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lundi, 05 mai 2014

Sur le chemin de Saint Jacques

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De Roncesvalles vers Compostelle, je n'ai guère fait que cinquante mètres. Ma foi ancienne ne me donnait point le courage d'affronter les huit cents kilomètres qui me restaient jusqu'à Saint Jacques. Mais belle sur le chemin était la forêt de hêtres.

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Eût-elle été plus vive, cette foi, le Crucifié m'aurait-il pardonné ?

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samedi, 03 mai 2014

Pour quelques jours

au Pays qui vit de l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir,

pays de la belle Corisande d'Andoins à qui Montaigne dédia les sonnets de La Boétie, de Francis Jammes, de Paul Jean-Toulet, de Roland Barthes, d'un certain Edmond Rostand — mais le nom me vient plus promptement, celui de Cyrano...

Pour quelques jours aux frontières des cerises à peine mures d'Ixtassu et des piments d'Espelette.

dimanche, 27 avril 2014

enchevêtrement des lectures

 

Depuis une semaine.. ou deux, des livres qui se mêlent sur la table parce qu'ils sont parus en poche  — enfin ! — et que cela va bien pour la bourse du lecteur qui s'avance dans l'âge de l'heureuse inactivité.

Depuis novembre, il y avait la grosse Philosophie, anthologie de Foucault, pour le savoir, le pouvoir, l'éthique. Pour l'archéologie, la généalogie. Pour les discontinuités, les ruptures radicales et cette venue tant attendue de l'usage des plaisirs, du souci de soi. Michel Foucault et son effort de penser autrement.

Sont donc arrivés s'emmêlant, s'enchevêtrant, se heurtant,
Le sexe ni la mort, trois essais sur l'amour et la sexualité de André Comte-Sponville, l'Éros, la Philia, l'Agapè pour l'archéologie,
Les Freudiens hérétiques, contre-histoire de la philosophie t.8 de Michel Onfray pour les ruptures,
Les Désarçonnés de Pascal Quignard  qui pratique et l'archéologie et les ruptures dans les serres philosophiques des trois précédents, Quignard qui naguère — en 1995 — écrivit Rhétorique spéculative, belle généalogie de la tradition lettrée antiphilosophique qu'il fait remonter à Fronton le Romain — il eût pu remonter à Homère et Héraclite — et que lui-même pratique depuis quarante ans à travers ses romans, ses essais, ses petits Traités, ses contes. Les Désarçonnés si désarçonnants dans l'horreur en ses premières pages que j'ai failli en déchirer et brûler le premier feuillet et ne plus poursuivre au delà de ce chapitre 1.

L'alternance des quatre compères ébranle souvent la table du lecteur. Alors, je feuillette, sur la même table qui porte cet enchevêtrement, un point fixe : un certain Après le livre  de François Bon qui lui aussi est d'archéologie, de généalogie et de ruptures.
Doublement lu, parfois dans ce bon vieux support du codex, parfois sur l'iPad, dernier merveilleux petit avatar des tablettes d'Uruk  — mes compagnons de bel ouvrage me surnommaient "le Mac'Intosh'iste forcené".
Ne fut-ce que pour évaluer quotidiennement la bonne jouissance qu'évoquait Barthes : que ce soit sur papier, que ce soit sur écran, "on ne saute jamais les mêmes passages".*

Les jonquilles se fanent, les seringas embaument, j'attends la nouvelle lune pour semer mes graines de tomates en godets.

Dans le vent de suroît, paisiblement Dac'hlmat tire sur ses amarres...

 

* Barthes écrit :...(ßonheur de Proust, d'une lecture à l'autre, on ne saute jamais les mêmes passages.)

Le plaisir du texte, p.22, paru au Seuil, en février 1972. Qui sur l'étagère n'est plus un livre mais un amas de 109 feuillets.

mercredi, 16 avril 2014

à celles et ceux du Banfora

Tout a commencé avec la publication d'une lettre datée du 25 octobre 1955 — à éventuellement relire — publiée en note le 26 octobre 2005.

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Un commentaire, le dernier en date, de Bertrand Sagot, le 10 avril 2014, vient me "secouer" de ce long et paresseux silence. 
Il ne s'adresse point, d'ailleurs,  à l'auteur de ce blogue, mais à Hilaire, le commentateur précédent.

Il clôt — provisoirement du moins, je le souhaite — un échange, entre inconnus, lourd de d'émotions, de nostalgies, d'images, de goûts, de senteurs. 
De ce besoin d'évoquer, de révéler, de faire à nouveau remonter et surgir des rires, des larmes, des visages, des horizons, au seuil du grand âge.


Merci donc à
Benoît, A. Rabanel, Bertrand Sagot, Hilaire, Yves Romer, Claude Xavière Ménard, Corazzini, Xavier Vincent, Bertrand Guy, Jean-Pierre Picone, Jean-Claude Castiglioni, Micheline Cat, Georges Lour, Michel Bonneau, Didier, Berlol et François Jost (à lui, le copain, in memoriam)



pour ce lien tissé autour d'un paquebot qui nous emmena sur l'océan de nos rêves.*

 


Commentaires


je commence à comprendre... le blog est pour toi, entre autres, un chemin de visite de ta propre histoire et de l'Histoire telle que tu l'as vécue avec l'écriture pour véhicule et sous le regard de blogueurs attentifs ou non.
Il est donc possible de cheminer dans un temps présent et passé mêlés, avec des compagnons de voyages croisés sur la toile et d'embarquer ou d'être embarqué dans le partage d' un bout de route en commun vers des paysages et des destinations qui se découvrent chemin faisant.
François
Écrit par : F Jost | jeudi, 27 octobre 2005

