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mardi, 13 novembre 2007

Camus à propos du bouquin de Berger sur Char

Centenaire René CHAR

Cabris, le 25 février 1951

... J'ai lu rapidement avant mon départ, pour le laisser à Francine qui me le demandait, le livre de Berger. C'est bien qu'il ait été fait, le choix des poèmes est efficace. Je regrette peut-être que Berger vous ait parfois paraphrasé, dans sa prose, au lieu de conduire le lecteur pas à pas. Il s'agissait de vous traduire en langage critique, non de vous répéter. Après tout, la poésie c'est vous. La prophétie, c'est vous.
Je le comprends d'ailleurs. Certaines œuvres, si on sait les aimer, il est impossible de s'en défendre, d'inventer pour elles un nouveau langage. Elles ne sont grandes que parce qu'elles ont créé leur propre langage et démontrent par là qu'elles ne pourraient être, ni parler, autrement. Au reste, Berger a réussi l'essentiel, faire comprendre la signification présente, et décisive, de votre œuvre.
Albert Camus


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Il s'agit bien du n°22 de la collection Seghers "Poètes d'aujourd'hui". L'exemplaire que j'ai date du second trimestre 1953 : la linguistique n'est pas encore à l'œuvre dans l'approche critique des poètes, même si l'essai de Georges Mounin, Avez-vous lu Char ? est paru en 1946.
Je ne pense pas que cette démarche soit déjà dans le projet éditorial de Pierre Seghers : « Rapprocher les poètes de leur public ».

Quand je feuillette les bouquins de la collection, je ressens bien la critique de Camus : la langue du poète imprègne celle du commentateur :
Charbonnier, qui pourtant rompt la charte éditoriale, avec Artaud, René Micha avec Jouve, Soupault avec Lautréamont, Théophile Briant avec Saint-Pol-Roux, Manoll avec Cadou sont plus dans la paraphrase identitaire, le commentaire chaleureux que dans la démarche critique que souhaite Camus. Même beaucoup plus tard, en 1975 : il suffit de feuilleter le Michel Deguy par Pascal Quignard.
Je reviendrai sur quelques-uns quand j'aurai mené à bon port mon projet de parcourir les cinquante et deux Seghers qui m'attendent sur l'étagère des Poètes d'aujourd'hui. J'en suis encore à Pierre-Jean Jouve, le seizième précédant Pessoa et... Reverdy — celui-là, j'appréhende vraiment, il va me falloir me faire "aider" !

Pour celles et ceux qui souhaiteraient lire ou... relire les quinze bouquins déjà présentés, il suffit de cliquer dans la catégorie "Poètes, vos papiers !" : toutes les notes.
Moi-même, c'est clair, je n'y échappe point à l'imprégnation et du poète et de son commentateur !

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