mardi, 13 décembre 2005
Pallier une loi ou pallier à une loi ?
Dans ma précédente note où je jouais* l’érudit typographe à propos de l’&, le grammairien apprenti que je demeure fut pris en flagrant délit d’incorrection par mon cher neveu Y. que je chargeai naguère de surveiller ce blogue. Aussi féru de grammaire que sa bien-aimée mère, une des plus ferventes puristes que je connaisse, il n’a pas manqué de relever l’emploi incorrect du verbe “pallier” suivi d’un complément d’objet indirect. Je suis toujours piqué au vif, mais je ne cherche point de justification à mes ignorances. Cependant, j’ai consulté le plus beau roman de la langue française que je connaisse : le Grevisse. Voici :
Pallier s’emploie traditionnellement avec un objet direct :
(exemples cités de Chateaubriand, Gide, Duhamel, Beauvoir.)
la construction °pallier à, due à l’analogie de parer à, remédier à, cherche à s’introduire, mais l’opposition des grammairiens (et celle de l’Acad. mise en garde du 5 nov. 1964) freine sa diffusion dans la langue écrite :
(exemples cités de Gide à nouveau, Camus, H. Bazin, F. Marceau, M. Foucault, Dhôtel, A. Sarrazin.)
Hist. — Emprunté au bas lat. palliare « couvrir d’un manteau, d’un pallium », puis « cacher ». En fr., le verbe a d’abord eu ce dernier sens (que représentent encore certains des ex. donnés ci-dessus), puis en médecine, il a signifié « guérir en apparence » ; de là le sens élargi « remédier à » et les analogies qui menacent la construction traditionnelle.
Grevisse
Le bon usage
p. 402, § 280 a 9°
Merveilleux Grevisse !
Merci à Y. pour avoir provoqué cette rubrique. Le partisan convaincu que je fus de la “Méthode globale” a bien failli déconsidérer à jamais des pratiques pédagogiques désormais interdites par de Robien.
Au fait, j’aimerais bien savoir par le truchement de quelles méthodes la lecture fut enseignée à ces messieurs du Parlement : l’interrogation s’élargissant jusqu’aux abords de la présidence de la République.
Car oui ou non, ont-ils été capables de bien lire ce que dit de la colonisation certaine loi scélérate votée et promulguée ?
* Jouer valse aussi de l'objet direct à l'objet indirect. Grevisse, § 291 b.
15:30 Publié dans les diverses | Lien permanent | Commentaires (36)
Commentaires
Non à la méthode globale, apprenons à nos enfants des phonèmes et non des paquets de phonèmes !
En tant que podologue-posturologue j'utilise beaucoup notre belle langue pour communiquer avec mes confrères et le corps médical et je remercie mes instituteurs de m'avoir préservée de la méthode globale au profit d'un apprentissage que je qualifierait de tout à fait normal ! j'en ai assez de voir des enfants étiquetté dyslexiques parce qu'un obscur enseignant n'a pas su lui donner l'amour des mots en lui inculquant une méthode absolument non adapté à sa pauvre tête si jeune !
Au plaisir d'en discourir pour pallier le manque.
Laure
Écrit par : des Cloizeaux | mercredi, 26 septembre 2007
Écrit par : Visitor975 | mardi, 23 octobre 2007
Une petite réponse s'impose car ces attaques perpétuelles contre les enseignants dont je fais partie m'indisposent losqu'elles viennent de personnes qui ne connaissent pas notre métier.
La méthode globale n'existe pas dans les classes ... Ne parlez pas de ce que vous ne connaissez pas ou alors lisez avant ...
Au passage, pensez à vous relire afin de ne pas trop égratigner cette langue que vous trouvez si belle ...
Ingrid
Écrit par : zippyly | jeudi, 10 janvier 2008
Écrit par : blinton | jeudi, 07 février 2008
Je viens de lire vos intéressants messages...