C'est une assez bonne définition pour quelques blogs littéraires qui ont de la tenue. Pour moi qui suis en train de lire Assia Djebar, ces propos résonnent avec certaines nouvelles de son recueil (Femmes d'Alger dans leur appartement). Merci pour ces souvenirs et pour cette correspondance recyclée.
Écrit par : Berlol | mardi, 01 novembre 2005
Merci pour le commentaire et cette invitation à lire Assia Djebar. Etant novice dans la pratique du blog, je suppose que ce commentaire va être transmis à Berlol et non pas à Jacques André....à suivre et découvrir ce nouveau compagnon rencontré sur la route d'un commentaire d'un 26 octobre intemporel

Écrit par : F jost | jeudi, 03 novembre 2005

Bonjour, mon père était officier à bord du Banfora à l'époque que vous évoquez (années 55). Auriez-vous des photos de ce bateau ? 
Merci et bonnes fêtes
Écrit par : Didier | dimanche, 25 décembre 2005

A la recherche du père....
...d'une note écrite le 26/10/05 évoquant le 26/10/1955 à bord du Banfora, au large du Maroc s'accrochent à ce navire voguant dans le sillage du temps, Assia Djebar, Berlol, Didier — que je ne connais pas — en ce 25/12/05, jour de retrouvailles dans la demeure de mon père qui nous a quitté en février dernier.
Chemin faisant, à la croisée de routes particulières, s'inscrit sur la toile de surprenantes correspondances et de compagnonnages ici et maintenant et hors du temps.

François
Écrit par : F Jost | lundi, 26 décembre 2005

Je suis désolé, Didier, mais à l'époque, je n'étais pas encore assez riche pour posséder un appareil photographique.
Je n'ai donc que des souvenirs heureux, très heureux de ce paquebot !
Croyez-moi, le Banfora en était à l'un de ses derniers voyages ; je pense qu'il fut désarmé en 1956, mais il me paraissait fort bien commandé !
Écrit par : grapheus | lundi, 26 décembre 2005

Bonjour.


Je ne suis pas un habituel des blogs. Des évènements récents de ma vie ont réveillés des questions sur la disparition de mon père. Mais le web permet des rencontres que l'on croit parfois impossibles.
Mon père Emilien BONNEAU, originaire de CREST, était marin dans la marine marchande et à fait de nombreux voyage à bord du Banfora. Il était du dernier voyage de ce bateau. Il a ensuite embarqué sur le Foch (marine marchande). 
Mon père a disparu en mer le 22 avril 1958.
Il était né en 1914 dans les hautes Alpes.
Je viens de perdre ma mère et nous avons trouvé des documents concernant ses voyages avec notamment son livret maritime.
J'ai une carte postal du Banfora. Je l'ai numérisée et je peux vous la transmettre.
J'ai d'autre part une photo, prise dans la salle à manger à l'intérieur d'un bateau, où mon père figure en compagnie d'autres marins. Je ne peux certifier qu'elle a été prise sur le Banfora.
Inconnu(s) je vous salue et peut être à bientôt par messagerie. Je n'ai pas le haut débit mais cela ne saurait tarder.

Michel Bonneau
Écrit par : BONNEAU Michel | vendredi, 16 janvier 2009

Bonsoir,

En 1951, j'avais 12 ans, et j'ai voyagé sur le Banfora de Marseille à Pointe Noire, où je suis arrivé le 17 août 1951, je suis resté 50 ans au Congo. j'aimerais beaucoup recevoir des photos du Banfora. Vous en remerciant par avance.

G. Lour
Écrit par : Lour Georges | mercredi, 27 avril 2011

J'ai séjourné près de vingt ans en Afrique et j'ai effectué plusieurs voyages à bord du Banfora pour me rendre à Pointe-Noire ou Brazzaville.
Aujourd'hui je suis âgée de 82 ans et suis très nostalgique de ces voyages effectués sur le Banfora, le Brazza et le Foucauld.
Toute photo concernant le Banfora m'intéresse forcément.


Micheline CAT
Écrit par : cat micheline | mardi, 10 mars 2009

Bonjour,
j'ai 70 ans. De 1940 à 1956, puis de 1971 à 1978 j'ai vécu en Côte d'Ivoire. Toute mon enfance à Abidjan et aussi plus tard, une partie de ma vie d'adulte. C'est également la première fois que je communique sur un blog ...
Je ne trouve pas les mots pour décrire ma nostalgie, ni mes souvenirs, ça viendra peut-être...
Nous étions début septembre 1956, le paquebot "Banfora" faisait son dernier voyage, il avait un très fort gite qui l'obligeait à prendre sa retraite...comme la majorité des passagers, dont mes parents. Ce fut une vraie croisière, escale tous les jours ou presque, fête tous les soirs.
J'avais 17 ans, par le plus grand des hasards, ma jeune amoureuse était du voyage. Ne rêvaient pas à l'époque, nous étions très prudes.
Merveilleux voyage, mais la séparation à Marseille fut terrible, nos chemins ... Mon coeur c'est arrêté. Je ne le savais pas. Il s'est remis à battre cette semaine,"par le plus grand des hasard"...
Je cherche, témoignages, précisions, photos du voyage ou du Banfora. Veuillez pardonner ma maladresse. Merci d'avance si vous pouvez m' aider. Cordialement !
Écrit par : jean-claude castiglioni | samedi, 12 décembre 2009

J'ai été second mécanicien sur le BANFORA du 3.1956 au 11.1956. Je suis intéressé par toutes photographies de manifs sur ce navire à cette époque.
jp.picone@orange.fr
Écrit par : PICONE Jean Pierre | lundi, 21 décembre 2009

