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mercredi, 29 mars 2006

dans la "cité d'Orphée"

Plus de 70 000 sur le Cours des Cinquante-Otages dont quelques jeunôts qui entrent dans le grand âge.
C'était hier dans les giboulées toniques de Mars.

Ici, on peut pleurer des larmes d'Orphée et avoir le poing serré !

mercredi, 15 mars 2006

Immigré mon ami

La mort n’est pas loin.
À quelques pas d’ici, de mon jardin qui n’est pas encore rétréci, il y a mon copain exsangue, cireux, immobile sur un lit, certains diront son corps, d’autres son cadavre, moi, je dis encore « mon copain » !

Hier, je voulais parler de cet après-midi de samedi dernier, un après-midi de solidarité ; flottait le drapeau du Thibet ; je n’aime plus les drapeaux, mais ceux des pays qu’on veut rayer des cartes, je pense qu’il est sensé de les faire flotter !
Ce fut donc de la solidarité avec les immigrés. Ateliers, tables rondes.
Moi, je me suis occupé de livres : j’étais, pour un après-midi, libraire-et-bibliothécaire.

Je n’aime guère le commerce, s’il me fallait une psychanalyse, ce serait pour ma relation à l’argent. J’ai vendu pour 560 €. Meilleurs scores pour la Fracture coloniale, La révolte des banlieues ou les habits nus de la République (petit brûlot sur les événements de novembre), Je suis noir et je n’aime pas le manioc, Histoire des Français venus d’ailleurs, ... Pour un qui donnerait plutôt les bouquins, pas trop mal !
Deux amis de Baalu témoignaient.
Baalu, une communauté de dix villages au profond du Sénégal oriental, aux confins du Mali et de la Mauritanie, au confluent du Sénégal et de la Falémé, depuis dix siècles, réservoir de l’émigration, depuis l’implosion de l’empire du Ghana, pour cause de serpent maléfique et de vierge forcée, pour l’or épuisé, pour le désert qui s’avance.
Bref, le commencement de la diaspora Soninké : Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Europe, ils sont désormais à New-York, recommercialisent Harlem et touchent déjà la côte Ouest !
Dans l’urbs parisienne, ils sont sans doute les plus nombreux, balayeurs, ingénieurs, magasiniers, informaticiens, chauffeurs de taxi, sociologues, mais É M I G R É S !
Mamadou D et Al-Hadji K ont témoigné. Ce dernier qui alla à l’école française jusqu’à l’âge de douze ans a dit ce texte, qu’il nous a confié ; c’est simple et nu.


IMMIGRÉ

Être immigré, c’est vivre loin de chez soi,
Laissant parents, amis et coutumes,
Se retrouver dans un autre lieu,
Dont on ignore en général
La mentalité et le mode de vie de ce nouvel endroit.

Cest aussi vivre dans la solitude, l'ennui,
Et l’inquiétude des gens qui t'entourent
Car la chaleur humaine n’est toujours pas la même.
Que ce soit dans le bonheur ou le contraire,
On est appelé à le supporter dès qu’on a choisi d’émigrer.

La nostalgie des siens gagne du terrain de jour en jour,
Parfois même, le retour au bercail se fait sentir,
Mais le courage devrait emporter là-dessus,
Pour faire remonter le moral.

On en profite pour s’instruire,
La rencontre avec un nouveau monde,
Une nouvelle culture est toujours enrichissante.
Parce que voyager veut dire aussi ça !

Al-Hadji Kanouté


Je n'ai pas encore parlé de l'iniquité de la loi Sarkozy, gros étron chié des accords de Schengen, et de ses circulaires d'application !

Ce soir, la mort est encore notre voisine et persiste la tristesse .

mardi, 07 mars 2006

de quelques rognes matinales et simultanées

Il y a des matins comme celui-ci où la colère se fait plus vive. Trois ou quatre ou cinq grognes à entretenir et développer. Six même !

