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lundi, 23 mai 2016

retour de Crète

à Nicléane et Éléni,
mes compagnes de voyage

 

Ma première impulsion pour aller en Crète, il y a quinze ans, c'était le souvenir d'une lecture bien antérieure, dans les années 70, du Colosse de Maroussi d'Henri Miller, des pages de feu sur Épidaure, Mycènes et puis dans les soixante-dix pages consacrées à la Crète, huit d'un lyrisme cosmique qui narrent sa visite à Phaestos, accompagné d'un vieil homme, Kyrios Alexandros.

La pluie s'est arrêtée, les nuages se sont dispersés.
La voûte d'azur s'ouvre comme un éventail, le bleu
se décomposant en cette ultime lumière violette
qui donne à tout ce qui est grec un air sacré, naturel,
familier. En Grèce, on est pris du désir -de se baigner
dans le ciel. On voudrait se débarrasser de ses vêtements,
prendre son élan, et sauter dans l'azur. On voudrait flotter
dans les airs comme un ange, ou se coucher raidi dans l'herbe
et dans la volupté transie d'une catalepsie. Pierre et ciel,
ici, se marient. C'est ici l'aube perpétuelle du réveil de l'homme.

 Donc me voilà reparti avec cette idée qu'en Crète, " le ciel est réellement plus proche de la terre que nulle part ailleurs". J'ai laissé sur ma table le bouquin de Miller, ne glissant dans mon sac que le Guide du Routard et l'Anthologie de la poésie grecque contemporaine,— j'aurais bien aimé y ajouter la Lettre au Gréco* de Kazantzakis, mais je crains que le livre n'ait subi la purge des bouquins de poche du début d'automne.

Quelque part entre La Canée et Paléochora, à Képhali, je crois bien, un soir au coin du feu — si, si ! en mai, il peut y faire très frais,— l'Anthologie s'est ouverte sur ce texte d'Odysséus Élytis

 J'attends le jour
Où un jardin clément avalera
Les déchets de tous les siècles — le jour
Où une fille annoncera la révolution dans son corps
Beauté aux cris tremblants aux lueurs
De fruits ramenant l'histoire
À son point d'origine
                            si bien
Que les Francs sans doute s'helléniseront
Parvenant au cœur du figuier
Où leur sera dictée dans leur sommeil la perfection
Des vagues
                où d'une fissure dans leur pensée l'émanation
D'une lavande audacieuse revenue
De leur enfance ira aux espaces stellaires
Pleins de colères les apaiser.

Odysseus Élytis
Le petit marin
in Anthologie de la poésie grecque contemporaine
NRF, Poésie/Gallimard, novembre 2000.

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                                                                                                    les Gorges de Ziros à Xéromkambos

 Résonance  de cet appel aux "Francs" — les autres Européens pour Élytis — quand émerge le souvenir d'un article récent de Nicolas Weill  dans le Monde des Livres (! janvier 2016) évoquant la parution d'un bouquin récent, L'Avenir des Anciens-Oser lire les grecs et les Latins, de Pierre Judet de la Combe qui plaide, non pour un retour à des origines supposées ou à un quelconque patrimoine identitaire — nous savons dans quelles errances barbares ces retours ont fait chuter certains — mais parce que l'œuvre de la traduction se révèle essentielle dans ce travail d'ébranlement de nos certitudes, de subversion d'une langue qu'Internet voudrait réduire à l'information et à la communication.

Résonance plus intime quand un compagnon d'Éducation Populaire, très proche, suite à la publication de ce texte sur "facedebouc", m'envoie remerciement pour mon invitation à sortir une fois encore des sentiers battus par les Francs pour accéder au cœur d'Utopia.
Merci à Claude N. pour cette si juste appréhension du texte d'Élytis.

 

 

* Note bibliophilique ! : éditée chez Presse Pocket sous une couverture "dégueulasse", épuisée,  Lettre au Gréco se vend au-delà de 30 €

mercredi, 04 mai 2016

penser à nouveau à Phaestos

 

 

Quatorze jours pour arpenter ces hauteurs
"le ciel est réellement plus proche de la terre que nulle part ailleurs".

Henri Miller
Le colosse de Maroussi

mardi, 05 avril 2016

Έναντιοδρομία ou la course en sens inverse

Έναντιοδρομία
la course en sens inverse                                                                                                                           
selon Héraclite, cité par Jean Stobée*

 

rebrousser chemin
revenir sur ses pas
retourner en arrière
remonter à l'origine
retour au passé
l'éternel retour
revenir aux sources
refluer
régresser
à contre-courant
à rebours
à rebrousse-poils
à l'opposé
aller-et-retour
va-et-vient



"le soc de la charrue va d'est en ouest puis d'ouest en est puis d'est en ouest sans finir". (Pascal Quignard)

 

C'est une des notices concernant un terme parmi les plus brèves du "Bailly". Toute recherche du concept chez les spécialistes héraclitéens — les miens tout du moins : Marcel Conche, Jean Brun, Kostas Axelos, Jean-François Pradeau, Cornelius Castoriadis — est vaine. Il m'a fallu l'égarement dans le dernier "poche" de Quignard, Mourir de pensée, p. 34, pour le découvrir.

