mercredi, 27 août 2014

« Les terres du couchant » ou le retour des cendres de Julien Gracq

.............................................Ou quand une déception d'avant-hier devient joie pour demain.

Ouest-France du 25 août annonçait une rentrée littéraire qui va laisser dans les brumes de l'automne les 600 livres annoncés par l'appareil éditorial ; voilà que les éditions José Corti, gérées par Bertrand Fillaudeau, vont publier le 9 octobre, un texte inédit de Julien Gracq, Les terres du couchant. Resurgissent dans l'histoire du lecteur cette fabuleuse Presqu'ile et l'un des trois textes qui la composent, La Route.

Le 17 décembre 2006, j'écrivais ceci :

Cette Presqu’île et un Roi Cophétua, qui inspira à André Delvaux ce “Rendez-vous à Bray” que j’aimerais tant revoir pour la nue beauté d’Anna Karina, sont donc précédés par un premier texte, La Route, que Gracq avoue être comme le vestige unique d’un livre mort parce qu’il n’avait “pas choisi, pour l’attaquer le ton juste...” Et pourtant quelle fascination dans cet incipit qui annonçait un immense western, une épopée à la Tolkien ou à la ...Homère. Dommage, dommage, Julien Gracq — je me permets de m’adresser à vous qui êtes bien vivant et qui marchez le long de notre fleuve commun — dommage que vous ayez décidé que “le sujet ne (vous) tenait pas assez à cœur”. Notre horizon en eût été tellement plus riche. La première ligne :

Ce fut, si je m’en souviens bien, dix jours après avoir franchi la Crête que nous atteignîmes l’entrée du Perré ; l’étroit chemin pavé qui conduisait sur des centaines de lieues de la lisière des Marches aux passes...

Et la dernière, hélas ! :

Je me souviens de leurs yeux graves et de leur visage étrangement haussé vers le baiser comme vers quelque chose qui l’eût éclairé — et le geste me vient encore, comme il nous venait quand nous les quittions, avec une espèce de tendresse farouche et pitoyable, de les baiser au front.

Serait-ce qu’après les formidables huis-clos du Château d’Argol, du Rivage des Syrtes, l’ouverture de ces espaces pressentis vous ait coupé le souffle ?

 

Je renvoie à l'article du quotidien régional quand Fillaudeau justifie cette publication.
Le lecteur se réjouit de poursuivre l'aventure avec ces femmes qui hantent les lisières des Marches.

 

dimanche, 17 août 2014

pour achever un périple de mer

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Si haut que soit le site, une autre mer au loin s'élève, et qui nous suit, à hauteur du front d'homme : très haute masse et levée d'âge à l'horizon des terres...et très haut seuil de flamme à l'horizon des hommes de toujours, vivants et morts de même foule.
Saint John Perse Chronique, 1.
Dac'hlmat, demain, embouque l'estuaire de Vilaine.

mardi, 29 juillet 2014

dans le théâtre des vents

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Temps de demoiselle dans le nord des Glénan. Mais la noirceur des nuages s'épaissit à terre

Les vents sont forts ! Les vents sont forts ! Écoute encore l'orage labourer dans les marbres du soir.

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©Nicléane

Le vent s'accroisse sur nos grèves et sur la terre calcinée des songes !
    Les hommes en foule sont passés sur la route des hommes,
Allant où vont les hommes, à leurs tombes. Et c'est au bruit
   des hautes narrations du large, sur ce sillage de splendeur vers l'Ouest, parmi la feuille noire et les glaives du soir...
   Et moi j'ai dit :« N'ouvre pas ton lit à la tristesse. Les dieux s'assemblent sur les sources,
  Et c'est murmure encore de prodiges parmi les hautes narrations du large.

Saint-John Perse
Vents, VII.

jeudi, 24 juillet 2014

Dans un des vire-court de l'Odet

Lisant Montaigne dans l'un des vire-court de l'Odet,- le Saut de la Pucelle - amarré au corps-mort d'un bateau baptisé "Eol Song"  - le Chant du Vent - l'homme qui déconseille de faire boire de l'eau à un Breton de soixante-dix ans et d'enfermer un marin dans une étuve, écrit fort justement sur le vent.