Le Contrat “Précarité Emploi” : ils causent bien du CPE quand ils en parlent, les messieurs du pouvoir ! Alors, ne sachant pas lire les sigles, car ayant appris par la méthode syllabique, j’anticipe mal, très mal.

La méthode syllabique objet d’un arrêté ministériel. Toujours avec ces messieurs du pouvoir. Ils nous ramènent au cher Jules Ferry, monsieur du pouvoir du siècle pénultième, qui voulait bien que le peuple sache lire et écrire. Mais pas trop, hein !

Le mec de la BNF, conservateur en chef - tiens encore, un de pouvoir - qui a vendu, sans nous demander notre avis et pour la modique somme de 251 000 €, le manuscrit “Hébreu 52” : de quoi va-t-il écoper ? Nous ne le saurons que le 11 mars. Nous veillons, messieurs les juges !

Gaumont et Pathé qui passent le prix des places à 9,20 € : là, ce sont les gens d’argent. Les auteurs et compositeurs n’en ramassent que 1,27 %. Il y a quelques mois déjà que je ne fréquente plus que les salles d'art et d'essai - souvent dans ma province, anciennes salles de cinéma paroissial. Tiens donc !

D’où mon interrogation sur le soutien qu’apportent ces derniers, les gens d’art, pas les cinémas paroissiaux, au projet de réglementation des messieurs de pouvoir, licence globale ou pas, pour nous sanctionner, sinon nous interdire, le”pair-à-pair” ?

Enfin, enfin - mais cette colère est très ancienne - c’est pour la journée Solidarité Internationale de ma petite cité ; combien de mes concitoyens ignorent - nul n'est censé ignorer les lois - les applications de la loi sur l’immigration, conçue en droite ligne des accords de Schengen, applications mises en œuvre depuis novembre 2004 par décret et circulaire, signés du petit vizir qui veut être roi ?

ET MERDRE.

vendredi, 24 février 2006

nordet, amitié et justice

Mardi, à la pointe de Trévignon, le vent avait déjà viré Nordet.
L'océan, jusqu'aux Glénan, était à peine ridé. Mais l'alternance des grains et des embellies répandait sur la baie de Concarneau la belle lumière des fronts froids.
Cinquante ans de silence, de parcours pour le moins dissemblables et, le soir, l'amitié si chaleureuse était au rendez-vous !

Studieuse préparation de la note sur Antonin Artaud et le bouquin de Ceorges Charbonnier.

Ce matin dans Le Monde, une contribution du philosophe Yves Michaud au débat sur le contrôle et les limites de la justice ; il s'appuie sur le Montesquieu de l'esprit des lois :

« ...le judiciaire doit être naturellement indépendant et probe, non partisan, connu et autorisé. Autant de qualités qui nécessitent le contrôle des citoyens - (je souligne). Montesquieu est encore plus explicite en recommandant que la puissance de juger, "qui peut détruire chaque citoyen par ses volontés particulières", ne soit pas donnée à un Sénat permanent mais "exercée par des personnes tirées du corps du peuple, dans certains temps de l'année, de la manière prescrite par la loi, pour former un tribunal qui ne dure qu'autant que la nécessité le requiert" (De l'esprit des lois, XI-6) ».

Il y a quelque chose de Grec, là-dedans !
Et j'ai toujours ma petite idée d'un contrôle "ouvrier", exercé à tous les échelons des instances élues et des institutions administratives, par quelques citoyen(ne)s - de trois à cinq - tiré(e)s au sort pour une durée limitée.

vendredi, 17 février 2006

@nonym@t, auteur et justice

Entre deux épopées - l’Anabase et la Chanson de Roland - trois heures de vacance sur les quais et dans les rues de ma ville.