Depuis l'entrée dans ce XXIe siècle que je ne vis guère comme une joie profonde, c'est un sens qui me sied, cet à-rebours.Le peuple dit "On est de son siècle" ; si pourri fut-il, j'ai sincèrement une sympathie pour le XXe. J'y aurai vécu soixante-quatre ans et même si je m'en vas jusqu'en 2036, centenaire donc, je n'aurai séjourné en cet actuel qu'un tiers de ma vie.

Remontons donc, certains jours, ce fil des ans. Il sera redescendu plus tard.
D'ici 2040, n'est-ce pas ? j'ai l'heur de la pratiquer, cette Έναντιοδρομία.

 

 

 

*Jean Stobée, originaire de Stobi, en Macédoine, compilateur entre 450 et 500 avant notre ère, in Eclogarum physicarum et ethicarum libri, I,

mercredi, 30 mars 2016

Nerval en mars

Joseph Garoff, mon professeur de Lettres, était un grand prof. Je l'avais eu en IIIe, il m'avait entraîné à bicyclette vers la Turmelière humer l'enfance de Joachim Du Bellay ; en 1953/1954, il plaçait déjà Gérard de Nerval dans le quintette des grands Romantiques, aux côtés de Lamartine, Hugo, Vigny et Musset. J'ai toujours mon cahier de littérature des XVIII et XIXèmes siècles. Où avait-il puisé ce qu'il nous enseignait ? Dans ces années-là, le Lagarde et Michard de l'enseignement public n'était pas plus en avance sur le "gentil Gérard" que le Manuel de littérature du chanoine Des Granges qui sévissait dans l'enseignement dit "libre".
La mise en mineur du grand Romantique aurait sévi jusqu'à la fin de la décade des années 60.

Où Garoff avait-il donc puisé le matériau pour son cours ?

EL DESDICHADO
est le seul sonnet tant murmuré dans les songeries adolescentes, qu'aujourd'hui encore je puis le dire de mémoire — un des plus grands sonnets de notre langue :

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l’inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :

Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.


Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.



Suis-je Amour ou Phœbus ?… Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;

J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène…



Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

 

Dans Gênes, sous-titré L’épine d’Ispahan, le plus long récit (170 pages) de BOURLINGUER, Cendrars vient de citer en son entier la sixième Chimère, Artémis, illustrant son deuxième péché capital, la Luxure (fornicatio) ; il renvoie par un astérique à la note 9.

La Treizième revient... C’est encor la première ;
Et c’est toujours la seule, — ou c’est le seul moment ;
Car es-tu reine, ô toi ! la première ou dernière ?
Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant ?...

Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;
Celle que j’aimai seul m’aime encor tendrement :
C’est la mort — ou la morte... Ô délice ! ô tourment !
La rose qu’elle tient, c’est la rose trémière.

Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,
Rose au cœur violet, fleur de sainte Gudule,
As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux ?

Roses blanches, tombez ! vous insultez nos dieux ;
Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle ;
— La sainte de l’abîme est plus sainte à mes yeux !

Voici la note :

 ....Cher  Gérard de Nerval,  homme des foules, noctambule, argotier, rêveur impénitent, amant  neurasthénique des petits théâtres de la capitale et des grandes nécropoles d'Orient, architecte du temple de Salomon, traducteur du Faust, secrétaire  intime de la  reine de Saba, druide et eubage, tendre vagabond de l'Ile-de-France, dernier des Valois, enfant de Paris, bouche  d'or, tu t'es pendu dans une bouche d'égout après avoir projeté au ciel de la  poésie, devant lequel ton ombre se balance et ne cesse de grandir entre Notre-Dame et Saint-Merry, les Chimères de  feu qui parcourent ce carré du ciel en tous sens comme six comètes, échevelées et consternantes. En faisant appel à l'Esprit nouveau tu as troublé pour toujours la sensibilité  moderne :  l'homme d'aujourd'hui ne pourra plus  vivre sans cette angoisse :

L'aigle a déjà passé, l'esprit nouveau m'appelle...
Horus, str. III, v. 9

Qu'il me soit permis de citer encore une strophe qui, avec d'autres vers épars dans les Chimères, est une des clefs secrètes du présent récit :

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as  consolé
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie
La  fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé
Et la treille où le pampre à la rose s'allie

El Desdischado, str. II, v. 5 à 8

Blaise   CENDRARS
BOURLINGUER   —  "Gênes"
Notes  pour  le  lecteur  inconnu
p.  267-268, 9.

