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jeudi, 01 mars 2018

où donc peut bien mener la dégustation d'une "tête de veau" ?

  Naguère — peut-être bien jadis — c'était à l'Hôtel de la Boule d'or.
Aujourd'hui, c'est, plus prosaïquement rebaptisée, à L'Auberge Rétro. La façade est sans doute intouchable, les lourdeurs mobilières dans le bar et les salles, immuables depuis cinquante ans.
Qu'est devenue la "chambre" ?

Les trois cousins de l'enfance en guerre se sont, hier, retrouvés entre "tête de veau sauce gribiche" ou "tête de veau vinaigrette aux câpres".

La mélancolie était ailleurs, plus profonde
.
À Bourgneuf, René-Guy Cadou, instituteur remplaçant, retrouve en 1941,  Sylvain Chiffoleau, son copain du lycée Clémenceau. Hébergé par les parents de ce dernier à l'hôtel de la Boule d'or, il écrit à Marcel Béalu :

«...Je coule des heures paisibles. Je vis sans rien d'autre. Pays de vent. Soleil. Amis natals. Je n'ai plus qu'un grand désir de sable et d'eau verte. La poésie c'est aussi l'air libre, le petit bistrot plein de pêcheurs, la "jolie rousse"... Je déconne en ce moment. Je suis très heureux — à la façon des vaches dans l'herbe grasse ou des Saints, mais les Saints, les seins, l'essaim, c'est tout mon ciel..."Il fait bon vivre à la pointe des vagues et des fanfares étincelantes". Tu liras ça. Ça s'appelle Porte d'Écume ».

Sylvain Chiffoleau et lui s'aventurent dans la lente et humide traversée du marais de Lyarne qui mène au petit port dans l'étier du Collet.

« Lorsque nous avions longuement marché dans la tiédeur des marais, franchissant les innombrables planches lancées de part et d'autre des fossés, nous débouchions sur un large chemin, parallèle au grand étier. Nous le suivions jusqu'à l'écluse dont nous montions les quelques marches pour mieux surplomber le port minuscule du Collet... Aussi loin que portaient nos regards, s'étendait la luisante marée des vases aux vagues figées...», écrit Chiffolleau.

 

DSC_1953.jpg
                                                                                                 © Nicléane

 

Assez de sangs mêlés au nectar des collines
De peaux mortes jetées sur le bord du chemin
Les membres sont épars dans la luzerne
Je pars aux premiers feux vers les dunes de Lierne
Et quand j'arrive enfin
La mer est déjà là
Ses ailes se détachent
Des quartiers de soleil aussi qui se détachent
Le cœur fait un remous
L'écume et le matin se sont levés sur nous
Un peu de vent qui vole
Plus haut
Dans le grand air
Sont dressées les paroles
On marche en écrasant des mottes de ciel bleu...

René-Guy Cadou,
Bruits du Cœur, 1941

 

À l'été 41, Cadou quittera Bourgneuf "en pleurant — où peu s'en est fallu". Il y reviendra souvent.

Les souvenirs que j'ai sont vagues de grand large
Qui retombent parfois sur les pays déserts
Hôtel des Chiffoleau ! tes chambres à cordages
Ballotent mon esprit comme un enfant des mers I

Je me souviens de litres bus
Je me souviens de longues veilles
Minuit ! Tous les mots défendus
Au matin la puce à l'oreille !

Et toujours cet ami discret
Entrant sans bruit dans ma mémoire
« Le soleil est chaud, fait exprès
Mais c'est ta fraîcheur qu'il faut boire ! »

Nous avons marché sur des plages
Λ la recherche d'un pied nu
Les vivants de notre entourage
Ont trouvé l'idée saugrenue

Mais le soir dans ton triste hôtel
La Boule d'Or si bien nommée
D'embruns et de ciel embrumé
Roulait au fond de nos prunelles

Chiffoleau fils de Sylvain père
Le passé tient dans notre verre !

 

René-Guy Cadou,
SylvainChiffoleau
Que la lumière soit, 1949-1951
Le cœur définitif

 

Douce mélancolie. Douce...

Maintenant je suis seul
Mon ombre s'est glissée à l'ombre du tilleul
Il fait nuit
La terre bouge
Les adieux sont tendus au bas du rideau rouge

Bruits du cœur,
1941

 

Qu'est devenue la Chambre ?

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