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dimanche, 20 mai 2012

un "Z" de trop

Soyons indulgents ! La langue orale n'est point la langue écrite. Mais l'agréable dame que le nouveau président de la République et son premier ministre nous ont proposée à la Culture devait être bien lasse d'avoir arpenté nuitamment quelques musées.

Ce matin sur France-Musique, déclaration un peu creuse et fort convenue :

« ...La culture est le bien commun, quel que soit le lieu où on habite, dans les quartiers, dans les campagnes ; qu'on soit un enfant, une personne "Zâgée", on doit avoir accès à la culture...»

Était-ce parce que la déclaration était faite sur les ondes de France-Mu ? Mon intensité d'écoute trop aigüe ? Mais, dieux, que ce sifflement relevait agressivement le droit des "vieux" à la culture.

jeudi, 03 mai 2012

pour fuir un match de boxe

Nous sommes sans doute quelques-unes et quelques-uns à ne pas aimer du tout les matchs de boxe. Le chroniqueur de France Cul, Philippe Meyer, était l'un parmi les uns et les autres qui, hier au soir, vaquaient à des occupations autres que la vision ou contemplative ou fascinée ou critique ou militante de "l'étrange lucarne". Il lisait un livre.

J'avoue que moi — très "tendance", ce pronom personnel — je traduisais pour mon atelier de Grec ancien d'aujourd'hui quelques lignes  du Discours funèbre en l'honneur de Césaire, son frère, écrit par Grégoire de Naziance dans les années 300 de notre ère. Vraiment à des lieues du sujet qui agite nos contrées à propos de cette royauté présdentielle.

Je ne vois point quelle citation je pourrais tirer de cet fraternel éloge pour jeter quelque lueur sur ces jours-ci. Sinon qu'il y est question de l'amour maternel qui réunit celui qui vient par terre et celui qui vient par mer.


κατὰ τὸν αὐτὸν χρόνον εἰς τὴν αὐτὴν πόλιν, ὁ μὲν ἀπὸ γῆς, ὁ δὲ ἀπὸ θαλάσσης
au moment même, dans la même ville, l'un par terre, l'autre par mer

Ce ne devait pas être une situtation identique hier soir dans "l'étrange lucarne". Ou plutôt quasi la même, mais pour un autre objet de conquête : la mère-patrie aurait alors bon dos !


lundi, 26 mars 2012

retour de mer

 

Quand le MAL agit un homme : des enfants morts.

 

Sur les vasières de l'estuaire, les Tadornes s'accouplent. Passée l'écluse, aux rives de la Vilaine bourgeonnent, roux, les saules, les hêtres et les peupliers.

dimanche, 18 mars 2012

la fin d'une guerre

à Jobic, à Christian,
aux femmes de paix
aux côtés de qui nous nous tenons

Ce 19 mars 1962

C'est  la veille que la radio a annoncé pour ce jour la fin des opérations de maintien de l'ordre. Ça n'aurait donc jamais été une guerre.

La guerre pour moi, elle se termina ce matin de juin 1961 quand, descendant du poste de Rhardous pour la dernière fois, quatre hommes, au milieu de la piste, m'arrêtèrent à la porte sud de Tamloul.
L'un après l'autre, ils me donnèrent l'accolade.

Tamloul.jpg

Tamloul, village de regroupement, décembre 1960


Eux et moi, depuis peu, nous nous étions écartés du sang, de la violence, du soupçon.
Aurions-nous donc commencé à rebâtir ?

N'en demeurait pas moins l'indélébile de traces  comme déchirures nocturnes.

Et c'est le premier cadavre en travers de la piste dans la nuit du Zaccar et sa puanteur infâme 
et c'est la paysanne hurlant son désespoir dans la cour de cette ferme abandonnée du Chélif
et c'est la morgue du lieutenant parachutiste, appelé, qui, devant sa bière, raconte froidement le fuyard poursuivi, abattu,
et c'est le premier sang, celui de Renaud notre "radio" et celui des trois maquisards d'en face,
et ce sont les soubresauts du corps de Hocine, adolescent "fell" prisonnier assassiné,
et c'est le ventre ouvert de Slama, le jeune harki, 
et ce sont les nuits de Tamloul dans la tension, les désirs inassouvis, les veilles incessantes,
et ce sont les cris de douleur du rebelle au genou broyé enlacé dans les barbelés du camp,
et c'est ce corps, à quelques pas de moi, qui dans la nuit s’abat, brisé dans la sonorité de pierre creuse du crâne qui heurte l’angle aigu du trottoir.

