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jeudi, 27 septembre 2007

ne pas oublier Louis Poirier

Avant-hier, j'ai failli oublier la passion enfantine de Julien Gracq pour le rugby, passion solitaire qui s'exerça dans la lecture du Miroir des sports et dans ses resquilles, le long des palissades du stade de l'île Gloriette, où le SNUC — maillot blanc à ceinture verte, blanche et rouge — affrontait le Vélo-Sport Nantais ou le Racing-Club de Trignac.


...le rugby n'intéressait apparemment que moi. C'étaient là des orgies d'enthousiasme solitaires qui, dans mon isolement sur mon échelle, ne pouvaient ni se décharger parmi les cris d'une foule unanime, ni trouver ensuite écho et se diluer dans les émois d'un milieu sympathisant, des séquences dépareillées, fulgurantes, que je reprojetais longtemps avant de m'endormir, ainsi que les chutes d'un film, sur la nuit du dortoir. Elles font encore pour moi seul, d'un coin anonyme et aujourd'hui rebâti de cette île Gloriette, si faubourienne et si grise, un coin des ruines d'Olympie.

LA FORME D'UNE VILLE, pp.167-168.


J'ai fréquenté l'île Gloriette ... et le stade Malakoff, désormais "Marcel-Saupin", récemment remodelé (!) ; c'était pour la passion du football, le FC Nantes était encore encore en 2e Division. Mon père qui avait joué à la Mellinet, le "grand patro" nantais, m'y entraînait le dimanche après-midi. Il ne m'a emmené que de rares fois au stade de Malville, près du Parc de Procé, où le SNUC avait émigré dans l'après-guerre. Ma mère et lui me racontaient de sanglantes histoires de langues avalées dans les farouches mêlées qui me fascinaient tant et que je n'ai expérimentées — les mélées, pas les langues — que dans les "mauls" de soule que le moniteur d'éducation physique du collège nous proposera plus tard.
Bref, nous n'étions pas "rugby" dans la famille et de ce manque j'en gardai quelque nostalgie.
D'où mon bonheur de me laisser aller, samedi après-midi, à "des orgies d'enthousiasme" pour Fidji-Galles !

Chronique portuaire LXII

Du Commencement du XVIIIe Siècle à la Révolution


1780.— LE COMMODORE PAUL JONES À NANTES.

En juin 1780, Nantes recevait au milieu d'un enthousiasme indescriptible le fameux commodore PanI Jones, le « père de la marine américaine » et celui qui inspira le « Pilote » de Cooper, et « Paul Jones le Corsaire » d'Alexandre Dumas.

Un journal du temps rapporte ainsi l'accueil fait par les Nantais au brave marin ; « On m'écrit de Nantes que Paul Jones a passé huit jours dans cette ville, où l'accueil si flatteur de notre capitale envers lui s'est renouvelé dès qu'il a paru. Le public, toujours engoué du romanesque, se portait en foule sur ses pas, et l'affluence a été si grande, lorsqu'il s'est montré au spectacle, que la moitié des curieux fut contrainte de rester à la porte, tant la salle était remplie. Il n'a pas été moins fêté à la Loge des Maçons, qui, à son occasion, a donné le banquet le plus magnifique, précédé d'un discours, où l'orateur l'a assez ingénieusement comparé à une coquette qui donne des fers à tous ceux qui osent l'attaquer, tandis qu'elle sait se garantir elle-même de la captivité. Les Dames de la Ville lui ont également témoigné combien sa valeur guerrière méritait auprès d'elles.
Mlle de Menou, fille du Comte de ce nom, Lieutenant du Roi, lui ayant demandé s'il n'avait jamais été blessé, il répondit : « Jamais sur mer, Mademoiselle, mais j'ai été atteint sur terre par des flèches qui n'étaient point décochées par des Anglais. »
Cette réponse galante enchanta tellement cette jeune personne, qu'elle lui valut une cocarde de sa part. Le Commodore l'accepta en lui promettant, foi de Chevalier, qu'il s'en parerait tous les jours de combat » (1).

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(1) BARON G. DE WISMES, Le commodore Paul Jones. Sa réception à Nantes en 1780, pp. 10-11,