Juste pour être pointilleux, Maurice Grevisse à beaucoup fait pour notre belle langue mais pas Grévisse avec un accent...
Écrit par : Stéphane | mardi, 18 mars 2008
Écrit par : Robert | jeudi, 18 novembre 2010
Écrit par : grapheus tis | mardi, 18 mars 2008
Sans rancune.
Écrit par : grapheus tis | mercredi, 19 mars 2008
Écrit par : janpeaux ledeu | jeudi, 24 avril 2008
Écrit par : grapheus tis | jeudi, 24 avril 2008
merci pour avoir répondu à ma question au sujet de "pallier" ou "pallier à".
Cela dis, n'oubliez pas que les mots n'ont de valeur que s'ils sont écoutés par quelqu'un. Faites l'amour!!! Ça déride et ça évite d'être trop... pointilleux.
++
Écrit par : pierrick | vendredi, 16 mai 2008
Merci.
Avec "pallier" versus "pallier à", nous avons aussi:
"Après que je suis allée au marché, j'ai écouté la chanson de Trenet "les poètes": longtemps, longtemps après que les poètes ont disparus"...
Écrit par : Yo Chluck | jeudi, 24 juillet 2008
Je trouve que cela fait beaucoup de fautes "grossières" (qui ne peuvent pas être qualifiées de distraction) pour une personne qui se targue d'aimer la langue française et d'avoir fait des études non négligeables.
Prenez la peine de vous relire, Laure.
Au fait, question de syntaxe subsidiaire: Pour pallier le manque...de quoi??
PS c'est vrai que le message d'origine est assez ancien, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'y ajouter mon petit "comment taire"!!
Écrit par : alain briant | jeudi, 16 octobre 2008
Écrit par : MAGRO | vendredi, 03 avril 2009
que l'utilisation de l'expression "pallier à " par Madame Rosen est une tragédie .
Écrit par : lebret yvon | jeudi, 16 avril 2009
Merci.
Écrit par : SLAM | dimanche, 17 mai 2009
Non.
"désormais interdites par Robien"
La particule ne s'utilise que de façon attributive : "La famille de Robien" mais ne fait pas partie du nom : "Les Robien sont venus dîner hier".
:-)
Écrit par : Toulouse | vendredi, 03 juillet 2009
LOL
Écrit par : Toulouse | vendredi, 03 juillet 2009
2) Le Nouveau Littré éditon 2005 page 1193 : Pallier ses défauts. La tournure pallier à quelque chose, quoique déconseillée par l'Académie et les puristes, est fréquente en français oral.
3) Le Nouveau Petit Robert édition 1996 : page 1572 " On pallie généralement au manque de matériel par des hommes". Albert Camus
Écrit par : BRUNO | mercredi, 26 août 2009
Écrit par : rachelle | jeudi, 27 août 2009
Je recommande tout de même aux amateurs de ce genre de questions (la plupart du temps oiseuses) la lecture du "Répertoire des délicatesses du français contemporain" de Renaud Camus, qui voit, en général, un peu plus loin que le bout de ses participes passés...
On notera d'ailleurs avec amusement que, comme cela ne manque pas de se produire lorsqu'on se mêle de jouer les censeurs, Camus a laissé passer quelques belles bourdes dans ses propres commentaires. Les puristes s'effaroucheront de constater, par exemple, qu'il n'élide pas "de" devant le mot "hiatus"... Ce qui est "de la folie furieuse", comme disait A. Thérive à propos de la construction indirecte du complément de "pallier".
Écrit par : C.C. | samedi, 29 août 2009
Écrit par : Henry | dimanche, 30 août 2009
Écrit par : rachelle | mardi, 01 septembre 2009
Votre interlocuteur, votre destinataire ? Vous a-t-il entendu, compris ?
Alors, décidez d'être puriste , et ce sera "pallier " et un objet direct.
Préférez le laxisme et ce sera "pallier à...".