C'est dans le fracas des nuits algéroises la belle et brune rebelle du Zaccar, sa douceur, le baiser, une étreinte.


Et quelques jours après ce cessez-le-feu,
dans cette petite palmeraie au sud de l'Aurès,
ce sont, armés encore, ces hommes d'en face
nos regards étonnés qui se croisent sans haine
et sous l'olivier, le visage émacié et souriant  de Si Salah, vieux maquisard,
devenu le temps si bref des quelques pas qui me séparent encore de lui
l'homme de justice et paix

Oui, nous rebâtissons déjà. S'annoncent quelques soleils possibles, mais aussi des temps obscurs et brutaux.

jeudi, 15 mars 2012

le 15 mars 1962

Toujours extraites des pages d'un journal du temps de guerre.

Un jour de février, Chris Van Der Meulen, mon collègue, débarqua à Star-Melouk : son centre de Fort-Turc avait été plastiqué dans la nuit. Peu de dégâts, des vitres brisées : la charge avait été placée près du portail d'entrée sur la route qui menait à l'aéroport. Ça semblait bien être dans les actions un peu lâches du réseau extrémiste de Biskra où les forts en gueule se faisaient plus entendre sur les terrasses des cafés de la place Béchut que dans les ruelles de la palmeraie ou dans le labyrinthe jugé malfamé de Star-Melouk
Brégardis avait été menacé, mais, sur le même palier que lui, résidait un policier véreux. Les forts en gueule n'allaient pas attenter à la vie de l'un des leurs.

Depuis janvier, quand je m'attardais un peu trop tardivement en ville, je ne reprenais le volant de ma 2 CV qu'après avoir soulevé le capot et deux fois, je dus débrancher de méchants bricolages de bâtons de dynamite reliés à un détonateur rudimentaire qui cependant au premier quart de tour de la clé de contact, nous auraient volatilisés, Rabéa, la voiture et moi.


Le 15 mars en fin d'après-midi, ce fut plus sérieux. Je m'étais rendu à Fort-Turc pour préparer une rencontre avec le responsable de la Sidérurgie Bônoise qui accompagnait l'action de formation que nous dispensions dans nos deux Centres aux chômeurs qui avaient postulé à ces futurs emplois.


Le téléphone sonne. Chris décroche et, de suite, je perçois une voix altérée dans l'écouteur. Le visage de Chris se fige. Le téléphone raccroché, c'est à peine si Chris peut articuler un mot.
 « Ils ont assassiné nos "patrons" ! C'était Brossard, notre responsable de Batna. Il était présent à la réunion de Château-Royal. Un commando OAS !  Brossard passera nous voir la  semaine prochaine. »
Nous ne reverrons plus jamais Brossard.

Nous apprendrons quelques jours plus tard par des collègues de Constantine, les circonstances odieuses de l'assassinat.
Le surgissement brutal d'une bande armée de huit hommes en civil à bord de deux Peugeot au tout début de la réunion qui regroupe nos responsables départementaux, l'appel de six noms par ordre alphabétique :

Eymard,
Basset,
Feraoun,
Hammoutene,
Marchand,
Ould Aoudia.

Leur alignement dos à un mur d'angle, le fracas des rafales intenses, brèves, de deux fusils-mitrailleurs, les six détonations d'une arme de poing comme coup de grâce. La fuite de la bande.

En vain, Chris et moi, nous rencontrerons les délégués syndicaux des écoles et du collège de la Palmeraie pour que soit organisée une protestation silencieuse avec les jeunes sur la place Béchut. Nous ne nous faisions guère d'illusion sur cette proposition, sachant les comportements timorés de beaucoup d'enseignants métropolitains de Biskra. Seuls, le collège et deux écoles primaires de la Palmeraie, Star-Melouk et le Village-Nègre, où les écoliers étaient en totalité d'origine algérienne, observeront la minute de silence recommandée par les instance nationales syndicales et par le ministère de l'Éducation.

La haine et le mépris.