Il y a longtemps que je n’étais pas entré dans une salle d’Assises. Vieille habitude prise depuis le temps quand je passais enfant devant l’ancien palais de justice et que j’étais révolté- je le suis encore - quand je voyais passer un homme menotté entre deux gendarmes. Dès que mon statut de citoyen - avoir vingt-et-un ans - m’a autorisé à entrer dans un prétoire, j’ai usé de ce droit pour aller voir et entendre comment siègeait la Justice, souvent aveugle et surtout hautaine et si sûre de son droit.
Je n’ai aucune indulgence pour les salauds, j’aurais même quelque conviction intime, non avouée à ce jour, pour le talion...
Mais cette morgue justicière me fait dresser le poil.

Hier jeudi, on y jugeait un pauvre mec, violeur “assoiffé de tendresse”, plaidera son avocat - ce qui est fort plausible. Cependant, deux jeunes femmes violentées aux aurores : il devait y avoir des pulsions de prédateur, chez ce tendre ! Douze ans, c’est toujours trop ou trop peu !
Je suis resté assis quand la “Cour” est sortie du prétoire. Ça m’emmerde cette révérence pour les gens de Robe.
Je me sens toujours blessé quand il est ordonné au prévenu, même coupable avéré, de se lever pour qu’il parle ou entende, ultime humiliation du pécheur qu’on ne met plus à genoux, certes.
Donc je laisse mon cul rivé au banc inconfortable dont Jean Nouvelle a doté son “juste” et noir palais de justice. La vision du “menotté” de mon enfance, sans doute.
Dans les temples, je demeure désormais assis aussi pour la proclamation de la parole de dieu.
Je ne hausse mon cul que pour les dames et l’amitié !

Chez Hebken, repas de galettes, un vrai avec deux paires au beurre et une grande bolée de lait ribot.

Entre deux grains - dans le front froid d’une belle et bien large dépression atlantique, c’est si rare en cet hiver - retour aux Chantiers pour “Les grands textes du Moyen-Âge”.
C’est moins pour la gymnastique des mots et du dictionnaire - le grec ancien amplement me suffit - que pour éclairer et des connaissances confuses sur cette ère et le comment du glissement de l’anonymat des scripteurs et autres copistes à la naissance de l’AUTEUR - j’eusse préféré une fausse couche - que je me suis inscrit à cet atelier.
Le retour à l’@nonym@t sur la Toile me semble se dessiner à l’horizon de nos écrans et ça me plaît.
« Nous ne faisons que nous entregloser. », écrit l’ami Montaigne dont il est indirectement fait mention dans le Libé d’hier et le Nouvel Obs d’aujourd’hui, à propos du dernier bouquin de Marcel Conche, “Avec des « si ». Journal étrange”*.
Des nuances certaines entre Garcin, laudateur, et Lançon, plus acerbe sur les non-engagements du vieux philosophe.
Conche que j’avais découvert par Comte-Sponville m’a ouvert de beaux sentiers dans Héraclite et chez Montaigne. Il rejoint Giono dans le pacifisme, dit garder quelque sympathie pour l’union soviétique et refuse le nazisme de Heidegger. Comme Char, qui lui, par contre,
m’assure sur le parfois nécessaire engagement politique et violent.

* Marcel CONCHE, Avec des « si ». Journal étrange, PUF, 342 p.

vendredi, 20 janvier 2006

Quand les gens du peuple parlent...

...aux gens du peuple !

"Outreau" est effectivement à suivre : je crois que ce direct "non codifié" effraie les bonnes âmes de certains lettrés effarés que le peuple voit et entende le peuple.

François Jost, théoricien de l’image et professeur à la Sorbonne nouvelle Paris-III, dans le Libé d’hier, "gêné par cette retransmission (qui) repose sur l’idéologie de la transparence", la chronique de Alain Gérard Slama sur France Cul, ce matin, qui n’accepterait qu'une retransmission limitée "à des moments codifiés” montrent bien l’effarement lettré d’une classe intellectuelle.

