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jeudi, 17 mai 2007

Chronique portuaire LII

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1748. — DU CHAFFAULT À BORD DU " TONNANT ".

Chargé d'escorter un convoi de deux cents voiles, le Chef d'Escadre des Herbiers de l'Estenduère sortait de la rade de l'île d'Aix, en octobre 1748, avec son parent Du Chaffault de Besné comme capitaine de pavillon, commandant sous ses ordres le vaisseau-amiral le Tonnant, de 80 can.
Le convoi et l'escadre d'escorte composée de dix vaisseaux seulement, furent chassés peu de jours après par l'escadre anglaise de l'amiral Hawhe ; et les deux antagonistes engagèrent bientôt une lutte épouvantable qui dura huit heures. Au plus fort de l'action, un boulet emporta la tête d'un homme aux côtés de l'Estenduère, et la cervelle du malheureux rejaillit sur le visage du Chef d'Escadre. L'Estenduère se tourna sans s'émouvoir vers son fils, garde de Marine, qui se tenait près de lui, et lui dit simplement : «Donne-moi ton mouchoir » ; puis, comme le jeune homme croyant son père blessé versait des larmes, il ajouta sévèrement ; « Mon fils, apprenez que sur un champ de bataille un l'Estenduère ne doit jamais faiblir ! ».

À la fin du combat, seul le Tonnant battait encore pavillon. Il avait cent seize morts ou blessés, avait reçu quatre mille boulets dont huit cents avaient porté, et en avait envoyé à lui seul plus de deux mille ; aussi, les Anglais qui n'avaient jamais vu un vaisseau fournir un pareil feu, n'appelèrent-ils plus le Tonnant que l’Enfer. Fort maltraités eux-mêmes, ils furent contraints de s'éloigner et le Tonnant, qui dut être remorqué, ramena les deux cents navires confiés à sa garde.
Dès le début de l'action, le brave Du Chaffault avait été blessé au visage ; mais sans prendre le temps de se faire soigner, il était resté à son poste de combat, et ce fut grâce à son habileté dans la manœuvre que le Tonnant put échapper à ses adversaires et les forcer finalement à abandonner la lutte (1).
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(1) Revue du Bas-Poitou, Année 1906, pp. 109-110.
La famille des Herbiers de l'Estenduère. originaire des Herbiers (Vendée), à quelques kilomètres du Comté Nantais, fut l'une des plus célèbres familles maritimes de France, et chaque génération, pour ainsi dire, vit un ou plusieurs l'Estenduère s'illustrer sur mer.



RAPPEL


Ces chroniques sont tirées de
Marins et Corsaires Nantais
par Paul Legrand
Héron - J. Mesnier & C° - Éditeurs
7, Rue de Strasbourg - Nantes - 1908

jeudi, 10 mai 2007

Chronique portuaire LI

« Trop longues... inintéressantes... du copiage... » Critiquées, ces chroniques ! Je persite cependant, car scanner les pages d'un vieux bouquin qui ne bénéficia que d'une édition très locale m'est une modeste contribution à la sauvegarde d'un patrimone nautique qui baigna mon enfance et dont mes errances des jeudis d'après-guerre sur le quai de la Fosse demeurent un si beau souvenir.
J'avoue prolonger ce bonheur ancien et combler ainsi mon ignorance d'alors.


Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1746. — LE "MARS" ET LA " BELLONE ".
Le 11 avril 1746, deux frégates nantaises: le Mars et la Bellone sortaient de la Loire, chargées d'annes et de munitions pour le Prétendant Charles-Edouard Stuart, et faisaient voile vers l'Écosse.
Le Mars, de 300 tx., 30 can. et 266 h., appartenait à M. de Seigné, et était commande par le capitaine Antoine Rouillé, de Nantes ; la Bellone, de 350 tx., 36 can. et 350 h., avait pour capitaine Claude Lory, également de Nantes.

Lorsque les deux frégates arrivèrent sur les côtes d'Ecosse, elles apprirent la défaite du Prétendant à Culloden, et la présence de trois navires ennemis dans les environs : elles se hâtèrent en conséquence de débarquer leurs munitions. Le 14 mai, au moment où elles se disposaient à repartir, les trois Anglais étaient en vue et faisant voile vers la baie où les deux frégates étaient en panne, se préparèrent au combat ; c'étaient la frégate le LÉVRIER, de 36 can., le senau BALTIMORE, de 18 can., plus un certain nombre de pierriers, fauconneaux et espingoles ; enfin un dogre de 16 can. Les deux Nantais, à bord desquels venait de monter le généralissime de l'armée du Prétendant, Milord Jean Drummond, Duc de Perth, accompagné d'un certain nombre de partisans du Prince, firent leur abattée afin de présenter le flanc à leurs adversaires ; et bientôt un mémorable combat s'engageait en vue des côtes entre le Mars et la Bellone et leurs trois antagonistes. Finalement les deux frégates nantaises l’emportaient, et faisaient voile vers Nantes tandis que les Anglais fuyaient au large. Le 22 mai, le Duc de Perth, mort la veille à bord du Mars, recevait la sépulture des marins ; et le 6 juin les deux frégates rentraient en Loire, non sans avoir amariné au passage le WILLES, de 400 tx. et 20 can., et le PEMBROKE, de 200 tx. et 16 can., venant de Saint-Christophe avec de riches cargaisons (1).

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(1) DE LA PEYROUSE-BONFILS, Histoire de la Marine française, t. II, pp. 282-8.
L. GUÉRIN, Histoire maritime de la France, t. IV, pp. 226 et suiv.

jeudi, 26 avril 2007

Chronique portuaire L

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1744. — LE MARQUIS DE LA GALISSONNIÈRE .

Roland-Michel Barin, marquis de la Galissonnière, né au Pallet d'une vieille famille nantaise, était entré dans la marine avec son père en 1710.
Le 17 août 1744. commandant la frégate la Gloire avec le titre de capitaine de vaisseau, il coulait bas un corsaire anglais de 24 can., et amarinait les TROIS-MINISTRES, un second corsaire anglais de 22 can., ainsi que six bâtiments marchands (3).

LE CORSAIRE "L'AIMABLE-RENOTTE" .

L'Aimable-Renotte, corsaire nantais de 16 can. et 55 h., cap. Jacques Le Chantoux, et la Sainte-Thérèse, voyagaient de conserve lorsque, le 14 septembre 1744, ils rencontrèrent deux corsaires anglais. Le capitaine de la Sainte-Thérèse proposa alors de « fuir à toutes voiles », mais le brave Le Chantoux, loin de se ranger à cet avis trop prudent, ordonna le branle-bas de combat, appuyant son pavillon d'une volée de boulets. Les deux Anglais, ayant en tout 28 can., 12 pier, et 400 h., attaquèrent alors l'Aimable-Renotte, tandis que la Sainte-Thérèse se tenait prudemment à l’écart, sans prendre d'autre part au combat que« sept coups de canon qu'elle tira comme en deuil ».

Plusieurs fois les corsaires, dont le plus gros était venu se placer par bâbord à portée de pistolet, tentèrent en vain l'abordage, et trois fois le feu prit à l'Aimable-Renotte. Enfin, après une lutte de six heures, le capitaine Le Chantoux dut se rendre. Il avait une partie de la jambe gauche emportée, le pied droit coupé, le bras gauche brisé et un coup de hache dans les reins ; son navire avait reçu vingt boulets dans sa coque, avait sa vergue de misaine coupée et toutes ses manœuvres hachées.
Jacques Le Chantoux survécut à ses blessures, et reçut une épée d'honneur le 2 novembre 1747 (1).