 

 Et voilà que plus de soixante après, lors des Mardis littéraires de l'Université Permanente de Nantes débarque Agnès Spiquel, qui en quatre leçons magistrales nous a ouvert des perspectives très neuves portées par une parole passionnée sur un Nerval révolté, fils de Cain, retiré dans les entrailles en flamme de la Terre, dont la filiation est la cohorte de ceux qui refusent et le dieu et le roi, enfants du feu opposés aux enfants du Limon,les fils d'Abel.

• Nerval ? la quête de l'étoile (1) - le "gentil" Nerval.
L'itinéraire personnel et littéraire de celui en qui ses contemporains ont vu un doux rêveur, un poète de second plan, sans percevoir combien il était marqué au sceau de l'incandescence - rêve, désespoir, folie.
• Nerval, la quête de l'étoile (2) - à travers l'espace et le temps
Comment Nerval explore passionnément les « ailleurs » de l'espace et du temps : les bas-fonds et les environs de Paris, le Valois, l'Italie, l'Orient - et aussi les coutumes du passé, les mythes et croyances des civilisations anciennes ; comment son écriture rend limpide le déchiffrement de ce réel travaillé par le rêve.
(Promenades et souvenirs ; Nuits d'octobre ; Voyage en Orient)
• Nerval, la quête de l'étoile (3) - les enfants du feu.
Comment le mythe des enfants du feu, établi dans l'un des contes du Voyage en Orient, se déploie dans les nouvelles des Filles du feu et quels en sont les enjeux pour l'humanité et pour le poète.
• Nerval, la quête de l'étoile (4) - des Chimères à Aurélia.
Comment le bref recueil poétique des Chimères, qui vient clore Les Filles du feu, retrace à la fois l'itinéraire d'un « je » marqué par le deuil et la révolte, et celui d'une humanité en quête de sens ; et comment on peut le faire dialoguer avec Aurélia (qui le suit de près) où Nerval retrace une expérience de descente aux enfers de la folie, la quête d'un féminin salvateur et les voies mystérieuses du salut pour celui qui a tout perdu, le déshérité, « El Desdichado ». »

Je relis enfin les cinq sonnets du Christ au Mont des Oliviers, abandonnés depuis soixante-trois ans, peut-être parce que ils m'étaient illisibles, embrumés par je sais trop quelle espérance,

En cherchant l'œil de dieu, je n'ai vu qu'un orbite
Vaste, noir et sans fond, d'où la nuit qui l'habite
Rayonne sur le monde, et s'épaissit toujours...

S'éloignant de la folie et du deuil, revient la douce nostalgie d'une adolescence amoureuse,

Puis une dame à sa haute fenêtre,
Blonde* aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que, dans une autre existence peut-être,
J'ai déjà vue... et dont je me souviens !

Fantaisie, in Odelettes

 

En quittant l'amphi Kernéis, hier soir, je n'ai pu m'empêcher de remettre à Agnès Spiquel — elle avait sollicité nos réactions de lecteurs : je n'ai pas osé la questionner sur la filiation entre Nerval et Théophile de Viau, autre fils de Caïn — auteur des dix Odes de la Maison de Sylvie, écrites lors de son incarcération à la Conciergerie en 1623 —, la Note au lecteur inconnu de Cendrars, citée plus haut, et naguère dans ce blogue à la date du 28 décembre 2005.

Je lui ai glissé, quasi en catimini, un "pos-it" gauchement rédigé sur ce qui m'intrigua toujours de ces deux premières phrases d'Aurélia :

Le Rêve est une seconde vie. Je n'ai pu percer sans frémir ces portes d'ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible.

et dont je n'ai trouvé la source que ces dernières années en reprenant Homère lors un atelier de Grec Ancien,

δοιαὶ γάρ τε πύλαι ἀμενηνῶν εἰσὶν ὀνείρων·
αἱ μὲν γὰρ κεράεσσι τετεύχαται, αἱ δ᾽ ἐλέφαντι·

Il est deux portes dans le vacillement des Rêves,
l'une étant de corne, l'autre est d'ivoire.

C'est au Chant XIX de l'Odyssée : Pénélope s'entretient du rêve d'un Retour, avec Ulysse qu'elle n'a pas encore reconnu.

 

À l'instar de Virgile — Énéide, VI, 894 — Gérard avait attentivement lu Homère.