" Moy, qui me vente d'embrasser si curieusement les commoditez de la vie, et si particulierement : n'y trouve, quand j'y regarde ainsi finement, à peu pres que du vent. Mais quoy ? nous sommes par tout vent. Et le vent encore, plus sagement que nous s'ayme à bruire, à s'agiter : Et se contente en ses propres offices : sans desirer la stabilité, la solidité, qualitez non siennes. »                                           Michel de Montaigne, Les Essais - Livre III, 13,
1595. 
 Quand je pense que je me suis inventé un pseudo tiré du grec ancien "ανεμολιος" qui peut se dire "proche du vent" ou plus près de Montaigne ,"vide de vent"- une outre vide, quoi ! On peut m'y écrire : anemolios@free.fr
L'outre se remplira peut-être un jour.
Bon vent !

mardi, 22 juillet 2014

vieilles coques

 

aux vieux matelots du Marche-Avec
et aux quatre "poulies-coupées"
qui avaient embarqué.

 

Ce n'était point prévu quand ces jours, Dac'hlmat fit escale à Concarneau.
Fûmes invités par l'amitié sur le Marche-Avec, une belle "vieille coque" rapide et puissante qui jadis ramenait à la Criée la pêche des sardiniers qui chalutaient au large dans le Nord Gascogne.

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©Bernavanax

 Grand âge, nous voici. Rendez-vous pris, et de longtemps, avec cette heure de grand sens.

Le soir descend, et nous ramène avec nos prises de haute mer. Nulle dalle familiale où retentisse le pas d'homme. Nulle demeure à la ville ni cour pavée de roses de pierre sous les voûtes sonores.

Il est temps de brûler nos vieilles coques chargées d'algues. La Croix du Sud est sur la Douane ; la frégate-aigle a regagné les îles; l'aigle-harpie est dans la jungle avec le singe et le serpent-devin. Et l'estuaire est immense sous la charge du ciel.

Saint-John Perse
C
hronique, V.

 

lundi, 14 juillet 2014

largué !

 Nous serons bien de retour un jour.

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 Et nous voici soudain de ce côté du soir et de la terre où l'on entend croître la mer à nos confins de mer...

 

Saint-John Perse
Amers

mardi, 08 juillet 2014

Dac'hlmat reprend la mer

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Après des avatars motorisés — le comble pour un voilier — Dac'hlmat reprend la mer avec pour tout viatique deux vers d'un terrien qui n'alla sans doute jamais en mer, champenois qu'il était, poète modeste, mais grand musicien et grand amoureux, deux vers tirés d'une somme de 9009 vers écrite par un amant vieillissant à une belle "jeunesse" :

N'elle prins nul autre atour n'a
Fors que les euvres de Nature

Guillaume de Machault

 

lundi, 23 juin 2014

mort d'Hélène

À peine refermés les bouquins de Cadou, quand furent notées les cents et plus occurrences du Bleu dans ses textes, voici que le quotidien local annonce ce matin :

La poétesse Hélène Cadou n'est plus.
Elle venait d'avoir 92 ans.
Elle est partie retrouver son René Guy,
le poète de Louisfert disparu à 31 ans.

Ces soixante-et-un ans d'écart ne sont que datation ratée.   
Entre lui et elle, il n'y a qu'un immense printemps au dernier jour duquel peut-être se sont-ils re-joints — joints à nouveau.

Il s'en était allé le 21 mars, elle n'est plus, le 21 juin. C'est bien l'écart d'un printemps, n'est-ce pas ?

Cette HÉLÈNE du règne végétal.

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Ma mère, très soupçonneuse des poètes que je lisais, m'avait avoué, feuillettant le bouquin de Manoll : « C'est une très belle femme. » Je n'ai jamais avoué à ma mère bien aimée qu'il y avait grande ressemblance de beauté entre Hélène Cadou et elle.

Cette HÉLÈNE du règne végétal.
Qui confiait dans un entretien *


 « Mais écoutez, parce que c'était Cadou ! Il m'a donné la parole, ça c'est une vérité.
C'est extraordinaire de pouvoir dire ça, qu'on rencontre quelqu'un qui vous donne la parole. Je me suis mise à parler, spontanément. Et il avait ce pouvoir là. Il m'a apporté la vie... Il m'a redonné la vie, il m'a donné le jour...Je suis née deux fois.»

Qui écrivait dans Le Livre perdu :

À terme
il suffira d'une buée
D'une petite chose
Poignante

Comme
Un pan d'écharpe
Sur Ton épaule

Pour y loger
Notre amour

Quand la terre
Tombera dans la fosse.