Octobre 1955 Embarquement sur le Banfora à Dakar à destination de Cotonou. Aussitôt embauché aux cuisines et à la boucherie et invité à prendre les repas au poste d'équipage...le rêve d'un gamin de 20 ans. On me disait déja que c'était le dernier voyage,bpourtant lors d'un court séjour à Marseille en fin 57 j'avais retrouvé une connaissance en ville (dans un taxi) qui venait de quitter le Banfora où il était mécanicien. Il semble bien qu'il y eut des prolongation (j'étais EVDA et j'ai passé 21 mois au Dahomey à PARAKOU
Écrit par : Bertrand Guy | jeudi, 12 mai 2011


Bonjour, 


En faisant des recherches sur des informations sur les navires sur lesquels le deuxième mari de ma grand-mère a commandé, je suis tombé sur ce blogue. Il s'appelait Jean-Baptiste Gonfard. Je ne l'ai malheureusement jamais connu car il est décédé avant que je naisse. Si vous avez des anecdoctes ou des histoires sur son compte ou sur la vie à bord, n'hésitez pas à me contacter. Je peux retrouver quelques photographies dans les affaires de ma grand-mère.
Écrit par : Xavier Vincent | jeudi, 01 septembre 2011


Vers 1955 j'étais sur le Banfora départ de Marseille pour Conakry
Écrit par : corazzini | samedi, 21 janvier 2012


J'ai voyagé à bord du Banfora pour me rendre en Afrique de l' Ouest où j'ai vécu de 1 à 19 ans. Les souvenirs de ces traversées sont impérissables. Je cherche à reconstituer avec mon frère et ma soeur les voyages de ce bateau entre les années 1940 et 1959. Un de mes souvenirs c'est une tempête dans le golfe du Lion et un mal de mer atroce mais c'est aussi les jeux les soirées et la boutique ou l'on pouvez acheter parfums et fanfreluches, ce sont les repas somptueux et la contemplation des mouvements de la mer avec le sillage du bateau. J'aimerais échanger des souvenirs. Est ce possible ? Une nostalgique de ce temps là car c'est toute ma jeunesse.
Écrit par : Menard Claude Xavière | mardi, 14 février 2012

1955 ou 1956 ? Je ne sais plus, retour définitif vers la France, sur le Banfora!
Embarquement à bord des chaloupes au wharf de Lomé.
Descente et montée à bord dans les nacelles, par mer formée : la peur de ma vie!
La climatisation du bord et son odeur caractéristique, ces repas, ces goûters pour enfants, les jeux et les bruits , les odeurs et la sacro-sainte passerelle où officiaient les Dieux!
Quelle époque! J'ai encore quelques très pâles souvenirs. Notamment celui où ma mère jeta mon casque (colonial) au travers du hublot, sous prétexte que je n'en aurai plus besoin! Je ne me souviens pas avoir eu de plus grand chagrin depuis.
Les escales et leur folklore.
L'émotion m'étreint encore.
Je dois avoir une photo du bateau quelque part. Je la communique dès que je la retrouve. 
Amitiés à vous !
Écrit par : Yves Romer | samedi, 02 mars 2013

Bonjour,

En 1941, avec mes parents, nous quittions Dakar pour rentrer en France après la tentative gaulliste avortée de débarquement. Nous voyagions à bord du Banfora. Au large de la Mauritanie, nous avons été arraisonnés par un corsaire anglais et détournés sur Freetown, où nous sommes restés 3 mois avant d'être rapatriés vers Casablanca par un navire portugais.
Je recherche des informations sur cet arraisonnement : date exacte, nom du navire arraisonneur, etc. Pourriez-vous m'indiquer une voie de recherche, parce que je ne trouve rien sur Internet.
 Merci.
Écrit par : Hilaire | dimanche, 24 mars 2013

J'étais de ce même voyage avec mes parents et nous allions de Dakar, où mon pére était à l'époque inspecteur général de l'agriculture de l'AOF, à Casablanca ; j'aurai pu écrire le même résumé mais comme vous je ne me souviens plus des dates exactes (peut-être pourrais-je les retrouver en cherchant bien). J'avais 8 ans et trois souvenirs précis me restent .J'étais sur le pont avec mes parents à regarder le corsaire anglais quand il a tiré des coups de semonce qui nous ont fait rentrer précipitamment dans nos cabines .Je me souviens également des gaullistes venant à bord pour faire de la propagande pour la France libre et enfin je me souviens du dortoir organisé pour les enfants dans les salons du bateau portugais (très amusant pour les enfants en question).Le bateau portugais devait s'appeler le Lorenzo Marquès et il était déjà plein de passagers (et aurait été arraisonné par les Anglais pour nous évacuer). Bien à vous .
Écrit par : SAGOT | mardi, 08 avril 2014

Si vous habitiez Dakar dans les années 40 peut-être avez vous, après la tentative gaulliste sur Dakar en 1940 et l'arraisonnement du Banfora en 1941, connu aussi l'affaire de Casablanca en 1942. Le débarquement allié était attendu à Dakar et les autorité ont décidé d'évacuer toutes les familles de trois enfants et plus (essentiellement les familles de fonctionnaires mais aussi d'autres et même des familles de moins de trois enfants, volontaires sans doute ; les pères restaient eux sur place.)Nous étions sur le Savoie et nous avons voyagé en convoi avec deux autres paquebots et trois cargos escortés par trois bateaux de guerre (torpilleur et avisos, je crois bien). Arrivés à quai à Casa la veille au soir du débarquement allié nous avons évacué le bateau en catastrophe à 5h du matin sous les bombes pour nous réfugier dans le sous-sol d'un silo à grains sur les quais. Le cuirassé américain Massachusset prenait, parait-t-il, ce silo comme repaire pour tirer sur le cuirassé Jean-Bart accosté au même quai.Un obus de 380 a endommagé le silo mais heureusement le grain qu'il contenait s'est écoulé vers l'extérieur. En début d'après-midi une trève a eu lieu permettant notre évacuation en ville. Après un séjour de quelques mois chez l'habitant à Marrakech nous avons été rapatriés sur Dakar dans les Dakotas américains (une famille par avion, car les allemands étaient encore en Tunisie et la chasse était à craindre.
Nous avions très peu de bagages car le Savoie et les autres bateaux avaient été coulés dans le port avec toute leur cargaison (3 morts sur le Savoie). Mais à l'arrivée à Dakar nos bagages avaient considérablement grossis, comblés que nous étions de bonbons chocolats, chewing-gum et conserves en tout genres, cadeaux des américains (j'avais neuf ans et c'était le paradis).
Écrit par : SAGOT | mercredi, 09 avril 2014

