lundi, 01 juin 2009
en attendant la décantation




dimanche, 05 avril 2009
deux « semaines saintes » si étranges
Le Dimanche des Rameaux en 1999,
trente-neuvième jour de mer depuis Ua Huka.
Nous étions par 11°08'15 Nord et 109°18'44 Ouest. Depuis trois jours dans un vrai chaudron à grains.

Nous réduisions, rehissions, réduisions la toile, ruisselants de pluie chaude.
Acapulco était encore à six cent cinquante milles.
Le Dimanche des Rameaux en 2002, à Ronda, les Pénitents noirs, les reins ceints de cordes de chanvre brut.

Les stridences aigres des trompettes et les Vierges vacillantes sur les pasos. Une Semaine Sainte durant, dans les Andalousies Atlantiques.
lundi, 16 mars 2009
dans les pas d'Héraclite
à FV qui m'envoya mince mais précieux viatique
pour ce voyage.
οὐ γὰρ φρονέουσι τοιαῦτα (οἱ) πολλοί, ὁκοίοις ἐγκυρεῦσιν, οὐδὲ μαθόντες γινώσκουσιν, ἑωυτοῖσι δὲ δοκέουσι.
La plupart ne prennent pas garde à ce qu'ils rencontrent ; ils ont appris, mais ne savent pas. Il leur semble !
C'est sans doute ainsi, trente-cinq touristes français dans un circuit qui mêle les sites grecs et romains, les paysages fastueux et les hôtels de faux luxe, les mosquées Seldjoukides et la danse du ventre, les tanneurs, les tisserandes et la rapacité des marchands de tapis.
Cependant.
Il fut bon de rêver sur les plus hauts gradins d'Éphèse : Héraclite descendant vers ce qui était encore la mer Ionienne. Il y a vingt-cinq siècles.

ὁδὸς ἄνω κάτω μία καὶ ὡυτή.
Le chemin descendant montant est un et le même.
Mais ce fut l'austère nudité du paysage alentour et ce site de Laodicée en son état de "ruine intacte" qui menait peut-être au-delà du semblant.

ψυχῆς πείρατα ἰὼν οὐκ ἂν ἐξεύροιο, πᾶσαν ἐπιπορευόμενος ὁδόν· οὕτω βαθὺν λόγον ἔχει.
Aussi loin que tu mènes ton chemin,
tu ne sauras point parvenir aux marges de ton "souffle",
si inatteignable est le LOGOS dont il émane.
jeudi, 12 mars 2009
second jalon pour le voyage d'Éphèse