 

Le 12 décembre 2001, au ministère de l'Éducation Nationale, une stèle était dévoilée à l'entrée d'une salle nommée "Max Marchand - Mouloud Feraoun". Jean Luc Mélenchon, alors ministre de l'Enseignement professionnel disait :

Nous avons le droit aujourd'hui, nous avons la passion à présent d'y voir plus clair.
Les nôtres, décidément, ceux que la République tient pour tels, les nôtres sont ceux
qui s'aimaient et non ceux qui se haïssaient. Il en est ainsi parce que cet amour ne
pouvait faire ses liens qu'en adhésion aux valeurs républicaines.
Les maîtres de l'école républicaine ont préféré la règle de leur principe, plutôt que
les séductions de l'abandon aux enfermements de leur temps.
Sur les gouffres du temps, que la mort creuse si vite et si fort entre les êtres et les
générations, je passe le fil de la mémoire. Je vous nomme, ombres de lumière.

Max Marchand, présent !
Mouloud Feraoun, présent !
Marcel Basset, présent !
Robert Eymard, présent !
Ali Hammoutene, présent !
Salah Ould Aoudia, présent !

Vous voilà parmi nous.
La poussière des fureurs de la guerre est tombée. Et voilà que vos assassins n'ont plus de nom. Ils n'ont aucun visage qui se distingue dans la cohorte sanglante des bourreaux de tous les âges et de toutes les guerres. Vous voici, maîtres de l'école publique,
passeurs de savoirs et de savoir être. Vous êtes uniques et singuliers comme le sont les visages de ceux qui donnent la vie.
La vie!
Celle de l'esprit que le savoir construit, faisant de chaque jeune individu une
personne.
La vie!
Celle du temps profond de l'Algérie comme rive de la Méditerranée, que ponctuent
nos tombes emmêlées et nos enfants communs.

 

Post-scriptum :

Jean-Philippe OULD AOUDIA, L'assassinat de Château-Royal, Alger : 15 mars 1962 - éditions Tirésias, 1992 (avec une préface de Germaine Tillion)

samedi, 10 décembre 2011

L'un est mort avant-hier, l'autre mourra demain

Je parle de Franzt Fanon. Je parle de Xavier Grall.

Au début de cet an, j'avais pensé, non pas célébrer, non pas commémorer, mais au moins relire ceux qui naquirent ou décédèrent, il y a deux cents, cent ans, cinquante ans, trente ans...

Je n'ai réouvert ni Cendrars, ni Hemingway, ni Céline. À peine Saint-Pol-Roux. Un peu Armand Robin. Feuilleté Bougainville, parce que, dans le bras de la Madeleine, est à quai depuis plusieurs mois la réplique contemporaine de sa frégate La Boudeuse, et que naguère deux cents ans après elle, l'étrave d'un voilier a recoupé son sillage. J'étais à bord de ce voilier.

Mais ce décembre 2011, demeurent, au profond des lectures bouleversantes, anciennes et toujours actuelles, ces deux-là, le Nègre et le Celte, pas si loin l'un de l'autre, qui me furent des cris, des ruptures et une refondation.

 

Allons, camarades, il vaut mieux décider dès maintenant de changer de bord. La grande nuit dans laquelle nous fûmes plongés, il nous faut la secouer et en sortir. Le jour nouveau qui déjà se lève doit nous trouver fermes, avisés et résolus. Il nous faut quitter nos rêves, abandonner nos vieilles croyances et nos amitiés d'avant la vie.
...............................................................................................................................................
Si nous voulons que l'humanité avance d'un cran, si nous voulons la porter à un niveau différent de celui où l'Europe l'a manifestée, alors, il faut inventer, il faut découvrir.
Si nous voulons répondre à l'attente de nos peuples, il faut chercher ailleurs qu'en Europe.
Davantage, si nous voulons répondre à l'attente des européens, il ne faut pas leur renvoyer une image, même idéale, de leur société et de leur pensée pour lesquelles ils éprouvent épisodiquement une immense nausée.
Pour l'Europe, pour nous-mêmes et pour l'humanité, camarades, il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf.


Frantz Fanon
Les damnés de la terre
quelques lignes de la conclusion.