 

Naguère dans un pan de cet immense printemps, lui, Cadou avait écrit à cette HÉLÈNE végétale :

 

Tu étais la présence enfantine des rêves
Tes blanches mains venaient s'épanouir sur mon front

Parfois dans la mansarde où je vivais alors
Une aile brusquement refermait la lumière

J'appelais je disais que vienne enfin la grande
La belle la toujours désirable et comblée

Et j'allais regarder souvent à la fenêtre
Comme si le bonheur devait entrer par là

Ce fut par un matin semblable à tous les autres
Le soleil agitait ses brins de mimosa

Des peuplades d'argent descendaient la rivière
Les enfants avaient mis des bouquets sur le toit

Aussitôt que je vis tes yeux je te voulus
Soumise à mes deux mains tremblantes à mes lèvres

Capable de reprendre à la nuit son butin
De fleurs noires et de vénéneuses caresses

Tout le jour je vis bleu et ne pensai qu'à toi
Tu ruisselais déjà le long de ma poitrine

Sans rien dire je pris rendez-vous dans le ciel
Avec toi pour des promenades éternelles.

17 juin 1943

 

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Longtemps j'ai souhaité maintenir l'énigme de ce ovale féminin esquissé.
Et si c'était bien le visage de cette femme qui s'en est allée l'autre soir, que la terre n'a pas encore recouvert ?

 

 À vous mes ami(e)s, d'ici le prochain printemps.

 

 

 *Entretien avec Luc Vidal dans le film d'Emilien Awada, René Guy Cadou ou les visages de solitude

 

 

 

mercredi, 18 juin 2014

l'odeur des lys m'a mené à la langue bleue

Au fond du jardin, est une bouillée de lys. Un matin de la semaine passée, leur parfum m'a fait ouvrir mes "Cadou".

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Pourquoi n'allez-vous pas à Paris ?
— Mais l'odeur des lys ! Mais l'odeur des lys !

—  Les rives de la Seine ont aussi leurs fleuristes
—  Mais pas assez tristes oh ! pas assez tristes !

Je suis malade du vert des feuilles et de chevaux
De servantes bousculées dans les remises du château

—  Mais les rues de Paris ont aussi leurs servantes
—  Que le diable tente ! que le diable tente !

Mais moi seul dans la grande nuit mouillée
L'odeur des lys et la campagne agenouillée

Cette amère montée du sol qui m'environne
Le désespoir et le bonheur de ne plaire à personne

—  Tu périras d'oubli et dévoré d'orgueil
—  Oui mais l'odeur des lys la liberté des feuilles !


Le diable et son train
Hélène ou le Règne Végétal

 

Et des lys, je me suis réembarqué dans les mêmes "Cadou" pour une quête du "bleu".


J'avais entrepris naguère une recherche des occurences du "sang".
Mais depuis ce colloque de mars dernier où je me suis fermement ennuyé, me traînait cet air de la Lettre à des amis perdus, mise en chant par Julos Beaucarne — je n'aime guère Cadou chanté — mais cette fois, le Julos m'a séduit avec ces deux versets.

et j'ai traduit diverses choses
en langue bleue que vous savez

Il y aux murs de la maison des encres de Nicléane, je souhaitais les légender en miens mots. Et de lys en langue bleue, c'est Cadou qui me revient.

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"Mon" Cadou donc que je relis dans la lenteur, la sensualité, les larmes qui me lavent le regard, irrépressible mémoire de la fin d'adolescence.

Ce banc du Jardin des Plantes, il y a soixante années, quasi jour pour jour, après un échec à l'oral de la première partie du baccalauréat pour une sinistre "colle" algébrique, l'attente de la "micheline" pour Ancenis et ces deux lignes, dans un prospectus de Seghers, comme une langue entendue pour la première fois :

Je prends dans mes deux mains vos deux mains qui s'éteignent
Pour qu'elles soient chaudes et farineuses comme des châtaignes
Quand la braise d'hiver les a longtemps mûries.


Quelques jours plus tard, ce sera la première fille dans mes bras sous Liré, à l'extrémité d'un cul-de-grève de Loire, dans l'ombre bleue des léards

Cadou donc avec ses vins noirs, ses lampes, ses "femmes en cheveux" — j'aime  — ses "bleus", ses lilas et mes lys.

Il me faudra, bien sûr, légender les encres bleues de Nicléane.

(Elle) avait dans sa veste un godet de ciel bleu
Des images marines

Forges du vent, 1938.

 

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vendredi, 16 mai 2014

Bilbao, Guggenheim et... Ernesto Neto

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Passées les rudesses acérées des falaises, Bilbao la tentaculaire et son "Guggenheim" cette ferraille inoxydable de rigidité qu'en son ventre, Neto le plasticien brésilien a subverti de sensualité dans des rêves de Terre Mère.

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Il suffit de pénétrer, de parcourir, de humer, de heurter, de caresser. J'ai donc pénétré, parcouru, humé, heurté, caressé.  Ce que dit Neto de ce qu'il me propose :

« Je vois en grande mesure le corps comme un paysage – comme une mer, un champ — et la sculpture aussi est un paysage».