 

*Ma liberté de lecteur licencieux m'aurait bien fait substituer à "Blonde" le qualificatif "Brune" ; le décasyllabe en eût été respecté.

Brune aux yeux noirs en ses habits anciens.

lundi, 21 mars 2016

au petit matin

 

Deux mots, ce matin entendus avant le lever du soleil, Altérité et Généalogie d'un territoire, deux mots qui me renvoient aux premiers mois du jeune adulte que je deviens, parce que, soixante déjà, c'est le grand départ vers l'Altérité, l'Autre et vers des territoires ignorés quasi inconnus dont la mince cartographie se résume à un carte Michelin bien succincte.


L'altérité — donc l' ÉTRANGER que je vas devenir, — pas l'autre, mais moi, l'étranger isolé seul chez les barbares dans ces paysages inconnus, ces odeurs nouvelles et cet intime qui va s'ouvrir, qui s'ouvre, la Barbare, Femme première qui va m'ouvrir, s'offrir, sans soumission, parfois avec rudesse dans sa tendresse — Jeune voyageur sorti des brumes que sais-tu de l'univers des Autres ? —  le monde ignoré de ces cartographies que mes maitres ne m'ont point enseignées

dimanche, 21 février 2016

un festival à reculons, et puis....

J'y allais vraiment à reculons à ce Festival Cable#9 qui en est donc à sa 9e année et que j'avais jusqu'à ce février 2016 totalement ignoré. Sans doute trop "in" et anglophile en ses éditions précédentes — c'est le dépliant de la Maison de la Poésie et l'annonce d'un concert "Gesualdo Madrigaux pour 5 guitares" au Lieu Unique qui m'ont rendu plus aigü le regard. Je choisis donc le "I am setting in a hotel room", pour écouter ce que pouvait me dire dans une chambre de l'Hôtel Pommeraye un homme qui, se disant poète, écrit à propos de son œuvre, entre autres, ceci :

Ces fragments, qu'il monte et lie, configurent un ensemble abusivement stable et non moins propre à laisser béant, parmi les mots, dans l'intervalle entre eux, dans le silence et le blanc, du vide indéfini. Il est par là question d'ouvrir à la rupture du rapport d'appartenance du texte à son genre, de l'écriture à son auteur, et du livre à lui-même.

Dans le hall de l'hôtel, suivant scrupuleusement les consignes du dépliant publicitaire — Présentez-vous à l'accueil pour vous voir attribuer de manière aléatoire la clé de l'une des chambres investies par un artiste pour 10 à 20 minutes : courtes performances, diffusions, concerts, surprises de chambre pour 1 personne uniquement —  j'eus la chambre de repli que j'avais envisagée, la 108,

Depuis plus d’une vingtaine d’année, à l’écoute du paysage et de son environnement, Eric La Casa* interroge la perception du réel et élargit la question du musical aujourd’hui. Par son approche esthétique de la prise de son, et par ses processus in-situ d’écoute, il crée des formes (d’attention) qui active notre écoute et renouvelle notre relation à l’espace.

Les 30 minutes de notre rencontre m'ont fait sortir rasséréné ; j'ai oublié mon poète abscons ; Éric La Casa, "l'artiste" de la chambre  108, m'avait proposé deux écoutes : le boogie-woogie** d'un train qui m'a balancé dans la Prose du Transsibérien de Cendrars et une valse automobile à deux temps ; nous avions partagé nos lectures communes — le Paysage Sonore de Murray Schafer,  le Traité des objets musicaux de Pierre Schaeffer— évoqué nos écoutes anciennes — Luc Ferrari, ses Presque rien des années 60/70 et sa Promenade Symphonique dans un Paysage Musical ou Un jour de fête à El Oued en 1976 ; La Casa poursuit avec rigueur et passion les travaux entrepris par Schaeffer et Ferrari ; je me suis souvenu d'une bande magnétique enregistrée sur mon UHER 4000 avec un vieux micro Bayer, le nec plus ultra des années 70 ; j'avais recueilli, lors d'une session "Musique et Sons" à Marly-le-Roi, les bruits — non, les sons — du chantier naval du Confluent à Morecourt sur les rives de Seine ; je les avais agencés en sept séquences :

Séquence I : arrivée sur le chantier
Séquence II : Le siffleur à la perceuse
Séquence III : Sur l'eau et au bord
Séquence IV : Paroles d'ouvriers
Séquence V : Compresseur et gargouilles
Séquence : VI Duo pour deux machines
Séquence VII : Remembrances d'un vieux batelier,

j'avais nommé le tout Symphonie pour un Chantier de Batellerie.