Je vous salue mes grands oiseaux
qui couvez dans mon cœur des
élans maritimes
je vous salue brousse de houles
je vous célèbre forbans et paladins
..........................................................
J'ai vu, Amer,
des eaux pareilles au lait
des chamelles rieuses
féconder les vallées chérifiennes
ô vie, ô séguias, ô glèbe femelle!
A Témara, prés de Salé
j'ai pleuré sur la splendeur
des mers sarrazines désertées.
Et j'ai rêvé de toi, gardienne
de l'extrême Ouest.
Ah quand allierai-je à tes noroîts
le miel des aurores africaines?
Ah quand allierai-je la vigueur de tes chênes
à la sensualité des figuiers ?

Partir pour revenir à toi
voguer pour retrouver tes abers
te haïr pour férocement t'aimer
....................................................................

Et ceci sera mon testament
à mes Berbères je lègue
les oiseaux des Glénan
et le sourire de Concarneau
à mes Berbères je lègue
l'allégresse des fontaines
et les printemps du pays Gallo.
 
Et ceci sera mon testament
à mes amis je lègue
l'alliance de l'Ouest et du Sud
le mariage des dolmens
et des mosquées
et les fiançailles des roses
d'avec les oliviers.

Xavier Grall
Le rituel breton.

 

 

In memoriam :

Frantz FANON, mort le 6 décembre 1961.

Xavier GRALL, mort le 11 décembre 1981.

mercredi, 07 décembre 2011

deux notes retrouvées

Cet après-midi de pluie froide — l'automne serait-il enfin là quand s'annonce déjà le solstice d'hiver — je décide d'ajouter enfin le deux centième titre à ma biblitohèque virtuelle, Babélio, où depuis deux ans, j'insère mes bouquins préférés à dose homéopathique.

Après trois "Casanova" suscités par l'actualité éditoriale et l'exposition de la BNF, après l'Art de jouir de La Mettrie, je choisis du sérieux, comme un remontant en ces tristes jours d'Europe en dérive autocrate : Démocratie Citoyenneté et Héritage gréco-romain. C'est signé, entre autres, par Pierre Vidal-Naquet et Jean-Pierre Vernant.

Le feuilletant, deux papiers que j'y avais glissés, en tombent, notes jetées en réponse à de vieux compagnons qui m'avaient sans doute questionné :

La première note :

Pourquoi suis-je "Grec" et non "Juif ? Parce que l'interrogation et la réflexion sur les Autres et sur eux-mêmes ont commencé avec les Grecs, alors que les Juifs n'ont été qu'exhortation et imposition de lois pour un monde de l'au-delà. Mais c'est le monde de ce jour-ci qui me passionne. Non celui douteux de demain.

La seconde dont le premier paragraphe a quelque lien avec celle qui précède :

Pour la "philia", je pense que J.P. Vernant a cerné la meilleure définition de ce qu'est la "philia grecque" :
« Pour les Grecs, l'amitié (la philia) est un des éléments qui fonde la cité. Elle tisse un lien entre le privé et le public, par lequel entre soi et l'autre «quelque chose» circule, «quelque chose» qui, tout en laissant chacun singulier, forge une communauté homogène. L'amitié, c'est mettre en commun. Par conséquent, il n'y a pas d'amitié sans égalité... On ne peut avoir d'amitié que pour quelqu'un qui est, d'une certaine façon, son semblable : un Grec envers un Grec, un citoyen envers un citoyen... Et pour les Grecs, il ne s'agissait pas seulement de vivre ensemble, mais de bien vivre ensemble. »

Quant à "l'otium"qu'il faut bien se garder de traduire trivialement par "oisiveté", je le conçois comme l'art d'utiliser son temps à se bien cultiver sans souci de briller ou de rentabiliser — les Romains opposaient "l'otium "au "negotium ". À la nécessité du négoce, du labeur, mise en œuvre d'un art de la paresse au noble sens du terme décrit par Paul Laforgue dans son bouquin, "Le droit à la paresse".
L'otium est la "talvera"*, le chaintre de ma vie quotidienne, espace et temps improductifs mais qui génèrent la "vie bonne".

On ne s'est guère éloigné de Casanova !



* La “talvera”, pour moi, c’est l’équivalent occitan de notre chaintre gallo ou poitevin — cet espace nécessaire pour tourner la charrue et son attelage, à chaque extrémité du champ labouré. C’était — ça n’existe plus avec le tracteur — un espace “perdu” mais fécond que bordait la haie. S’y développait la liberté des herbes folles ! S'y reposaient mes ancêtres laboureurs des servitudes que leur imposaient les seigneurs !

lundi, 17 octobre 2011

17 octobre 1961

Une note déjà rédigée. Il suffit de mettre cinquante ans au lieu de quarante-cinq ! L'horreur et l'espoir sont identiques.