1745. — L'" ÉLIZABETH " ET LE "DU TEILLAY". LE PRÉTENDANT CHARLES-ÉDOUARD STUART.

C'est à bord d'un corsaire de Nantes, le Du-Teillay, de 150 tx., 18 can. et 14 pier., armé et commandé par Antoine Walsh, Marchand à la Fosse, que le Prétendant Charles-Edouard Stuart, déguisé en abbé, s'embarqua à l'embouchure de la Loire, le 19 juin 1745, accompagné d'un petit nombre d'amis et de partisans. Un autre navire appartenant au même armateur nantais, l'Élizabeth, capitaine Douaud, armé de 60 can. et monté de 590 h. d'équipage, lui servait d'escorte et transportait des armes et des munitions.

Le 20 juillet, les deux Nantais rencontraient une flotte anglaise de quatorze voiles escortée de trois gros vaisseaux de guerre ; et tandis que le Du-Teillay, fin marcheur, se couvrait de toile et pinçait le vent pour gagner l'Ecosse, l’Élizabeth, poursuivie par l'un des Anglais, le LION, de 74 can., lui livrait un épouvantable combat de cinq heures et le forçait à s'éloigner. Le navire Nantais, sa mâture criblée, sa roue de gouvernail brisée, et cent cinquante boulets dans sa coque, ne put le suivre, et le LION s'échappa à la tombée de la nuit. Trente officiers et cent quatorze hommes de l'Élizabeth étaient hors de combat ; le capitaine Douaud, coupé en deux par un boulet, avait été tué à son poste, criant à ceux qui se précipitaient pour le secourir : « Rangez-moi, mes amis ! » ne voulant pas que son agonie vienne distraire ses officiers du combat, ni que sa dépouille soit une gêne pour la manœuvre.
Le Du-Teillay accomplit heureusement sa traversée, et débarqua le Prétendant en Écosse le 28 juillet 1745 (2).


LE CORSAIRE L' " HERMINE ".

Pendant une seule croisière en 1745, le corsaire nantais, l'Hermine, frégate de 200 tx., 18 can., 10 pier., et 198 h., armateur Leray de la Clartais, et capitaine Faugas, amarinait : I'HÉLÈNE, le PROSPERON-EXETER et le LION, de Londres ; le CHARLES ; I'UNION ; la BONNE-INTENTION ; le JEUNE-PHILIPPE ; la SAKA-MARIA, et la PLANTATION-D'ANTIGUE (3).

LANCEMENT DE L' " APOLLON " .

Les chantiers de constructions de la Chézine ayant été jugés insuffisants, de nouveaux chantiers avaient été aménagés tout à l'extrémité du port, au pied des carrières de Miséri ; et le premier navire construit sur ces nouvelles cales fut mis à l'eau en 1745.
C'était l'Apollon, de quarante-trois mètres de long, armé de 36 canons (4).

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(1) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 146-151.
(2) DE LAPEYROUSE-BONFILS, Histoire de la Marine Française, t. II, pp. 281-2.
E. DUBOIS, Les derniers jours de l'exilé, pp. 190-195.
S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 164-174.
M. de la Nicollière est le seul auteur qui rapporte exactement cet épisode ; partout ailleurs on trouve le nom du DU-TEILLAY transformé en la DONTELLE ou la DANTELLE ; le capitaine Douaud devient le Marquis d'O, etc., etc
(3) A PÉJU, La Course à Nantes aux XVIIe et XVIIIe siècles, pp. 169-170.
(4) VATTIER D'AMBROYSE, Le Littoral de la France, Côtes Vendéennes, p. 437.

jeudi, 19 avril 2007

Chronique portuaire XLIX

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution



1738. — LE NÉGRIER L' " AMPHITRYON "

La mortalité à bord des négriers était parfois effrayante, et l'exemple le plus saisissant peut-être en est donné par le négrier l'Amphitryon, parti de Nantes en 1738, et qui, sur une cargaison de 450 Nègres en perdit 209, soit près de la moitié (1).


1740. — MORT DE JACQUES CASSARD.

Cassard, que Duguay-Trouin appelait le plus grand marin de son temps ; Cassard, « qui faisait plus avec un seul navire qu'une escadre entière » ; Cassard, l' « un des plus grands capitaines dont notre marine s'honore » ; Cassard, qui dès le début de sa carrière se signala « avec un tel éclat que son nom est acclamé par notre marine entière, que tous nos ports le saluent avec enthousiasme » (2).

Cassard, le hardi Corsaire nantais, mourut en prison, au fort de Ham, le 21 janvier 1740.

Parmi tant de gloires éphémères que les siècles qui passent effacent peu à peu, celle de Cassard au contraire semble grandir à mesure que se rapetissent et disparaissent tous ces héros d'un jour ; et de plus en plus se réalise cette parole de Richer, son historien : « Ses exploits militaires paraîtront comme des fables dans l'éloignement des temps » (3).


1743. — LA TRAITE DES NÈGRES EN 1743.

Le plus gros chiffre total de Nègres traités par les navires de Nantes se rencontre peut-être en 1743, où les négriers de notre port transportèrent le nombre énorme de 18.000 Noirs. Durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, qui vit l'apogée de la Traite, ce commerce employa une moyenne de 10.000 marins, tandis que 15.000 ouvriers fabriquaient dans les ateliers de Nantes et des environs, les marchandises d'èchange : faïences, toiles peintes, poteries, clous, eau-de-vie, que les navires échangeaient ensuite sur la côte de Guinée, contre du « bétail humain ».

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(1) AUGEARD, Étude sur la Traite des Noirs avant 1790, au point de vue du commerce nantais, pp.43-5.
(2) VATTIER D'AMBROYSE, Le Littoral de la France. Côtes Vendéennes, pp. 421-423.
(3) RICHER, Vie de Cassard, p. 117.

RAPPEL
Ces chroniques sont tirées de
Marins et Corsaires Nantais
par Paul Legrand
Héron - J. Mesnier & C° - Éditeurs
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jeudi, 12 avril 2007

introduction aux traites négrières

J'ouvre une assez longue incise dans les Chroniques portuaires de Nantes.
Paul Legrand, dans son ouvrage doublement titré Marins et Corsaires nantais en couverture et Annales de la Marine Nantaise en page de titre, consacre une longue introduction à quatre aspects de l'activité portuaire : Les chantiers de constructions navales, les Armateurs, les Corsaires, les Négriers.
Dans la publication des chroniques portuaires, nous arrivons dans la période de la Traite négrière en pleine expansion. Or Legrand, chronologiquement, ne mentionne celle-ci qu'en abordant l'année 1738 ; il est évident qu'elle a commencé beaucoup plutôt ; cependant il aborde l'activité dans son introduction. Son approche pourra nous paraître élémentaire, tenant plus du constat que de l'analyse. Soyons indulgents, nous sommes en 1908 !
Pétré-Grenouilleau viendra plus tard et, par les Anneaux de la Mémoire, Nantes sera, en 1992, le premier port européen à reconnaître sa trop grande participation à l'horreur.
Revoir ma note du 9 mai 2006
.