"Je vais ou je vas..." aurait dit Vaugelas — qui écrivait certainement "pallier" et un objet direct — au moment de mourir. Puriste et/ou laxiste, je mourrais et ce sera bien ma seule erreur.
Écrit par : grapheus tis | mardi, 01 septembre 2009
grapheus tis, si cela ne vous ennuie pas, je profite de vos connaissances, pour vous poser une autre question de "français" : j'ai toujours pensé qu'on formulait "autant pour moi"..(forme d'excuse) mais un collègue m'a informé qu'il s'agit en fait de "au temps pour moi.." qu'en pensez vous? merci pour votre réponse (si vous saviez, il y a tellement d'expressions de ce type, pour lesquelles j'ai des hésitations...)
Écrit par : rachelle | mardi, 01 septembre 2009
L'origine de l'expression reste imprécise. Tout le monde s'accorde à la situer dans le langage militaire : "Au temps !" était utilisé pour faire reprendre un exercice depuis le début. Temps doit être pris ici comme une étape, et un exercice est composé de plusieurs temps. L'expression est liée au fait qu'on doit reprendre les choses depuis le début.
"Au temps pour les crosses" est assez connu et sa signification était : on reprend l'exercice, pour les crosses. Et "au temps pour moi" a été adopté quand on reconnaît son erreur et quand on considère qu'on doit reprendre les choses depuis le début. On reprend, à cause de moi, de mon erreur.
"autant pour moi" est pas liée à une question de quantité.
Par exemple, vous êtes dans un bistrot avec quelqu'un qui commande un formidable de bière. Vous direz "Autant pour moi !" et le serveur comprendra que vous voulez la même chose, ni plus ni moins. Mais, si vous vous ravisez, vous direz "Au temps pour moi, je préfère un panaché".
Oralement, la phonétique est la même, évidemment. Et seule l'écriture permettrait de marquer la différence en ne laissant aucun doute (à condition d'écrire correctement...).
Mais, oralement, si on connaît les deux expressions, on les distingue à l'écoute suivant leur contexte, exactement comme on le ferait avec des homonymes, exactement comme on est capable de distinguer le "chas" d'une aiguille d'un "chat" gavé de lait (voir plus bas), exactement comme, quand on entend "je me suis goinfré de mûres", on n'a aucune raison d'imaginer son interlocuteur en train de grignoter consciencieusement des pierres de taille ou des parpaings...
Écrit par : vivian | mardi, 01 septembre 2009
"Au temps" semblerait une forme pédante (trop savante), sinon une altération "militariste" (!) de "autant" qui semblerait bien la forme première.
Mais allez savoir !
Et où aller voir ?
La langue est avant tout affaire de locuteurs et...locutrices et de pays (c'est-à-dire de petites communautés ayant une pratique de cette langue et de son utilisation singulière qu'est la Parole, la vôtre, la mienne, la leur ; la langue est d'abord oralité ; ensuite surgissent les "écrivants", puis les imprimeurs et les grammairiens, puis les correcteurs, les instituteurs, les professeurs et tout un chacun qui vous fera remarquer ce qu'il estime être une erreur, une incorrection, une faute (tiens ! le retour du religieux !)
Écrit par : grapheus tis | mercredi, 02 septembre 2009
j'ai donc appris les deux formes suivantes : "pallier+objet direct" et "au temps pour moi"..
excellente journée
Écrit par : rachelle | mercredi, 02 septembre 2009
Éros serviteur d’Agapé ? Une telle fiction n’accompagne-t-elle pas l’idée gidienne de l’amour quand on l’examine, en compagnie de l’auteur lui-même, et comme lui-même le fait, dans la durée[6] ? Cette formule où Éros est la ruse d’Agapé ne pourrait-elle pas convenir également pour décrire et rendre intelligible l’oscillation perpétuelle de Gide entre, d’une part la recherche obstinée, érotique et mystique de la beauté et de la merveilleuse amitié vécue du cœur et de la chair que la beauté suscite, — recherche érotique qui inspire l’auteur des Nourritures Terrestres — et la perpétuelle protestation puritaine d’un homme déchiré dès l’enfance entre le cœur et la chair, archaïquement et profondément divisé, qui veut faire triompher l’ange en apprivoisant la bête pour PALLIER AU risque de faire la bête ?