Écouter attentivement sans interrompre, sans presser, sans effets de caméra, - merci, mesdames, messieurs les représentant(e)s du peuple, merci messieurs les cameramen - les treize innocents-acquittés, j’ai une attention plus particulière pour David Brunet, Thierry Dausque, Daniel Legrand fils et la sœur de François Mourmand - c’était écouter pour une des toutes premières fois, la parole hésitante, hachée, brusquement précipitée par l’émotion, s’excusant modestement des entorses au bien parler, mais avançant avec ténacité dans la douleur, dans la protestation, dans l’explication, dans la pensée.

Qu’auraient transmis “les moments codifiés” souhaités par Slama ?
Rassurer sur cette crainte de la “justice populaire” ?
Qu’entend-on par “justice populaire” ? Que conçoit-on dans “idéologie de la transparence” ?
J’eusse aimé en apprendre un peu plus sur ces notions.
Après tout, qu’importe ? Messieurs Jost et Slama énoncent bien le lieu d’où ils parlent.

La culture du pauvre* était là, hors des thèses, des mémoires et des rapports, hors des sciences humaines, dans une vraie linguistique du parler quotidien.


* Des "banlieues" à la commission parlementaire, il y a quelque intérêt à relire :
Richard Hoggart, la culture du pauvre, coll. le sens commun, aux éditions de Minuit, 1970.
Mais lire est-il suffisant ? Peut-être faut-il avoir vécu - ou au moins côtoyé - la pauvreté ?

jeudi, 19 janvier 2006

Démocratie et émotion (suite)

Montebourg, député PS, bien connu pour son sale caractère - il est loin d'avoir tort - serait bien capable de refroidir toute émotion démocratique éprouvée à suivre en direct les travaux de la commission parlementaire sur l'affaire d'Outreaux.
Je renvoie à la lecture de son intervention dans la rubrique "Rebonds" du Libé de ce jour.
Sous-jacente à l'ensemble de sa critique, il y a la décision ou non du huis-clos.
A-t-il écrit avant le commencement des travaux, donc avant la levée du huis-clos ? A-t-il suivi les entretiens d'hier avec les acquitté(e)-victimes ? Ce jour avec les avocats ?

Qui, désormais, peut mesurer l'impact de cette diffusion - il ne s'agit plus d'un simple huis-clos levé ? Si, comme le laisse entendre Montebourg, la majorité au pouvoir tente de manipuler les procès d'Outreau, en emberlificotant même l'opposition, pour déstabiliser un appareil judiciaire qui lui déplait, il sera difficile, aux uns, aux autres, de passer outre devant notre opinion de citoyen(ne)s.

"Notre jeune Turc" est, lui-même, vice-président de la commmission des Lois. Que n'a-t-il plus tôt livré son point de vue ?

mercredi, 18 janvier 2006

émotion et démocratie

Depuis ce matin, sur la Chaîne Parlementaire*, des heures d’émotion avec les acquitté(e)s-victimes de l’affaire d’Outreau et les parlementaires de la commission d’enquête.

Entretiens non seulement publics, mais aussi télédiffusés.
Face à la “violence judiciaire”, un grand et lumineux geste populaire !
Face à la bêtise et à l’outrance médiatique, un déni démocratique !

Curieux silence de la presse régionale sur cette diffusion officielle, qui n’a peut-être été décidée qu'hier et en hâte. Je ne l’ai apprise que ce matin sur l’incontournable France Cul.

Les acteurs de l’appareil judiciaire - tous - auront du mal à se défiler.
Abolition de l’INQUISITION ?

Pour rejoindre notre humble questionnement de la note précedente,

la parole rendue à l’espace public !