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LES NÉGRIERS


Il faut bien l'avouer,— quelque pénible qu'en puisse être l'aveu,— c'est dans la Traite des Nègres, dans le Commerce du bois d'ébène, que Nantes a trouvé la source première de sa prospérité, a développé son esprit d'entreprise et d'initiative, et a puisé sa fortune et celle de ses habitants.

Nous n'avons nullement l'intention de défendre ce trafic, pas plus d'ailleurs que celle de l'attaquer ; la défense en est impossible, quant à l'attaque, elle a été trop copieusement faite pour que l'on puisse lui fournir des armes nouvelles. Nous dirons donc simplement que la Traite des Nègres était légale ; pratiquée par toutes les nations possédant des colonies ; réglementée par les Ordonnances et les Édits ; et, bien plus, ouvertement encouragée par les Rois, qui tantôt accordaient une prime par tête de nègre débarqué aux colonies (arrêt du 27 septembre 1720), et tantôt envoyaient aux Traitants des témoignages non équivoques de leur satisfaction : « Sa Majesté, — voyons-nous dans une Déclaration Royale en date du 11 octobre 1722 et relative au commerce des Nègres, — a vu avec satisfaction les efforts que les négociants de la Ville de Nantes ont fait pour étendre ce commerce autant qu'il était possible...»

L'origine de la Traite des Nègres est des plus simples. Les colonies nouvelles d'Amérique manquaient de bras ; d'autre part, les Blancs ne pouvaient encore supporter leur climat débilitant ; toutes les puissances se tournèrent alors vers l'Afrique, où l'on savait qu'un grand nombre de nègres étaient vendus ou mis à mort à la suite des batailles incessantes que se livraient ces peuplades sauvages.

Puisqu'il existait déjà un marché de nègres, les gouvernements européens songèrent tous à s'y approvisionner de travailleurs ; bien plus, et c'est ce qui explique pourquoi la Traite fut acceptée par tous, les philosophes et les moralistes du temps la déclarèrent bonne et humaine, parce qu'elle arrachait les nègres à la mort, ou du moins substituait un esclavage acceptable à un esclavage épouvantable.
À ces idées s'ajouta celle du prosélytisme religieux ; les nations catholiques y virent un moyen d'arracher à l'erreur une multitude d'êtres humains, et cette préoccupation est constante dans les Ordonnances des Rois, qui prescrivent le baptême pour tous les esclaves importés aux colonies.

Sans doute, l'on ne tarda pas à comprendre toute la fausseté et l'inanité de ces sophismes. La source première de la Traite : les nègres déjà esclaves, les prisonniers de guerre et les condamnés à mort manquèrent bientôt complètement, et c'est alors que les traitants, ou du moins leurs fournisseurs, les petits Rois Africains, organisèrent de véritables chasses à l'homme, des razzias de plus en plus fréquentes, dans lesquelles des villages entiers ; hommes, femmes et enfants, étaient arrachés à la liberté, conduits en troupeaux humains jusque sur les côtes, et parqués pêle-mêle, en attendant qu'un navire d'Europe vienne les emporter à destination des Antilles. Mais, à ce moment, la Traite était tellement entrée dans les mœurs qu'il était impossible de la supprimer ; l'intérêt général des États, l'intérêt particulier des traitants et des armateurs étouffèrent le cri de la conscience, et l'horrible et inhumain commerce du bois d'ébène fut définitivement admis et pratiqué par toutes les nations européennes,

En France, la Traite ne fut réglementée qu'en 1664, lors des Édits royaux suscités par Colbert. Elle fut tantôt monopolisée, c'est-à-dire exclusivement permise à certaines grandes Compagnies de Commerce ; et tantôt libre, c'est-à-dire abandonnée à tous les particuliers sous le contrôle de l'État.

Nantes fut, sans contredit, de tous les ports de France et du monde, celui qui se livra le plus activement à ce commerce. Ce fut Nantes qui défendit le plus énergiquement la Traite chaque fois qu'elle fut menacée ; Nantes qui réclama toujours la liberté de la Traite lorsqu'elle fut monopolisée ; Nantes à qui les rois et les ministres s'adressèrent toujours avant d'en modifier les règlements, prenant rarement une décision avant d'avoir consulté ses députés ; Nantes, enfin, qui refusa le plus longtemps de se soumettre à la suppression de la Traite, et qui posséda peut-être les derniers Négriers.

Cette triste supériorité de Nantes sur les autres ports du royaume s'explique d'ailleurs très aisément. De tous les ports de France, Nantes était de beaucoup celui qui trafiquait le plus avec nos possessions d'Amérique, et qui y avait engagé les plus gros capitaux. II était donc naturel à nos navires, alimentant déjà les Antilles de denrées et de produits manufacturés, de les alimenter également de cette autre marchandise, le bois d'ébène ; comme il était naturel à nos armateurs, souffrant du manque de bras, de songer les premiers à fournir de nègres leurs plantations de cannes à sucre, source la plus importante de leur commerce et de leur richesse,

Les Négriers nantais accomplissaient ce que l'on appelait des voyages circuiteux. Partant de Nantes avec une cargaison de cotonnades voyantes, fusils, perles et poteries fabriquées spécialement pour ce commerce, ils l'échangeaient sur les côtes d'Afrique contre une cargaison de nègres, la transportaient aux Antilles, et en revenaient avec une troisième cargaison, composée le plus souvent de balles de sucre. Ces marchandises ne payaient que la moitié des droits d'entrée dans tous les ports de France, de telle sorte que les armateurs, pour pouvoir soutenir la concurrence, se voyaient forcés, s'ils commerçaient avec les Antilles, de se livrer à la Traite ainsi favorisée par le Pouvoir royal.

Pendant plus d'un demi-siècle, les Négriers nantais débarquèrent annuellement aux colonies de dix à douze mille nègres en moyenne ; et les bénéfices que les armateurs retiraient de ce commerce oscillaient entre 30 et 40 millions. L'unité de nègre, la pièce d'Inde, comme on disait alors, c'est-à-dire un noir de 15 à 30 ans, sain, robuste, bien fait, et qui a toutes ses dents, valait de 600 à 1.000 francs, suivant la provenance, les besoins des colonies et l'époque.

Au commerce du bois d'ébène, les Nantais empruntèrent cet esprit d'initiative, ce goût des aventures qu'ils développèrent ensuite dans la guerre de Course, Souhaitons que ces ressorts d'énergie, appliqués à de plus louables entreprises que la Traite, permettent à Nantes de reprendre le rang qu'elle occupait jadis parmi les ports de France et du monde.

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Pour clôre cette incise, il faut signaler la parution récente d'un gros, beau bouquin sur l'histoire des étrangers à Nantes, ouvrage collectif de trente auteurs, Alain Croix en assurant la coordination et responsabilité scientifique.


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Voir sur le site des éditions des Presses Universitaires de Rennes

jeudi, 05 avril 2007

Chronique portuaire XLVIII

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1735. — PROJET DE BASSIN À FLOT À PAIMBŒUF.

On lit dans un Mémoire du Commerce de Nantes, daté de 1735 : « Les malheurs passés et les naufrages ont fait souhaiter aux habitants de Nantes la construction d'un bassin à Paimbœuf, pour y mettre leurs vaisseaux, leurs barques et leurs bateaux en sûreté » (1).