J'ai écrit deux textes à la suite du vôtre mais je n'ai pas de moyens de communiquer avec vous sur ces histoires familiales de la dernière guerre ; aussi je me permets de vous communiquer mes coordonnées pour un contact éventuel :
Bertrand SAGOT 06 82 31 26 16 et sagotbertrandjulien@orange.fr (j'habite moitié à Versailles et moitié à Hatten en Alsace). Je suis âgé de 80 ans.
Écrit par : SAGOT | jeudi, 10 avril 2014

J'ai fait un unique voyage sur le Banfora. Souvenir grandiose et impérissable.
Mi-décembre, nous quittons Marseille, nous partons, ma soeur ainée, ma soeur jumelle et moi avec ma mère qui attend un bébé qui naîtra à Abidjan en 1952, rejoindre mon père déjà installé à Abidjan Nous vivons ces quelques jours de voyage dans un monde féérique pour des enfants et le comble fut pour nous, de passer Noël 1951 sur ce navire. Le père Noël, même si nous n'y croyons plus nous donne des cadeaux, les jeux et l'organisation des loisirs est extraordinaire. Quand nous rentrerons en France plus tard, c'est d'une autre planête que nous croyons arrivés.
Une violente tempête sévira lors de la traversée en Méditerrannée.
Nous ferons escale à Casablanca, découvrirons très rapidement cette ville et continuerons notre périple à bord de ce bâtiment que nous ne finirons pas d'arpenter. Manque des photos souvenirs...
Écrit par : A . Rabanel | lundi, 01 avril 2013

Bonsoir,
je suis "tombé" par hasard sur votre blog, qui m'a fait remonté 56 ans en arrière, j'ai voyagé à bord du Banfora (en compagnie de ma sœur et de ma mère), sans doute l'un de ses derniers voyages entre Marseille et Douala. Je me souviens de la seule fois où j'ai aperçu Alger et ses blanches arcades, je me souviens que nous n'avions pas eu la possibilité de descendre à terre, sans doute du fait des événements.....Casablanca, avec ses femmes voilées, ma sœur en avait tellement peur qu'elle ne cessait d'importuner Maman .... Dakar, ce fut une longue escale, le Banfora fut mis en cale sèche, pour apparemment de grosses réparations, je crois que nous sommes resté près d'un mois...... Conakry, Abidjan, peut-être Lagos.... et puis Douala, mon père étant venu nous chercher (par avion ) pour aller à Yaoundé......Deux airs de musiques de l'époque sont restés gravés dans ma mémoire : L'âme des Poètes de Trenet et Blue Diamond (de je ne sais plus qui).......elles n'avaient cessé de m'accompagner durant tout ce voyage, il y a 56 ans ....toute une vie.....comme le temps passe vite........
Écrit par : BENOIT | samedi, 16 novembre 2013

 

* Je puis communiquer à titre personnel à chacun(e) des 17 auteur(e)s de ces commentaires l'adresse "courriel" des uns et des autres.
S'adresser à   grapheus@voila.fr  ou à  dachlmat@orange.fr

 

mardi, 04 mars 2014

rêver Resnais

Entre deux visages,
Emmanuelle Riva, Delphine Seyrig.

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Entre deux mélopées du Clémencic Consort, 
Raimbaut de Vaqueiras, Jauffré Rudel.

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Entre deux Argonautiques,
celle d'Appolonios de Rhodes et celle de Diodore de Sicile.

Quand fleurissent les jonquilles,
un matin de fin d'hiver ensoleillé
et le souvenir de la toison blanchie d'un vieux cinéaste qui me tenait fort à cœur et l'ombre de Chris Marker.

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 Alain Resnais
ce Vannetais qui, malgré son enfance, rêva devant les Logoden.

Mon cinéma s'endeuille un peu trop vite.

 

Post-scriptum :
De Resnais et de Marker, à voir Les statues meurent aussi. Ce film fut interdit jusqu'en 1964.
Ces deux-là furent des "très grands".

mardi, 18 février 2014

« un homme qui n'a pas la clef de son derrière »

Comme l'écrivassier de ce blogue qui passe des millénaires avant notre ère à des siècles voisins : aujourd'hui, Denis Diderot, demain Charles Péguy. L'un entre chiasse, acide urique et déconvenue amoureuse, l'autre — ce sera demain, après-demain ou un autre jour — me ramenant au bonheur du sonnet.