* La Chaîne parlementaire & Public Sénat sur TPS, canal 51

mardi, 17 janvier 2006

Violence et "philia"

Donc, hier après-midi, aux "Chantiers", dans un salle du second étage, autour de Baz., lent et paisible débat sur la violence à partir d’un texte d’Éric Weil :

« La raison est une possibilité de l’homme... Mais ce n’est qu’une possibilité, ce n’est pas une nécessité, et c’est la possibilité d’un être qui possède au moins une autre possibilité. Nous savons que cette autre possibilité est la violence.
Violence de l’homme qui n’accepte pas le discours de tel autre homme et qui cherche le contentement en luttant pour son propre discours qu’il veut unique non seulement pour lui, mais pour tout le monde et qu’il tente de rendre réellement unique par la suppression de tous ceux qui tiennent d’autres discours.
Violence de l’homme qui s’affirme dans son être tel qu’il est pour lui-même, qui ne veut s’exprimer tel qu’il se sent, dans un langage qui lui permette de se comprendre, de s’exprimer, de se saisir, mais langage qui ne s’expose pas à la contradiction et contre lequel nulle contradiction n’est imaginable...
Violence, bien que violence subie, mais violence encore, et violence reconnue comme l’essentiel de la vie, que celle qui ne vient pas de l’homme, mais qui lui arrive d’une nature, d’un être supérieur ou suprême...
Violence, enfin, au fond de l’existence de celui, qui travaillant, cherchant, se dominant, ne pense pas pouvoir se débarasser du donné en tant que tel et qui, acceptant son sort de force mineure en face d’une force immense, sans emphase, sans pathos, s’affirme dans des succès temporaires, passagers, vains et qu’il connaît comme tels. »


Violence des totalitarismes.
Violence des individualismes.
Violence des tragiques.
Violence des stoïques.

Débat feutré, certes, avec quelque pessimisme dans ce tour d'horizon des violences qui nous enserrent, comme "une interminable défaite"* ! Où les Lumières ?

Face à la violence, quoi ?
La prise de parole dans l’espace public, - c'est l'ami Ét. qui, tout simplement, énonce ce faire qui fut et est encore notre engagement dans l'Éducation populaire - un retour à la Philia grecque dont J.P. Vernant me paraît avoir cerné la meilleure définition :
« Pour les Grecs, la philia est un des éléments qui fondent la cité. Elle tisse un lien entre le privé et le public, par lequel entre soi et l'autre « quelque chose » circule, « quelque chose » qui, tout en laissant chacun singulier, forge une communauté homogène. L'amitié, c'est mettre en commun. Par conséquent, il n'y a pas d'amitié sans égalité... On ne peut avoir d'amitié que pour quelqu'un qui est d'une certaine façon son semblable : un Grec envers un Grec, un citoyen envers un citoyen... Et pour les Grecs, il ne s'agissait pas seulement de vivre ensemble, mais de bien vivre ensemble. »


Échange et contre-échange du Logos !

Retour à Éric Weill :
« C'est la discussion qui libère l'homme de sa particularité, qui le mène vers lui-même, vers la vertu et le Bien : il ne peut pas être lui-même sans être vertueux. Dès qu'il est raisonnable, il n'est plus rien d'autre que membre de la communauté, que citoyen, c'est-à-dire vertueux. »


Où ? Quelles sont nos “niches” pour vivre ainsi l’échange ?

* Baz. a lu un dialogue entre Rieux et Tarrou dans la Peste d'Albert Camus.Violence du stoïque.

mercredi, 11 janvier 2006

...académies, salons, ateliers, phalanstères...


Les êtres que nous sommes n’existent que pour autant qu’ils s’expriment, et les expressions de ceux qui existent répondent aux expressions d’autres existences.
Cela forme ce circuit du don et du contre-don qu’est un échange symbolique.. Or celui-ci a été ruiné per l’industrie culturelle, ce qui engendre un effondrement de la libido et de la motivation qu’elle supporte, aussi bien qu’une ruineuse perte de participation esthétique, et la perte du sens même, car « il faut participer pour sentir » (Leroi-Gourhan). Or ce circuit esthétique du sensible, qui est le symbolique en général, contient celui de la participation politique que suppose la philia par laquelle Aristote définit la cité.
........................................................................
L’otium est le temps — où, prenant soin de soi, se cultivant vouant une sorte de culte à l’écriture, on tient, à l’époque de Plutarque, le journal d’une tekhnè tou biou*.