ÉMEUTE DE MARINIERS.

Le Bureau de Ville avait interdit aux portefaix, mariniers et gabariers d'entrer dans l'intérieur de la Bourse pour parler à leurs patrons, pendant les heures de réunion, afin de ne pas troubler les commerçants et armateurs par leur conversation bruyante. Ils prirent très mal la chose, et lorsqu'un gabarier eut été expulsé, le 12 août 1735, tous les mariniers et gabariers vinrent à la rescousse, firent irruption dans la Bourse et lacérèrent les affiches leur en interdisant l'entrée. La Milice, immédiatement mise sur pied eut grand peine à les rappeler à l'ordre, et deux gabariers seulement purent être saisis et emprisonnés (2).

1736. — EMPRISONNEMENT DE JACQUES CASSARD.

À plusieurs reprises, Cassard avait armé des vaisseaux à ses frais, et avancé des sommes importantes à Marseille et au gouvernement pour assurer le ravitaillement des côtes de Provence. Marseille, qu'il avait sauvée deux fois de la famine, se montra, à sa honte, d'une inconcevable ingratitude, et refusa toujours de le rembourser sous les prétextes les plus misérables.
Quant au gouvernement, loin de lui payer ce qu'il lui devait, il lui réclama avec dureté la valeur de quelques mauvais agrès et appareaux qu'il avait pris à l'arsenal de Toulon pour armer ses navires.

Cassard était pauvre et avait besoin de ce qui lui était dû ; il était, de plus, Breton, c'est-à-dire têtu ; d'autant plus têtu qu'il savait avoir raison. Aigri par les refus perpétuels qu'on lui opposait, réduit à la misère, jouet de la Cour qu'il haïssait et des cabinets de ministres où d'imbéciles laquais, incapables de comprendre l'homme se riaient du costume, Cassard était nevenu morose et irrité. En 1736, grâce à quelque protection, il obtint enfin une audience du ministre Fleury. Que se passa-t-il dans cette entrevue ? Le rude Nantais menaça-t-il réellement le ministre ? ou ce dernier résolut-il de se débarrasser d'un gêneur, solliciteur perpétuel, assez naïf pour croire que les coffres de l'Etat pouvaient en même temps s'ouvrir pour les courtisanes avides et pour les héros qui avaient faim ? On ne le saura sans doute jamais. Toujours est-il qu'en sortant de chez le ministre, Cassard, le grand capitaine, fut enfermé, le 5 février, au séminaire de Notre-Dame-des-Vertus, puis transféré, le 21 juillet, à la prison d'Etat du fort de Ham (3).


LE PORT DE NANTES EN 1736.

Les Étrennes Nantaises et de la Province de Bretagne pour l’année 1736 décrivent ainsi le port de Nantes : « La Fosse, ainsi appelée vulgairement, est le port où se fait le grand commerce ; les navires marchands qui s'y trouvent toujours en grand nombre y arrivent avec le flux de la mer. Elle consiste en un quai très large et long à proportion, bordé d'un côté de maisons magnifiques où logent les marchands qui trafiquent sur mer : la plupart de ces maisons ressemblent à des palais » (4).

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(1) LE BEUF, Du Commerce de Nantes, p. 162.
(2) MELLINET, La Commune et la Milice de Nantes, t. V, p. 3.
(3) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, Jacques Cassard, pp. 150-2.
(4) DUGAST-MATIFEUX, Nantes ancien et le pays nantais, p. 224.


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jeudi, 29 mars 2007

Chronique portuaire XLVII

cette note, à Yann, mon neveu,
attentif lecteur de ces chroniques.


Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1731. — LE CAPITAINE D'ARAMBOURG.

Le 9 octobre 1731, le Roi envoyait une épée d'honneur au capitaine nantais Godefroy d'Arambourg.
Né le 31 juillet 1685, et reçu capitaine à l'Amirauté de Nantes en 1714, il s'était distingué sur le Charlemagne, de 200 tx. et 12 can., dans un combat mémorable contre un forban.Il mourut en 1743, à Sucé, où il s'était retiré.

1732. — JACQUES CASSARD ET DUGUAY-TROUIN.

Lors des bruits de guerre qui s'élevèrent en 1732, entre la France et l'Angleterre, un grand nombre de marins se rendirent à Versailles pour offrir leurs services au Roi et solliciter un commandement : de ce nombre étaient les deux Bretons Cassard et Duguay-Trouin. Le Malouin, accoutumé déjà à la Cour circulait avec aisance dans les salons encombrés de courtisans, et son costume ne le cédait en rien au leur en richesse et en rubans ; le rude Corsaire nantais, tout au contraire, mis sans aucune recherche et presque pauvrement vêtu, s'était assis dépaysé sur un banc, triste et rêveur. Duguay-Trouin, très entouré, l'aperçut soudain, et, quittant brusquement les grands seigneurs et les généraux stupéfaits, vint à lui. l'embrassa, et prenant son bras, conversa avec lui durant plus d'une heure.
« Quel est cet homme ? » lui demandèrent en riant les courtisans, lorsque Cassard se fut éloigné. « Cet homme, — reprit Duguay-Trouin, — c'est le plus grand homme de mer que la France possède. Je donnerais toutes les actions de ma vie pour une seule des siennes. Vous ne le connaissez pas, mais nos ennemis le connaissent bien, car avec un seul vaisseau il faisait plus qu'une escadre entière. C'est Jacques Cassard, de Nantes ! » (1)

1734. — LE CAPITAINE D'HAVELOOSE ET LE " SAINT-ADRIEN ".

Durant tout un jour, le 13 octobre 1734,1e corsaire nantais le Saint-Adrien, de 200 tx., 14 can, et 27 h., cap. Gille d'Haveloose, soutint un terrible combat contre le pirate algérien le SOLEIL, en vue du cap Saint-Vincent.
La Ville demanda pour d'Haveloose une épée d'honneur, mais on la lui refusa sous le prétexte qu'il n'avait lutté que contre un simple pirate. Triste prétexte ! Car les pirates barbaresques, et surtout le SOLEIL, causaient alors à notre marine un mal tout aussi considérable qu'un vaisseau de guerre anglais ; et les prisonniers qu'ils faisaient étaient le plus souvent réduits en esclavage ou torturés.
C'est un descendant de ce brave capitaine qui légua toute sa fortune aux pauvres de Nantes en 1846 (2).

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(1) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, Jacques Cassard, p. 141.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 133-138.

jeudi, 22 mars 2007

Chronique portuaire XLVI

Elles ont désormais accès à la Toile. Je dédie cette quarante-sixième chronique du port de Nantes à Noémie et Célia, mes deux moussaillonnes préférées et à leur maman, avec lesquelles depuis pas mal d'années nous parcourons les mers en chantant la chanson du Forban.


Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1724. — LA DEUXIÈME BOURSE DES MARCHANDS.

La première Bourse des marchands ayant été jugée insuffisante, le Bureau de Ville décida de construire un nouvel édifice sur le Port-au-Vin (Place du Commerce). Les travaux furent adjugés à l'architecte Caillaud, pour la somme de 90.000 livres, et la première pierre en fut posée, le 22 mars 1724, par le maire Gérard Mellier (1).


AMÉNAGEMENT DE LA FOSSE.

