où ce navire amenait pavillon, le Lieutenant-général d'Aubigny arrivait sur les lieux avec deux vaisseaux, et reçut le pavillon du WARWICK en qualité de chef hiérarchique de Du Chaffault.
Toutefois, le capitaine vaincu déclara franchement : « Je remets mon pavillon à M. d'Aubigny, mais la prise de mon navire est due à M. Du Chaffault ». Ce dernier ramena en effet à Rochefort cette belle prise, dont il reçut le commandement.

A la suite de ce brillant fait d'armes, Louis XV lui écrivit de sa main une lettre de satisfaction, et donna l'ordre aux peintres des galeries de Versailles de consacrer un tableau à ce glorieux épisode (1).


LA GALISSONNIÈRE, " LE VAINQUEUR DE PORT-MAHON ".

Le Marquis Barin de la Galissonnière, Lieutenant général des armées navales, sortait de Toulon, le 10 avril 1756, avec une escadre de douze vaisseaux et six frégates, escortant cent cinquante navires de commerce sur lesquels étaient embarqués quinze mille hommes de troupe. Ce corps expéditionnaire, placé sous les ordres du Duc de Richelieu, s'emparaît le 17 avril, de Minorque, but de l'expédition.

Le 10 mai, une flotte anglaise de treize vaisseaux et cinq frégates commandée par l'amiral Byng attaquait la flotte française dans les eaux de Port-Mahon.
La Galissonnière, monté sur le Foudroyant, de 80 can. et 805 h., soutint bravement l'attaque, et força les Anglais à se retirer après une lutte acharnée.

Ce succès eut en France un retentissement énorme ; et si la flatterie du moment fit décerner au duc de Richelieu le titre de Vainqueur de Port-Mahon, le brave marin nantais, auquel il revenait de droit, ne tarda pas à en être investi, et ne fut plus connu que sous ce nom glorieux. Son adversaire, le malheureux amiral Byng, condamné à mort pour s'être laissé battre, fut « harquebusé » dès son retour en Angleterre (2).

Le 30 juillet, les Nantais recevaient la nouvelle de l'éclatant succès de la Galissonnière, et, dès le soir même, un Te Deum solennel réunissait à la cathédrale la population toute entière, heureuse de s'associer au triomphe de son compatriote (3).


MORT DE LA GALISSONNIÈRE.

Ce fut l'année même de son triomphe à Port-Mahon, que mourut le brave De la Galissonnière.
Le 26 août 1756, en effet, il fut enlevé par la maladie à Nemours, alors qu'il se rendait à Fontainebleau où le Roi l'avait mandé pour lui donner le grade d'amiral.
Il fut regretté de toute la marine, mais spécialement peut-être des matelots qui l'avaient toujours trouvé bon, compatissant et plein de patenelle affection, en même temps que constamment soucieux de leur bien-être.
Petit et bossu, la Galissonnière n'avait rien du marin de cour, ni même du marin de commandement ; mais, tacticien habile, il excellait à préparer et combiner les opérations du fond d'un cabinet ; parfait administrateur, il fut plusieurs années Commissaire général de l'artillerie à Rochefort ; colonisateur intelligent, il contribua largement à la prospérité du Canada, où il fut longtemps gouverneur militaire ; enfin, botaniste passionné, il profitait de ses croisières dans les colonies pour y introduire des espèces utiles ; et mainte de nos possessions lui doit encore peut-être la présence de telle ou telle plante d'usage constant (4).

On voit encore au n°1 de la rue Fénelon (ancienne rue des Saintes-Claires), l'hôtel qu'il habitait à Nantes et qui, dès le XVIIe siècle, est indiqué sous le nom d'hôtel Barin de la Galissonnière.


LE CORSAIRE " MÉNIL-MONTANT ".

Le corsaire le Ménil-Montant, de 22 can. et 100 h,, parti de Nantes le 27 avril 1756, était pris trois jours plus tard par deux vaisseaux de guerre anglais, après une résistance héroïque. Enregistré dans la marine anglaise sous le nom de Bos-cawen. il n'y demeura pas longtemps, d'ailleurs, car peu après il fut repris par deux frégates françaises ; la Thétis et la Pomone, et ne se fit pas faute dans la suite, de faire rudement expier aux Anglais sa courte mésaventure (5).

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(1) L. GUÉRIN, Histoire maritirne de la France, t. IV, pp. 353-4.
Revue du Bas-Poitou, Année 1906, p. 117.
(2) GUIZOT, Histoire de France, t. V, pp. 170-71.
TROUDE, Batailles navales de la France, t. I, p. 331.
(3) MELLINET, La Commune et la Milice de Nantes, t. V, p. 169.
(4) L. GUÉRIN, Histoire maritime de France, t. IV, p. 331.
Lycée armoricain, 10e vol. 1827, p. 114.
Annales de la Société académique, année 1868, pp. 40-48.
(5) A. PÉJU, La Course a Nantes aux XVIIe et XVIIIe siècles, p. 257.

jeudi, 24 mai 2007

Chronique portuaire LIII


Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1751. — OURAGAN EN LOIRE.

Le 27 mars 1751, les commerçants de Nantes adressaient à Mgr Rouillé, à la Cour, une lettre par laquelle ils demandaient leur dégrèvement des taxes et droits, en raison des dommages considé-rables qu'ils avaient éprouvés du fait du « Houragan qui s'elleva la nuit du 14 au 15 de ce mois avec une impétuosité dont on trouve peu d'exemples... »
À cette lettre étaient joints plusieurs états des navires coulés ou échoués, et des marchandises perdues. On y relève treize navires coulés en rade de Paimbœuf, vingt-six navires échoués sur les rives du fleuve, et dix-neuf démâtés ou fortement endommagés.
En 1756, un nouvel ouragan fut l'occasion d'une demande similaire de dégrèvement (1).


1754. — RÈGLEMENT DE L'AMIRAUTÉ SUR LES LOCMANS.

Un règlement de l'Amirauté de Nantes, en date de septembre 1754, organisait le corps des Pilotes lamaneurs ou Locmans, et fixait ainsi leur nombre ; douze au Croisic, dix à Bourgneuf, quarante-huit à Saint-Nazaire, et soixante de Paimbœuf à Nantes. Il rappelait in fine qu'aux termes de l'Ordonnance de la Marine, le lamaneur qui aurait fait échouer un navire par ignorance serait puni du fouet, et que celui qui aurait agi par malice serait condamné à mort et son corps attaché à un mât près du lieu du délit (2).
L'ancienne législation, on le voit, était des plus sévère à l'égard des pilotes ignorants de leurs devoirs ; peut-être faudrait-il par contre accuser nos lois actuelles d'un excès tout opposé, et réclamer l'atténuation de la non-responsabilité de fait dont bénéficie trop souvent le corps des pilotes au préjudice des capitaines, qui ne peuvent sinon se passer d'eux, du moins se dispenser de payer les droits de pilotage.

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(1) Le Chercheur des Provinces de l'Ouest, Année 1902. Questions et Réponses, p. 378.
(2) VERGER, Archives curieuses de Nantes, t. III, p. 155.