samedi, 28 novembre 2009
rien n'est clos
ce 28 novembre 1964
cet absurde qui se clôt en une seule ligne, froide, glacée sur le carton marron passé d'une entreprise funéraire.
cimetière de Pantin, 74e division, 4e ligne, n°4.
Là où je ne suis plus jamais allé après avoir recouvert la terre de brassées de glaïeuls rouges sang.
Et sans doute aujourd'hui dans l'ossuaire, rejoignant — par un burlesque tragique, la littérature me rattrapant — dans le même amas de poussière qui s'y accumule depuis plus de deux siècles, un certain Isidore Ducasse, comte de Lautréamont.
Ce matin, j'ai cueilli dans l'olivier que m'ont offert pour mon entrée dans l'adolescence du grand âge mes cousin vignerons, la centaine d'olives noires et charnues que nous accorde, cette année, l'indulgence de nos brumes d'ouest.
ELLE, je L'ai imaginée enfant dans l'oliveraie de son grand-père sur les flancs du Zaccar.
11:35 Publié dans Les nocturnes | Lien permanent | Commentaires (2)
jeudi, 26 novembre 2009
persister à contredire la mort
Nuit du 25 au 26 novembre 1964.
D'Annaba, j'atterris à Orly. Pluie glacée sur la ville. Je ne sais quelle navette jusqu'à Montparnasse... je ne sais même plus quelle ligne de métro pour l'hôpital Tenon.
Hors ce lancinant et incongru message publicitaire éclair dans la pénombre entre les stations de métro : DUBO DUBON DUBONNET...DUBO DUBON DUBONNET...DUBO DUBON DUBONNET, dans la trépidation cadencée des roues.
Marche rageuse sous la pluie pour, dans l'antichambre de la morgue, me heurter à ces deux hommes hébétés de sommeil : « Vous ne pouvez la voir à cette heure. Attendez le jour. »
Au petit matin de ce jourd'hui, dans L'éloge du savoir, à propos de son Journal de deuil, Antoine Compagnon cite cette réticence pudique de Roland Barthes :
« Je ne veux pas en parler par peur de faire de la littérature – ou sans être sûr que c’en ne sera pas – bien qu’en fait la littérature s’origine dans ces vérités ».
Saura-t-il avant sa propre disparition que seuls les mots, arrachés dans la mémoire, contredisent la mort
Ainsi le « revenir », quoi qu'on fasse, s'inscrit à la suite du devenir ; le souvenir lui-même, loin d'être un avenir renversé, survient dans le cours du devenir : le rappel n'est-il pas un événement de notre présent ? Le souvenir, en ce sens, est encore un « survenir ». Revenir, en ce sens, est encore une manière d'advenir. Car le passé advient, même quand il revient ! Oui, le temps est toujours à l'endroit, même quand on s'imagine le parcourir à l'envers ; toujours dirigé vers l'avant, même quand on croit remonter vers l'arrière.
Vladimir Jankélévtich
La mort, p. 292
23:55 Publié dans Les graves | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 24 novembre 2009
continuer de creuser l'énigme
Cet après-midi du 24 novembre 1964, un atroce papier bleu déposé sur la table de travail, qui, déchiré, déplié, quelques secondes efface le monde !
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Dans la mort que je contredis.
René Char
Montagne déchirée
La sieste blanche, in Les Matinaux
18:21 Publié dans Les nocturnes | Lien permanent | Commentaires (1)