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Du doux bord à la maison des rêves, n'aie pas peur du chaos, me suggère encore Ernesto Neto.

 

 

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Neto s'en va le 18 mai.

Ce sera Georges Braque. Perdureront dans la "ferraille" bilbaïna, la nature, les paysages et les oiseaux.
Pour consoler celles et ceux qui n'auront pas encore cette fois rencontré les suavités odorantes, lourdes et rondes de l'enchanteur brésilien.

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Post-scriptum :  au plus haut étage, la veuve Lennon proposait des installations, des photos, des vidéos, des bruits. Le tout — et c'est beaucoup, beaucoup trop — plutôt "trash".
Seul voisinage avec Neto : un nu au sexe joliment velu, parcouru par quelques mouches, ses propres fesses affaissées, bien connues se trémoussant et deux préservatifs, lamentables pendentifs emplis d'un liquide incertain, nommés "Toi et Moi".
Décidément, Noémie et Célia ont raison d'affirmer que je me suis arrêté "avant les Beatles" !,,

mercredi, 14 mai 2014

Allant aux Asturies

Cette beauté farouche des falaises basques et dans leurs déchirures, les ports de pêche. Guetaria

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Ondarroa

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Leiketio

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Elantxobé

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Pour achever le sinueux périple dans l'estuaire du Rio Guernika, à Mundaka, la référence basque des surfeurs et autres bodyboarders.

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Le lendemain, à Bilbao, ville-poulpe, ce sera Ernesto Neto, ses exaltations femelles et mâles, ses exhalaisons poivrées et giroflées, ses trocs sensuels et les pieds nus des visiteurs qui font vibrer les formes.

lundi, 05 mai 2014

Sur le chemin de Saint Jacques

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De Roncesvalles vers Compostelle, je n'ai guère fait que cinquante mètres. Ma foi ancienne ne me donnait point le courage d'affronter les huit cents kilomètres qui me restaient jusqu'à Saint Jacques. Mais belle sur le chemin était la forêt de hêtres.

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Eût-elle été plus vive, cette foi, le Crucifié m'aurait-il pardonné ?

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samedi, 03 mai 2014

Pour quelques jours

au Pays qui vit de l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir,

pays de la belle Corisande d'Andoins à qui Montaigne dédia les sonnets de La Boétie, de Francis Jammes, de Paul Jean-Toulet, de Roland Barthes, d'un certain Edmond Rostand — mais le nom me vient plus promptement, celui de Cyrano...

Pour quelques jours aux frontières des cerises à peine mures d'Ixtassu et des piments d'Espelette.

dimanche, 27 avril 2014

enchevêtrement des lectures

 

Depuis une semaine.. ou deux, des livres qui se mêlent sur la table parce qu'ils sont parus en poche  — enfin ! — et que cela va bien pour la bourse du lecteur qui s'avance dans l'âge de l'heureuse inactivité.

Depuis novembre, il y avait la grosse Philosophie, anthologie de Foucault, pour le savoir, le pouvoir, l'éthique. Pour l'archéologie, la généalogie. Pour les discontinuités, les ruptures radicales et cette venue tant attendue de l'usage des plaisirs, du souci de soi. Michel Foucault et son effort de penser autrement.

Sont donc arrivés s'emmêlant, s'enchevêtrant, se heurtant,
Le sexe ni la mort, trois essais sur l'amour et la sexualité de André Comte-Sponville, l'Éros, la Philia, l'Agapè pour l'archéologie,
Les Freudiens hérétiques, contre-histoire de la philosophie t.8 de Michel Onfray pour les ruptures,
Les Désarçonnés de Pascal Quignard  qui pratique et l'archéologie et les ruptures dans les serres philosophiques des trois précédents, Quignard qui naguère — en 1995 — écrivit Rhétorique spéculative, belle généalogie de la tradition lettrée antiphilosophique qu'il fait remonter à Fronton le Romain — il eût pu remonter à Homère et Héraclite — et que lui-même pratique depuis quarante ans à travers ses romans, ses essais, ses petits Traités, ses contes. Les Désarçonnés si désarçonnants dans l'horreur en ses premières pages que j'ai failli en déchirer et brûler le premier feuillet et ne plus poursuivre au delà de ce chapitre 1.

