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jeudi, 30 août 2007

Chronique portuaire LVIII

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1772. — SUPPRESSION DES "MARCHANDS FRÉQUENTANT LA RIVÈRE DE LOIRE".

Un arrêt de Louis XV, en date de décembre 1772, supprimait la puissante « Communauté des Marchands fréquentant la rivière de Loire », vieille de plusieurs siècles et richement dotée par les Rois. Elle s'était chargée de tous les travaux d'aménagement et de balisage de la Loire fluviale depuis Roanne jusqu'à Nantes ; et c'est grâce à elle que la Loire possédait au XVIIIe siècle un mouvement maritime considérable, évalué par les ingénieurs cinq fois supérieur à celui du Rhin ; plus fort que celui du Rhône à son embouchure ; et au moins égal à celui de la Seine entre Paris et Rouen ; tandis que Nantes, clef de la rivière, où se réunissaient le commerce maritime et le commerce fluvial était alors le premier port du Royaume (1).

LE " GRAND NARWHAL DES MERS " ATTAQUANT UN NAVIRE DE NANTES.

Au cours d'une étude sur le grand-serpent-des-mers, le pesqbras, animal marin fabuleux, le grand-poisson, terreur des sardiniers ; et le grand-narwhal-des-mers, le Journal de Nantes et de la Loire-Inférieure reproduisait en février 1819, le rapport de mer du capitaine T***, de la Sèvre, de Nantes, qui avait vu son navire sur le point de couler bas par suite de l’attaque d'un narwhal, en mai 1772.
« Le 25 mai 1772, — affirmait-il, — le navire la Sèvre, de Nantes, se trouvait à 30 lieues de Wathelin dans le nord-ouest, par 20° de L. N. et 302° de L. Il voguait à pleines voiles par un très beau temps. Tout à coup, à onze heures du soir, il éprouva une secousse assez violente, comme s'il avait touché sur quelque récif ou banc de sable. Mais après avoir sondé, nous reconnûmes que les eaux étaient profondes ; ce qui causa une grande surprise et une alarme générale parmi l'équipage et les passagers. Nous restâmes jusqu'au jour dans une anxiété cruelle. Alors nous examinâmes les dehors du navire. Nous aperçûmes avec effroi du côté de basbord, au travers les haut-bans d'artimon, un poisson monstrueux qui paraissait avoir trente à quarante pieds de long, et qui était attaché au corps du bâtiment. Sans perdre de temps je fis amarrer ce poisson avec un fort cordage sur lequel on frappa un palan ; mais quelqu'effort que l'on fit, on ne put réussir à l'arracher du navire auquel il tenait fortement..... On fit de nouveaux efforts pour avoir le narwhal. Tout l'équipage se mit sur le palan et on parvint enfin à le détacher du navire en brisant la corne qui l'y tenait attaché. Les plongeurs vérifièrent que le bâtiment était percé à quatre pieds au dessus de la quille, et que le trou était resté bouché par la corne du poisson. On était occupé sans relâche à pomper l'eau qui entrait assez vivement par cette ouverture qui n'était pas fermée exactement. J'avais trente passagers et j'étais dans la plus grande crainte que la voie d'eau augmenta et nous mit en danger de périr.... »
Capitaine T***


La corne du narwhal avait percé vingt-huit pouces de bois extrêmement dur ; elle mesurait trois pieds de long sur six pouces et demie de large, et fut déposée dans le cabinet de Madame de Luynes.
Dans le même article, le Journal de Nantes et de la Loire-Inférieure publiait une lettre d'un marin nantais, relatant plusieurs épisodes relatifs aux serpents-de-mer, narwhals, grands-poissons, et autres monstres marins ; entre autres, l'aventure arrivée à cet aumônier de navire, qui descendu sur un îlot pour y célébrer la messe, n'eut que le temps de gagner précipitamment le bord pour voir le pseudo îlot disparaître sous les flots sous la forme d'un immense grand-poisson (2).

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(1) Conférence faite à Orléans, le 5 novembre 1896 par M. C. Bloch, « l'Ancienne navigation de la Loire ».
(2) Journal de Nantes et de la Loire-Inférieure, n° du 5 février 1819.


RAPPEL

Ces chroniques sont tirées de
Marins et Corsaires Nantais
par Paul Legrand
Héron - J. Mesnier & C° - Éditeurs
7, Rue de Strasbourg - Nantes - 1908


Post-scriptum :
Le bon Paul Legrand semble ignorer l'écrit de Benedeit, Le voyage de Saint Brandan*, qui relate la fête de Pâques célébrée sur le dos d'une baleine — vers 435/479 —, l'épisode se renouvelant sept années durant au cours de la navigation :
Ses merveilles cum plus verrez
En lui puis mult mielz crerrez

*Union Générale d'Éditions, Bibliothèque médiévale, 10/18 — Paris, 1984.

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