 

Ce soir, je souhaiterais une note quasi silencieuse, parce qu'il y a quarante-cinq ans, le 17 octobre 1961, un certain Papon, préfet de police, donne carte blanche aux forces de l'ordre pour la plus odieuse "ratonnade" de France.

Ce soir-là, je suis à Alger dans l'amour fou avec ma Belle du Zaccar parmi les explosions de l'OAS, les contrôles militaires, le couvre-feu, les rafales soudaines au coin des rues, mon entrée, par elle, dans une semi-clandestinité et les mares de sang sur les trottoirs.
Nous ignorons tout de cette immonde soirée parisienne.

Là où nous sommes, Elle et moi, c'est l'atroce depuis sept ans — pour elle, surtout — et nous vivons dans l'insouciance de l'amour et de l'espoir !

samedi, 21 mai 2011

contre les "marées noires" bis

Sachant que quand se refermera ce déferlement, il ne soit ne pas oublier :

 

Dire le vrai ne suffit pas. Il faut dire le juste.

 

Germaine TILLION

contre les "marées noires"

En ces temps de marée noire quand à propos d'une femme, d'un homme, "on" dit tout et autre chose encore, dans un ressassement épais et nauséeux, reprendre cette citation du joli mai sur Vilaine

 

... le devoir de tout citoyen est d'abord de se renfermer, par discipline, en solitude et de tracer une ligne de douanes sévères contre les opinions sans auteur qui voltigent autour, comme des mouches. Un bon chasse-mouches d'abord, contre les journaux et revues.



Alain
Mars ou la guerre jugée

dimanche, 01 mai 2011

joli mai sur Vilaine 1

Choisir le plus grand des petits fleuves, plutôt qu'un monastère.

Et le carré d'un voilier, de préférence à une cellule.

au Foleux - copie.JPG

 

Emporter un petit Mac et quelques provisions de bouche pour quelques jours.

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Des bouquins plutôt décalés dans le paisible du paysage :

Mars ou la guerre jugée d'Alain

De la guerre de Carl Von Clausewitz

La guerre comme expérience intérieure d'Ernst Jünger

L'art de la guerre de Sun Tzu, traduit par le père Amiot (en version numérique)

La guerre de guérilla de Che Guevara

Histoire de la guerre d'Algérie de Bernard Droz et Evelyne Lever

Écrire contre la guerre d'Algérie  1947-1962 de la revue Esprit

 

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Il fallait bien pour la paix de l'écrivailleur des champs de colza finissants, des blés en belle herbe et des semis de maïs encore discrets pour faire resurgir un passé de merde et de feu et arpenter un présent de sérénité, qui ne veut être d'oublieuse mémoire.

 

 

Post-scriptum : Il m'eût été salubre d'emporter aussi en contre-point Le bonheur ou l'art d'être heureux par gros temps de Jean Salem. Il fut oublié sur un banc de jardin.

vendredi, 22 avril 2011

Tamloul au matin du 21 avril 1961

J'ai vaguement entendu Carbone et Tidjane, au retour de leur embuscade, s'entretenir avec Tardier qui était de garde dans l'angle de la cahute.

Les gars chargés de l'ouverture de la porte sud du regroupement et et de celle du parc à bestiaux sont déjà descendus. Les jeunes bergers qui mènent leurs troupeaux de moutons et de chèvres paître jusqu'au soir aux limites de la zone interdite sont des matinaux.

Sept heures. Machinalement, j'allume le "transistor" règlé sur France V, l'ancienne Radio-Alger. Bizarre ! de suite le fameux chant, la Marche des Africains, repris très vite en boucle.

De suite, le souvenir des barricades de janvier 60. « Merde ! Ils remettent ça ! »

Qui ça, "Ils" ? Les mecs de l'Algérie française, ceux de mai 58, ceux de janvier 60. Les cons !

Et la Marche des Africains toujours reprise en boucle, suivie de tout le "folklore" des musiques militaires, chants "paras" et airs en fanfare des conquêtes coloniales.

Merde. Les gars dans la cahute sont réveillés. On s'interroge. Et lancinante, la foutue Marche.