L'alternance des quatre compères ébranle souvent la table du lecteur. Alors, je feuillette, sur la même table qui porte cet enchevêtrement, un point fixe : un certain Après le livre  de François Bon qui lui aussi est d'archéologie, de généalogie et de ruptures.
Doublement lu, parfois dans ce bon vieux support du codex, parfois sur l'iPad, dernier merveilleux petit avatar des tablettes d'Uruk  — mes compagnons de bel ouvrage me surnommaient "le Mac'Intosh'iste forcené".
Ne fut-ce que pour évaluer quotidiennement la bonne jouissance qu'évoquait Barthes : que ce soit sur papier, que ce soit sur écran, "on ne saute jamais les mêmes passages".*

Les jonquilles se fanent, les seringas embaument, j'attends la nouvelle lune pour semer mes graines de tomates en godets.

Dans le vent de suroît, paisiblement Dac'hlmat tire sur ses amarres...

 

* Barthes écrit :...(ßonheur de Proust, d'une lecture à l'autre, on ne saute jamais les mêmes passages.)

Le plaisir du texte, p.22, paru au Seuil, en février 1972. Qui sur l'étagère n'est plus un livre mais un amas de 109 feuillets.

mercredi, 16 avril 2014

à celles et ceux du Banfora

Tout a commencé avec la publication d'une lettre datée du 25 octobre 1955 — à éventuellement relire — publiée en note le 26 octobre 2005.

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Un commentaire, le dernier en date, de Bertrand Sagot, le 10 avril 2014, vient me "secouer" de ce long et paresseux silence. 
Il ne s'adresse point, d'ailleurs,  à l'auteur de ce blogue, mais à Hilaire, le commentateur précédent.

Il clôt — provisoirement du moins, je le souhaite — un échange, entre inconnus, lourd de d'émotions, de nostalgies, d'images, de goûts, de senteurs. 
De ce besoin d'évoquer, de révéler, de faire à nouveau remonter et surgir des rires, des larmes, des visages, des horizons, au seuil du grand âge.


Merci donc à
Benoît, A. Rabanel, Bertrand Sagot, Hilaire, Yves Romer, Claude Xavière Ménard, Corazzini, Xavier Vincent, Bertrand Guy, Jean-Pierre Picone, Jean-Claude Castiglioni, Micheline Cat, Georges Lour, Michel Bonneau, Didier, Berlol et François Jost (à lui, le copain, in memoriam)



pour ce lien tissé autour d'un paquebot qui nous emmena sur l'océan de nos rêves.*

 


Commentaires


je commence à comprendre... le blog est pour toi, entre autres, un chemin de visite de ta propre histoire et de l'Histoire telle que tu l'as vécue avec l'écriture pour véhicule et sous le regard de blogueurs attentifs ou non.
Il est donc possible de cheminer dans un temps présent et passé mêlés, avec des compagnons de voyages croisés sur la toile et d'embarquer ou d'être embarqué dans le partage d' un bout de route en commun vers des paysages et des destinations qui se découvrent chemin faisant.
François
Écrit par : F Jost | jeudi, 27 octobre 2005

C'est une assez bonne définition pour quelques blogs littéraires qui ont de la tenue. Pour moi qui suis en train de lire Assia Djebar, ces propos résonnent avec certaines nouvelles de son recueil (Femmes d'Alger dans leur appartement). Merci pour ces souvenirs et pour cette correspondance recyclée.
Écrit par : Berlol | mardi, 01 novembre 2005
Merci pour le commentaire et cette invitation à lire Assia Djebar. Etant novice dans la pratique du blog, je suppose que ce commentaire va être transmis à Berlol et non pas à Jacques André....à suivre et découvrir ce nouveau compagnon rencontré sur la route d'un commentaire d'un 26 octobre intemporel

Écrit par : F jost | jeudi, 03 novembre 2005

Bonjour, mon père était officier à bord du Banfora à l'époque que vous évoquez (années 55). Auriez-vous des photos de ce bateau ? 
Merci et bonnes fêtes
Écrit par : Didier | dimanche, 25 décembre 2005

A la recherche du père....
...d'une note écrite le 26/10/05 évoquant le 26/10/1955 à bord du Banfora, au large du Maroc s'accrochent à ce navire voguant dans le sillage du temps, Assia Djebar, Berlol, Didier — que je ne connais pas — en ce 25/12/05, jour de retrouvailles dans la demeure de mon père qui nous a quitté en février dernier.
Chemin faisant, à la croisée de routes particulières, s'inscrit sur la toile de surprenantes correspondances et de compagnonnages ici et maintenant et hors du temps.