Ce jour, l'amant de Sophie Volland.


le 5 juin 1765

Si je souffre !
Plus que jamais, et je le mérite bien. Je mangeai comme un louveteau, ou comme notre ami M. Gaschon, quand le dîner est délicat. Je bus des vins de toutes sortes de noms ; un melon d'une perfidie incroyable m'attendait là; et croyez-vous qu'il fût possible de résister à un énorme fromage glacé ; et puis des liqueurs et puis du café ; et puis une indigestion abominable qui m'a tenu sur pied toute la nuit, et qui m'a fait passer la matinée entre la théière et un autre vaisseau qu'il n'est pas honnête de nommer. Dieu merci, me voilà purgé pour dix ans ; et peut-être que cette débâcle emportera le rhumatisme que j'appellerai ma goutte, quand il me plaira; car quand la poitrine est bien j'ai un pouce à la main gauche qui me fait un mal de diable.
Tout cela n'est rien. Il n'y a dans ce monde qu'un bien et qu'un mal réel ; et heureusement la part que je prétends au bonheur est en bonne main. Je ne vous vois jamais bien portante, bien aimante, que je ne me moque du sort. Il ne peut m'attaquer qu'en vous qui ne lui laissez, ma foi, guère de prise.
 J'ai dîné chez moi avec deux œufs frais ; je suis venu ici sur les quatre heures où j'ai trouvé votre billet, et j'y réponds qu'il n'est guère possible à un homme qui n'a pas la clef de son derrière, et à qui un cahot peut faire jeter les hauts cris de s'embarquer, quelque attrait qu'il ait pour le voyage et les voyageuses. Si vous vouliez renvoyer la partie à mardi ou mercredi, j'en serais sans manquer...

Mille amitiés et mille respects. Je m'étais engagé par tous les sacrements du monde à dîner aujourd'hui dans votre voisinage, et grâce à mon indisposition, en laquelle j'ai vu, par une réponse qu'on m'a faite, qu'on n'avait pas grande foi, me voilà brouillé avec toute une maisonnée. Je m'ennuie bien d'être sans cesse ou par ma  santé  ou  par  mes occupations  l'homme aux contretemps. Quand est-ce donc que je me porterai bien et que je n'aurai rien à faire que de vous aimer et que de vous en donner de vieilles preuves que vous trouverez toujours nouvelles?...

Bonsoir, mon amie. Je vous salue et vous embrasse comme hier. Je me méfierai à l'avenir de l'appétit que donne l'amour. Bonsoir, bonsoir.

 

Tirée de Lettres à Sophie Volland, en Folio Classique, édition établie et présentée dans une préface éclairante sur cette vie "philo-amoureuse" de Diderot,"obligé d'être à la fois Socrate et Platon, (pouvant) encore songer à une Aspasie en la personne de Sophie". Hélas ! aucune lettre de la correspondante bien- aimée.

dimanche, 16 février 2014

en passant par chez Er Klasker

Une note avec ce titre qui commence par un idiolecte, le "par chez" de la langue gallèse — à quelques siècles de la langue des Pharaons.

En fouinant, dimanche dernier, dans la "librairie" de mon frère très avancé en âge, Le Fouineur — Er Klasker en breton —, je tombe sur les Lettres d'Amarna,

 

Dis au roi, mon seigneur, mon dieu, mon Soleil :220px-Amarna_Akkadian_letter.png
Message de Tagi, ton serviteur, poussière à tes pieds.

Je tombe aux pieds du roi, mon seigneur, mon dieu, mon Soleil,
sept fois et sept fois.
J'ai regardé de ce côté-ci, et j'ai regardé de ce côté-là,
et il n'y avait pas de lumière.
Puis j'ai regardé vers le roi, mon seigneur,
et il y avait de la lumière.

Je suis certes décidé à servir le roi, mon seigneur.


Une brique peut bouger de dessous sa voisine,
mais moi je ne bougerai pas de dessous les pieds du roi,
mon seigneur.


Avec la présente j'envoie un des harnachements
pour une paire de chevaux,

et un arc, un carquois, une lance, des couvertures,
au roi, mon seigneur.


tiré de la correspondance diplomatique
du pharaon Aménophis IV dit Akhet-Aton,
roi "hérétique" et premier monothéiste.


Au XIVe siècle avant notre ére, six cents ans avant l'Iliade d'Homère, sept cents ans avant La Théogonie d'Hésiode, les lettres d'Amarna.
Je n'aime guère les pieds de ces rois qui soumettaient...

J'ai préférence pour la colère de Thersite  contre Agamemnon au Chant II de l'Iliade. Nous sommes dans une violente altercation qui préfigure à quelques siècles de distance ce que nous appelions, il y a encore quelques années encore, "la lutte des classes".
Préférence encore pour celle de Diomède face au même Agamemnon, dit "le souverain roi".

« Agamemnon, je combattrai d'abord ta bêtise.
L'assemblée m'en donne le droit...»


Je n'ai pas mentionné celle d'Achille. D'aucuns vous affirmeront que c'est cette colère qui provoqua la création de ce premier grand texte qu'on nomme l'Iliade :

« Chante, Déesse, l'ire du Pélide Achille...»

Les Grecs savaient faire bouger les briques. C'était quasi aux mêmes temps anciens.
N'empêche, ces Égyptiens savaient déjà écrire.

 

Quand à ces jours d'ici, nous, gens d'Ouest, faisons comme les gens du temps d'Homère

« ...Et ils allaient, au bord des flots retentissants...»

Allez donc voir. C'est ICI, le rivage.

 

mercredi, 05 février 2014

retour en force des Anciens Grecs

 Depuis le début de cet an, sur la table du lecteur reviennent en force les Grecs, ceux des temps avant notre ère, portés par des passeurs d'aujourd'hui.


Ainsi Homère et L'Iliade ou le poème de la force de Simone Weill appuyé par un bouquin redescendu de l'étagère, Le monde d'Homère de Pierre Vidal-Naquet — depuis quelques mois, il y a déjà deux versions récemment traduites de l'Iliade, celle de Jean-Louis Backès et la superbe de Phillipe Brunet.