À sept heures trente, lors de la vacation du matin qui relie les postes de la IIème Compagnie et le Bataillon, je décide de demander à parler à Willy et à Jean, le toubib, qui, là-haut à Rhardous, sont les copains  sous-lieutenants appelés.

Très vite Willy au "bigophone". Lui aussi écoute et s'interroge. Très vite aussi : « Si "ils" nous préparent un nouveau 13 mai, on ne marche pas ! C'est clair. » Nous décidons de mettre en alerte tous les appelés.

À huit heures trente, enfin une voix :

« Officiers, sous-officiers, gendarmes, marins, soldats et aviateurs, je suis à Alger...» 

Ça dure deux minutes, c'est Challe et les autres. C'est un 13-mai sans De Gaulle. Contre de Gaulle. On a compris, tous les gars sont aux transistors et c'est « Merde ! Et la quille ? » Sans doute  ces premières réactions sont d'un très bas niveau citoyen, mais elle seront le soubassement du refus.

Vite à nouveau, aux vacations radio de 9 heures, vacations assurées par les appelés, de postes de sections à postes de compagnies, jusqu'au bataillon, de piton en piton, jusque dans les hameaux des vallées, le message va passer : « Nous ne marchons pas ! » Je monte avec Launay à Rhardous, une grimpette d'un quart d'heure en petites foulées. La-haut, tous les copains appelés, simples bidasses et gradés, les métropolitains et les FSNA, les Français de souche nord-africaine, sont sur l'esplanade.

« C'est non ! »

Ils nous délèguent pour aller voir Marcadot, le capitaine qui n'est pas encore sortit de sa "piaule". Soucieux, lui aussi, mais qui tente de temporiser et minimiser. Nous le savons vélléitaire. Et lui affirmons, tout à trac que nous ne sommes pas sûrs du comportement de Fromont, notre commandant de bataillon qui a "toute la gueule" à se rallier aux mecs du coup d'état. Ni même du sien, d'ailleurs. À bon entendeur...

Nous "bigophonons" à Bultat au poste de commandant ; c'est notre ancien patron du Commando de chasse ; sur lui, nous faisons fond pour, éventuellement, neutraliser Fromont.Et tant que nous y sommes, nous demandons liaison avec le PC du secteur de Cherchell, manière d'avertir le colonel du secteur qui est aussi le commandant de l'École d'appplication de Cherchell de notre position. Je me suis naguèrement durement affronté à lui à propos de Tamloul, mais notre relation est très vite devenue chaleureuse. Au-delà d'une relation de supérieur à subordonné;  de colonel d'active à "sous-bit" appelé. Il est proche de De Gaulle.

Nous avons Corme de Saint-Aubin lui-même. Il nous remercie de la rapidité de notre appui et affirme sa détermination à s'opposer à cette fronde. Marcadot n'a pipé mot.

 

Le lendemain à 20 heures, De Gaulle lancera son appel à l'obéissance citoyenne du contingent, "ces cinq cent mille gaillards munis  de transistors", il ne l'a point provoquée.

Nous l'avions précédé.

Il a confirmé notre refus.

 

 

Post-scriptum :

Sur cette rébellion  d'avril 1961, on peut lire:

La Fronde des Généraux, Jacques Fauvais, Jean Planchais, chez Arthaud, 1961.

C'est relaté par le "haut". Quelques lignes entre les lignes pour... les appelés.

Pour celles et ceux qui auraient oublié ou qui ignoreraient, manière d'apprendre ou de se remettre en mémoire sur Wikipédia :  Le putsch des généraux.

 

Cette note a été rédigée entre  quatre heures et sept heures du matin, heure pour heure, jour pour jour, après ces événements  qu'elle relate, vécus, il y a cinquante ans, dans l'obscur.

Mais dans le corps, c'est encore hier.

Les prénoms et noms des appelés ont été respectés ; modifiés, les noms des officiers d'active qui sont cités.

Pour le contexte, il est possible de lire dans les "pages" de ce blogue,  Tamloul I.

jeudi, 21 avril 2011

ne pas oublier ce matin d'avril 1961

Tamloul, depuis le début avril, serait donc devenu un paisible village de regroupement.

Paisible, est-ce trop dire ? Pour ces deux cents familles paysannes parquées dans des huttes de branchages, si loin de leurs douars abandonnés sur les flancs du Bou Maad ?