Bernard Stiegler
in Libé - le roman de l’année 2005
Du 11 au 17 juin 2005.


Modestes, les blogues et leurs multiples maillages sur la Toile me paraissent s’insinuer dans l’otium et participer de cette nouvelle circulation démocratique que souhaite Stiegler.

académies, cafés, salons, ateliers, chantiers, phalanstères, tous lieux de la Toile où je puis
« toujours continuer la veille
culturelle et intellectuelle
pour être où ça vit
où une vraie intimté s’invente
où une vraie humanité (se) réfléchit
où une vraie conversation s’anime — et user
une fois encore
de mon pouvoir de prescription pour le faire savoir. »

Patrick Rebollar
Les salons littéraires sont dans l’internet,
coll. écritures électroniques, PUF, 2002


* un art -technè- (au sens technique) de la vie -tou biou- : un art de vivre quoi !

samedi, 26 novembre 2005

Hivernales ? Déjà...

Matin de novembre au jardin neigeux. Confus des brumes grises. Déjà l’hiver ?
Bribes du Chant de solitude au sortir d’une nuit amoureuse :


Les fumures du Temps sur le ciel répandues
Et le dernier dahlia dans un jardin perdu.
Dédaignez ce parent bénin et maudissez son Lied !
Peut-être qu’un cheval à l’humeur insolite
Un soir qu’il fera gris ou qu’il aura neigé
Posera son museau de soleil dans mes vitres.

René Guy Cadou

Le Chant de solitude




J’ai lu avec grand intérêt ce que dit Alfred Brendel de ses écritures et lectures dans le Monde des livres du 11 novembre.
« ... Des textes étrangement familiers mais qui me tirent vers des régions inconnues de moi-même.
...Je suis persuadé que l’on comprend mieux le monde dans les grands romans qu’en observant les gens... À présent, je préfère relire les chefs-d’œuvre... Les écrivains sont comme les compositeurs. J’ai toujours joué les œuvres avec lesquelles j’avais l’impression que l’on pouvait passer une vie. Celles qui émettent sans cesse de nouvelles énergies. Qui vous rajeunissent. On devrait toujours se demander avec quelles œuvres on veut vivre.»

L’entretien s’achève avec l’évocation d’un jeu facétieux sur les contraires.
« Si vous regardez mon visage en en cachant la moitié, vous constaterez qu’une moitié sourit et l’autre pas. Une aile blanche, l’autre noire... »
Un juste clin d’œil à l’harmonie des contraires de Héraclite.
Il est évident qu’après la lecture d’un tel entretien, je ne m’offrirais l’intégrale des sonates de Beethoven que jouées par cet homme-là.

Ailleurs, les soucis que l’on fait à Alain Finkeilkraut - je m’étonne naïvement de la plainte que doit déposer le MRAP, le Mouvement “déraperait”-il lui aussi, non ? - me font réouvrir le bouquin de Raoul Vaneigem, Rien n’est sacré tout peut se dire sous-titré Réflexions sur la liberté d’expression.
En exergue, Vaneigem cite Voltaire :

Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire librement.


Cette plainte : voilà donc à quel rigorisme juridique nous conduisent des lois qui souhaitaient protéger la mémoire des victimes.
Finkeilkraut me hérisse souvent le poil. J’estime sa quête de la vérité !

« Autorisez toutes les opinions, nous saurons reconnaître les nôtres [...] nous apprendrons à annuler la force attractive des nuisances […] Nous les combattrons par la seule critique qui les puisse éradiquer : en pensant par nous-mêmes...»
Raoul Vaneignem



Post-scriptum :
Le Monde des livres - encore lui, Libé Livres n'ayant point paru pour cause de grève - publie la recension de trois livres qui ne sont pas loin d'actualiser la pensée de Vaneigem aux événements de ces jours :
S.O.S. ANTIRACISME de Dominique Sopo, chez Denoël "Indigne",
La tentation obscurantiste de Caroline Fourest, chez Grasset
et
Fragments mécréants -quel titre somptueux ! - de Daniel Bensaïd, à Lignes.