Ainsi celui qui suit Homère — mais lequel de cet "Homère pluriel" écrirait René Char — d'un siècle ou deux, le bon Hésiode, berger d'agneaux sur le mont Hélicon qui reçut des "filles du Grand Zeus pour sceptre un rameau d'olivier florissant qu'elles avaient cueilli, un rameau admirable".
Hésiode, le premier JE qui s'écrit dans les écrits d'Occident. Sa Théogonie et Les Travaux et les Jours côtoient donc, sur la table, Homère.

Une lecture linéaire s'avérerait fastidieuse, même avec le recours au Vertige de la liste. Jean-Pierre Vernant, qui, s'il n'est pas ce jourd'hui, sur la table, est tout proche sur l'étagère des Anciens, propose un schéma généalogique, précieux auxiliaire de lecture du monde divin de la Grèce antique se référant à cette Théogonie*.

Mon humble sens marin m'a précipité sur l'évocation de Nérée le Vieillard et ses cinquante filles, les Néréides. Le décompte, selon les éditions, en mentionne ou quarante-neuf ou cinquante-et-une. N'ayant pas trouvé de traduction de leurs quarante-neuf ou cinquante-et-un prénoms, j'y suis allé de mon "Bailly" et de quelques rapprochements avec des adjectifs et des participes présents de verbes. Le sens profond pour moi relevant de cette expérience intime et rêveuse que m'ont forgée les traversées et leurs sillages, les baies et les mouillages, les anses et les abris, les grèves et les chaussées de rocs, les vents et leurs colères, les aurores et les couchants, les brises légères qui se disent "temps de demoiselles" et la bienveillance des ports.
Féminiser l'Océan ? Que oui ! Ces Néréides signifient des instants, des, labeurs, des gestes, rares ou quotidiens, familiers ou étranges.


Νηρῆος δ' ἐγένοντο μεγήριτα τέκνα θεάων πόντωι ἐν ἀτρυγέτωι καὶ Δωρίδος ἠυκόμοιο, κούρης Ὠκεανοῖο, τελήεντος ποταμοῖο,

Πλωτώ τ' Εὐκράντη τε Σαώ τ' Ἀμφιτρίτη τε Εὐδώρη τε Θέτις τε Γαλήνη τε Γλαύκη τε Κυμοθόη Σπειώ τε Θόη θ' Ἀλίη τ' ἐρόεσσα Πασιθέη τ' Ἐρατώ τε καὶ Εὐνίκη ῥοδόπηχυς καὶ Μελίτη χαρίεσσα καὶ Εὐλιμένη καὶ Ἀγαυὴ Δωτώ τε Πρωτώ τε Φέρουσά τε Δυναμένη τε Νησαίη τε καὶ Ἀκταίη καὶ Πρωτομέδεια Δωρὶς καὶ Πανόπη καὶ εὐειδὴς Γαλάτεια Ἱπποθόη τ' ἐρόεσσα καὶ Ἱππονόη ῥοδόπηχυς Κυμοδόκη θ', ἣ κύματ' ἐν ἠεροειδέι πόντωι πνοιάς τε ζαέων ἀνέμων σὺν Κυματολήγηι ῥεῖα πρηΰνει καὶ ἐυσφύρωι Ἀμφιτρίτηι, Κυμώ τ' Ἠιόνη τε ἐυστέφανός θ' Ἁλιμήδη Γλαυκονόμη τε φιλομμειδὴς καὶ Ποντοπόρεια Λειαγόρη τε καὶ Εὐαγόρη καὶ Λαομέδεια Πουλυνόη τε καὶ Αὐτονόη καὶ Λυσιάνασσα Εὐάρνη τε φυήν τ' ἐρατὴ καὶ εἶδος ἄμωμος καὶ Ψαμάθη χαρίεσσα δέμας δίη τε Μενίππη Νησώ τ' Εὐπόμπη τε Θεμιστώ τε Προνόη τε Νημερτής θ', ἣ πατρὸς ἔχει νόον ἀθανάτοιο.

αὗται μὲν Νηρῆος ἀμύμονος ἐξεγένοντο κοῦραι πεντήκοντα, ἀμύμονα ἔργα ἰδυῖαι.

Nérée et Doris aux beaux cheveux, cette fille du superbe fleuve Océan, engendrèrent dans la mer stérile les aimables nymphes

Proto, Eucrate, Sao, Amphitrite, Eudore, Thétis, Galèné, Glaucé, Cymothoë, Spéio, Thoë, l'agréable Thalie, la gracieuse Mélite, Eulimène, Agavé, Pasythée, Érato, Eunice aux bras de rose, Dolo, Ploto, Phéruse, Dynamène, Nésée, Actée, Protomèdie,Doris, Panope, la belle Galatée, l'aimable Hippothoë, Hipponoë aux bras de rose, Cymodocé qui sur la sombre mer, avec Cymatolège et Amphitrite aux pieds charmants, calme sans efforts la fureur des vagues et le souffle des vents impétueux, Cymo, Eïoné, Halimède à la belle couronne, Glauconome au doux sourire, Pontoporie, Liagore, Évagore, Laomédie, Polynome, Autonoë, Lysianasse, Évarnè douée d'un aimable caractère et d'une beauté accomplie, Psamathe au corps gracieux, la divine Ménippe, Néso, Eupompe, Thémisto, Pronoë et Némertès en qui respire l'âme de son père immortel.

