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vendredi, 20 février 2009

le quatrième avatar et la suggestion d'un cinquième...

Il sera musical.
Ulysse s'éveille sur une grève d'Ithaque, mais il ne reconnaît point le rivage

Toutes choses à ses yeux semblaient autres,
les longs chemins, les ports de mouillage sûr,
les rocs escarpés, les bois touffus.
Il se tint debout, contemplant sans la reconnaître sa terre natale.
Il pleura. Paumes ouvertes se frappant les cuisses,
Gémissant : « Sur quel rivage, ai-je encore échoué ? »


Claudio Monteverdi livre son avant-dernier opéra, Le retour d'Ulysse dans sa patrie. Il est au sommet de son art, il est dans l'au-delà de ses soixante-dix ans, il est toujours dans le stile recitativo de son Orféo, mais la déclamation s'est approfondie.

Dans l'atelier de la Tisserande qui ignore encore l'échoué de la plage, s'élève le lamento.


Je me demande parfois, si mon cher Joachim — autre très mince, mais génial avatar — n'a pas trop anticipé le bonheur du marin.

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage

regrets001.jpg



Joachim Du Bellay, l'homme qui tissait déjà une toile d'amitié et de nostalgie — de "nostos", en grec, le retour —, dans ses cent quatre-vingt-onze "notes d'un blogue" qu'il intitulait Les Regrets.
C'était quasi un siècle avant l'œuvre de Monteverdi et plus de dix ans avant la traduction de l'Odyssée par Pelletier du Mans.

jeudi, 19 février 2009

avatar III

Après le foisonnement burlesque de Joyce, le conte sensuel de Giono, voici le troisième avatar et nous pénétrons dans l'ironie sombre et la double nuit des Grands Aveugles : celle de l'Aède grec et du Bibliothécaire argentin.
Un récit si bref, vingt-cinq pages qui traversent des siècles et des continents, des fleuves et un simple ruisseau, et se dit être l'Immortel.

Personne ne peut écrire un livre. Pour
Qu'un livre soit vraiment,
Il faut l'aurore et le couchant,
Des siècles, des armes et la mer qui unit et sépare.

Homère a-t-il écrit l'Odyssée ? Ou est-ce ce tribun, Marcus Flaminius Rufus ? Ou ce Cartaphilus, antiquaire de Smyrne ? Peut-être ce mécréant de Jorge Luis Borgès, qui un jour réglera le problème de l'identité réelle de l'auteur de l'Odyssée en déclarant que l'Odyssée a été écrite par Homère « ou par un autre Grec portant le même nom » ?

Je déroge à ma petite règle du premier et dernier paragraphe de l'œuvre, je glisse le dernier paragraphe du chapitre III de ce récit qui en contient cinq, précédés d'un préliminaire et suivis d'un post-scriptum — on sait le goût raffiné de l'érudit pour les éléments du paratexte.
C'est un écrit à lire en fermant les yeux après chaque phrase, ces vingt-cinq pages qui seront la durée d'une lecture courante de l'Odyssée. Quelques secondes ? Une éternité ? Hors temps, certainement !
Il est curieux que tous ceux qui écrivent sur cet récit éprouvent le besoin de doubler, tripler, voir plus, le nombre de pages de leur commentaire, en regard de l'original.
Voilà où m'a mené ce post-it décollé, glissant d'un vieux dossier.

Autant que je me souvienne, mes épreuves commencèrent dans un jardin de Thèbes Hékatompylos, quand Dioclétien était empereur. J’avais servi (sans gloire) durant les récentes campagnes d’Égypte, tribun dans une légion en garnison à Bérénice, en face de la Mer Rouge.
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Je lui demandai ce qu'il savait de l'Odyssée. L'usage du grec lui était pénible ; je dus répéter ma question.
« Très peu, dit-il, moins que le dernier rhapsode. Il y a déjà mille cent ans que je l'ai inventée. »
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Quand s'approche la fin, il ne reste plus d'images du souvenir ; il ne reste plus que des mots. Il n'est pas étrange que le temps ait confondu ceux qui une fois me désignèrent avec ceux qui furent symboles du sort de l’homme qui m'accompagna tant de siècles. J'ai été Homère; bientôt, je serai Personne, comme Ulysse ; bientôt, je serai tout le monde : je serai mort.

Jorge Luis Borgès
L’Aleph,

L’Imaginaire/Gallimard


Post-scriptum :
L'Immortel ne fut pas ma première lecture de ce recueil, L'Aleph, que je découvris en 1968.
Ce fut lors d'une mise en scène — un comble d'audace naïve, mais en Éducation populaire, nous faisions souvent fi de la gravité des textes érudits !— d'un "Livre Vivant" sur L'Écriture du Dieu, un parmi les dix-sept récits, qui narre la découverte de la sentence qui permit au dieu la création du monde ! Rien que cela.

mercredi, 18 février 2009

embrumé, enrhûmé

Les commentaires "homériques" sont sous la couette.
Et comme les Filles* sont là, l'écran n'est guère disponible.

Comble de malchance, le petit iBook voit (!) sa nappe vidéo rendre l'âme et l'on m'affirme qu'il n'y a plus de pièces détachées pour cette série (UV2012UDLLN de 2002).
L'adieu au bon vieux système Mac OS 9 ?
Je ne me résous guère au "bon à jeter".
Ça n'améliore point la situation du bonhomme sous couette.

Pour cependant, poursuivre les élargissements homériques, sur France Cul, Théo Angelopoulos dans À voix nue.

Cette note ressemble quasi mot pour mot à la note de la veille mais qui ne fut point enregistrée et donc pas publiée. Affres des fièvres !
Quand au haché des parutions sur ce blogue, j'invite à lire le journal de Thiron-Gardais tenu par l'ami que je ne peux que toujours nommer "Bourdaily on the web".

* Le "comble de malchance" n'est à attribuer qu'à l'obscurcissement de la nappe vidéo et aux raclements bronchiteux, la présence de Noémie et de Célia tenant de la tendresse du vivre, du rire et de... l'accaparement de l'iMac, qui me permettra ensuite d'être initié aux plaisirs de MSN (avec enfin l'utilité de Photo Booth et Bluetooth) et de LimeWire, en toute légalité — tout en me laissant entendre que Mozart... "avec LimeWire, ce n'est pas sûr qu'on trouve" (sic !).

L'avatar III de l'Odyssée ne devrait pas tarder.

AILLEURS — c'est sans doute le plus important :
La poétaille piétaille négraille des Caraïbes s'éveille. Que prennent garde les petits Césars !
À lire le manifeste.pdf, transmis par l'ami du Cœur de Ptah.