Je suis sorti de l'hôtel par la rue Boileau, descendu la rue Crébillon, ré-écouté "MA" ville, un orphéon jouait Place Royale et il y avait encore des CRS, casqués, masqués, bottés, boucliers haut-levés, ils bloquaient l'Allée d'Orléans, ils m'ont laissé passer, quelques paysans manifestaient paisiblement, cours des Cinquante-Otages, leurs grandes affiches placardées à même le sol humide.

Oui, je ré-écoutais ma ville, ré-inventais son espace ; l'avertisseur sonore des tramways tintinnabulait dans le petit crachin qui n'avait cessé depuis le matin. Les.................... qui bloquaient l'Allée d'Orléans s'étaient évanouis.

Je me suis promis d'être plus attentif à l'annonce du Festival Cable#10 en 2017.

J'étais heureux.

 

 

 *Le site d'ÉRIC LA CASA et sur YouTube.  Il intervient aussi sur France Cul.

**Le terme « boogie-woogie » vient d'une image se référant au rythme très caractéristique des trains (tadam...tadam....tadam...). Ce bruit vient des roues du train qui passent avec un petit à-coup d'un rail à un autre (les jointures étant très sommaires). Or les essieux sont groupés par deux au sein d'un bogie (boogie en anglais), supportant le wagon, d'où la double percussion répétitive (définition sur wikipédia)

Nota-Bene : je suis parfois trop héllénisant ou...latinisant, selon ; mais le dépliant du festival est d'une anglophilie surabondante et indigeste :

Festival CABLE#, something for everybody. Enjoy !

mercredi, 17 février 2016

justesse de Quignard

quignard001.jpg

 Quand Quignard se mêle de n'être plus abscons — ce qu'il est parfois à longueur de lignes — il peut être, hellénisant,  d'une fine justesse : ainsi citant Plutarque, dans la Gloire des Athéniens *, il mène, dans la dernière Note du livre ci-contre, une réflexion sur peintres — ζωγράφοι, zôgraphoi — et écrivains (aèdes, poètes, historiens ?) — λόγοι, gens du verbe — à propos de l'histoire en se centrant sur les deux participes du verbe "devenir, s'accomplir" : le participe présent, γινομένας, devenant, s'accomplissant, et le participe passé, γεγενημένας, étant devenus, s'étant accomplis.

ἃς γὰρ οἱ ζωγράφοι πράξεις ὡς γινομένας δεικνύουσι, ταύτας οἱ λόγοι γεγενημένας διηγοῦνται καὶ συγγράφουσιν.
Les peintres montrent les événements comme s'accomplissant, les historiens les racontent et les écrivent comme s'étant accomplis.

Il ajoute de suite :
L'Histoire, c'est la mort qui crie.

 

Cette courte publication est annoncée étant la transcription d'une conférence sur la peinture antique rédigée en sept notes. Il est à remarquer que le titre "Sur l'image..." reprend une forme  dont Plutarque use fréquemment pour titrer ses œuvres.

N'est-ce point l'aigu dilemme de ces jours que nous vivons, nous mortels du XXIe siècle, entre l'image et le mot :

L'image voit ce qui manque.
Le mot nomme ce qui fut.

 

 

 * PLUTARQUE, Œuvres morales, Si les Athéniens se sont plus illustrés à la guerre que dans les lettres, III.
Quignard condense avec belle vigueur en Gloire des Athéniens le titre du traité du Grec.

La couverture du bouquin est "sortie" d'une fresque de Pompéï montrant Merméros, l'un des enfants de Médée, jouant aux osselets.

lundi, 15 février 2016

une belle nuit

Achever la journée d'hier sur l'idée d'une communauté de solitaires de Quignard, les ruines de Port-Royal, les baraques de son lycée du Havre et la tasse à café que le musicien Giacomo Meyerbeer offrit à son arrière-grand-père, Julien Quignard, organiste de Saint-Pierre d'Ancenis et inaugurer l'aube de ce jour en écoutant Michel Zink commenter une pastourelle de Marcabru à laquelle il ajoute une chanson d'aube, non à l'adresse d'une gracieuse bergère, mais à celle d'une rustique, sinon grotesque, porchère, permit, entre ces quelques siècles de distance, une courte nuit de profond sommeil.

 

mercredi, 03 février 2016

l'altérité en "confidence partagée"

Mon cœur est pareil au cœur de l’arbre. Les phases de croissance ne modifient pas sa texture initiale. Les rencontres fondamentales sont là intactes depuis le début de la vie. Je me souviens des amours d’enfance, aux rives de Vilaine, amoureux de la fille du boucher et de celle du boulanger.

L’autre, sa rencontre.