ὁ ἄναξ οὗ τὸ μαντεῖόν ἐστι τὸ ἐν Δελφοῖς, οὔτε λέγει οὔτε κρύπτει aλλὰ σημαίνει.
Le maître à qui appartient l’oracle de Delphes, ni ne dit ni ne cache, il signifie.
Héraclite d'Éphèse,
Cité par Plutarque, Sur les oracles de la Pythie
mardi, 10 mars 2009
premier jalon pour le voyage d'Éphèse
ζησάμην ἐμεωυτόν.
Je me suis cherché moi-même.
vendredi, 06 mars 2009
à celui qui part
Hier, dans le lien de la "philia" grecque qui rassemble quelques-unes et quelques-uns de ma petite cité, j'ai reçu, en viatique, d'une amie très chère, cet écrit pour le voyage.
Elle ajoutait :
« Pour la route que tu prends et pour le retour... »
Lorsque tu te mettras en route pour Ithaque,
souhaite que long soit le chemin
et riche de péripéties, riche d'enseignements.
Quant aux Lestrygons, aux Cyclopes,
aux colères de Poséidon, ne les crains pas :
jamais tu ne trouveras rien de tel sur ta route
si reste haute ta pensée, si elles sont choisies
les émotions qui touchent ton esprit et ton corps.
Les Lestrygons ni les Cyclopes,
ni le farouche Poséidon ne surgiront à ta rencontre
si toi-même tu ne les portes en ton âme,
si ce n'est ton esprit qui les suscite devant toi.
Souhaite que long soit le chemin
et que nombreux soient les matins d'été
où — avec quelle délectation, avec quelle joie —
tu feras ton entrée dans un port nouveau pour tes yeux.
Touche à des comptoirs phéniciens
et acquiers de belles marchandises,
ambre et corail, nacre et ébène ;
des parfums capiteux aussi, de toute sorte,
autant de capiteux parfums que tu pourras.
Visite des villes égyptiennes en grand nombre,
apprends, apprends sans cesse auprès de ceux qui savent.
Que toujours Ithaque demeure en ta pensée :
y parvenir, voilà ta fin.
Mais à faire le voyage, n'apporte aucune hâte.
Mieux vaut qu'il dure de longues années
et qu'enfin, sur le tard, tu jettes l'ancre près de l'île,
riche de tout ce que tu as gagné en chemin,
n'attendant point d'Ithaque d'autres richesses.
Ithaque t'a donné le beau voyage,
tu n'aurais pas, sans elle, pris la route.
Maintenant, elle n'a plus rien à te donner.
Et si elle te paraît chétive, au moins elle ne t'a pas leurré.
Sage comme tu l'es, après tant d'expérience,
tu as déjà compris ce qu'elles signifient, les Ithaques.
Constantin Cavafis
Ithaque
jeudi, 05 mars 2009
rien de nouveau sous le soleil
La décision du Conseil Constitutionnel semble considérer comme normales les prérogatives que s'attribue l'homme de l'Élysée de nommer les responsables des services publics de radio et de télévision. Il n'y a pas à s'étonner de cette entaille.
En faisant mes bagages pour aller quelques jours à Éphèse, je feuillette Héraclite ;
μάχεσθαι χρὴ τὸν δῆμον ὑπὲρ τοῦ νόμου ὅκωσπερ τείχεος.
Le peuple doit combattre pour la Loi comme pour ses murailles.
Le peuple (τὸν δῆμον) doit (χρὴ) combattre (μάχεσθαι) pour (ὑπὲρ) la loi (νόμου) comme (ὅκωσπερ) pour ses murailles (τείχεος).
cité par Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 2.
Ça fait un sacré bail que le peuple ne se préoccupe plus de ses murailles, mais de son ventre. Alors la Loi ?
lundi, 19 janvier 2009
Diversité ?
Nos belles et diverses stations de Radio-France, à l'occasion l'investiture de Barack OBAMA — ce qui au plus ras de la géographie, des continents, des ethnies et des cités, est sans doute une des rares bonnes choses, arrivées à notre Terre en ces temps derniers — consacrent cette journée de lundi à la DIVERSITÉ.
Je ne ferai pas la fine gueule, trop engagé que je fus — et suis peut-être encore — dans la grande aventure du métissage des corps, des pensers, des arts. Je serai attentif tout au long du jour, hors la parenthèse de deux heures, à l'atelier "Mallarmé", bien que celui-ci fut loin d'être étranger au désir de la diversité — lire le très symboliste et lisible Brise marine, qui le pourrait ranger dans la case des Exotes et non des pseudo-Exotes (cf. les dernières lignes du texte qui achève cette note).
Beaucoup de chausse-trappes dans cette notion. Dans l'après-midi venteuse d'hier, j'ai réouvert l'Essai sur l'Exotisme de Victor Segalen, moins pour résoudre que pour questionner et me questionner une fois encore autour de ce qui fut et est, pour moi, un vécu, un senti, un penser !
... la sensation d’Exotisme : qui n’est autre que la notion du différent ; la perception du Divers ; la connaissance que quelque chose n’est pas soi-même.
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Mot compromis et gonflé, abusé, prêt d'éclater, de crever, de se vider de tout. J'aurais été habile en évitant un mot si dangereux, si équivoque. En forger un autre ? ....J'ai préféré tenter l'aventure, et garder ce qui m'a paru bon, foncièrement, malgré ses galvaudages ; mais j'ai tenté, en l'épouillant d'abord, et le plus rudement possible, de lui rendre, avec sa valeur ancienne, toute la primauté de sa saveur. Ainsi rajeuni, j'ose croire qu'il aura la verdeur aguichante d'un néologisme, sans en accepter l'aigreur et l'acidité. Exotisme : qu'il soit bien dit que moi-même je n'entends par là qu'une chose, mais universelle : le sentiment que j'ai du Divers ; et, par esthétique, l'exercice de ce même sentiment ; sa poursuite, son jeu, sa plus grande liberté ; sa plus grande acuité ; enfin sa plus claire et profonde beauté.
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Ma faculté de sentir le Divers et d'en reconnaître la beauté me conduit à haïr tous ceux qui tentèrent de l'affaiblir (dans les idées ou les formes) ou le nièrent, en bâtissant d'ennuyeuses synthèses...
D'autres, pseudo-Exotes (les Loti, les touristes, ne furent pas moins désastreux. Je les nomme les Proxénètes de la Sensation du Divers).
Victor Segalen,
dans diverses pages d'Essai sur l'exotisme.
Marcel Mauss, Margaret Mead, Michel Leiris, Henri Michaux, Claude Lévy-Strauss, Jean Rouch vont bientôt surgir.
Et Aimé Césaire, pousser un grand cri !
vendredi, 28 novembre 2008
pour saluer monsieur Lévy-Strauss