François
Écrit par : F Jost | lundi, 26 décembre 2005

Je suis désolé, Didier, mais à l'époque, je n'étais pas encore assez riche pour posséder un appareil photographique.
Je n'ai donc que des souvenirs heureux, très heureux de ce paquebot !
Croyez-moi, le Banfora en était à l'un de ses derniers voyages ; je pense qu'il fut désarmé en 1956, mais il me paraissait fort bien commandé !
Écrit par : grapheus | lundi, 26 décembre 2005

Bonjour.


Je ne suis pas un habituel des blogs. Des évènements récents de ma vie ont réveillés des questions sur la disparition de mon père. Mais le web permet des rencontres que l'on croit parfois impossibles.
Mon père Emilien BONNEAU, originaire de CREST, était marin dans la marine marchande et à fait de nombreux voyage à bord du Banfora. Il était du dernier voyage de ce bateau. Il a ensuite embarqué sur le Foch (marine marchande). 
Mon père a disparu en mer le 22 avril 1958.
Il était né en 1914 dans les hautes Alpes.
Je viens de perdre ma mère et nous avons trouvé des documents concernant ses voyages avec notamment son livret maritime.
J'ai une carte postal du Banfora. Je l'ai numérisée et je peux vous la transmettre.
J'ai d'autre part une photo, prise dans la salle à manger à l'intérieur d'un bateau, où mon père figure en compagnie d'autres marins. Je ne peux certifier qu'elle a été prise sur le Banfora.
Inconnu(s) je vous salue et peut être à bientôt par messagerie. Je n'ai pas le haut débit mais cela ne saurait tarder.

Michel Bonneau
Écrit par : BONNEAU Michel | vendredi, 16 janvier 2009

Bonsoir,

En 1951, j'avais 12 ans, et j'ai voyagé sur le Banfora de Marseille à Pointe Noire, où je suis arrivé le 17 août 1951, je suis resté 50 ans au Congo. j'aimerais beaucoup recevoir des photos du Banfora. Vous en remerciant par avance.

G. Lour
Écrit par : Lour Georges | mercredi, 27 avril 2011

J'ai séjourné près de vingt ans en Afrique et j'ai effectué plusieurs voyages à bord du Banfora pour me rendre à Pointe-Noire ou Brazzaville.
Aujourd'hui je suis âgée de 82 ans et suis très nostalgique de ces voyages effectués sur le Banfora, le Brazza et le Foucauld.
Toute photo concernant le Banfora m'intéresse forcément.


Micheline CAT
Écrit par : cat micheline | mardi, 10 mars 2009

Bonjour,
j'ai 70 ans. De 1940 à 1956, puis de 1971 à 1978 j'ai vécu en Côte d'Ivoire. Toute mon enfance à Abidjan et aussi plus tard, une partie de ma vie d'adulte. C'est également la première fois que je communique sur un blog ...
Je ne trouve pas les mots pour décrire ma nostalgie, ni mes souvenirs, ça viendra peut-être...
Nous étions début septembre 1956, le paquebot "Banfora" faisait son dernier voyage, il avait un très fort gite qui l'obligeait à prendre sa retraite...comme la majorité des passagers, dont mes parents. Ce fut une vraie croisière, escale tous les jours ou presque, fête tous les soirs.
J'avais 17 ans, par le plus grand des hasards, ma jeune amoureuse était du voyage. Ne rêvaient pas à l'époque, nous étions très prudes.
Merveilleux voyage, mais la séparation à Marseille fut terrible, nos chemins ... Mon coeur c'est arrêté. Je ne le savais pas. Il s'est remis à battre cette semaine,"par le plus grand des hasard"...
Je cherche, témoignages, précisions, photos du voyage ou du Banfora. Veuillez pardonner ma maladresse. Merci d'avance si vous pouvez m' aider. Cordialement !
Écrit par : jean-claude castiglioni | samedi, 12 décembre 2009

J'ai été second mécanicien sur le BANFORA du 3.1956 au 11.1956. Je suis intéressé par toutes photographies de manifs sur ce navire à cette époque.
jp.picone@orange.fr
Écrit par : PICONE Jean Pierre | lundi, 21 décembre 2009

Octobre 1955 Embarquement sur le Banfora à Dakar à destination de Cotonou. Aussitôt embauché aux cuisines et à la boucherie et invité à prendre les repas au poste d'équipage...le rêve d'un gamin de 20 ans. On me disait déja que c'était le dernier voyage,bpourtant lors d'un court séjour à Marseille en fin 57 j'avais retrouvé une connaissance en ville (dans un taxi) qui venait de quitter le Banfora où il était mécanicien. Il semble bien qu'il y eut des prolongation (j'étais EVDA et j'ai passé 21 mois au Dahomey à PARAKOU
Écrit par : Bertrand Guy | jeudi, 12 mai 2011