Bongouanou, quatre mille habitants habitants, à égale distance entre Abidjan et Bouaké. L’école installée par la mission catholique. Ici le directeur de l’école publique est noir. Pas de concurrence entre nous… par équipes de foot interposées, peut-être ? Je suis le Blofouô, Le directeur Blofouô : l’étranger venu des brumes en Agni.
J’enseigne, pas vraiment à la manière « ton ancêtre le gaulois », non, j’essaie des trucs différents. Ce samedi après midi, je me déplace pour voir… rechercher des enfants pas encore scolarisés.  Je marche dans un entrelacs de cours et de cases. Chaque groupe familial possède ses cases avec plusieurs cours les séparant. Ici on parle Agni, mais je ne me débrouille pas encore. Mes élèves de fin d’étude primaire vont me l’enseigner. Et puis, nous chercherons ensemble et dans leur langue à passer de l’oralité à l’écrit.
Je marche, le sol craque, le soleil… peu de vent, c’est tranquille, les chiens me suivent.
« Que fait ton garçon… il va à l’école ? » et c’est ainsi de case en cours.
 Éduquer…VRP Blofouô pour la maison Jésus.
AMA me regarde prospecter. Aînée du chef de la Terre elle dirige le groupe des jeunes filles du village. Elle sait la danse et sa voix perchée là-haut indique aux autres les changements, la nuance. À chacune le moment venu, le pas à adopter, le chant à déclamer.
AMA me regarde et je ne le sais pas, elle me fait face à présent frôlant le beige de la chemise contournée. Les deux doigts conjoints portés à sa bouche réclame la Gauloise, je lui offre la cigarette demandée. Regards échangés au moment où elle se retire de l’allumette que mes mains entourent. Elle sourit en dégustant la première taffe, et s’éclipse au cœur d’une odeur d’allumette craquée. Le gris du tabac m’enfume laissant entrevoir l'ample balancement de ses hanches. Elle part en fumée, se retourne pour à nouveau s’étourdir du caporal supérieur. Adossée au mur de la case elle me fixe… Coup de foudre. Sa beauté entêtante nourrit durant plusieurs jours mes craintes et mes envies. Pas facile à gérer… nous ne nous parlons pas, nous nous mangeons, attirés physiquement l’un l’autre. AMA n’est pas Mousso, comme ces jeunes célibataires offertes aux coopérants. Sa beauté me fascine, je vais avoir vingt ans et vis ici une enivrante secousse amoureuse, la première. Pour AMA, pareil… coup de foudre réciproque. Notre histoire se construit au fil des jours…
Un grattement à la porte de ma case me réveillera une nuit. AMA mandate un jeune émissaire pour colporter son envie et le souhait de me rejoindre. Je ne suis pas acclimaté. Le noir de sa peau m’impose une douce et respectueuse retenue. Je ne suis pas encore acclimaté à cette proximité. Nous ne ferons pas l’amour tout de suite. Sa beauté me fascine et nos frissons impriment mille instants inoubliables. Ce métissage nous comble trois années. Nous évoquons l’enfant… Et plus rien… Survient l’Algérie… la mobilisation, je quitte AMA. Une seule correspondance tempère l’inconsolable déchirure…  "Tu pars, je suis heureuse… j’ai ton visage dans mes mains".

 

 

Bouguenais, 27 Octobre 2008


Un récit réécrit par Jean Louis LE VALLÉGANT,
pour les "Confidences Sonores Partagées" à Bouguenais en octobre 2008
ré
ajusté par celui qui fut le jeune "Blofouô".


Après la représentation de "P'tit Gus",
lors des Voix Bretonnes, au Château des Ducs,
le samedi 30 janvier 2016.

 

vendredi, 29 janvier 2016

pour inaugurer ce blogue en 2016

La désobéissance citoyenne, qu'est-ce ?

 Pour celles et ceux qui n'ont pu écouter France Cul hier matin, ni charger le podcast du journal de 7 heures.


"La désobéissance citoyenne, c'est le refus volontaire, ostensible, public, de remplir une obligation légale au motif qu'elle viole un principe supérieur. Elle se fonde dans la confiance en soi, tranquille détermination qui encourage l'individu à refuser la loi si en son âme et conscience, s'il la juge injuste.
La désobéissance citoyenne, ce n'est pas un refus, ce n'est même pas une limite de la démocratie, elle en appelle toujours à l'extension, à la préservation des droits et des libertés de tous et toutes.. Elle est aussi le révélateur de dernier recours de la dégradation de la démocratie.
Donc pourquoi désobéir en démocratie : justement on ne désobéit qu'en démocratie. On a, non seulement le droit, mais le devoir de résister, de désobéir lorsqu'un pouvoir agit contre ses propres principes et menace ce pour quoi il a eu notre consentement et notre voix."