Un premier arrêt du Conseil d'Etat. en date du 7 mars 1724, puis deux autres des 29 mai et 9 décembre 1725, ordonnèrent l'alignement des maisons de la Fosse, et. en général, l'aménagement des « quays, calles, aqueducs, maisons et magasins » pour la plus grande « utilité du public. de la navigation, du commerce et de la ville de Nantes ». Les travaux de quais sur ie terrain de la Chézine, prescrits par ces arrêts, commencèrent en 1726, et la première pierre du quai, appelé quai du Port d'Estrée, fut posée le 21 août (2).


1729. — LE FORBAN LE "SANS-QUARTIER".

Le 20 mars 1729, un navire ayant toutes les allures d'un pirate ou forban armé de 12 can. et 12 pier., vint mouiller dans la baie du Pouliguen. Son capitaine, Thomas Jean du Lain, vint à terre dans une chaloupe, et se rendit chez sa mère qui habitait lacôte. Il lui avoua que son équipage et lui étaient las de cette vie de vols et de crimes ; et la supplia de se rendre à Nantes pour lui obtenir l'amnistie.
Cette femme s'y rendit en effet, et l'amnistie qu'elle sollicitait pour son fils, lui fut accordée le 23 mars ; le forban le Sans-Quartier fut amené à Nantes et consigné entre les mains des officiers de l'Amirauté avec ses armes et appareaux. Le règlement de ces pirates, débutant par une invocation religieuse « Laus Deo », est conservé (en 1842) à la Bibliothèque Nationale, ainsi qu'un dessin représentant leur pavillon : une tête de mort sur deux tibias en croix de Saint-André, et un homme nu tenant un sabre d'une main et un sablier de l'autre ; le tout en blanc sur fond noir. C'était, d'ailleurs, le pavillon traditionnel des forbans (3).

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(1) MELLINET, La Commune et la Milice de Nantes. t. I, pp. 228-291.
GUIMAR, Annales Nantaises, p. 490.
(2) MEURET, Annales de Nantes, t. II, p. 275.
(3) Le Magasin Pittoresque, Année 1842, pp. 223-4.

jeudi, 15 mars 2007

Chronique portuaire XLV

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1718. — CASSARD DÉCORÉ.

Jacques Cassard reçut le 17 juin 1718 la décoration de chevalier de l'Ordre militaire de Saint-Louis (1). Toutefois cette décoration, arrachée au gouvernement par le cri de l'opinion publique, lui fut accordée sans pension, alors que Cassard avait dépensé des sommes considérables pour nourrir Marseille et ravitailler la Provence.


1721. — QUARANTAINE ET "PARFUMAGE" DES NAVIRES DANS LE PORT DE NANTES.

Deux lettres du Conseil de la Marine, l'une en date du 9 juillet 1721, l'autre en date du 15, nous indiquent les mesures prises à cette époque pour empêcher les navires venant de contrées contaminées de répandre dans le pays les germes dont ils pouvaient être infestés. Elles portent que le vaisseau l’Union, de Gênes, depuis trois mois dans le port de Nantes sans avoir été déchargé, le serait de la manière suivante : l'équipage devait débarquer la cargaison dans une île déserte de la Loire et l'y mettre « à l'évent », c'est-à-dire étendue à l'air, et pendant quarante jours équipage et marchandises devaient rester confinés dans leur île. Le navire, de son côté, devait être « submergé » pendant deux ou trois marées ; après quoi on devait le « parfumer», c'est-à-dire le désinfecter en y faisant brûler des aromates. Ces différentes formalités accomplies,
on estimait « qu'il ne devait plus rester aucun scrupule de mauvais air » (2).


1723.— AMÉNAGEMENT DE LA GRÈVE DE LA SAULZAYE.

En 1723, vingt-quatre riches commerçants et armateurs de Nantes fondèrent entre eux une société pour aménager la grève jusqu'alors déserte et nue de la Saulzaye, et y construire de superbes maisons, des cales et des quais. Cette grève appelée l'île Feydeau, du nom de l’ intendant de Bretagne Feydeau de Brou, se couvrit bientôt de riches palais habités par les marchands de l'époque : tandis que ses cales et quais, en resserrant notablement le lit du fleuve amélioraient son cours. Le pont de la Bourse fut construit trois ans après, en 1726, pour permettre l'accès de ce nouveau quartier (3).

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(1) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, Jacques Cassard, p. 122.
(2) EXFILLY, Dictionnaire des Gaules, Article Nantes.
(3) TRAVERS, Histoire de Nantes, t. III, p. 464.

jeudi, 08 mars 2007

Chronique portuaire XLIV

Du commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1717. — MORT DE JEAN VIÉ.

Jean Vie, passé au service des Républiques de Gênes et de Venise, alliées de la France, fut emporté par un boulet le 16 juin 1717, dans une bataille navale contre les Turcs. Il commandait le vaisseau-amiral de la République de Venise (1).

CORSAIRE CONTRE FORBANS.

Le corsaire nantais, le Saint-Michel, de 150 tx., 12 .can., 40 h. d'équipage et 28 passagers, sorti de Nantes le 18 août 1717 sous le commandement du capitaine Jean de Jonchery-Dubois, fit la rencontre le 20 octobre suivant de deux forbans qui lui appuyèrent chasse et le joignirent à midi ; le plus gros arbora pavillon anglais et l'assura d'un boulet.
Aussitôt le Nantais ordonna le branle-bas de combat, et hissa sa couleur à sa corne. Le forban à cette vue hala sur le pont son premier pavillon, et hissa à sa place un « pavillon noir ayant une esquelette au milieu, tenant d'une main un dard et de l'autre une horloge ».
En présence de la force des deux forbans, portant l'un 14 can. et l'autre 12 ; et sachant que les pirates ne faisaient jamais quartier à ceux qui leur résistaient, les passagers forcèrent le capitaine du Saint-Michel à se rendre. Les prisonniers furent conduits à bord du plus gros des deux forbans, lequel comptait 140 h., en majorité anglais : et le 25, les deux pirates amarinaient trois autres navires, dont un Nantais : la Gracieuse, cap. François le Barbier.
Les marins et passagers furent d'ailleurs conduits sains et saufs à la côte, après avoir été toutefois dépouillés (2).

APPAREIL À DISTILLER L'EAU DE MER

Vers 1717, un médecin de Nantes, nommé Gauthier, inventa un curieux appareil pour distiller l'eau de mer, et résoudre ainsi la question de l'approvisionnement d'eau douce des navires au large.
Pour se rapprocher autant que possible de l'évaporation naturelle, il plaçait son foyer, d'une forme particulière, au-dessus de la masse d'eau à distiller. Il parvint à fournir 140 pintes d'eau par vingt-quatre heures ; et un récit de l'Académie de cette époque confirme la découverte du médecin nantais, et mentionne que les expériences faites à bord du navire Triton dans le port de Lorient furent des plus satisfaisantes. Pendant un mois les marins de ce vaisseau se servirent exclusivement de l'eau ainsi distillée pour la boisson, la fabrication du pain, et la cuisson des aliments. Toutefois, l'appareil ne put être employé sous voile, le mouvement du navire mélangeant l'eau de mer et l'eau déjà distillée (3).
________________________________________________________________________

(1) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les'Corsaires de Nantes, p. 22.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 3-4.
(3) VERGER, Archives curieuses de Nantes, t. I, p.153.

jeudi, 01 mars 2007

Chronique portuaire XLIII

Du commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1713. — CAMPAGNE DE JACQUES CASSARD EN 1712.