Écrit par : DUHET André | jeudi, 18 mars 2010
Écrit par : RACHELLE | vendredi, 19 mars 2010
Employez ou l'un ou l'autre, et l'un et l'autre.
Ensuite, c'est affaire ou d'intelligence ou de bêtise de la part de vos interlocuteurs.
Écrit par : grapheus tis | samedi, 20 mars 2010
Écrit par : brenda | lundi, 03 mai 2010
J'espère me tromper lourdement car mon fils rentrera à l'école incésemment mais malheureusement, je ne crois pas. Désolée pour sa future maitresse mais cet été sera consacré à l'apprentissage avec "Léo et Léa".
Écrit par : Mojon | vendredi, 10 juin 2011
A la décharge de Mojon ou Laure, les idées toutes faites sur la méthode globale sont extrèmement répandues dans la population.
La méthode globale n'a été que très peu appliquée en France et la rumeur sur ses méfaits court depuis…1923 (date des Instructions Officielles qui autorisaient les instituteurs à choisir leur méthode). En 1964, Roger Gall, directeur de la recherche(INRDP) n’a pu trouver assez de praticiens pour effectuer une étude comparative !
"Il n’existe à ce jour, aucune étude menée par des orthophonistes, validée scientifiquement, mettant en évidence des liens de causalité entre méthodes de lecture et pathologies du langage écrit." (Communiqué de presse du 8 décembre 2005 de la Fédération Nationale des Orthophonistes)
Ce que décrit Mojon est tout à fait normal : un bon lecteur ne déchiffre pas, mais reconnaît les mots, voire des groupes de mots. Quelle que soit la méthode, avoir une approche globale est indispensable pour comprendre ce qu'on lit, autrement dit, le contexte (ou référent) fixe le sens. Ex. : Pour reconnaître un teckel d'un dogue allemand on ne compare pas la longueur de leurs oreilles, la forme de leurs queues, etc. ; mais pour distinguer ce même dogue allemand d'un dannois, on sera peut-être obligé de le "décomposer" un peu plus...
Évitez donc de vous faire les colporteurs de telles erreurs qui ne sont pas toujours dénuées d'arrières-pensées (de nombreux collectifs réactionnaires, d'extrème-droite ou sectaires, utilisent ce thème comme appât).
Voici quelques liens "sérieux" pour ceux qui voudraient en savoir plus.
http://www.uvp5.univ-paris5.fr/TFL/Ac/AffFicheT.asp?CleFiche=8000&Org=QUTH
http://ecolesdifferentes.free.fr/CHARLATANS.htm
http://www.dossiersdunet.com/spip.php?article877
http://assoreveil.org/argu_34.html
Sébastien Cadum, un obscur enseignant...
Écrit par : sébastien | dimanche, 16 septembre 2012
Bienheureux que le débat se poursuive encore !
Écrit par : grapheus tis | lundi, 17 septembre 2012
En tant que Correcteur, j'ai d'abord hésité sur "pallier à" et ce n'est qu'après vérification que je me suis rendu compte que ce serait une faute si l'on en fait un emploi avec un objet indirect.
Toutefois, se tromper une fois n'est pas la pire des choses! Mais deux fois et plus, cela deviendrait une ignorance, une paresse intellectuelle...
Aussi, il me paraît impossible qu'un individu puisse se targuer aujourd'hui, de maîtriser toutes les règles grammaticales, orthographiques, typographiques...
Chez nous, on dit simplement qu'"on ne finit pas d'apprendre"
Bien à vous!
Écrit par : EDO A. | lundi, 01 juillet 2013
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