Ainsi l'irréprochable Nérée eut cinquante filles savantes dans tous les travaux.***

 

Voici donc "mes" Néréides :

Πλωτώ   La Crawleuse
τ' Εὐκράντη   L'Accomplissante
τε Σαώ    La Saine
τ' Ἀμφιτρίτη   L'Entourée
τε Εὐδώρη   La Généreuse
τε Θέτις   La Donnée
τε Γαλήνη   La Paisible
τε Γλαύκη   L'Étincelante
τε Κυμοθόη   La Tumultueuse
Σπειώ    La Caverneuse
τε Θόη   La Prompte
θ' Ἀλίη   La Pêcheuse
τε Πασιθέη    La Divine
τ' Ἐρατώ    La Charmante
τε καὶ Εὐνίκη    L'Apaisante
καὶ Μελίτη    La Miellée
καὶ Εὐλιμένη   L'Accueillante
καὶ Ἀγαυὴ    La Noble
Δωτώ    La Donatrice
τε Πρωτώ    La Prééminente
τε Φέρουσά    La Porteuse
τε Δυναμένη    La Puissante
τε Νησαίη    L'Insulaire
τε καὶ Ἀκταίη    La Riveraine (Protectrice)
καὶ Πρωτομέδεια    La Soigneuse
Δωρὶς     L'Offerte
καὶ Πανόπη    La Regardante
καὶ  Γαλάτεια    La Nourricière
Ἱπποθόη     La Surfeuse
καὶ Ἱππονόη   La Méditative
Κυμοδόκη    La Bienveillante (Brumeuse)
σὺν Κυματολήγηι    L'Apaisante
Κυμώ    La Houleuse
τ' Ἠιόνη    L'Attentive
τε Ἁλιμήδη    La Rêveuse
Γλαυκονόμη    La Lumineuse  (L'Irradiante)
καὶ Ποντοπόρεια    La Marine
Λειαγόρη   La Calme (La Paisible Diseuse)
τε καὶ Εὐαγόρη   La Grande Pêcheuse
καὶ Λαομέδεια    La Mesurée (La Protectrice)
Πουλυνόη    La Partageuse
τε καὶ Αὐτονόη    L'Opinâtre
καὶ Λυσιάνασσα   La Déliante (La Libératrice)
Εὐάρνη    La Pastourelle
καὶ Ψαμάθη    La Sableuse  (L'Infinie)
τε Μενίππη   ?**
Νησώ    L'Ilienne
τ' Εὐπόμπη    La Favorable ( La Guide ou La Pilote)
τε Θεμιστώ    La Juste
τε Προνόη    La Prévoyante
τε Νημερτής    L'Infaillible (La Véridique)

 

 

* J.P. Vernant in Encyclopédia Universalis - Grèce antique, le monde divin.
** Seule "Ménippè" a échappé à mon imaginaire marin. J'ai récemment découvert le très bon bouquin Hésiode, Théogonie, La naissance des dieux, traduit par Annie Bonnafé et préfacé par J.P. Vernant. La traduction trop "hippologique" de Ménippè ne me convainct point : volontiers je proposerais : La Chevaucheuse ... des vagues, bien entendu.
*** Édition de Jean-Louis Backès en Folio classique. Il ne donne pas de traduction des noms.

 

Post-Scriptum :
Que les non-hellénistes me pardonnent mais qu'ils prennent le texte grec pour de belles images.

Homère mentionne quelques Néréides au Chant XVIII de l'Iliade et Brunet donne de belles interprétations de leurs noms.

 

samedi, 11 janvier 2014

retour au sonnet

Avec cette glane nocturne, cueillie le temps que se chargent les Grandes Heures d'Anne de Bretagne, dans le premier écran de Gallica au rayon des nouveautés ePub.
Un Flamand inconnu avec son obstinance et son antiphonaire : c'est diablement symboliste et plus sombrement décadent. Artaud aurait parlé de « bric-à-brac ». Ezra Pound, pour qui le symbolisme était l'acte de naissance de la poésie moderne, de « l'odeur de talc » d'une époque qu'il estimait « glauque et nacre.»
Je suis nostalgique de ces soirées hivernales d'études, où lasse des versions grecques et latines, mon adolescence rêvassait dans ces luxuriances surannées.

Ah ! cette obstinance tant plus belle que l'opiniâtreté !


LES PEUPLIERS

Tels des moines de deuil en bures de silence,
Au long du canal glauque et ses bords sablonniers,
Cheminent deux par deux les rudes peupliers,
Les peupliers de Flandre, immobile obstinance.

Vers les horizons gris, péniches et chalands,
Et les oiseaux de mer et les mornes nuages
S'en vont, brouillant dans l'eau qui bouge, leurs visages
Et passent sur le flot d'invisibles courants.

Mais eux restent figés depuis des jours sans nombre,
Ils restent figés là, proches des berges d'ombre.
Immenses de l'essor des lointains entrevus,

Et que leurs bras d'espoir, obstinément tendus,
S'entêtent à vouloir étreindre en baiser sombre
Pour broyer on ne sait quels désirs inconnus !



L'ANTIPHONAIRE

C'est un antiphonaire à vieille reliure,
Avec des coins de cuivre, et des fermoirs usés;
Ses feuillets autrefois furent enluminés
Par un moine savant en l'art de la peinture.

Sur le velin rugueux, mais vierge de souillure,
Les onciales d'or aux gothiques clartés
Émargent la splendeur des poèmes sacrés,
Qu'un habile pinceau transcrivit sans rature.

Un jour, dans la beauté des pompes liturgiques,
On dut ouvrir le livre, et quelque abbé mitré
Y lut, mais aujourd'hui le livre est oublié,

Et nul ne tourne plus ses pages nostalgiques
Où dort, dans la poussière intime du Passé,
L'étrange floraison des défuntes musiques !