À la tête d'une division de six vaisseaux et deux frégates, et muni d'une Commission provisoire de capitaine de vaisseau, grade qui lui fut confirmé le 25 décembre, Jacques Cassard ravagea en 1712 les colonies hollandaises, portugaises et anglaises. Il avait sous ses ordres toute l'élite de la jeune marine française : un La Garde, un de Sabran, un de Grasse, un de Pienne, etc., fiers de faire leurs premières armes sous les ordres du brave marin nantais,

En juillet, il enlevait l'île de Montserrat, l'une des Antilles ; en octobre, il rançonnait Surinam ; en février 1713, il prenait Curaçao ; et chaque fois qu'il revenait à la Martinique, dont il avait fait son quartier général, les habitants couraient en foule au devant de lui, et du plus loin qu'ils apercevaient ses vaisseaux criaient joyeusement ; « Voilà encore Cassard avec les trésors de l'ennemi ! »

La paix se négociait en ce moment, et le gouvernement, craignant qu'un hardi coup de main du brave Nantais ne vint la rendre impossible, se hâta d'envoyer dans ses parages une escadre avec un chef d'un grade supérieur au sien qui pût tant soit peu modérer son courage (1).

CORSAIRES NANTAIS EN 1712 .

Le 18 mars, le Hardy-Guépin, corsaire nantais, de 140 tx. et 26 can,, armé en société par Jean-Baptiste Le Masne et Jean Tanquerel, son capitaine, amarinait le CONQUÉRANT, de Guernesey, à hauteur de l'île d'Yeu.
Le Maréchal-d'Estrée amarinait la même année : le TIGRE, de Dublin ; le SAINT-JOSEPH et la REINE, de Corck, le FRANÇOIS, de Londonderry ; la KATHERINE, de Wesfort ; le HAMPTON-GALLEY, de Bristol ; la MARIE ; le SAINT-ANTOINE ; le SAINT-NICOLAS et I'ÂNNIBAL. Il rentra à Nantes le 23 août avec cette dernière prise, faite près du Pilier et évaluée à 10.000 livres.

Enfin, le Lusançay capturait les Anglais : le GREENBOROUGH et le DRAGON (2).



1713. — CAMPAGNE DE JACQUES CASSARD EN 1713.

Jacques Cassard continua dans les premiers jours de 1713 à piller les colonies des puissances en guerre contre la France ; et ses succès contribuèrent largement à la paix d'Utrecht, signée le 11 avril. Les puissances, effrayées de ses succès, voulaient obtenir à tout prix le rappel immédiat de son escadre en France (3).

___________________________________________________________________________

(1) DE LA PEYROUSE-BONFILS, Histoire de la Marine Française, t. II, p. 139.
L. GUÉRIN, Histoire Maritime de France, t. IV, pp. 169 et suiv.
RICHER, Vie de Cassard, pp. 55 et suiv.
(2) A. PÉJU, La Course à Nantes aux XVIIe et XVIIIe siècles, p. 169.
S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, p. 72.
(3) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 115-117.




RAPPEL

Ces chroniques sont tirées de
Marins et Corsaires Nantais
par Paul Legrand
Héron - J. Mesnier & C° - Éditeurs
7, Rue de Strasbourg - Nantes - 1908

jeudi, 22 février 2007

Chronique portuaire de Nantes XLII


Du commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1711. — CAMPAGNE DE JACQUES CASSARD EN 1711.

Appelé par le Duc de Vendôme, Jacques Cassard, escorta enjavascript:;core en 1711, un convoi de quarante-trois voiles, chargé de munitions de toutes sortes, et bloqué par six navires anglais. Sa division se composait des vaisseaux : le Parfait, le Neptune, le Téméraire, le Sérieux, le Fendant et le Mercure-Volant.

Chaque fois, en effet, que l'on avait besoin d'un hardi capitaine pour mener à bien une entreprise aussi difficile que celle de l'escorte d'un nombreux convoi de navires marchands, guetté par des forces ennemies, on s'adressait au marin nantais ; parce que l'on savait, ainsi que l'avaient déclaré les Marseillais, que les navires escortés par Cassard étaient toujours « des navires en sûreté » (1).


CAMPAGNE DE JEAN VIE EN 1711.

Le 15 juillet 1711, Jean Vie, commandant la frégate de Nantes l'Illustre, avec une Commission Royale lui donnant pour mission de purger les côtes bretonnes des corsaires anglais, s'emparait du JEAN-GALEY, de 40 tx., 4 can. et 53 h., qui, attaché au port de Nantes sous le nom de l'Hermine, suivit ensuite l'Illustre dans ses croisières (2).


CORSAIRES NANTAIS EN 1711
.
Trois navires appartenant à des armateurs nantais ; la frégate la Mutine, de 28 can. ; la Fidèle, de 26 can, ; et le Jupiter, de 36 can., amarinaient en 1711 six Hollandais d'une valeur totale de 1.298.007 livres 18 s. 6 d. ; c'étaient; la PAIX ; le GRAND-SAIMT-ANDRÉ, de 4 can. et 6 pier. ; le PRINCE-DUC-DE-MALBOROUGH, de 18 can. ; le ROY-DE-PORTUGAL ; le ROY-DAVID et le JEUNE-ÏSAAC.

La Mutine prit la même année le KOUHER, de Londres.
Le Lusançay enleva le CHARLES-ÉLISABETH et le JEAN-JACQUES.
Le Saint-Pierre amarina le JEUNE-JEAN, corsaire de Flessingue (3).
Enfin, l'Achille fit une prise magnifique en enlevant un navire chargé de « sequins d'or ou bageoires ». Mais les marins du corsaire, exaspérés par la lutte et grisés par la vue des richesses de leur prise se révoltèrent et s'en emparèrent ; les armateurs plongés « dans un grand chagrin », accusèrent les officiers d'avoir trempé dans ce pillage qui montait à près de 50.000 écus (4).

_______________________________________________________________________________

(1) S. DE LA NICOLLIÉRE-TEIJEIRO, Jacques Cassard, pp. 56 et suiv.
(2) S. DE LA NICOLLIÉRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 96 et suiv.
(3) S. DE LA NICOLLIÉRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, p. 71.
(4) GABORY, La Marine ef le Commerce de Nantes au XVIIe s. et au commencement du XVIIIe s., p. 128.



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jeudi, 15 février 2007

Chronique portuaire de Nantes XLI

Cette 41ème Chronique est manière de me réjouir de la belle, quoique coûteuse, rénovation du château de nos Ducs de Bretagne. Le Fleuve de nos corsaires en baignait encore au XVIIIe siècle les murailles sud. Il serait bien que les Marseillais se souviennent de Jacques Cassard qui fréquenta pacifiquement les rivages maghrébins

Du commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1709. — EXPLOIT DE JACQUES CASSARD DEVANT MARSEILLE.

En 1709, Cassard se trouvait à Toulon, et armait en grande partie à ses frais deux vieux vaisseaux : le Sérieux, de 28 can., et l’Éclatant, de 66 can., que le ministre de la Marine Pontchartrain lui avait abandonné ; on adjoignit bientôt à cette petite division la corvette de 6 can., la Diligente.
C'est alors que Marseille, bloquée par les Anglais, et en proie à la famine, fit supplier le marin nantais d'aller à la rencontre d'un convoi de blé qu'elle attendait, et de l'escorter ; « Nos navires seront en sûreté, — lui dirent les députés de la ville, — lorsque M, Cassard les escortera ».