Bonjour, 


En faisant des recherches sur des informations sur les navires sur lesquels le deuxième mari de ma grand-mère a commandé, je suis tombé sur ce blogue. Il s'appelait Jean-Baptiste Gonfard. Je ne l'ai malheureusement jamais connu car il est décédé avant que je naisse. Si vous avez des anecdoctes ou des histoires sur son compte ou sur la vie à bord, n'hésitez pas à me contacter. Je peux retrouver quelques photographies dans les affaires de ma grand-mère.
Écrit par : Xavier Vincent | jeudi, 01 septembre 2011


Vers 1955 j'étais sur le Banfora départ de Marseille pour Conakry
Écrit par : corazzini | samedi, 21 janvier 2012


J'ai voyagé à bord du Banfora pour me rendre en Afrique de l' Ouest où j'ai vécu de 1 à 19 ans. Les souvenirs de ces traversées sont impérissables. Je cherche à reconstituer avec mon frère et ma soeur les voyages de ce bateau entre les années 1940 et 1959. Un de mes souvenirs c'est une tempête dans le golfe du Lion et un mal de mer atroce mais c'est aussi les jeux les soirées et la boutique ou l'on pouvez acheter parfums et fanfreluches, ce sont les repas somptueux et la contemplation des mouvements de la mer avec le sillage du bateau. J'aimerais échanger des souvenirs. Est ce possible ? Une nostalgique de ce temps là car c'est toute ma jeunesse.
Écrit par : Menard Claude Xavière | mardi, 14 février 2012

1955 ou 1956 ? Je ne sais plus, retour définitif vers la France, sur le Banfora!
Embarquement à bord des chaloupes au wharf de Lomé.
Descente et montée à bord dans les nacelles, par mer formée : la peur de ma vie!
La climatisation du bord et son odeur caractéristique, ces repas, ces goûters pour enfants, les jeux et les bruits , les odeurs et la sacro-sainte passerelle où officiaient les Dieux!
Quelle époque! J'ai encore quelques très pâles souvenirs. Notamment celui où ma mère jeta mon casque (colonial) au travers du hublot, sous prétexte que je n'en aurai plus besoin! Je ne me souviens pas avoir eu de plus grand chagrin depuis.
Les escales et leur folklore.
L'émotion m'étreint encore.
Je dois avoir une photo du bateau quelque part. Je la communique dès que je la retrouve. 
Amitiés à vous !
Écrit par : Yves Romer | samedi, 02 mars 2013

Bonjour,

En 1941, avec mes parents, nous quittions Dakar pour rentrer en France après la tentative gaulliste avortée de débarquement. Nous voyagions à bord du Banfora. Au large de la Mauritanie, nous avons été arraisonnés par un corsaire anglais et détournés sur Freetown, où nous sommes restés 3 mois avant d'être rapatriés vers Casablanca par un navire portugais.
Je recherche des informations sur cet arraisonnement : date exacte, nom du navire arraisonneur, etc. Pourriez-vous m'indiquer une voie de recherche, parce que je ne trouve rien sur Internet.
 Merci.
Écrit par : Hilaire | dimanche, 24 mars 2013

J'étais de ce même voyage avec mes parents et nous allions de Dakar, où mon pére était à l'époque inspecteur général de l'agriculture de l'AOF, à Casablanca ; j'aurai pu écrire le même résumé mais comme vous je ne me souviens plus des dates exactes (peut-être pourrais-je les retrouver en cherchant bien). J'avais 8 ans et trois souvenirs précis me restent .J'étais sur le pont avec mes parents à regarder le corsaire anglais quand il a tiré des coups de semonce qui nous ont fait rentrer précipitamment dans nos cabines .Je me souviens également des gaullistes venant à bord pour faire de la propagande pour la France libre et enfin je me souviens du dortoir organisé pour les enfants dans les salons du bateau portugais (très amusant pour les enfants en question).Le bateau portugais devait s'appeler le Lorenzo Marquès et il était déjà plein de passagers (et aurait été arraisonné par les Anglais pour nous évacuer). Bien à vous .
Écrit par : SAGOT | mardi, 08 avril 2014