Marcel WYSEUR 1886-1950*
La Flandre Rouge, poèmes,
Préface d'Émile Verhaeren

 



*Source : BNF - Département Littérature et Art 8-YE-9363
Notice du catalogue : catalogue.bnf.fr./ark:/12148/cb316724775
Mise en ligne : 16.09.2013

jeudi, 02 janvier 2014

bonne résolution pour 2014

 

Les avis de grand frais qui ont envahi nos cieux d'ouest portent à aller de l'avant. L'an 2014 sera donc de philosophie — le bouquin de chevet en est un gros "poche", Philosophie anthologie de Michel Foucault, un auteur disparu il y a quarante ans, dont il faut souligner l'inactualité puisqu'il semble désormais appartenir à la grande tradition philosophique occidentale. Mais ce sera l'archéologue du "Souci de soi" qui, surtout, occupera mon penser.


Il n'y a donc pas d'âge pour s'occuper de soi. « Il n'est jamais ni trop tôt, ni trop tard pour s'occuper de son âme», disait déjà Épicure: «Celui qui dit que le temps de philosopher n'est pas encore venu ou qu'il est passé est semblable à celui qui dit que le temps du bonheur n'est pas encore venu ou qu'il n'est plus. De sorte que, ont à philosopher et le jeune et le vieux, celui-ci pour que, vieillissant, il soit jeune en biens par la gratitude de ce qui a été, celui-là pour que, jeune, il soit en même temps un ancien par son absence de crainte de l'avenir.* »
Apprendre à vivre toute sa vie, c'était un aphorisme que cite Sénèque et qui invite à transformer l'existence en une sorte d'exercice permanent; et même s'il est bon de commencer tôt, il est important de ne se relâcher jamais.


 Michel Foucault
Philosophie, anthologie,
p. 747.
 
 

Le poème ne sera jamais très loin :

On ne peut pas commencer un poème sans une parcelle d'erreur sur soi et sur le monde, sans une paille d'innocence aux premiers mots.

 René Char,
 Sur la Poésie


 

* Épicure, Lettre à Ménécée.

dimanche, 29 décembre 2013

"nous sortirons de ces contrées de ténèbres"

 Pour clore cet an.
Le blogue s'est essoufflé tout au long de ces mois. Il l'est encore. Mais dans l'impétuosité des vents qui parcourent notre terre d'Ouest, peut-être un regain de mots s'annonce-t-il ?

Je reprends un vieil écrit : il dit l'Afrique, cette terre tant blessée, il dit une aube, il dit que nous sortirons bien un matin de ces contrées de ténèbres.

 Ce n'est que dans l'instant qui précède le lever du soleil que ce pays est beau. Plus tard, l'incendie et la cendre !


Aux terrasses de Djimbé, l'aube y fut un instant de la naissance du monde.
 Splendeur de la lueur qui ocrait le vaste paysage de la savane jusqu'aux lointaines collines bleutées du Mali et dans les méandres verts de la Falémé. Nous dominions une vallée d'une paix silencieuse, inouïe.

Les amis africains sortaient du sommeil abandonnant les nattes de la nuit pour les premières ablutions du matin. Ombres dans l'aurore, les mouvements des orants s'accordaient à la lente montée des lueurs surgies de l'est.

Assis sur la murette de terre, j'écoutais, pour la première fois depuis mon arrivée en ce pays, l'Officium defunctorum de Cristóbal de Morales, curieusement soutenu par l'improvisation poignante du saxophone de Jan Garbarek.
Le chant reprenait les paroles du prophète Isaïe :

Populus genuit qui ambulabat in tenebris,

vidit lucem magnam :

habitantibus in regione umbræ mortis


et lux orta est eis.

Sur la psalmodie funèbre, s'élevait la gloire de la lumière et nous sortions des contrées de ténèbres.

 

 

 Aux visiteuses, aux visiteurs de ce blogue,
une invite à lire en cliquant sur
l'Officium Defunctorum de Morales
pour lancer le chant.


 

 

samedi, 14 décembre 2013

pour saluer Michel Chaillou nantais et fameux entre'bailleur de mots

 

Au hasard de quelques rencontres et de brefs entretiens.

Le démodé, c'est le temps qui s'habille

disait-il à propos d'une belle vieille femme  — L'éloge du démodé n'était pas encore écrit.

 

On est toujours fort de nos incertitudes qui nous ouvrent le large.


 En septembre 2007, il énonçait son projet d'écritures :

J'ai encore dix-sept ouvrages à écrire, j'ai les dix-sept titres, j'ai les dix-sept premières phrases.

 Dont il ne dévoila rien, par crainte de désamorcer ses imaginaires.

 

Le style, c'est le dépôt du temps dans ma langue.


Nous reste à rêvasser sur les entrebaillements de ses dix-sept titres et les jachères ouvertes par ses dix-sept premières phrases.

samedi, 30 novembre 2013

la gorge dénouée, prendre le large

image.jpg L'absence enfin assumée pour un temps, vent de travers, embouquer le chenal, barre au suroît sur l'une de mes îles, la plus austère, mais l'une parmi les belles.

jeudi, 28 novembre 2013

métro Porte de Pantin

 

L'air était d'un bleu intense.
Noirs, les cyprès.


ELLE

« ensevelie nue sous le poids de mes songes »

J'avais fait recouvrir la terre d'une immense brassée de glaïeuls rouges.

 
74e division 4e ligne n°4

Cimetière de Pantin-Parisien
Métro Porte de Pantin - Autobus 151

 

Je ne suis jamais revenu dans ces allées glacées .

lundi, 25 novembre 2013

survivre au long de ces jours-ci

 

Rien ne s'accomplira sinon dans une absence
Dans une nuit un congédiement de clarté
Une beauté confuse en laquelle rien n'est.

Pierre Jean Jouve
Nada
Matière céleste