Sandra Laugier, philosophe,

Appelée à réagir à l'actualité lors du journal de 7 heures sur France Cul, le 28 janvier 2016, elle fera référence à Henry David Thoreau et à son livre Walden ou la Vie dans les bois, à certains zadites de la Noé-Verte sur N-D des Landes, à Rosa Parks, cette couturière noire qui, en 1955, refusa de céder sa place à un passager blanc dans un autobus de Montgomery en Alabama, au départ récent de Taubira du gouvernement Valls.

jeudi, 03 décembre 2015

mon compagnon bas-poitevin, Burneau le conteur

Certes Claude était conteur, il était aussi poète, théâtreux, photographe.
Il fut éditeur ; de ce temps, où il fallait braver la grande machine à broyer éditoriale avec l'aide toute aussi courageuse de modestes imprimeurs locaux. C'était SOC & FOC. J'ai toujours pensé que ce nom qu'il avait élu était pour lui alliance de la terre et de la mer. Les rivages qui l'avaient vu naître, le bocage où il vivait.
La charrue et la voile.

Il aimait Yeu, son île poitevine. En 2006, il lui avait consacré un mince recueil de photographies soutenues par des haïku. Il rassemblait ainsi une des îles du finisterre occidental et l'une des formes écrites de l'orient extrême. Il avait un côté héraclitéen.

Ses outils furent le crayon et la voix, les tréteaux du comédien et la chaise du conteur, la machine à écrire et le clavier de l'ordinateur.

 

Nous fûmes compagnons que l'on dit d'Éducation Populaire : nous avons accompagné des femmes, des hommes, des jeunes et des plus âgés, des paysans et des ouvriers, des ouvrières et des paysannes sur les chemins de leurs lectures et de leurs écritures, dans la fabrique de leurs poèmes et le façonnage de leurs histoires de vie.

 

"Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n'est pas le silence. Qu'en est-il alors ?" écrit René Char.

À la lueur de cette citation, je veux donner à lire ce texte tiré d'un minuscule recueil Fétus, tapé à la machine et relié à la main, il me l'avait offert au tout commencement de notre compagnonnage en 86.
Mon compagnon bas-poitevin était souvent dans les parages de Ponge.


LA NÈFLE

La nèfle est fruit de l'attente. Quand l'automne agonise, elle pend là, au bout d'une branche nue, au détour d'un chemin buissonnier. Vous la croyez à point, mais elle résiste sous vos doigts, plus dure qu'une pierre. Non, il vous faudra encore patienter, jusqu'aux
premières gelées blanches. Quand la nature s'engourdit, la nèfle, elle, s'épanouit. Disons-le tout net: elle pourrit. C'est dans cet état, et dans cet état seulement, qu'elle est comestible.

Mais alors, quel régal : déguster une nèfle est un plaisir raffiné. Sachez que sa saveur se
mérite : il lui faut le temps du rite. Vous saisissez le fruit entre le pouce et l'index, délicatement, car il se déforme sous la pression de vos doigts, vous incisez sa  peau flétrie d'un coup de dents sec et par le petit orifice ainsi pratiqué, vous sucez la chair délicate jusqu'à ce que vos lèvres devinent de petits glands tout durs que vous amenez entre langue et palais pour les débarrasser de leur gangue sucrée avant de les recracher.

Parfois une parcelle de chair ambrée se glisse sous votre ongle. Vous le curez longuement entre ves incisives et faites durer le plaisir tout au long de votre promenade. Car la nèfle est la compagne idéale de la marche : discrète, secrète, fraîche sous la rosée. Sa consommation sur toile cirée, ou formica, serait sacrilège. Même les guêpes vous le diront.

 

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Il avait poussé très loin cette démarche "pongienne" de la Fabrique du pré, photographiant chaque jour, une année durant en 2012, la prairie qui jouxtait sa maison, dans un blogue livré à nos regards et ouvert à nos commentaires, Tant va le temps

Que ce soit sur les estrans de son île bien aimée, que ce soit dans les petits matins de sa voisine la prairie, il me laisse ceci :

Là, devant ta main
attendent tant de merveilles
à toi de les lire —

 

en guise de faire-part
par un modeste écrivailleur
haut-breton

 

* Visiter Soc & Foc

 

jeudi, 26 novembre 2015

c'était déjà un temps de guerre

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                                                                                 si brève la folle tendresse

samedi, 14 novembre 2015

noire dignité pour repousser la peur

 

 

 

 

 

 

19:36 Publié dans Les graves | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 03 novembre 2015

une si grossière erreur

Elle a duré plus de soixante-cinq ans.
Depuis les premiers émois amoureux et les premières lectures de Joachim.
Après le petit Lyré et la douceur angevine, entre les Ceux qui sont amoureux et les Messer non ou bien les Messer si, entre un conclave enserré et dix cardinaux en vente, il y avait ceci, tout ceci :

 

Ô beaux cheveux d’argent mignonnement retors !
Ô front crêpe et serein ! et vous, face dorée !
Ô beaux yeux de cristal ! Ô grand’bouche honorée,
Qui d’un large repli retrousses tes deux bords !