Si vous habitiez Dakar dans les années 40 peut-être avez vous, après la tentative gaulliste sur Dakar en 1940 et l'arraisonnement du Banfora en 1941, connu aussi l'affaire de Casablanca en 1942. Le débarquement allié était attendu à Dakar et les autorité ont décidé d'évacuer toutes les familles de trois enfants et plus (essentiellement les familles de fonctionnaires mais aussi d'autres et même des familles de moins de trois enfants, volontaires sans doute ; les pères restaient eux sur place.)Nous étions sur le Savoie et nous avons voyagé en convoi avec deux autres paquebots et trois cargos escortés par trois bateaux de guerre (torpilleur et avisos, je crois bien). Arrivés à quai à Casa la veille au soir du débarquement allié nous avons évacué le bateau en catastrophe à 5h du matin sous les bombes pour nous réfugier dans le sous-sol d'un silo à grains sur les quais. Le cuirassé américain Massachusset prenait, parait-t-il, ce silo comme repaire pour tirer sur le cuirassé Jean-Bart accosté au même quai.Un obus de 380 a endommagé le silo mais heureusement le grain qu'il contenait s'est écoulé vers l'extérieur. En début d'après-midi une trève a eu lieu permettant notre évacuation en ville. Après un séjour de quelques mois chez l'habitant à Marrakech nous avons été rapatriés sur Dakar dans les Dakotas américains (une famille par avion, car les allemands étaient encore en Tunisie et la chasse était à craindre.
Nous avions très peu de bagages car le Savoie et les autres bateaux avaient été coulés dans le port avec toute leur cargaison (3 morts sur le Savoie). Mais à l'arrivée à Dakar nos bagages avaient considérablement grossis, comblés que nous étions de bonbons chocolats, chewing-gum et conserves en tout genres, cadeaux des américains (j'avais neuf ans et c'était le paradis).
Écrit par : SAGOT | mercredi, 09 avril 2014

J'ai écrit deux textes à la suite du vôtre mais je n'ai pas de moyens de communiquer avec vous sur ces histoires familiales de la dernière guerre ; aussi je me permets de vous communiquer mes coordonnées pour un contact éventuel :
Bertrand SAGOT 06 82 31 26 16 et sagotbertrandjulien@orange.fr (j'habite moitié à Versailles et moitié à Hatten en Alsace). Je suis âgé de 80 ans.
Écrit par : SAGOT | jeudi, 10 avril 2014

J'ai fait un unique voyage sur le Banfora. Souvenir grandiose et impérissable.
Mi-décembre, nous quittons Marseille, nous partons, ma soeur ainée, ma soeur jumelle et moi avec ma mère qui attend un bébé qui naîtra à Abidjan en 1952, rejoindre mon père déjà installé à Abidjan Nous vivons ces quelques jours de voyage dans un monde féérique pour des enfants et le comble fut pour nous, de passer Noël 1951 sur ce navire. Le père Noël, même si nous n'y croyons plus nous donne des cadeaux, les jeux et l'organisation des loisirs est extraordinaire. Quand nous rentrerons en France plus tard, c'est d'une autre planête que nous croyons arrivés.
Une violente tempête sévira lors de la traversée en Méditerrannée.
Nous ferons escale à Casablanca, découvrirons très rapidement cette ville et continuerons notre périple à bord de ce bâtiment que nous ne finirons pas d'arpenter. Manque des photos souvenirs...
Écrit par : A . Rabanel | lundi, 01 avril 2013

Bonsoir,
je suis "tombé" par hasard sur votre blog, qui m'a fait remonté 56 ans en arrière, j'ai voyagé à bord du Banfora (en compagnie de ma sœur et de ma mère), sans doute l'un de ses derniers voyages entre Marseille et Douala. Je me souviens de la seule fois où j'ai aperçu Alger et ses blanches arcades, je me souviens que nous n'avions pas eu la possibilité de descendre à terre, sans doute du fait des événements.....Casablanca, avec ses femmes voilées, ma sœur en avait tellement peur qu'elle ne cessait d'importuner Maman .... Dakar, ce fut une longue escale, le Banfora fut mis en cale sèche, pour apparemment de grosses réparations, je crois que nous sommes resté près d'un mois...... Conakry, Abidjan, peut-être Lagos.... et puis Douala, mon père étant venu nous chercher (par avion ) pour aller à Yaoundé......Deux airs de musiques de l'époque sont restés gravés dans ma mémoire : L'âme des Poètes de Trenet et Blue Diamond (de je ne sais plus qui).......elles n'avaient cessé de m'accompagner durant tout ce voyage, il y a 56 ans ....toute une vie.....comme le temps passe vite........
Écrit par : BENOIT | samedi, 16 novembre 2013

 

* Je puis communiquer à titre personnel à chacun(e) des 17 auteur(e)s de ces commentaires l'adresse "courriel" des uns et des autres.
S'adresser à   grapheus@voila.fr  ou à  dachlmat@orange.fr