Cassard accepta, et le 29 avril 1709, la flotte anglaise, composée de quinze vaisseaux, attaquait le convoi et son escorte.
Durant tout un jour, Cassard, à bord de l'Éclatant désemparé et rasé comme un ponton, foudroya l'un après l'autre ses adversaires. Finalement, les Anglais renoncèrent à s'emparer du convoi, et se retirèrent. Le convoi entra à Marseille, et l’Éclatant, proche des côtes de Barbarie, alla se faire réparer à Porto-Farina, dans la Régence de Tunis, où Cassard fut reçu avec acclamations (1).


CAMPAGNES DE JEAN VIE EN 1709.

Revenu dans sa ville natale en 1709, Jean Vié y commanda le Lusançay, de 200 tx., 24 can. et 196 h. d'équipage.
Le corsaire nantais sortit de la Loire le 28 novembre 1709, avec une Commission de guerre de S. A. le Comte de Toulouse, amiral de France ; et durant les années 1709 et 1710, entreprit trois croisières de course, qui coûtèrent aux ennemis quarante-cinq navires, parmi lesquels : le REBÉCCA, le PHÉNIX, le KINGFISH, le BRISWATER, la PROVIDENCE et le PORT-ROYAL que Vié ramena à Nantes.

Tout n'était pas rose d'ailleurs dans ce métier de Corsaire ; c'est ainsi que le 27 mai 1710 l'équipage du Luzançay se révoltait en mer contre ses officiers ; et Vié, à la tête de son état-major, ne vint à bout des mutins qu'à coup de sabre. Les plus enragés furent mis aux fers ; et le matelot Belas, coupable d'avoir octroyé un coup de couteau à son capitaine, fut attaché, le torse nu, à un canon et reçut un certain nombre de coups de « furin » (2).

1710. — EXPLOIT DE JACQUES CASSARD.
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En 1710, Cassard renouvelait devant Marseille son exploit de l'année précédente. Le 9 janvier, en effet, avec les navires le Parfait de 70 can. qu'il commandait, le Toulouse , le Sérieux et le Phénix, vaisseaux de 500 à 700 h. d'équipage, il débloquait dans le golfe Jouan un convoi de quatre-vingts voiles, chargé d'environ 100.000 charges de blé, estimées six millions, et destinées à ravitailler Toulon et Marseille, Cassard avait eu à lutter avec ses quatre vaisseaux contre une escadre anglaise de six vaisseaux et deux frégates ; et rentra triomphalement à Marseille avec le convoi, et deux des vaisseaux de guerre anglais : le PEMBROKE et le FAUCON dont il s'était emparé. C'est à la suite de ce beau fait d'armes que Cassard reçut le brevet de capitaine de frégate (3).

LE CORSAIRE “LA BÉDOYÈRE”.

Le 18 mai 1710, le corsaire nantais La Bédoyère, de 380 tx, 26 can., et 84 h,, sorti de la Loire le 3, rencontrait quatre frégates anglaises dont trois lui donnaient la chasse ; elles comptaient l'une 30 can., , l'autre 18, et la troisième 10. Pendant quatre heures, le capitaine Le Coq, commandant La Bédoyère, soutint, avec ses 26 can., et 84 h., le choc de ses trois adversaires qu'il réussit à mettre en fuite après un combat héroïque. Sa victoire assurée, le corsaire nantais se lança à la poursuite de ses ennemis et leur donna la chasse ; mais le brave Le Coq dut l'abandonner, son grand mât, endommagé par un boulet, menaçant de rompre sous le poids des voiles (4).

(1) DE LAPEYROUSE-BONFILS, Histoire de la Marine française, t. II, pp. 112-113.
L. GUÉRIN, Histoire maritime de France, t. IV, p. 147,
RICHER, Vie de Cassard, pp. 37 et suiv.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, pp. 92-94.
(3) L. GUÉRIN, Histoire Maritime de France, t. IV, pp. 149-150.
RICHER, Vie de Cassard, pp. 48 et suiv.
(4) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, p. 88.

jeudi, 08 février 2007

Chronique portuaire de Nantes XL

Du commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1707. — CAMPAGNES DE JACQUES CASSARD EN 1707.

Jacques Cassard, élevé depuis peu au grade de capitaine de brûlot, pour l'habileté qu'il avait montré dans le lancement des bombes au siège de Carthagène, prit en 1707 le commandement du corsaire nantais, la Duchesse-Anne : joli navire de 100 tx, 18 can. et 104 h.

Avec ce navire il prit ou rançonna : le BŒUF ; le CYGNE ; la JEANNETTE ; le TONNELIER ; la MARIE-DE-POTWEN ; I'HÉLÈNE ; I'ISABELLE ; le CHASSEUR ; la ROSE ; le PHÉNIX ; l'ÉLIZABETH, etc.

Le plus remarquable de ses faits d'armes de cette année fut la prise, le 25 octobre 1707, du MALBREY, de Liverpool, audacieusement enlevé en plein port de Corck, et sous les canons de la place. Ce coup d'audace eut un retentissement énorme dans tout le Royaume ; et, pour la première fois, la Gazette de France cita le nom de Cassard en même temps que celui de Duguay-Trouin (1).

1708. — JACQUES CASSARD À VERSAILLES.

L'exploit de Cassard ayant été rapporté à Louis XIV, le Roi désira voir le marin nantais et le manda à Versaillles : « Monsieur, — lui dit-il, — vous faites beaucoup parler de vous, j'ai besoin dans ma marine d'un officier de votre mérite, je vous ai nommé lieutenant de frégate et j'ai ordonné qu'on vous donnât 2.000 livres de gratification. »

Cassard prit en effet le commandement du vaisseau du Roi, le Jersey, de Dunkerque, chargé de donner la chasse aux corsaires anglais de la Manche ; et durant cette année 1708, le capitaine nantais prit ou rançonna : le CHATEAU-DE-DOMBRETON, enlevé à l'abordage ; le SAINT-ANTOINE-DE-PADE, de Bilbao ; la SOCIÉTÉ, de Bedfort ; I'UNION, de Corck ; l'UNION, de Dublin ; la FORTUNE, de Withaven ; le Louis, galère de Londres ; le DAVID-ET-SARA, de Londres ; un autre SAINT-ANTOINE ; l'ESSEX ; et un autre CYGNE.
Ces cinq derniers navires faisaient partie d'une flotte anglaise de trente-trois voiles que Cassard rencontra le 4 août 1708, escortée par le vaisseau de 48 can. montés, I'HEXETER, et une frégate de 36 can.
Bien que son navire fût de beaucoup plus faible que I'HEXETER, et ne portât que 18 can., Cassard l'attaqua à deux heures de l'après-midi ; et après un combat pendant lequel l'Anglais reçut 700 coups de canons et 10,000 coups de mousquets, l'obligea à fuir ; I'HEXETER, fort maltraité, forçait en effet de voiles, faisant au convoi le signal de sauve-qui-peut. Cassard se lança à sa poursuite, et parvint à lui capturer cinq navires (2),


NAISSANCE DE DU CHAFFAULT

L'amiral Louis-Charles Du Chaffault de Besné, l'une de nos plus belles gloires maritimes, naquit à Nantes le dernier jour de février 1708, et fut baptisé le 1er mars en l'église Saint-Vincent de Nantes.
II appartenait à une vieille famille nantaise, descendant des anciens Comtes de Nantes, et qui donna à l'épiscopat de cette ville l'un de ses plus illustres prélats : Pierre Du Chaffault, évêque vers la fin du XVe siècle, et auquel on doit l'impression du premier missel connu en Bretagne.
Du Chaffault qui avait épousé le 7 janvier 1732, sa cousine Pélagie de la Roche-Saint- André, fille de Louis de la Roche-Saint-André, seigneur des Ganuchères et des Chambrettes en Poitou, fut nommé enseigne de vaisseau en 1736 (3).