Un printemps tiède qui ne fait pas croire à la guerre.

Pourtant, nous "ne relâchons point la garde". À 23 heures, ce vendredi 21 avril 1961, Carbone et Tidjane sont allés en embuscade dans le quartier nord-est du regroupement. Ils reviendront vers 2 heures.

La nuit s'annonce belle. Sera-t-elle calme ?

mardi, 07 décembre 2010

irresponsable ? je suis donc un irresponsable

Je n'irai point prendre la queue devant la banque que depuis des annnées, pour percevoir mon modeste salaire et ma plus encore modeste retraite, je suis obligé de fréquenter : je suis "à sec", sinon à découvert. Et mon épargne, à peine placée, s'envole en bouquins ! J'aurais bien aimé être un irresponsable, ce matin.

J'ai beaucoup apprécié le commentaire de Paul Jorion sur France Cul. J'ai sur l'étagère "Mer" un de ses premiers (?) bouquins d'anthropologue économiste sur les pêcheurs de Houat*, une de mes Iles bien-aimées.. Lui aussi tient un blogue.

Un gars du côté des croquants. Totalement libre.

 

 

* Paul JORION, Les pêcheurs d'Houat, anthropologie économique, Coll. Savoir, chez Hermann, 1983

 

 

 

dimanche, 05 décembre 2010

lire un bouquin serait ne pas lire un livre

« — Et ça, il me  semble que quelque chose arrive à la littérature quand un livre devient un bouquin. J'ai même le sentiment très vieux jeu, très collet monté, que ceux qui lisent un livre comme livre et ceux qui le lisent comme bouquin ne lisent pas le même livre...

..........(gloussements d'acquiescement en fond sonore).................

— Ça, c'est un rapport spécifiquement vulgaire aux œuvres d'art en général.»

 

Trois messieurs, sans doute fort bien et pas du tout du genre vulgus (ou vulgum ou vulgare)pecus s'entretenaient hier matin de l'art de la lecture : en quelques mots, voici résumée l'atmosphère de la conversation que diffusait "Répliques". Des références stendahliennes, flaubertiennes, nietzschennes, barthésiennes — pas tout à fait les miennes. — deleuziennes. C'était de bon ton — déjà trop ? — mais je peux encore entendre. Et puis dans les dernières minutes, l'animateur qui déboule avec cet "Et ça..."

Et là, c'est trop : je suis issu — "je monte", aurait dit Veuillot — de la classe du "vulgaire" ; je lis plus souvent des bouquins que des livres; je n'ai pas lu l'introduction à l'analyse structurelle du récit, l'horizon restreint de mon vulgus (ou vulgum ou vulgare) pecus ne m'a apporté que le Plaisir du texte plus accessible, financièrement ; mais Montaigne est loin de "m'emmerder"*.

Ce qui, hier matin, n'a pas été le cas de deux de ces messieurs. Qui m'ont au plus profond, donc viscéralement — je ne prolonge que la "rumination bovine" nietzschenne, à laquelle il fut noblement fait allusion — EMMERDÉ !

Cet irrespect, ce mépris, cette morgue, cette impudence, ! Dantzig* et Finkielkraut sont parfois — souvent ? — des personnages indignes.

Finkielkraut a bien tenté d'atténuer sa morgue en lisant cette citation de Proust. Mais quelle sincérité attendre de cette bouche dédaigneuse ?

Dans la lecture, l'amitié est soudain ramenée à sa pureté première. Avec les livres, pas d'amabilité. Ces amis-là, si nous passons la soirée avec eux, c'est vraiment que nous en avons envie. Eux, du moins, nous ne les quittons souvent qu'à regret. Et quand nous les avons quittés, aucune de ces pensées qui gâtent l'amitié : Qu'ont-ils pensé de nous ? - N'avons nous pas manqué de tact ? - Avons-nous plu ? - et la peur d'être oublié pour tel autre. Toutes ces agitations de l'amitié expirent au seuil de cette amitié pure et calme qu'est la lecture.



Marcel Proust
Sur la lecture, p.45 
Actes Sud, mars 1988 


Alentour de cet ordinateur, mes bons vieux BOUQUINS sont, pour la plupart, des rivages chaleureux. Leur "rumination" m'autorise paisiblement cette humeur.

 

 

* Référence à la fatuité du monsieur, naguère en septembre 2005, à propos de Montaigne.