À chacun, ses Amazones !
Cette femme me fit signe sur les sentiers de la Pensée Sauvage, quand le "grand Vieux" centenaire qui est, aujourd'hui honoré, n'avait pas encore forgé la notion.
Dix ans plus tard, un peu à l'esbrouffe, dans un jury de diplôme d'État — le seul que je présentai dans mon parcours d'autodidaxie — j'employais la notion qui époustoufla les membres du dit jury.
Depuis cette femme première, il y avait eu d'autres rencontres et de femmes et d'hommes.
La Pensée Sauvage était parue depuis deux ans à peine ; je venais des Aurès, où j'achevais* de décrasser quelques-uns de mes oripeaux de jeune branleur occidental après avoir lu Le cru et le cuit, sans avoir jamais ouvert une page de La Pensée sauvage....
* Est-ce jamais achevé ?
lundi, 23 octobre 2006
Layla-Al-Qadr ou la nuit du Destin
Pour saluer mes ami(e)s musulman(e)s qui, cette nuit, aiguisent leur regard pour percevoir le mince arrondi lunaire : je passai, plus de quinze ans durant, à la fois solidaire et distant, de longues veilles attentives, en leur compagnie chaleureuse. En ces temps d'imprécations, je veux témoigner de la douceur de cet Islam.
Les derniers jours du Ramadam furent passés à Yaféra ; à une certaine fébrilité dans les rues du village s'annonçait la préparation de la Korité. Mais quelle en serait la date ? La nouvelle lune était prévue, par les calculs astronomiques pour la nuit du 1er mars au 2 mars, nuit encore totalement obscure. Mais, en Islam, ce qui compte avant toute certitude scientifique, fut-elle tirée des tables astronomiques, c'est l'œil du croyant qui, le premier, verra apparaître – mais où, dans le ciel saharien ? – la première lueur du mince croissant. En Égypte ? Au Niger ? Plus au nord, dans le Maghreb ? Chez le voisin malien ?
L'écoute de tous les transistors de Yaféra est attentive.
Cette nuit-là, Gabriel, l'Archange, révéla pour la première fois à Mohamed, la parole divine. Cette nuit-là, nuit fondatrice de la foi musulmane dans tous les pays d'Islam, cette nuit-là est une longue nuit de prière : la communauté entière se rassemble dans et alentours de la mosquée. Au cœur de la nuit et jusqu'à l'aube, la psalmodie s'élève, humble et grave, plus riche que mille suppliques.
La célébration de la nuit du Destin, Layla-Al-Qadr, fut décidée par les anciens pour le 28 février. Ibrahima m'y invita. Je pris place tout au fond de la mosquée, au-delà du groupe des femmes.
Quand s'acheva la nuit, au sortir de la mosquée, beaucoup de gens vinrent m'étreindre les mains à l'africaine, la main gauche saississant l'avant-bras de la personne que l'on salue.
Le lendemain, dans la matinée, la radio sénégalaise nous apprenait que les gens de Yaféra avaient jeûné une journée de plus : la nuit du Destin étant le 27. La rupture du jeûne qui devait se fêter le soir, se fit à l'annonce même de la nouvelle, dans les rires et les plaisanteries à l'égard des anciens qui, une fois c'est excusable, n'avaient pas eu la vue très perçante.
Tard dans la nuit, tam-tam et danses : les danseuses soninkés, coiffées comme des reines, vinrent me toucher la main, façon de dédier à l'étranger la danse à venir. Au matin, c'était la Korité. Le pays entier bruissait du rire des enfants engoncés dans leurs vêtements neufs et chamarrés.
La nuit du destin à Yaféra - Février 1995
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