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(1) L. GUÉRIN, Histoire Maritime de France, t. IV, p. 143.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, Jacques Cassard, p. 21.
L. GUÉRIN, Histoire maritime de France, t. IV, p. 143.
RICHER, Vie de Cassard, pp. 33 et suiv.
(3) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJElRO, Comte du Chaffault, p. 18.
Le Chercheur des Provinces de l'Ouest, année 1900,
Questions et réponses, p. 79, année 1901, p. 325
Revue du Bas-Poitou, année 1906, p. 195, 1907, p. 184.
Revue Hebdomadaire, n° de mars 1906.

jeudi, 01 février 2007

Chronique portuaire de Nantes XXXIX

Du commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1706. — CAMPAGNES DE JACQUES CASSARD EN 1706.

Durant toute l'année 1706, Jacques Cassard, toujours à bord du Saint-Guillaume, prit et rançonna un nombre incalculable de navires ; et très rapidement, le capitaine nantais, inconnu la veille, se plaça au premier rang des hardis marins de notre histoire.

Pendant ses différentes croisières en 1706, il amarinait ou rançonnait : la FLEUR-DE-MAY, le JAMES, I'EXPÉDITION, le DOUFF, le RECOVERY, la CATHERINE-ET-ÉLIZABETH, le FORT-DE-WICK, la CORONATION, le JEAN-DE-SALTES, le ROBERT-ET-JEAN-DE-SALIONS, l'ÉLIZABETH, la MARTHE, le GUILLAUME-BT-JEAN, un autre JAMES, le LIBAN, le JACQUES-ET-ARTHUR, et la MARIE-MARTHE (1).


LE CORSAIRE LE "COESARD".

Le corsaire nantais le Coesard, ou César, — pour employer une orthographe un peu moins archaïque, — frégate de 150 tx. et 164 h. armateur la Bouillère, cap. David Cazala, de Bayonne, sortait de la rivière de Nantes, le 29 novembre 1706, pour une campagne de Course.

Le 9 décembre, il amarinait I'ÉLISABETH, de Londres, sur les côtes d'Irlande ; puis la CATHERINE, également de Londres, qu'il ramenait dans le Morbihan. Le 7 février 1707, il faisait voile vers le Sud, amarinait un petit Anglais chargé d'oranges et de fruits confits ; et quelques jours après faisait la rencontre d'un riche galion espagnol désemparé et prêt à couler bas, l'équipage exténué ne pouvant suffire à manœuvrer les pompes. La France était alors en paix avec l'Espagne ; aussi le César s'empressa-t-il de porter secours au galion, mit son propre équipage aux pompes et l'escorta jusqu'à Cadix, où l'armateur espagnol témoigna sa reconnaissance en versant 70.000 francs au capitaine Cazala et 14.000 piastres à son équipage.

Le César s'apprêtait à quitter Cadix lorsque le roi Philippe V, menacé par les Anglais de Gibraltar, mit l'embargo sur les navires de son allié le roi de France et réquisitionna le capitaine et l'équipage du César pour la défense des forts de Cadix.

Après quelques mois de ce service abhorré de « terriens », contre lequel les braves marins nantais durent plus d'une fois tempêter, la liberté de partir leur fut enfin accordée, et le 3 novembre 1707, les matelots du César, virant joyeusement au cabestan, hissaient à poste les ancres de bossoir et déployaient les voiles depuis longtemps ferlées de leur frégate. Les grandes nappes blanches soudainement détachées des vergues ralinguèrent indécises le long des mâts, puis s'enflèrent nonchalamment, et le vaisseau, cédant à leur influence, fendit les vagues et mit le cap sur la rivière de Nantes. Les Nantais, heureux de sentir de nouveau chanter dans les agrès cette plainte de la brise si agréable aux oreilles des marins, comptaient bien d'ailleurs réparer en chemin le temps perdu ; ce fut vite fait.
Le 14, ils amarinaient la JULIENNE, d'Amsterdam : puis, la FEMME-DE-LONDRES, et la CATHERINE, de Londres, qu'ils enlevaient le 20 février 1708, En mars, le César s'emparait du DEKBY, de Dublin ; de l'Hollandais le SAINT-PAUL, et le 31, du CHERCHELL-GUELLY, de Jersey, et de la ZUZANNE, de Londres. Le 16 mai, le César prenait chasse devant un gros vaisseau anglais qui le poursuivit pendant toutes les journées du 16 et du 17, et auquel il n'échappa qu'en jetant par dessus bord vingt-neuf canons, ses ancres, deux mâts de hune, onze barriques et toute sa cuisine, fourneaux et marmites. Enfin, en juillet 1708, il rentrait en Loire, riche de marchandises, mais pauvre de matériel, après avoir fait neuf prises en cinq mois de campagne active.

Ses aventures n'étaient pas encore terminées, toutefois ; car, à peine ancré dans la rade de Paimbceuf, une révolte éclatait à bord au sujet du règlement des prises. Les soldats et flibustiers du corsaire, la plupart étrangers, tombèrent à coups de hache sur l'équipage et le capitaine, qui n'échappa à la mort que grâce à l'intervention et à la poigne de l'aumônier, le dominicain Jean Le Roy. A la suite de cette rixe, le capitaine et douze hommes furent obligés d'entrer à l'hôpital de Paimbceuf pour y faire soigner leurs blessures (2).


TEMPÊTE EN LOIRE.

Tous les chroniqueurs et annalistes de Nantes rapportent que, — en 1705 suivant les uns, en 1706 suivant les autres, — un épouvantable ouragan passa sur Nantes et la région. Sur la rade de Paimbœuf, avant-port de Nantes, tous les navires brisèrent leurs amarres et plus de quarante furent fracassés. L'un d'eux fut jeté par les vagues et le vent dans un jardin entouré de murs ; et un second fut poussé si avant dans les terres que l'on dut creuser un canal pour le ramener en Loire. Pendant un an la rivière fut à peu près impraticable, obstruée qu'elle était d'épaves et de débris ; et les pertes occasionnées par ce sinistre furent évaluées à plus de trois millions de francs (3).
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(1) S. DE LA NICOLLIERE-TEIJEIRO, Jacques Cassard, pp. 15-17.
(2) S. DE LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO, La Course et les Corsaires de Nantes, p. 78 et suiv.
(3) MACÉ DE LA VAUDORÉ, Dictionnaire de Nantes, p. 248,
GUÉPIN, Histoire de Nantes, p. 347.
GABORY, La Marine et le Commerce de Nantes aux XVIIe et XVIIIe siècles, p. 153.
MEURET, Annales de Nantes, t. II, p. 247.