Ô belles dents d’ébène ! Ô précieux trésors,
Qui faites d’un seul ris toute âme enamourée !
Ô gorge damasquine en cent plis figurée !
Et vous, beaux grands tétins, dignes d’un si beau corps !

Ô beaux ongles dorés ! ô main courte et grassette !
Ô cuisse délicate ! et vous, jambe grossette,
Et ce que je ne puis honnêtement nommer !

Ô beau corps transparent ! ô beaux membres de glace !
Ô divines beautés ! pardonnez-moi, de grâce,
Si, pour être mortel, je ne vous ose aimer. 

 

Tout ceci : qui rassemblait ce qui était visible et ce qui était invisible, connu et inconnu, su et seulement deviné et, ce qui ne pouvait être honnêtement nommé... L'enrobage litanique, ces Ô et ces ! à chaque vers, sinon même à chaque hémistiche, aggravait l'émotion. Aucune laideur n'était envisageable.

Le "prof" pouvait bien parler de pétrarquisme, de préciosité, demeurait le mystère de la gorge damasquine, des grands beaux tétins — Ô ces tétins ! — de la délicate cuisse ; sur la chose innomée, étaient posés des mots lus ailleurs, dans la clandestinité des poèmes non autorisés ou dans la banalité triviale du dictionnaire de langue française : le mont de Vénus, le sadinet, la vulve.

Quand la plus Belle et Première dévoila ses secrets, le poème, n'étant que littérature, fut mis de côté.
Plus tard repris et relu, il prit rang dans la poésie érotique de qualité. Le Pétrarquisme masquait toujours les "laideurs" (!) que ce diable de Joachim, dans son mépris pour toutes les pompes romaines et vaticanes, avait subrepticement glissées.

Me souviens que seules m'avaient longtemps interloqué les belles dents d'ébène.

 

* Le sonnet est le 91e (XCI) des Regrets.

lundi, 02 novembre 2015

Il y a soixante ans...

 

Il y a dix ans, je fus très prolixe sur ce blogue : trois ou quatre notes publiées entre le 20 octobre et le 2 novembre 2005 pour "célébrer" le cinquantenaire de mon premier grand voyage.

La première note, du 20 octobre qui évoque la préparation :

Ce jour du 19 octobre 1955, il a préparé sa belle cantine neuve, riche de toutes les rouilles et cabossés à venir ; la veille, il a peint avec soin, sur la tôle verte, son prénom et son nom, Ancenis d'où il part, Bongouanou où il va. Sa mère lui a préparé, une fois encore, son "trousseau"...

La seconde du 2 novembre 2005, qui relate cette missive du 2 novembre 1955, missive rédigée en style quasi télégraphique, et sur la fin du voyage, et sur les premières heures enchantées, griffonnée d'un stylo qui s'assèche d'avoir trop tracé l'exotisme de longues lettres postées de Casablanca, de Dakar, de Conakry, de Sassandra, durant ces onze jours de voyage maritime :

Deux novembre, arrivée à Abidjan. Tout va très bien, accueil chaleureux... Lettre suit. Bons baisers.

Paradoxal d'évoquer ce vécu d'il y a soixante ans quand ces jours-ci de cure thermale sont centrés sur la lecture des Regrets de Joachim Du Bellay, "journal" poétique d'une nostalgie qui baigna mon adolescence et que je n'ai que si peu éprouvée ensuite lors de mes parcours terrestres et marins.

Si peu, mais parfois : ainsi cet après-midi du 3 novembre qui suit mon arrivée, je m'écroule en larmes dans un jardin d'Abidjan-Plateau, désemparé par le sentiment intense oscillant entre la solitude et l'égarement.

Parti, soit, mais pas encore arrivé...

Cet ébranlement, aujourd'hui encore, d'être, sur terre, partout chez moi et cependant toujours l'étranger.

 

à Loïc qui fut l'un des destinataires préférés de ces lettres "exotiques", nous souvenant d'Hélène, notre grande-tante, qui, fille de modestes paysans des Marches de Bretagne et du Bas-Poitou, partit vers les années 1890 pour les îles de Papouasie, nous ouvrant les horizons du monde.