Pour conclure :

L'absolue tolérance de toutes les opinions doit avoir pour fondement l'intolérance absolue de toutes les barbaries.


Du même Vaneigem !
Bien sérieux, ce blogue déjà hivernal, mais je ne maîtrise guère la dérision.

mardi, 22 novembre 2005

Saviez-vous la pauvreté ?

Saviez-vous que....
ou la chronique d’Olivier Pastré sur les PAUVRES aujourd’hui en France, sur France Cul à 7 heures 15 :
• 7 millions de pauvres.
• Presque 4 millions de très pauvres (revenu mensuel de moins de 600 €).

Il conclue abruptement :

« Je vous rassure : les pauvres ne votent pas ! »


Une seule réticence à ses “saviez-vous que” : l’apparition depuis dix ans de “travailleurs pauvres” . Il est sans doute jeune, Olivier Pastré ; entre 1920 et 1950, la pauvreté était le lot le mieux partagé des familles paysannes et ouvrières.
Encore faudrait-il apporter des chiffres à l’appui de ma remarque : je ne parle que de mon vécu !

À écouter cette chronique économique, politiquement incorrecte !

Ailleurs.

L'étonnement toujours frais et enfantin de la Toile et de ses courriels :
j'envoie une note bibliographique à un compagnon résidant à Lyon ; il me répond du Bénin.
J'écris à un autre compagnon très cher, qui d'ordinaire navigue dans nos eaux de Bretagne-sud : il m'écrit de Téfé, aux confins du Brésil, de la Colombie et du Pérou, Téfé à plus de six cents kilomètres à l'ouest de Manaus, du fin fond de la forêt amazonienne.
Voilà bien l'extra-ORDINAIRE de nos jours !

Amis pleins de rumeurs où êtes-vous ce soir ?
Dans quel coin de ma vie...................... ?
...............................................................
Pardonnez-moi de vous aimer à travers moi
De vous perdre sans cesse dans la foule
O crieurs de journaux intimes, seuls prophètes
Seuls amis en ce monde et ailleurs !
La soirée de décembre
René Guy Cadou

lundi, 14 novembre 2005

Vous dites : « Fracture...»

France Cul propose donc une semaine de réflexion sur “Fracture coloniale et fracture sociale”. Difficile de ne pas me sentir plus que concerné. J’avoue avoir consulté le forum ouvert par la radio sur la Toile. J’y ai laissé, avant-hier, une note brève sur mon parcours professionnel et de lecteur ; je regrette cette mince publication, ça n’a que peu d’importance et d'intérêt dans les imprécations qui animent ce forum.
Il eût fallu écrire mon parcours amoureux, la rencontre de ces FEMMES d'Afrique qui m'ont “relié à l'origine du monde et à son avenir”, de celle d'ici, là-bas rencontrée, qui m'accompagne aujourd'hui encore. Je m'y suis refusé, non par pudeur, mais par respect pour ces FEMMES et la mémoire de deux d'entre Elles.

Ce matin, j’ai sorti de mes étagères deux bouquins qui vont m’aider - qui naguère m'aidèrent - dans cette traversée radiophonique :

L’Essai sur l’exotisme de Victor Segalen
et

le Cahier d’un retour au pays natal de Aimé Césaire
- ce dernier portant en page de garde la mention “Biskra, 10 mars 1964*”.


Comment la mémoire d’un descendant de paysans et artisans “gallos” peut assumer son passé et comment, le plus justement possible, il peut en rendre compte à ses proches ?

Droits de ceux-ci, devoir de celui-la !

