dimanche, 20 décembre 2009
en lisant Polastron
Quand le liseur parcourt cinq cents ans en quarante pages dans les incendies et les massacres, il se perd allègrement dans l'énumération des "Ibn" et des "Al" — nous en sommes à l'Islam des origines, chapitre IV — qui brûlent les bibliothèques, coupent les têtes pour en ériger des tours — sept cent cinquante têtes par tour —, tous événements qui obligent des scribes, des calligraphes, du moins ceux qui n'ont pas eu la tête tranchée, à recopier à longueur de nuits et de jours les livres qui vont resurgir dans d'autres bibliothèques aussitôt incendiées.
Dans les flammes et le sang, au détour d'un paragraphe qui a érigé en deux pages les forteresses de l'État des Assassins abritant des collections d'ouvrages les plus divers, une halte souriante qui apaise le liseur :
« On croirait voir Montaigne tombé dans le chaudron de Wagner. »
Aucune référence dans cette note à un anti-islam, souvent de mode par les temps qui courent.
Polastron lui-même clôt son chapitre IV par une phrase empreinte d'un sain esprit laïc :
« Les schismes et les blocages dus à la religion causèrent plus fréquemment la perte des bibliothèques arabo-musulmanes que la bêtise pure, comme les conflits européens pour la foi* sauront le faire. »
* Le liseur souligne.
Rappel : Livres en feu, Lucien X. Polastron, Folio Essais n°519, Denoêl, 2009.
16:48 Publié dans Les antiques, les lectures | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 19 décembre 2009
"Copenhague" en jus de boudin
Ces messieurs annoncent soit un accord "significatif mais insuffisant", soit un accord "positif mais pas parfait".
Pour pallier la banalité de la langue de bois et assumer modestement notre citoyenneté planétaire, la brièveté du poète :
Dans nos jardins se préparent des forêts.
René Char
Les compagnons dans le jardin
La Parole en archipel
09:59 Publié dans Char à nos côtés, les civiques, "Poètes, vos papiers !" | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 18 décembre 2009
de menus bonheurs
Hier soir, nous sommes allés au Cinématographe — le Celtic de mes enfances buissonnières — voir La Comtesse aux pieds nus de Mankiewicz, un bonheur des années cinquante quand Ava Gardner troublait l'adolescence.
Eh bien, cinquante-cinq ans plus tard, c'est sans doute la déception du technicolor — pourquoi avoir rêvé Ava en noir et blanc ? — mais c'est surtout la profonde fascination pour un homme en trench-coat sous la pluie, à l'écart, un homme qui, une fois, deux fois, plus peut-être, a, dans ce film, l'un parmi les plus beaux gestes qu'un homme peut avoir à l'égard d'une femme : poser doucement ses deux mains sur les épaules de l'amie.
Cet homme : Humphrey Bogart.
Et ce matin, dans le panier du marché, je rapporte, entre la botte de choux-verts, la betterave rouge et la mâche, une poignée de Deglet-Nour. La vraie, l'unique, la datte des Zibans. Moelleux et fondant doigt de lumière.
Entre Star Melouk et Sidi Barkat, Biskra ma si douce !
Quand nous enserre, ici, un froid polaire.

Le solstice sera-t-il donc ensoleilé ?
17:00 Publié dans les diverses, Parfois un film | Lien permanent | Commentaires (2)
jeudi, 17 décembre 2009
tout tourneboulé
Hallucination !

10:05 Publié dans les lectures, "Poètes, vos papiers !" | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 16 décembre 2009
"Copenhague" VII
Ne permettons pas qu'on nous enlève la part de la nature que nous renfermons. N'en perdons pas une étamine, n'en cédons pas un gravier d'eau.
René Char
Les compagnons dans le jardin,
La parole en archipel.
23:09 Publié dans Char à nos côtés, les civiques, "Poètes, vos papiers !" | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 15 décembre 2009
"Copenhague" VI
à Ja et Pi, compagnons de marche
Je pensais un peu vaine la publication de ces notes, appuyées sur des textes de René Char que j'estime empreints d'une sagesse enracinée dans une pensée terrienne qui n'est pas si éloignée d'un sens cosmique que seuls détiennent les laboureurs, les marcheurs et les jardiniers. Sinon tous, du moins les attentifs.
Ce matin, ma crainte a été démentie, lors de notre marche hebdomadaire dans la vallée, blanche de givre ensoleillé.
Alors, quand s'annonce la déglingue d'une conférence mondiale qui risque l'échec, il est peut-être nécessaire de continuer la profération du philosophe et poète :
Pour l'ère qui s'ouvre : « À la fin était le poison. Rien ne pouvait s'obtenir sans lui. Pas le moindre viatique humain. Pas la plus palpable récolte. » Ainsi fulmine la terre glauque.
René Char
Pause au château cloaque,
Retour amont.
19:48 Publié dans Char à nos côtés, les civiques, "Poètes, vos papiers !" | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 14 décembre 2009
ce pourrait être une banale histoire de... mais
« C'est un feu dévastateur, c'est un viol immense de la paix humaine, avec tout à coup de ces agenouillements au bord de l'abîme dont le seul Claudel a le secret ; c'est aussi un ramage sublime »....
Stanislas Fumet
C'était Partage de midi de ce sacré foutu Claudel... Paul, évidemment. C'était sur France Cul, hier au soir. Il est toujours possible de réécouter, une semaine durant, ce grand charroi de mots, d'amour trompé, d'amour trompeur, de mer, dans l'écrasement d'un soleil tropical. Et la mort qui rôde !
Dommage que dieu et sa grâce y soient parfois envahissants. Mais le parfum de la Faute sublime le verbe. Ah ! et cette "Odor di femina" ! N'est-ce pas ?
18:42 Publié dans "Poètes, vos papiers !" | Lien permanent | Commentaires (0)