Une semaine de pas toujours facile confrontation des souvenirs du témoin et de la parole historienne, souvent ressentie comme arrogante dans ses certitudes scientifiques et apaisante dans le doute ses questionnements. Ça peut sembler paradoxal ; mais c’est ainsi que je vis cette première matinée.

*Drôle d’époque d’ailleurs que ce printemps 1964 dans les Aurès, dont il me faudra bien écrire un jour quand la rébellion de Mohamed Chabani m’a “retenu” quelques jours à l’Hôtel de ville de Biskra, en compagnie de mes amis de la Délégation spéciale, mise en place par la toute nouvelle administration algérienne à l'automne 1962.


Post-scriptum : J'oubliais, je me suis aussi armé des quatre dvd de Jean Rouch (éditions Montparnasse - le geste cinématographique), que m'a prêtés Al., Jean Rouch, un qui s'ajoutant à Segalen et Césaire, me fut un autre passeur.

vendredi, 11 novembre 2005

Ensuite au matin...

le retour au tohu bohu.
Attentats irakiens, jordaniens, complot syrien, sangs partout, racailles encore !
(Qui est la racaille ? N’y aurait-il encore une fois que les pauvres ?)
Et quel est donc ce maire nostalgique, seul, qui maintient le couvre-feu en sa commune de Belfort ?
À quoi joue “Canal plus” en diffusant ce soir Banlieue 13 d’un certain Morel ?

Assez heureux de rejoindre l’opinion de Alain Touraine, dans un entretien qu’il donne à un quotidien catalan, avec ma petite citation de Victor Segalen dans ma note de mardi :

«... la sensation d’Exotisme : qui n’est autre que la notion du différent ; la perception du Divers ; la connaissance que quelque chose n’est pas soi-même...»

Comment vivre cet effort et de perception et de connaissance ?

Ce bon Parti Socialiste deviendrait-il république bananière ?

La présidente de Flammarion - une belle femme, je crois - invitée par France Cul, affirme la perfection parallèle de la petite cuiller et du livre qui assurerait usage pérenne de l’un et l’autre.
Donc se réjouir.
Seulement, on ressent bien que la dame aimerait assez satisfaire ses actionnaires en éditant peu de titres en beaucoup d’exemplaires. Elle ne pratique cependant point la langue de bois, quand elle reconnaît la nécessité de publier sans doute moins pour ne pas boucher les tuyaux étroits de nos commerces.
Mais quand elle parle des petits éditeurs, parle-t-elle des vrais petits éditeurs ? Là où s’élabore notre vraie liberté de lecteurs.

Et à 10 heures du matin, préparant la note à venir sur Jules Supervielle, je rejoins mon émerveillement d’avant l’aube :

Les dames en noir prirent leur violon
Afin de jouer, le dos au miroir.

Le vent s’effaçait comme aux meilleurs jours
Pour mieux écouter l’obscure musique.

dimanche, 06 novembre 2005

La haine la loi l'arme

La haine est des deux côtés, la bêtise aussi.
Seulement les armes sont d'un seul côté. De celui qui serait celui de la loi. La loi qui semble donner toute licence et impunité à celui, à celle, qui porte l'arme en son nom...
Ce qu'a subi Brice Petit* le "sans arme" !

Dans la pétaudière actuelle, n'interviennent que les forces - je dis FORCES - de police.

Craignons l'intervention possible de l'armée - ce n'est plus une armée de Citoyens, c'est une armée de "professionnels". Et nous avons laissé faire !

Je crains !
Désolé ! Je me souviens du 13 mai 1958, je me souviens du 22 avril 1961. Ce samedi-là, je l'ai vécu.

Je me méfie de la haine du jeune de banlieue qui peut brûler ma voiture.
J'ai plus de méfiance encore de la bêtise de celui qui porte l'arme.

J'ai porté l'arme.


*Soutien à Brice Petit et J.M. Maulpoix.